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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

Ils me reprochent d’abuser de la crédulité des gens.
Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
[Ometeotl Jahar]

Il vaut mieux se retrouver devant des Orcs en colère plutôt que devant des nobles
et des politiciens.
Quand un Orc veut te tuer, il le fait savoir clairement
et, généralement, sous tes yeux.
[Barry Toothpick]

Miséricordieux, j’avalerai vos supplications, délices de ma victoire !
[Rubis Solime De Babaux]


Le proverbe "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud" marche aussi avec les elfes...
[Walgrim Grindal]

Litanie de larmes, symphonie en pleurs majeurs.
Rater une mesure, repartir à zéro. Mélodie funeste.
Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
Seul.
[Sheren]

Il suffit d’un seul regard
entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

Ma soif de vengeance s’est tue dans un murmure :

Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Le journal d'un lycan

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Cronose

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Date d'inscription : 19/03/2012

MessageSujet: Le journal d'un lycan    Mar 17 Avr - 1:12

Le journal d'un lycan


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Jamais l’encre n’avait pu couler sur ces pages de vélin. Nulle plume n’avait gravée son trait dans la toile et d’aucune manière le concerné pouvait entrevoir cet ouvrage, contenant pourtant ses multiples bravades ostensibles, traçant son histoire depuis des faits antédiluviens qui l’avaient vu naître et périr.
Une icône pour les siens, une légende pour d’autre. Ce qui l’en reste, n’étant qu’un journal poussiéreux, sommeillant dans les rayons d’une bibliothèque illusoire, entre le temps et les cieux, les astres et l’infini…

Préambule

Quelque part, dans une dimension lointaine, mitigé d’un monde aux contres logiques physiciennes, prit naissance un être issu de constitution, de chair. Une créature pour le moins primitive, mêlant la complexité d’une race pourvue de conscience à celle instinctive de l’animal. Un être insignifiant à l’égard des univers qui mérite pourtant son lot d’attentions. Ainsi vint se narrer l’histoire d’un lycan, ainsi vint commencer le récit d’un homme que l’on nomme Croc Noir…



Chapitre 1 Mystère et prophétie


La sylve de l’erreur, ses frondaisons filtrées d’un mince filet d’argent voyaient naître en cette nuit paisible un descendant de mère Luna. Les géniteurs, déjà réjouis d’un premier enfant, se voyaient une seconde fois gratifiés par la nature qui leur offrait un héritier, un fils. Prétendant d’une lignée maîtresse, son avenir fut tracé à peine eut-il gonflé ses poumons d’une première bouffée d’air. Il prendrait la place de son père, régnant sur la meute tel que l’incombait sa tâche, lorsqu’elle se manifesterait.

A peine âgé de quelques frêles automnes, il fut amené à connaître la férocité de son monde, quand ses semblables se déchiraient pour quelques parcelles de terres. Il ne fallut guère longtemps à son esprit pour se forger une barrière de tolérance. Ce n’était pas une enfance dont il aurait besoin, mais d’une arme, qui à défaut d’une épée, serait son instinct. Il fit d’ailleurs sa première dévotion un soir de pleine lune où son corps mua pour ne devenir qu’une boule de poils d’ébène, sertie de crocs et de pattes fougueuses.

Lorsque sa croissance le poussa à suivre la rigueur de ses prédécesseurs, il fit l’usage de l’acier, frappant de son corps minuscule, les quelques épouvantails mit à sa disposition. On le disait le plus jeune néophyte de toutes générations confondues, mais le roi de la meute avait tranché. Il serait un guerrier prématuré, à la hauteur de ses espérances.

Son adolescence parvint sur le champ de bataille où il défiait déjà une horde cadavérique, alors qu’il ne dépassait encore que de peu les hanches de ses adversaires. Prit d’habilité et de suffisance par ses opposants, il profita de leurs méprises, triomphant par le sang. Naquit par la présomption des ainés, il devint promptement un guerrier forgé dans l’acier.

Les années se succédèrent, transformant le petit garçon en homme bâti mais trop jeune pour appréhender la finesse de l’esprit. Ce n’était qu’un rustre, fougueux aux idéologies infantiles. Il fit preuve d’arrogance, défiant l’autorité du roi meute. Divulguant la rancoeur d’une enfance volée, présentée sous la forme d’une attitude désinvolte et culotée. Son départ fut marqué par la tragédie du destin qui d’une certaine façon fut inéluctable.

***

Les flammes zébraient les ombres nimbés aux alentours. Singulièrement, elles évoquaient la forme grossière d’un visage façonné d’horreur, provenant des profondeurs de l’enfer. Une aura sombre investissait les lieux, décontenançant la meute, stupéfiée par le phénomène. A l’exception du roi meute, dont les traits n’inspiraient rien de bon. Comme si son existence redoutait cet épilogue, qu’il était bien le seul à comprendre, l’appréhendant à sa juste valeur. Dans le silence, il se redressa, pour ensuite étreindre son épouse d’un ultime baiser. L’émotion de cette soudaine prise d’affection n’était pas commune, loin d’être élucidée par son fils qui observait la communion d’un regard curieux. Puis, sans raison apparente, il fit signe à celui-ci de le suivre. S’enfonçant dans les piliers boisés, au cœur même d’une brume imperceptible, il cessa sa progression. Le début d’une conversation houleuse allait prendre forme. Le soupir des abiétinées prirent le pas sur le silence, pour ensuite aboutir à la voix autoritaire du roi meute.

-Croc Noir…

L’appellation du susnommé résonnait d’une lourde charge, d’un poids qui abrégerait l’avenir versatile du fils légitime. Son ascension se profilait dans une hâte insoupçonnée, l’incombant d’une tâche avoisinant le fardeau.

-Tu as encore du chemin à parcourir avant de comprendre l’entièreté de ce que je vais t’apprendre. Aussi, je requiers toute ton attention, car jamais je ne serais plus sincère qu’en cet instant.

Le silence rongeait les réflexions du jeune homme, qui incompris, ne savait quoi dire face au ton solennel du roi meute. A priori, la conversation ne porterait pas sur ses attentes, qui toute bien considérée, le soulageait d’une obsédante impulsion.

-Notre race est au bord de l’extinction, inconsciente de la menace qui se profile à l’horizon, dépassant de loin l’horreur du syncrétisme…


Pour être honnête, Croc Noir n’entendait qu’un charabia. La meute jouissait d’une conséquente prise d’affluence, rien d’alarmant ne semblait en mesure de ternir son ascension. Mais sachant que la sénilité ne faisait guère partie des critères du roi meute, futé et prévenant, il l’écouta attentivement, prit d’une soudaine attention opposée à son habituelle insouciance.

-Je crains de manquer de temps et mon rôle dans l’histoire est déjà tracé. Je suis entravé, dans l’incapacité de régner plus longtemps sur nos territoires. Puis, d’un geste voulu théâtral, pointa son enfant d’une main ferme. En revanche, toi mon fils, tu n’es aucunement lié à quelques pressantes obligations. Il me semble donc judicieux de te soumettre mes revendications. Après tout, tu es mon successeur, mon descendant et par conséquent, mon héritier. Aussi, je te demanderai une chose. N’accepte pas mon trône, tu ferais là une grave erreur.

Croc Noir demeurait incompris, n'était-ce pas le but de tous ses efforts ? D’avoir privilégié les apparences et la rigueur d’une enfance difficile afin d’être le successeur légitime de la meute ? De plus, il avait déjà stipulé ne guère vouloir prendre la tête du clan, qu’il préférait vivre en toute liberté, âme désintéressée et détachée de toutes responsabilités.

-Père… Sans vouloir vous offenser, je n’ai jamais voulu devenir le roi meute, bien que vos propos me pousse à quérir les raisons de votre soudaine prise d’extrémités. Vous dites à tout le monde que je serais le successeur, vous mettez en application ce qui incombe à ma future tâche mais vous voulez tout de même m’empêcher de devenir ce que vous avez fait de moi. Est-ce que je suis censé y déceler un sens caché ou bien dois-je en conclure que je ne suis pas à la hauteur de vos espérances ?

Un sourire amusé traversa un court instant les lèvres du roi meute, qui redevint de marbre aussitôt, davantage lorsqu’il reprit la parole.

-Ni l’un ni l’autre, je réclame juste ta parole d’honneur et l’assentiment de ce que j’exige de toi. Il s’approcha d’un pas, saisissant Croc Noir par les épaules. Pour faire simple, je veux que tu quittes la sylve de l’erreur. Prend ta mère et ta sœur avec toi et place-les à l’abri de la guerre. Les lycans se battent pour une parcelle de terre, alors que la menace dont je te parle risque d’anéantir le monde tel que nous le connaissons.

Prit de colère, Croc Noir réalisait ce qu’il avait été aux yeux de son père, un pantin, avec lequel il jouait depuis sa naissance pour simplement jeter ses innombrables efforts aux orties. C’était comme s’il ne représentait plus rien, seulement les vestiges d’une fierté égarée. Rangé dans un vieux placard après nullité de service.

-Je n’abandonnerais pas la meute, si c’est ce que vous voulez savoir. Je n’ai pas l’intention de vous succéder, mais je ne vais pas pour autant renier ma famille et mes proches ; Ce n’est pas sur les fondements superstitieux d’un vieux fou que je porterais ma flamme et mon épée !

Le roi meute balaya les jambes fébriles du jeune homme qui percuta lourdement la terre, allongé sur un tapis de feuilles où ses yeux vinrent contempler les iris verdoyantes de son géniteur. Il le dominait sur toute sa longueur.

-Silence ! je requiers ton attention, guère tes dénégations…

Après une succincte reprise de contrôle, Croc Noir capitula. Son père était à l’insu de sa création mais également son plus fidèle mentor. Dés lors, la colère céda à l’humilité.

-La meute ne te mettra pas à l’abri du danger qui terrassera ce monde. Soit en sûr, en t’exilant tu découvriras des périples, tu affronteras des obstacles qui dépasseront l’entendement, qui te prépareront à l’avenir des peuples. De sorte, tu seras en mesure de défendre les tiens et lutter contre le joug de cette menace, que je l’espère, tu parviendra à comprendre afin d’y mettre un terme.

Il se montrait assez évasif, ce qui avait le don d’irriter son enfant qui n’y comprenait rien.

-Vous pourriez éclaircir vos propos vaseux, cela nous ferait gagner de précieuses minutes…

-Ne soit pas insolent… De toute évidence, je ne peux pas t’en dire trop, pour ton bien et ta protection. Je te donne juste des solutions, ne cherche pas à tout découvrir si tu n’es pas prêt à endurer un si lourd fardeau.

-Ca me fait une belle jambe… donc vous me demandez d’être attentif sur un sujet que vous faite exprès d’expliquer de façon évasive afin que je n’en comprend que les directives et non le sens ?...

-Parfaitement…

-D’accord… ironisa le fis du roi meute, scrutant les frondaisons afin de renforcer son expression narquoise.
Cette conversation n’avait strictement plus aucun sens, ça devenait franchement ridicule. C’est pourquoi, Croc Noir se redressa, s’épousseta dans un soupir outrancier avant de reprendre le chemin qui le mènerait au camp. C’est comme si son crâne allait exploser d’incompréhension, en fait son père était peut-être bel et bien devenu sénile.
Pourtant, il s’arrêta lorsque celui-ci cria son nom, en guise d’avertissement.

-Croc Noir, attend !... Tu découvriras par toi-même ce que je ne peux me permettre de t’expliquer. Mais s’il te plait retient juste ceci… Ne lutte pas pour la meute, les Narkanns vont gagner cette guerre, qu’importe quand elle aura lieue, c’est inéluctable.
Mais ce n’est pas la cause de notre départ, tu sais que je suis un homme d’honneur et que si j’avais pu me le permettre, je donnerai ma vie pour le clan.


-Mais alors faite-le ! Croc Noir était hors de lui, ça devenait réellement perturbant d’entendre les supplications d’un homme qui n’avait fait que le mené à la baguette pour ensuite lui transmettre des paroles sans valeurs et dépourvues de promesses glorieuses. : « Prouvez-le en tant que maître régnant des Canians ! Vous n’avez cessez de promettre le triomphe de notre peuple et maintenant vous me parlez de prophétie où de je ne sais quoi, ce qui de toute évidence ne concerne aucun d’entre nous. Les loups ne se mêlent pas aux histoires des autres, c’est vous même qui me l’avez appris ! »

Le roi meute s’emporta à son tour mais non à l’égard de son fils, à sa situation instable qui l’empêchait de suivre ses idéologies, ce que Croc Noir ne comprenait pas à l’époque.

-Eh bien les temps ont changés ! Moi aussi j’y croyais, mais c’est trop tard ! Je ne demande pas mieux que d’essayer mais je ne peux pas ! J’ai un devoir à accomplir et tout, absolument tout, m’empêche de rester ! Le monde est en plein déclin et je ne peux pas t’en dire plus car tu ne me croirais pas et tu es encore bien trop téméraire pour avaler de si graves révélations ! Je ne savais pas que ce jour arriverait si vite, voilà pourquoi j’ai songé à l’avenir de notre peuple, j’avais presque espéré qu’il n’arrive jamais, mais c’est trop tard, plus rien n’a d’importance sinon la tâche qui m’incombe.
Il s’arrêta un instant afin que son fils s’imprègne de ses paroles, qu’il les grave dans son cœur. « Alors s’il te plait, découvre ta voie. Part à la rencontre de Ron Berku, il pourra te mener sur le chemin de ta destinée, la suite viendra à toi d’elle même. Mais n’oublie pas ceci, éloigne ta mère et ta sœur de cette guerre, connaissant la fierté dont elles font preuves, elles iront se tuer dans la bataille et je ne veux pas avoir leurs morts sur la conscience.

-Donc, je suis supposé vous croire sur parole ?

C’était hallucinant, son père venait de lui définir un destin aléatoire, complètement dénué de logique sous prétexte d’un événement qui n’aurait peut-être jamais lieu, allant à l’encontre de ses principes moraux.

-Nul mensonge dans ce que je viens de te dire et tu pourras un jour me remercier de t’avoir épargné du déclin qui s’abattra prochainement sur les plaines. Promet-moi d’essayer et ne remet jamais en doute ma parole, car elle est force de véracité.

***

Je me rappelle de ces mots, gravé dans ma mémoire au fer rouge, dont le sens m’échappe encore bien qu’une partie s’était avérée fondée. J’avais la mort de ma mère sur la conscience car comme l’avait prédit mon père à l’époque, elle s’était ruée dans la bataille et en guise d’ironie, son corps était revenu, drapé d’un voile, me laissant pataugé dans les remords et le chagrin. Ma sœur quant à elle, avait disparue, peu après la tragédie de cette première bataille contre les Narkanns qui avait été achevée grâce au soutien de la Tribu. Suite à quoi, j’avais quitté la meute, respectant la dernière volonté de mon père, celle de voyager afin de percer à jour le mystère qu’il avait refusé de me révéler.
Je n’avais que pour objectif de découvrir l’identité de Ron Berku, mais les mois passant et les années défilantes, ce but ne devint plus qu’un mirage auquel je ne me raccrochais plus, l’étouffant dans les tréfonds de mon esprit, me libérant la conscience de ma défunte mère, qui me déchirait les entrailles, dans l’aversion de mon choix qui lui avait couté la vie.

A mon vingtième automne, je pris conscience que le passé finissait toujours par nous rattraper. Lorsque je fis une rencontre qui m’était destiné, depuis longtemps, depuis toujours…


Dernière édition par Cronose le Mar 31 Juil - 8:08, édité 9 fois
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Cronose

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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Jeu 19 Avr - 3:44

Chapitre 2 Le forgeron drushii



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972 après le syncrétisme

Les plaines d’Esméodia pullulantes d’asservissement et dépouillées de ces floraisons m’apparurent comme des terres argileuses et stériles. Je vadrouillais entre ces souches ensablées dont l’éclat miroitant de l’astre ne projetait nulle clarté, baignant dans l’ambiance terne et maussade d’un environnement pauvre en couleurs. Mon sillage arpentait parfois la voie des défunts, empaquetés comme des viandes avariées, aux chairs rongées et noircies par les supplices d’une exécution compacte. D’autres enveloppes damnées arboraient les vestiges d’une existence accablante, les traits figés par quelques grimaces insalubres, le sommet du crâne taraudé d’une pique épointée. Délaissant ces effroyables démonstrations despotiques, je gagnais le sud où se situait la capitale de l’Endiablée que j’avais franchi avec mon père, il y avait de cela plusieurs années. Sa structure et son architecture se brouillaient dans mon esprit, mêlant un semblant de grandes masures en pierre aux ornements non figuratifs. Pourtant, je me souvenais de l’ambiance véhiculée par la cité, elle grouillait de malveillance où les individus s’épiaient en permanence, tapis dans l’ombre et regorgeant d’un vice hégémonique. En soit, une véritable fourmilière cosmopolite où les faibles ne survivaient pas très longtemps. Cependant, elle représentait également une ouverture culturelle, un moyen de faire des rencontres fructueuses pour bénéficier de quelques attributions prohibées. C’est donc l’appât du gain et la curiosité qui furent les deux valeurs corruptrices me poussant à fondre dans le berceau des malfrats.


Les remparts de l’Endiablée m’apparurent comme une création vaniteuse, elles paraissaient inébranlables, qu’importe l’armée s’y risquant. Prudent, je m’enfonçais dans la mire des arbalétriers postés sur d’immenses tours. Levant les mains au ciel, je continuais d’avancer, parvenant à quelques gardes équipés d’harnois montés sur de robustes destriers, eux mêmes pourvus d’une puissante armure faite sur mesure.
Pour être honnête, j’étais bluffé. Moi qui ne connaissait pratiquement rien d’autre en terme de civilité, à l’exception près de Noire-Frondaison, j’admirais enfin les fondations vertigineuses de la cité, un insecte parmi les hommes... Après une brève inspection de mon attirail de voyageur itinérant, suivit d’une consultation minutieuse de mes prunelles distinctives, les gardes m’ouvrirent les portes et je pus enfin contempler l’enceinte du monstre en pierre. Traversant des rues aux extrémités interminables, j’analysais les différentes ethnies qui se confondaient sans la moindre gêne apparente. Parfois, un ange noir laissait son ombre défilée sur les marchées en contrebas, où les fournitures variaient de simples babioles aux potions, de parchemins aux reliques. Cette diversité me retourna l’estomac, je n’étais pas coutumier à la foule, sinon sur le champ de bataille où le but ne consistait pas à se faufiler entre ses victimes mais bien d’ouvrir la voie, cimeterre à la main.

Sur le coup, je ne m’étais plus attardé sur la grande place du marché. Englouti par la foule, j’avais rejoins une auberge embastillé d’une inconvenance analogique. La peuplade grouillait, empestait et ne cessait de piailler, ne m’allouant aucune rémittence. Je m’approchais donc du comptoir, nauséeux et parvint à quémander une chambre après force d’insistance. Une fois à l’étage, je pénétrai plusieurs dortoirs, où les gens se mélangeaient sans même craindre leurs prochains. Je fus dés lors rassuré de parvenir à ma chambre privée dont le prix onéreux ce justifiait par un calme plat. M’immergeant dans un confort notoire légitime à la soudaine légèreté de ma bourse.

Après une longue nuit arrosée des meilleurs breuvages à base de vigne, je me relevais lourdement, emportant mon attirail pour contourner le corps d’une femme dévêtue. De toute évidence, elle ne s’était pas contentée de jouer son rôle de domestique. L’ennui, c’est que mes réflexions peinaient dans l’apathie, incapable de lui remettre les faveurs de la nuit. Tant pis, elle se réveillerait la tête contre le plancher avec une abominable gueule de bois. Et c’était peu de le dire…

Quittant l’établissement, je sillonnais les rues, inspectant quelques énergumènes curieux, lorsque je pris conscience d’une erreur indigeste commise un rien plus tôt. En effet, la jeune femme assoupie dans ma chambrée n’était nulle autre que la fille du tenancier. Raison pour laquelle un individu me coursait, pelle à la main, vociférant des injures ne manquant pas d’originalités.

-Débris de semoule ! Vagabond de varices ! Pustule d’anus en pagaille ! Tu n’emportera pas le souillage de ma fille dans ta tombe, sache-le !

Soupirant, je devais reconnaître la faille béante de cette nuit de folie. Désireux de passer inaperçu, j’avais entrepris contre mon gré le juste opposé de cette manœuvre. Un fou me pourchassait en brandissant une pelle sous le regard interloqué de nombreux observateurs, attirant par la même occasion, tous les bambins des alentours.

-Ecartes-toi manant où tu risques de t’en mordre les doigts ! risquais-je vainement. Il était rouge pivoine, contrastant avec sa tunique blanche, maculée d’une graisse poisseuse. Brandissant sa pelle, tel un forcené, il hurla rageusement.

-M’en mordre les doigts ? M’en mordre les doigts ?! c’est les tiens qui vont y passer, car je vais te les enfoncer profondément dans ton CUL !!

Le pouilleux se rua mollement et percuta mon torse d’une poussée malhabile. Les conditions précaires de la situation me poussaient à la tempérance. Tout d’abord, si je tuais cet homme, la milice me débusquerait et je finirais mes jours à croupir dans un trou. Ensuite, il justifiait son acte pour défendre l’honneur de son enfant, malgré sa manifeste et évidente dépravation.

La suite des évènements se déroula dans un embarras des plus navrant. Esquivant les assauts de l’aubergiste, j’en vins à reculer jusqu’à percuter un enfant de plein fouet. La tête du môme dégusta violemment les pavés, instaurant l’effroi parmi les habitants. Malgré l’évidence d’une faute involontaire, les citoyens me considéraient comme un être malavisé. Rire nerveux. Dans toute cette fournaise de créatures hostiles, je subissais l’infortune d‘un quartier éprit de susceptibilité, outrés par la moindre incartade.
Je balbutiais des excuses au petit garçon, pour ne pas exciter le pétrin à retardement qui ne cessait de me soumettre à son sarcasme. Bien sur, qui frôle le gouffre touche le fond. L’inverse tenant du miracle, l’aubergiste beugla à la cantonade.

-Ce fils de chien a violé ma fille et maintenant il s’en prend à un gosse, chopons-le !

Quoi ?! Mais jamais je n’aurais abusée d’elle ! Puis ce n’est pas comme si j’en avais besoin ! pour ne pas manquer de mordant, je ne fit guère preuve de délicatesse en rétorquant : « Si violer une fille c’est la laisser me séduire, alors toutes les femmes de ce village sont mes victimes ! »

Erreur fatale… mettant en péril la masculinité des époux que j’insultais ouvertement, encore une fois par simple maladresse, ils se ruèrent d’un bond, me clouant au sol alors que je me débattais frénétiquement, entravé par l’humiliation. Lorsque j’en vins à trouver mon salut, dans cette journée infernale qui ne ressemblait plus qu’à un comte grotesque, dont j’étais le plus grand bouffon de l’histoire. Pourquoi les évènements prenaient-ils une tournure aussi lamentable ? C’était déplorable, à tel point que ma seule ambition n’était que de prendre mes jambes à mon cou et fuir la réputation ridicule que je venais de tristement m’infliger. Ce que je fis non sans mal. Après maintes luttes désespérées, mes mains effleurèrent un objet, m’offrant l’opportunité de pourfendre le visage de mon agresseur. Bien que… j’ignorais que l’objet en question pouvait pousser des cris, cesser de geindre par son coté chétif et maudire ma personne à tout jamais… Un indice ? C’est petit, insignifiant, mignon et sa crie plaintivement à tout va pour un rien. Je venais… non ce n’était pas possible, mais si, je venais d’utiliser un nourrisson à défaut d’une arme, de la même façon qu’on exploite un Morgenstern pour fracasser un géant. Comment avais-je pu commettre une méprise aussi grossière ? Je vivais un cauchemar dont je patientais cruellement le réveil.
Me redressant maladroitement, mes jambes prirent le pas sur ma raison lorsque je détalai à toute allure, poursuivit par la moitié du quartier armé jusqu’aux dents. Hélas, je trébuchai lourdement au contact d’un morceau de bois, dévalant en roulée-bouée la pente en m’expulsant sur un étale où je percutais brutalement un marchand. Celui-ci, par la violence du choc fut affranchi dans la fonderie d’un forgeron, situé à sa droite. Portant les mains dans ma toison, je n’en croyais pas mes yeux. Comment pouvait-on manquer à ce point de chance ? Je continuais ma course, cette fois dans l’intention de semer non pas les villageois, mais toute la garnison à mes trousses. Le portail massif de sortie m’apparut comme une délivrance. Je plongeais en son seuil, nimbé d’une vive lumière blanche.
Le corps complètement engourdi, je me redressai, me retrouvant face à un homme des plus insolites. Un ange aux ailes d’ébènes dont les yeux rouges me scrutaient tristement, sa toison blanche ondulait de gauche à droite, poussée par la puissance des éléments qui se déchainaient contre lui. Il leva une main au ciel et de celle-ci jailli une sphère d’énergie sombre investie d’une inquiétante lueur orangée. Plaçant mes mains devant mon visage afin de minimiser les dégâts, je fus secoué d’une décharge mortelle.
Une fraction coruscante, la douleur vive s’estompait, rattrapé par mon raisonnement vivifié. Le souffle saccadé, je perlais de sueur. Le calme avait remplacé la tempête, toute cette supercherie n’était qu’un rêve.


***

-Et bien, tu t’es enfin extirpé de la poigne avide de Morphée…

La voix caverneuse regorgeant d’un mystère que je ne parvenais à résoudre m’instaurait une certaine méfiance, une pression indescriptible qui me nouait les entrailles. Qui était cet homme ?
Les flammes du campement m’empêchaient de distinguer ses traits et la fièvre m’inhibait toute forme de concentration. J’en vins toutefois à penser que je ne serais déjà plus de ce monde s’il avait eu pour intention de me tuer.

-Ou Suis-je ? L’interrogeais-je, le crâne tuméfié d’une cuisante douleur frontale.
Tentant de me redresser, mes côtes me ramenèrent aux calmes, m’enfonçant dans ma paillasse où l’épuisement prit lourdement le dessus.

-Ceci n’a pas d’importance, tu es en sécurité désormais.

L’ennui, c’est qu’en dépit de ses belles paroles, j’ignorais vraiment où j’étais et le trouble qui en découlait ne pourrait étancher sa soif de compréhension qu’après quelques révélations. Un repère me permettrait au moins de recomposer les derniers évènements qui échappait honteusement à ma réalité. Il sembla remarquer mon désarroi lorsqu’il vint à ma portée, glissant entre mes lèvres une concoction au gout âcre et salé.

-Tu as été malmené. D’après tes agresseurs, tu cherchais quelqu’un.

Une menace palpable assombrissait ses traits assassins, comme si mon destin dépendrait de la réponse que je lui donnerais. Je n’avais aucune raison de mentir, car après tout, le forgeron que je recherchais ne représentait rien pour moi, sinon un étranger.

-Avant que vous ne songiez à me saigner comme un porc, fis-je, constatant sa main en retrait, me laissant présager qu’il portait un poignard, «sachez que je n’ai aucune intention déplacée. Mon but n’étant que de trouver des réponses et l’homme que je recherche pourra sans doute me les fournir. Rien de plus… »

Mon sauveur demeurait indiscernable, voilé par la pénombre. Ce mystère réitérait la méfiance que je lui portais. Visiblement, il patientait une réponse moins évasive, plus concrète. Un être avisé, j’en avais la conviction.

-Je recherche Ron Berku, promesse que j’ai fais à mon père.

Cette révélation figea l’inconnu qui pour des raisons incertaines scruta un pendentif dans un alliage obscur, serti d’une gemme minuscule et opalescente en son centre. Il soupira longuement et je pus enfin entrevoir son visage, car à présent penché sur un flan, les flammes dessinaient ses traits dans une ambiance mordorée.
Il portait de longs cheveux blancs décolorés par le vieillissement, alors que son visage marbré d’ébène, reflétait ses origines douteuses… un drushii. Ses oreilles fines et élancées étaient percées de plusieurs barres métalliques. Je demeurais subjugué par ses étranges iris, d’un or flamboyant alors que ses pupilles dessinaient presque une étoile ésotérique. Il dégageait un charisme ineffable, nimbé d’une aura de puissance qui me rappelait celle du roi meute. Une mince cicatrice blanchissait le bas de son visage, partant de la base de son menton pour finir à la naissance des pommettes. Sa tunique mêlant le bleu sombre du crépuscule et de la nuit s’armait d’un fourreau à la taille, d’un ouvrage chimérique. Je pouvais entrevoir la garde, le manche et le pommeau, du même alliage que son pendentif, traçant des courbes rappelant les serres incurvées d’un dragon. Cet homme, j’en avais la conviction, était Ron Berku, le légendaire forgeron aux lames noires.

-Vous êtes… commençais-je afin d’affirmer définitivement mes convictions, mais il me stoppa dans mon élan en redressant la paume en guise d’interlude.

-Economise ta salive, tu sais qui je suis… souffla-t-il gravement toujours plongé dans ses réflexions qui visiblement, lui torturaient l’esprit.

J’ignorais comment réagir, il était censé me guider, je ne savais même pas comment rompre ce silence qui opprimait mes sens. Cet individu, ne faisait que confirmer les dires de mon père, il me plongeait dans les remords du passé. Car à cause de mon manque cruel de confiance, j’avais causé la mort de ma mère et ma sœur avait disparue… Tout ça, n’était le fruit que de mon insolence, qui m’avait empêché d’écouter le sens profond des paroles du roi meute. A présent que j’en payais le prix, j’ignorais comment faire face au maître des lames noires, qui j’en étais sûr, était le seul à pouvoir me venir en aide.

-Raizen Heart… Tu as donc fini par être rattrapé par ton destin.. Murmura Ron, me foudroyant d’une drôle de sensation à l’évocation de ce nom que je n’osais jamais articuler, celui de mon père.

Soudainement, le forgeron railla dans sa barbe grisonnante avant de reprendre son sérieux pour finalement river son regard dans le mien. Cet échange me glaça les sangs, il n’entrait absolument pas dans ma catégorie. C’était un être éblouissant, puissant dont le regard aurait pu agenouiller les membres de l’ultime alliance.

-Tu es donc son descendant… Croc Noir, tel qu’il avait promis d’appeler sa progéniture.. Analysa-t-il à juste titre, ne cessant d’ébranler mon calme, brûlant mes entrailles d’un feu mystérieux, et d’une force nouvelle que je ne définissais point.
« Oui, cela ne fait aucun doute. Les yeux gris des Lugar, les traits fins des Heart. Et plus encore… le feu noir qui sommeil en toi, plus profondément que le loup qui régit ton instinct… »

Je ne parvenais à saisir le sens de sa dernière phrase, mais je ne m’autorisais pas à l’interrompre. Il était le sage dont j’avais besoin, la lumière au bout du tunnel sombre dans lequel mon destin s’était consumé.

-Puisque tu es arrivé jusqu’ici et par le serment que j’ai fait à ton père… tu seras mon disciple Croc Noir, tu seras… ma lame noire…


Dernière édition par Cronose le Mar 31 Juil - 8:10, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 20 Avr - 1:05

Chapitre 3 Les lames jumelles



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La rencontre de Ron Berku m’avait bouleversé à un point que je ne soupçonnais pas. Il était parvenu à chasser mes fantômes du passé, à me ramener à des objectifs concrets qui éveillaient en moi la fougue de la meute. Contrairement à mon père, il ne tolérait aucune forme d’insolence et j'initiais auprès de ce mentor la voie de la pondération. Lourde tâche que je n’étais pas en mesure de dompter, car en effet, j’étais encore trop jeune pour suivre la sagesse de mon vieux maître. Cependant, en dépit de ce domaine où je ne brillais pas, il fit de moi un redoutable bretteur, plus puissant que je n’aurais pu le devenir auprès de mes congénères. J’étais sur la voie pour devenir une Lame Noire, passant mes journées à méditer, à contrôler le flux et l’instinct ; neutraliser des pièges, les saboter et les remettre en place ; concocter des poisons, les identifier et les reconnaître ; apprendre les techniques à l’épée, aux armes improvisées ainsi qu’à l’arc et aux lancés de dagues. Ainsi, j’enchainais vigoureusement les disciplines. Poussant toujours plus loin les limites, me retranchant à plusieurs reprises au seuil de la mort, afin de préparer mon corps aux pires menaces.

Ron était un guerrier absolu, d’une polyvalence déconcertante, excellant dans tous les domaines. C’était un mentor strict mais plein de bonnes intentions, il ne m’épargnait pas, il voulait faire de moi une arme parfaite, à la hauteur des espérances du roi meute, qui je l’avais appris au cours de brèves conversations privées avec le forgeron, n’était pas simplement lié aux Canians et qu’il disposait d’un plus grand pouvoir que laissait sous-entendre les apparences. Un trait que Ron partageait conjointement avec lui. Cette découverte m’avait revigoré d’une volonté d’acier, mon père était devenu une légende, Ron l’était également, que m’empêchait-il de le devenir ?

J’avais donc poursuivi mon ascension au pouvoir. Pendant plus d’un an, je demeurais sédentarisé en compagnie du forgeron qui pendant mes exercices en solitaire, rejoignait son atelier en haut d’une colline, dans l’antre dissimulée d’une cascade quelque-part aux alentours des monts avoisinant Port-Abysse.
Parfois, il nous arrivait de quitter les lieux à de rares reprises pour ne pas perdre de vue les coutumes et civilités d’usages. C’était surtout un prétexte pour nous permettre d’accomplir quelques missions, parfois secrètes, parfois de plein front. Un moyen fiable de vérifier les progrès dont je faisais preuve. Tout ce déroulait à merveille lorsque Ron bouleversa mon rythme en réclamant ma venue dans son bureau.

Après tout le temps passé en compagnie de l’elfe noir, je n’avais jamais pu fouler ses appartements, il était plutôt discret et jamais il ne m’autorisait à en connaître davantage sur lui ou le roi meute. Malgré mes insistances, il demeurait fermé. Avec le temps j’avais fini par céder, je ne l’interrogeais plus des questions qui ne cessaient de me revenir à l’esprit. Je devais me soumettre à sa volonté, abdiquer à cette soif de connaissance.

Suivant l’elfe noir dans un dédalle de galeries souterraines, il m’incita à l’arrêt, consultant un mur qui ne débouchait dans aucune direction. Bref, un cul de sac... Cependant, il posa une paume sur la pierre brunâtre, ses ongles lézardés par l’usure trifouillant des stries. Les yeux clos, il marmonnait quelques borborygmes insondables. A la fin de sa prière, la roche vibra, saccadant mes rotules d’une secousse intangible. Puis la pierre pénétra lentement la brèche en contrebas, libérant un passage insoupçonné.

Le couloir agrémenté de plusieurs torches nous menait dans une suite opulente. Des tapisseries recouvraient les surfaces dulcifiées, réchauffant la pièce de quelques couleurs exprimées par les mains déliées de plusieurs peintres. Celles-ci retraçaient des faits historiques surpassant littéralement mes connaissances. Des fourrures jonchaient le dallage veiné. Un trait atypique de l’elfe noir aux prédilections plus raffinées. Hormis ce détail, des étagères se couvraient d’ouvrages, de meubles variés dont son fameux bureau en chêne étalant parchemins, encres et autres babioles sans importances. Il prit place derrière celui-ci, m’invitant à m’assoir sur un fauteuil à disposition.

-Tu as progressé, à tel point que j’aimerai t’initier aux lames noires. Tes méditations sur le flux ont pris des proportions congrues à cet enseignement. Mais il y a un risque, tu pourrais en perdre la raison, où subir un traumatisme voir même la mort. Si ton esprit n’est pas en mesure de supporter mes inventions, c’est perdu d’avance. Alors, te considères-tu prêt ? C’est un art qui requiert plusieurs heures de supplices, pourras-tu y faire face ?

Je scrutai un instant ses yeux mordorés essayant d’y discerner un doute qu’il ne manifestait pas, les traits marbrés d’un voile impénétrable, comme toujours.

-Je suis prêts à m’y risquer…» dis-je dans l’ignorance, rongé par une certaine appréhension. En étais-je réellement capable ? Il discerna mon conflit intérieur et tenta de me rassurer. «Tu es venu à bout de tous les défis. Devenir une Lame Noire ne prend son sens que lorsqu’on s’y consume corps et âme. Il est vrai que tu pourrais y laisser la vie, mais tu progresses vite, tu as déjà vécu des situations troublantes qui ont ratifié ton esprit et tout comme ton père, tu disposes du feu noir. En faisant preuve de détermination, en conservant ton sang froid et en supportant le supplices, tu domptera l’alliage. Tout ne dépend plus que de toi.

-Si mon père y est parvenu, je dois le faire à mon tour. De plus, vous m’avez dit un soir que j’étais le catalyseur antipodique, l’élément qui empêcherait l’accomplissement de la prophétie. Si devenir une Lame Noir n’est qu’une étape dans mon parcours, alors je dois en venir à bout, sans quoi mes efforts auront été vain…


-Je conçois ta détermination, elle pourra s’avérer judicieuse dans les moments difficiles. Suis moi, ton épreuve va commencer…

Se redressant, il contourna son bureau pour prendre place à l’avant d’une bibliothèque. Consultant les ouvrages, ses doigts élancés posèrent leurs empruntes sur un volume quelconque, provoquant un cliquetis qui déroula un nouveau pan de mur. Décidément, le forgeron ne cessait de me surprendre ! Un don rare qui le sciait parfaitement dans le rôle sournois d’un roublard. S’enfonçant dans l’embouchure, j’avançais à tâtons, car dépourvu de clarté je ne pouvais me fier qu’à mon sens du touché. Le drushii ignorait sans doute que les lycanthropes ne témoignaient pas d’une vision absolue à l’obscurité, puisqu’il cheminait à bon rythme, comme s’il était en plein jour.
Mais certes, ceci était sans importance puisque nous faisions qu’avancer en ligne droite, jusqu’à nous immobiliser devant une porte qu’il déverrouilla en tournoyant un mécanisme giratoire.

Je découvrai enfin cette pièce mystérieuse, sensiblement éclairée d’un globe en verre imprégné d’un nuage d’argent vaseux et en perpétuel mouvement. Les lieux se délimitaient par carrés de pierre dont la surface gigantesque cueillait de prodigieux piliers. Des gravures sillonnaient ces merveilles, parcourant leur longueur comme du lierre. Silencieux, je suivais mon mentor tout en accédant au centre du sanctuaire où se nichait une remarquable statue dont les mains tendues exposaient une enclume investie par la création d’un sabre d’ébène pourvu de deux lames symétriques.

-Je te présente les lames jumelles. L’un de mes précieux ouvrage. Elle a déjà bravé des dangers que tu n’oses imaginer. Mon fils Vamp me l’a ramené pour que j’y applique des modifications. Mais avec ton récent apprentissage, je n’ai pas eu le temps de finir l’enchantement et de renforcer ses lames. Elle en devient donc moins risquée à manier mais elle te permettra de t’exercer afin de parfaire ton initiation en tant que Lame Noire.

Je demeurai subjugué par sa beauté. Elle était parfaite, dans l’alliage noir que seul Ron était en mesure de forger, un réceptacle permettant d’y imprégner la puissance du feu noir. Malgré la faible clarté, je pouvais entrevoir mon reflet dans ces lames doubles qui je le ressentai, opposaient leurs volontés à mon usage.

-Elle est très capricieuse et elle n’obéit qu’à Vamp. Cependant, cela n’influence pas les risques du danger, c’est juste que tu ne pourras jamais t’en servir comme le légitime propriétaire mais si tu parviens à la manier ne serait-ce qu’un peu, c’est que tu seras sur la voie pour devenir une Lame Noire.

J’écoutai ces sages paroles tout en réalisant que Ron ne m’avait jamais parlé de son fils. Une réalité qui confirmait sa discrétion en conflit avec la réputation qui le précédait.

-Te sens-tu prêt ? Si oui je te laisse te concentrer. Si je reste dans cette pièce je risque d’interférer à la connexion de ton flux. Je laisse à ta disposition ces herbes et potions, pour que tu puisses récupérer rapidement après l’effort. Tâche de ne pas trop en faire, s’extirper d’une Lame Noire reste complexe et si tu t’y prends trop tard, elle absorbera toute ta vitalité jusqu’à t’amener dans le royaume des morts…

J’acquiesçai en silence, mon regard projeté contre la surface miroitante des Lames Jumelle, charmé par sa splendeur infinie et son oppressante soif de destruction. Tous mes efforts n’avaient pour but que d’en arriver là, elle ne ferait qu’accroître considérablement ma puissance. La voix de Ron Berku résonnait à travers toute la pièce, me prévenant d’une ultime citation.

-La réussite ne dépend pas seulement de ta volonté mais de ta détermination. Ne laisse pas l’épée te guider. Non tienne, elle te fera perdre le chemin de la raison…

Ses pas se répercutèrent à mon esprit jusqu’à se dissiper dans l’ombre, m’autorisant à entreprendre mon voyage vers l’acier. Ma main se redressa lentement, je la plaçai méticuleusement au dessus des lames jumelles. Le temps d’un soupir, mes paupières s’alourdirent, laissant ma peaume descendre en douceur. Mon souffle ne devint plus que murmure, mes sens en éveils, la méditation suivait son cours.
Assit, les jambes repliées sur elles-mêmes, j’avais laissé ma main en suspend, je n’avais plus de notions du temps mais j’avais déjà écoulé de précieuses minutes à pourfendre la réalité pour m’engouffrer aux limbes éternelles des fondes damnées. Les lames agissaient comme des aimants. L’une me repoussait alors que l’autre exerçait une attractivité fascinante. La corruptrice me captait, s’emparant de ma naïveté devenue infantile pour emporter mon flux dans une abrogation fascinante mais pas moins redoutable. Résistant à son accolade envenimée, je m’écartais en épousant l’instinct de survie, celui-ci m’effleurait pour ensuite me confier à la méfiance. Même si mes désirs s’orientaient pour la jumelle tentatrice, à force de volonté et de persévérance, je revins vers celle qui me repoussait, opposant mon esprit au sien.
Ma main peinait à effleurer sa surface, contraignant mon esprit à intensifier ma concentration, dévastant les chaînes délimitant l’esprit de l’enveloppe. Dès lors, ma tête fut martelée d’une onde fulgurante, baignant la commissure de mes lèvres d’une mince ligne rougeoyante, torsadée par son écoulement soudain.

Toutefois, mes doigts ne prorogeaient plus leurs positions, effleurant la lame dans une fraction évanescente autrement nommée rénitence. L’instant suivant cette rénitence m’abandonnait au contact foudroyant et déchirant de la jumelle, parcourant ma colonne vertébrale pour venir violenter mon esprit d’une rude secousse. La douleur insoutenable brisa le flux et je fus emporté dans les eaux sombres de son âme, incapable de relier ma conscience à la réalité…

Débridant mes paupières, un voile brumeux occulta mon environnement, ne me laissant qu’entrevoir le dallage glacial sur lequel je gisais. L’astringence du sang enlisait ma langue et obstruait mes narines, m’empêchant d’exhaler mon souffle en suffisance.
Mes coudes se redressaient alors que je poussai des paumes pour me relever. Fébrilement je m’appuyai sur mes jambes qui me portèrent péniblement. J’avançai en direction des potions et des plantes que m’avait soigneusement disposé Ron afin de veiller à mon rétablissement. Je mâchai délicatement les feuilles de grégoise tout en absorbant la mixture d’une fiole. Le mélange m’ôta une immonde grimace, suivie d’un râle de dégout. Je quittai alors le sanctuaire pour rejoindre mon lit qui m’accueillit à bras ouverts.

Les jours suivants, j’en vins au même résultat, à tel point que Ron scella le sanctuaire après une semaine où il considérait que mon corps et mon âme ne pourrait plus supporter de tels supplices. Je me retrouvais donc en convalescence, patientant l’occasion de retourner dans le sanctuaire, car en dépit du tourment, je commençai à saisir le moyen d’atteindre les lames jumelles.
Un jour, alors que je savourai la bise du matin, j’entrai en communion avec la nature, le flux découlait en moi dans une parfaite sérénité. Mais un élément extérieur déstabilisa ma méditation, me ramenant au forgeron qui me gronda sèchement.

-Imbécile ! Je t’ai dis de récupérer et toi tu dépenses ton énergie en méditant. Si tu veux devenir une Lame Noire, il va falloir te montrer patient et cesser toutes activités afin de rétablir ton corps !

-Maître, je ne fais que parfaire ma liaison au flux et je me sens bien, croyez-moi.


-Ce n’est pas parce que tu te sens bien que tu es forcément en état pour méditer ! Maintenant va te reposer si tu ne veux pas servir de pâture aux charognards !

J’acceptai, puisque de toute évidence, il ne cesserait pas de me surveiller. Ce qu’il n’avait pas l’air de comprendre c’est qu’en tant que lycanthrope, je récupérais prématurément, bien plus vigoureux que toutes autres créatures. Mais comme s’il lisait dans mes pensées, il me balança à la volée.

-Tu as beau être un lycan, ça n’empêche que ton esprit ne régénère pas plus vite qu’un autre alors file te coucher ou je t’enferme dans une cage et on verra si t’oseras encore méditer !

Bien sûr j’ignorai cette remarque, car tôt le lendemain je repris ma concentration, me nimbant de l’aura véhiculée par le flux. Après quelques brèves minutes, j’en fus extirpé brutalement, car Ron m’empoignait par la toison vociférant des insultes.

-Par mille enclumes, tu te fiches de moi ?! Espèce de cabot, je vais t’apprendre la discipline !

Il me trainait par la toison, brûlant mon crâne d’une vive douleur. Tentant de me débattre, je finis par attraper son bras et d’un mouvement sec, le fis trébucher. Ron bascula tête en avant et dégusta la verdure. Serrant les dents, je redoutai les représailles et pris donc mes jambes à mon cou. Mes blessures m’inhibaient toute forme d’échappatoire, claudiquant, je pus le sentir derrière moi, coupant la distance qui nous séparait avant de me plonger au sol. Le souffle coupé, je souffrais le martyre alors qu’il me liait les mains dans le dos. Puis, sans effort, il me porta sur ses épaules avant de s’approcher de la cage qu’il avait minutieusement disposé à quelques toises de là.

-Vous n’êtes pas sérieux, vous avez réellement anticipé ce que j’allais faire ?

Haletant, il mit un certain temps à répondre.

-En même temps ce n’était pas difficile de prévoir ta balourdise ! Cette fois c’est fini les conneries, je te tiens à l’œil ! et sur cette remarque, il me jeta lourdement dans la cage. Je m’accrochais à ses jambes pour l’empêcher de m’enfermer mais il se débattait en me ruant de coups de pieds. Puis, la douleur des lames jumelles me rattrapa et je cédai, lui offrant la possibilité de faire de moi son gibier, tout simplement privé de mouvements, dans cette boîte en fer ridicule.

Après quatre jours, les membres ankylosés par ma position bancale, piqué par les moustiques et la peau rongée par quelques coups de soleil, j’en vins à regretter mon affront. Ron m’observait la journée, savourant quelques mets sous mon nez en me lançant des morceaux de pains secs. Pour ce qui était de m’abreuver, il s’approchait de ma cage avant de me balancer un seau dans la figure, gloussant dans sa barbe en prétendant que ça me divertirait de lécher ma peau. La nuit ne se déroulait pas plus agréablement, le froid m’empêchait de dormir pleinement et des parasites venaient me piquer inlassablement.

Considérant ma peine assez longue, il me libéra, affirmant que je n’avais plus à le défier, ce qui n’était pas dans mon intention, du moins, pas pour le moment. Car en effet je comptais me venger, dés que j’aurais atteint mon objectif… canaliser l’énergie négative des lames noires. Une fois cette quête accomplie, je pourrais quitter ces lieues tout en lui rendant la monnaie de sa pièce.

Mais préservant mes nerfs, j’en vint à me délecter d’un bon repas et m’allongeait dans un bon lit où je pus estimer le confort d’une véritable nuit de sommeil.



Dernière édition par Cronose le Mer 1 Aoû - 22:18, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 20 Avr - 3:43

Chapitre 4 Vamp dit Lamenoire



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Ma convalescence stimulait une nonchalance non feinte, d’où je me prélassais de lecture sous la désinvolture des flammèches. L’âtre du séjour me transmettait une certaine apathie, je n’avais envie de rien, sinon de flâner à longueur de journées. Fort heureusement, le forgeron n’en fit rien, considérant que mon corps avait besoin de repos. Puis, il n’était que trop souvent absent, confiné dans sa forge à certainement poursuivre l’enchantement et la fabrication de reliques et autres arsenaux.

Alors que je consultais les pages d’un bouquin historique, retraçant les aventures épiques du Capitaine Sanglant, je perçu un bruit provenant de la pièce adjacente au salon.

-Maître Berku ? Sollicitais-je, n’identifiant pas sa démarche impassible. Intrigué, je me redressai, analysant la pièce dans ses moindres recoins pour y déceler un quelconque arsenal. Mes yeux vagabondèrent pour finalement s’attarder sur le râtelier de la cheminée. Je m’emparais de celui-ci avant de consulter la porte qui se débridait lentement, m’ouvrant la vue à un homme que je n’eu aucun mal à identifier.
D’origine analogue à mon maître, le drushii portait ces mêmes cheveux blancs caractéristiques, cascadant par l’encolure d’une capuche. Ses traits fins et plein d’arrogance me certifiaient une trempe d’âge inférieur à mon mentor. Tout comme celui-ci, ses yeux mordorés brillaient d’une lueur intense, intimidant quiconque se risquait à les sonder. Enfin quiconque, je n’entrai évidemment pas dans cette conception. Nous étions donc figé dans la scrutation de l’un l’autre. Lui, consultait ma contenance musculeuse et toujours en croissance alors que j’analysais son attirail de poignards, dépassant de son long manteau crépuscule. Il prit la parole d’un ton dédaigneux

-Qui es-tu ?

Doué pour briser la glace celui-là… mais je n’avais que faire du fils de Berku, je n’étais là que pour appliquer la volonté du roi meute. Rien de plus. Un moyen simple d’acquérir pouvoir et connaissances.

-Cronose… fis-je, non désireux d’afficher mon titre Canian. Depuis l’abandon de mon clan, il me seyait de reformuler la signification de mon pseudonyme.

-Cronose ? fu ! fu ! fu ! Je me fiche de ton nom, dis-moi plutôt ce que tu fais ici, avant que ta réponse ne se transforme en supplice.

Je soupirai d’agacement, quand bien même était-il en droit de me questionner, il empestait le complexe de supériorité. Je fis pourtant preuve de patience, en me détournant de sa succincte provocation afin de lui fournir une raison neutre à ma présence.

-Ron Berku fait de moi une Lame Noire. Je suis ici pour bénéficier de son enseignement.

-Quoi ?!! Il écarquillait les yeux, abasourdi par cette nouvelle qui ne lui plaisait manifestement pas. «Dis moi où se trouve le vieux forgeron, j’ai deux mots à lui dire ! »

-Dans son atelier, mais tu devrais…. Il ne me laissa pas le temps de finir, m’étalant son dos avant de s’éclipser. J’emboitai son pas, ne le perdant guère de vue alors qu’il pénétrait la forge. Je pus reconnaître la voix du vieil elfe noir saluant son fils solennellement. Dérouté, je devais toutefois reconnaître que pour un elfe, les sentiments ne se manifestaient pas avec la chaleur d’une autre ethnie, d’autant qu’il s’agissait là d’elfes noirs.

-Père, ne me dis pas que tu as un apprenti.. Le secret des lames noires est à nous, ce n’est pas la peine d’en faire l’étale à tous les pouilleux du coin !

L’injure m’irrita sèchement. Pour qui se prenait-il ? Mes poings se serraient, s’il osait me traiter à nouveau, il en ferait l’usage.

-Vamp tu ne peux pas comprendre. C’est une exception, tu sais très bien que je ne tolère personne habituellement mais c’est le fils d’un ami.

-Un ami mais qui ? et puis, quelle importance ? Il n’a rien à faire ici..

-C’est le fils de Raizen te dis-je ! L’un de mes quatre compagnons d’antan avec Lutar. Alors cesse de m’importuné où tes lames jumelles tu pourras encore les attendre !

-Quoi ?! Non mais c’est une plaisanterie ?! tu ne vas pas me dire que tu n’as pas encore fini ?! Bouge-toi vieillard où ça sera la dernière de mes visi…. Argh !

L’espace d’une seconde et Ron Berku se tenait face à son fils. D’une poigne affirmée il le suspendit par la gorge avant de le larguer contre un mur.

-Ne t’avise plus jamais de me défier.

Déconcerté, je découvrais une facette de Ron en mesure de pourfendre la volonté des dieux. Le regard patibulaire, il n’inspirait que crainte, me réconfortant à l’idée de n’avoir jamais eu le toupet de le provoquer à ce point. Vamp semblait également peser le poids de sa menace mais plein de confiance il explosa de rire puis se calma avant de sortir des excuses assez plates qui, j’avais l’impression, le blessait dans son orgueil. Un trait que l’on partageait en commun, bien que mon ego n’était pas aussi sensible que le sien. Curieux personnage… Curieuse rencontre…
Son père l’avait relâché et reprenait ses occupations, comme si rien ne s’était produit auparavant. Vamp scruta son père avant d’hausser les épaules.

-Bon… explique moi au moins la raison réelle de sa venue, je sais que tu me caches quelque-chose, vieux filou. Pire encore, pourquoi mon sabre n’est-il guère encore prêt et où est-il, je ne le vois pas ?

Ron cessa de marteler l’acier pour soupirer un bon coup, il lui fit signe de le suivre dans son bureau où il me conviait de le rejoindre d’un signe de la main, alors que son fils m’ignora superbement. Une fois dans les appartements du forgeron, Vamp s’installa dans le fauteuil après s’être emparé d’une bouteille de vin dont il déversa le contenu dans une coupe en verre.
Pour ma part, je m’adossais à un meuble, les bras croisés. J’ignorais pourquoi je devais également faire part de présence, mais Ron n’allait sûrement pas tarder à me le faire comprendre.

-Bon… fit-justement celui-ci, s’installant dans son énorme siège avant de joindre ses deux mains pour ajuster ses réflexions.

-Tes lames Jumelles ne sont pas prêtes car ce jeune homme que l’on appel Croc…nose, m’a occupé en suffisance et je n’ai pu terminé les ajustements.

Vamp commençait à trembler, les nerfs à vif, il ne prit toutefois pas la peine de me consulter. « Fu ! tu ferais donc mieux de t’y mettre, tu sais pertinemment que j’ai d’autres choses à faire… »

Ron lui jeta un œil sévère, mais il revint vite à une indulgence singulière, ce n’était pas son genre d’accepter l’insolence, mais son fils devait être l’exception qui déroge à la règle.

-Soit… Si je l’ai pris pour disciple c’est parce qu’il était destiné à devenir une Lame Noire, c’est une demande qui remonte de loin, tellement loin que tu n’étais encore qu’un môme à l’époque…

Vamp fit danser ses doigts, comme s’il trouvait la force intérieure d’accepter cette nouvelle. Personnellement je le trouvais d’une grossièreté sans pareille, après tout, il n’avait aucunement le droit d’interférer dans mes affaires et celles de son père.

-Il va donc suivre mon enseignement jusqu’à terme et tu n’as pas ton mot à dire…

-Oui certes, fit Vamp, avant de revenir au sujet qui semblait vraiment l’importunité… « Maintenant dis-moi, où se trouve les lames jumelles ? »

Son père hésitait, figé dans une posture inquiétante qui me fit froid dans le dos, il appréhendait la réaction de son fils, pour moi c’était une première, je ne l’avais jamais vu dans cet état. La réponse fut pourtant brève, je n’en compris le sens que plus tard..

-Dans le sanctuaire…

Vamp débrida totalement ses paupières, se leva de son siège avant de frapper la table du poing.

-Quoi ?! Mais tu n’as pas le droit ! Ce qui veux dire… ce qui veux dire… que tu l’as laissé s’entrainer avec mon sabre, mes lames Jumelles ?!!!

Il frappa une nouvelle fois la surface boisée, provoquant une cassure ayant prit la forme de son poing. Ron portait la main à son front apparemment au bord de l’explosion. Mais Vamp lui, semblait totalement hors de lui et tout ça pour son petit morceau d’acier. Je compris également plus tard que sa réaction était tout à fait justifiée car une épée forgée par Ron Berku devenait intimement liée à son possesseur légitime.

-Vamp, ça suffit ! Cette fois, et j’en demeurais complètement abasourdi, une chaleur visible et noirâtre nimbait Ron, comme s’il allait dispenser d’une combustion spontanée. C’était invraisemblable, comme s’il matérialisait son aura. Digne d’une légende où d’un mythe. Cette preuve démentielle de puissance calma Lamenoire qui fit les cent pas, toutefois offusqué par l’injure. L’instant suivant, il prit le passage dissimulé menant au sanctuaire. Revenant après quelques brèves dizaines de secondes, il traversa le bureau pour quitter les lieux. Mais s’arrêtant dans le cadrant, il fit par d’une demande qui sonnait presque comme une menace.

-Mon sabre sera dans ta forge. Demain, je veux y contempler l’état d’avancement et si jamais je la retrouve une nouvelle fois dans le sanctuaire… il remplaça ces derniers mots par une manifestation de feu noir qui me fit comprendre le sens profond du titre honorifique de Lame noire. Il quitta les quartiers de son père, abandonnant celui-ci dans ses réflexions pendant que j’essuyais ma stupéfaction. Je réalisais à quel point… mais vraiment à quel point… j’étais faible et insignifiant. C’était frustrant de le reconnaître et lorsque je croisais le regard de Ron, il m’esquissa un sourire qui me fit tout comprendre… Ma présence n’avait pour but que de me remettre à ma place, de me considérer par rapport aux autres et d’arrêter de prendre tous pour acquis, de m’y remettre sérieusement et de faire preuve de discipline…
Je déglutissais lourdement mon échec, ne cessant de scruter le sol à la recherche d’une échappatoire, il me fallait un moyen de poursuivre mon entrainement mais sans les lames jumelles, j’étais dans l’impasse la plus noire. Des picotements me rongeaient les entrailles, j’étais faible, petit et dans l’incapacité de grandir. Anéanti, je ne cessais de méditer sur les solutions qui ne semblaient pas exister. Ron Berku apposa sa main sur mon épaule avant de s’éclipser, m’abandonnant dans la solitude la plus horrible qui soit…


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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 20 Avr - 5:47

Chapitre 5 Les maîtres épéistes



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Les astres me narguaient, disséminant éclats miroitants ou lueurs opalescentes. Elles prolongeaient ma prostration en défilant des jours durant. Consumée par d’obscures pulsions, mon indignation se manifestait par frappes, insinuées par la poigne de mon cimeterre, taraudant l’enveloppe fébrile de quelques pantins rudimentaires. Haletant, je déposai mon arsenal, scrutant mon affliction dévoilée par la mise en charpies de mes cibles inanimées. Cette démonstration de violence ne me soulageait point, elle accentuait davantage ma soif de puissance. L’esprit obstrué par mon désir vorace, je fus remué d’un sursaut. Le Drushii venait de m’interpeller, méfiance mise en déroute.

-T’acharner sur des pantins ne te permettra pas de progresser. Tu as besoin d’une cible mouvante si tu espères exceller dans l’art du combat.

Je scrutais Lamenoire, regorgeant d’inimitié à son égard. Il me prenait de haut et ce depuis le début. Il ne m’inspirait que mépris et mon désir de lui ôter son air de suffisance ne fit que s'accroître. Je parvins cependant à modérer mon appréhension, il était dangereux et surpassait mes habilités. Cependant, je ne pus m’empêcher d'étioler son arrogance.

-Parce que tu penses vraiment que je ne le sais pas ? Si tu désires tant affirmer ce que tu avances, alors soit, vient donc goûter à mon épée.

-Fu ! fu ! fu ! Tu es bien présomptueux, je vais hâtivement te remettre à ta place…

Il dégaina non pas ses lames jumelles puisque le forgeron s’y attelait, mais plutôt un sabre élémentaire. Par ce manque de perspicacité, il m’offrait l’avantage. Dépourvu de sa Lame Noire, il reprenait la place d’un adversaire sommaire. De plus, il ignorait que j’excellai dans l’art de l’épée. Sur le champ de bataille on me surnommait « Le boucher ». Passé mon enfance à lutter pour ma survie me garantissait la supériorité qui lui faisait aujourd’hui défaut. L’occasion rêvée de lui donner une bonne leçon.

Pointant mon adversaire par ma lame, je jaugeais sa garde absolument infirmée. Encore un signe d’arrogance me procurant l’évidence d’un triomphe. Sa simple posture décontractée m’imprégnait d’une corrosive impulsivité. D’un bond je me retrouvai à un mètre de lui, ma jambe ratifia mon offensive en percutant le sable souplement. D’un mouvement déchaîné, je projetai mon épée d’un coup ample en avant, telle une piqure de rapière. Il me défia jusqu’au bout, reculant prestement avant de relever son sabre, ôtant ma lame d’une parade habile. Il n’était pas mauvais, ce premier échange d’acier me fournissait au moins cette assertion.
Sachant qu’il représentait un certain danger, je reculais d’un pas, m’autorisant à esquiver son contre plus aisément. Me penchant sur un flan tout en ramenant ma lame dans la direction de son sabre, je venais d’éviter une botte mortelle.

-Tu comprends vite… dit-il, mêlant arrogance et flatterie, curieux mélange qui me décrocha un sourire. « Mais voyons ce que vaux ton jeu de jambes… » Il me tournait autour à la façon d’un maître d’arme, une position déroutante pour ceux qui n’étaient guères initiés à cette pratique des plus complexe. J’entrais dans son jeu, formant un arc de cercle, n’usant que des mouvements qui assureraient un équilibre stable et une précision intraitable. Nos regards se mesurèrent alors que le fer frappa à trois reprises. Je contrais à chaque fois, vivement, grisant nos lames d’un cliquetis harmonieux. Ne pouvant plus soutenir ma fougue, je vins frapper à mon tour, deux coups afin qu’il n’anticipe pas la similarité de son offensive. Jolie analyse de ma part, car patientant le troisième échange, il tapa d’un contre qui n’eut aucune portée. J’en profitais pour placer ma lame par dessus la sienne, il eut toutefois le réflexe de se pencher, n’égratignant qu’à peine sa tunique. Un sourire amusé esquissa ses lèvres, il savourait ce duel qui démarrait dans la complaisance d’un adversaire de taille. Toujours en train de se tourner autour, on s’évaluait sans trop saisir d’opportunité, il fallait se mouiller si nous voulions conclure ce combat. Nous en vînmes à frapper simultanément, les lames se frottaient l’une contre l’autre, crachant des fragments d’étincelles entre nos deux visages qui pétillaient d’une lueur guerrière. Puisque ses mouvements m’empêchaient de lutter contre sa poigne, qu’il ajustait à défaut de ma force, nous prîmes nos distances pour mieux rendre nos coups.

Les épées s’entrechoquèrent encore à quatre reprises alors que nos jambes effectuaient que le strict nécessaire afin de cogner pour finalement contrer. L’adrénaline prit l’effet d’une fièvre enivrante, nous montâmes l’ardeur du combat pour en faire un duel à mort. Mes attaques plus violentes les unes que les autres l’obligèrent à jouer d’esquives pour ne point succomber à la violence du choc. Quand à lui, il m’obligeait à mêler parades et mouvements secs car ses coups, bien plus hâtif, déferlaient comme une averse piquante dont la moindre pointe m’aurait couté lésions. Nous en vînmes à foncer l’un sur l’autre pour finalement bondir et recharger, coursant l’adversaire qui reculait en dégageant les assauts pour ensuite revenir à l’affront. Nous continuâmes longuement pendant près de quelques minutes savoureuses où à chaque instant, je manquais d’être tué tout en parvenant presque à le vaincre.

La déferlante pluie d’acier continuait à s’abattre telle une danse infinie, ignorée du temps, dans l’immersion de l’espace. Nos pas nous menèrent jusqu’à un parcours d’entrainement, démarrant par une série d’obstacles mouvants et versatiles. Nous contraignant donc, à prendre l’environnement en compte, conjurant des fléaux d’arme lourd en se penchant tout en se focalisant sur le duel qui faisait rage. J'échappai d’un mécanisme orné de pointes perforantes en effectuant un balayage qui renversa mon adversaire. Mais lorsque je me ruai sur lui pour l’achever, il roula sur le côté, parvenant non seulement à éviter ma lame mais aussi à ne point subir le piège en contrebas qui s’activa, élançant des claymores que je conjurai d’un salto arrière. La lame de Vamp profita de ce répit aérien pour m’atteindre, mais dans ma rotation, je plaçais mon cimeterre en opposition, dégageant son sabre d’une ultime bravade.

Nous continuâmes la confrontation, Vamp tenait en équilibre sur une rambarde et avançait à pas mesurés, alors que je parais ses assauts tout en éludant les obstacles que je connaissais d’instinct. Après une roulade qui mit fin à cette étape du parcours, Vamp tourna dans les airs avant de s’abattre sur moi. Brandissant mon cimeterre au moment péremptoire, cassant la force du coup qui parvins toutefois à m'infléchir. Mais guère vaincu pour autant, je pivotais afin d’éviter une frappe pour finalement reprendre le duel, reculant sous les assailles à répétition de Lamenoire, qui ne m’autorisait qu’à battre le fer à moindre reprises. Considérant ma situation trop passive, je ne frappai plus que d’une main alors que mon bras libre agrippait un morceau de bois rotatif, m’emportant dans sa course folle. Après un tour de manège entier, qui ne dura que quelques secondes, je revins sur ma cible et profitait de la vitesse de propulsion pour l’assener abruptement. Le cimeterre croisa de nouveau l’acier mais le liquide pourpre sur ma lame me certifiait l’accomplissement de mon offensive.

Je perçus un mouvement aux alentours et réalisait que Vamp s’était également risqué sur l’engin qui ne cessait de tourbillonner inlassablement. Le comble, c’est qu’il me défiait en subsistant en équilibre sur l’une de ces fourches giratoires. Je ne pus qu’accepter la galéjade me hissant d’un bras pour me clouer les talons sur le bois. Les fréquentes secousses m’obligeaient à tendre les bras pour affirmer mon équilibre. Mais Lamenoire d’une aisance horrifiante, sautait d’une fourche à l’autre en dépit du mouvement qui ne laissait entrevoir qu’une répétition de poutres séquentielles. Alors que je trouvais mon point de stabilité, il conquit la fourche adjacente à la mienne.

D’un simple échange de regard nous nous comprîmes en tout point et nous savions une chose, ce duel s’achèverait sur ce dernier échange, car batailler sur une si courte distance en plus du mouvement perpétuel, ne nous permettraient pas d’enchainer la lutte encore très longtemps. D’une pulsion accordée, nous bondîmes, se ruant l’un contre l’autre. Vamp traversa l’air de son sabre alors que je pourfendais le vide d’un violent coup horizontal. Dans ma transe, je ne pus percevoir qu’une giclée abondante écarlate, le liquide chaud frappa mon visage tout en déchirant mes muscles d’une douleur cuisante.

Je tombais à terre, balayé par l’engin rotatif qui me percuta l’épaule jusqu’à la déboiter pour finalement m’envoyer valser à plusieurs mètres de là. Me redressant, je constatais les dégâts. Une entaille me brûlait l’estomac alors que l’un de mes avant-bras était déchiré par une lésion si profonde que je pouvais contempler l’os, délogé de son axe. L’adrénaline m’empêchait de ressentir la douleur, mais j’imaginais déjà le supplice qui m’attendait. Pire encore, une sensation désagréable et horrifiante traversa toute ma zone abdominale. Déchirant mon haut à l’aide de mon bras vacant, je pu contempler avec effroi la plaie béante qui laissait répandre mes tripes. J’étais à l’agonie, sans même m’en rendre compte…

L’évanouissement ne parvenait à bout de mon cerveau en ébullition, trop submergé par les sensations fortes qui parcouraient mon corps. Alors que je sentais le voile de l’obscurité s’instaurer sans rien pouvoir y faire, à part appliquer une main sur ma plaie afin d’endiguer l’hémorragie, je pouvais contempler Lamenoire, triomphant de ce duel.

Néanmoins, je ne regrettai rien. J’avais tout donné dans ce combat, je lui avais prouvé ma valeur et flatté mon orgueil. Mais malgré cela, j’aurais aimé profiter d’une revanche, d’une victoire. Un sourire m’emporta dans l’obscurité. En effet, Lamenoire souffrait d’une entaille partant de l’épaule jusqu'à la hanche, marqué d’une profondeur frôlant l’inéluctable. Un semblant de réussite avant de sombrer dans l’oubli…


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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Dim 22 Avr - 23:49

Chapitre 6 Faucheuse



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Les courbes dansaient, élancées d’une chorégraphie à l’éclat confus et nébuleux. Les formes s'agglutinaient parmi les silhouettes dans un voile grisâtre et translucide. Puis et doucement, l’éclat prit une teinte mordorée et crépitait dans son support rouillé. Les courbes à présent inertes dessinaient une voûte agrémentée d’ornements divers tandis que les formes devenues meubles se scindèrent à la silhouette de Ron, installé à mon chevet. Depuis quand étais-je réellement conscient ? Etais-je alité depuis des heures ou des jours ? Même la clepsydre plaquée à la gauche de ma commode n’aurait pu me mettre sur la voie. Une seule chose me paraissait évidente, j’émergeais du lointain, ragaillardi par ma profonde convalescence. La régénération avait suivit son cours et les soins du forgeron m’octroyaient une sensation intense de bien être.

« Si tu n’avais pas disposé de ton don de récupération, tu ne serais plus aujourd’hui… » me transmit Ron, me consultant à la fois surpris par ma pleine vitalité et surtout soulagé de mon rétablissement. D’un regard je balayais la pièce, constatant que tout avait demeuré à sa place, à l’exception des résidus de concoctions pour mes soins, disposées sur une table basse et dégageant un fumet acerbe.

-Maître, où puis-je trouver Lamenoire ? Requérais-je, désireux de m’entretenir avec celui-ci.

Ron plaça une main sur mon front, supposant une fièvre inexistante.
« Il est parti il y a trois jours, quand j’en ai eu terminé avec ses lames jumelles. »

Trois jours ?! mais depuis combien de temps ais-je perdu connaissance ? une réflexion qui me turlupinait assez pour en faire l’étale d’une question.

-Deux semaines. Bien que tes plaies se soient rapidement dissipées, l’infection s’est propagée dans ton corps. Je t’ai ouvert pour purger la suppuration. De plus, ta précédente mésaventure avec les lames jumelles a contribué à la lenteur de ton recouvrement.

A l’évocation de ces évènements je fus pris de révulsion mais n’en tint compte qu’un bref instant. J’avais assez perdu mon temps, il fallait y remédier d’une façon ou d’une autre. Dans l’incapacité de m’exercer avec les lames jumelles, je me relevai de ma couche dans l’intention de prendre l’air frais et méditer quelque peu.

-N’en fait pas trop tout de même. Devina Ron, alors que j’acquiesçais pour finalement entreprendre ma liaison avec le flux.

Les jours se succédèrent dans une amertume insoutenable. Je me contentai de parfaire ma concentration tout en ignorant si cela s’avérait nécessaire ou obsolète. Passade maussade et accablante. Mais un soir, alors que j’achevais ma lecture du Capitaine Sanglant, Ron vint à ma rencontre, bardé d’enthousiasme.

-Cronose ! J’ai quelque chose pour toi, ça devrait te plaire. Je dirais même que tu vas adorer ! S’enflamma-t-il alors qu’il s’engouffrait dans le couloir. Ne tardant à le suivre, il m’emmena jusqu’à la forge où étrangement, la fonderie se nuançait d’une teinte ténébreuse. « Mais ne regarde pas la fonderie sombre idiot, observe moi plutôt ça ! »

D’un geste de la main il me présenta un ouvrage éblouissant. Une Lame Noire flambant neuve. La garde d’une base incurvée s’enveloppait d’une série de trois griffes renversantes. Le manche enveloppé d’un tissage drushii et raffiné, laissait entrevoir un maintien stable et adapté à l’usage de la main, s’achevant d’un pommeau arrondi, formant presque le bec d’un corbeau. La lame dégageant un caractère impulsif et féroce, digne de mon image, s’ornait de quatre incisions circulaires en sa surface inférieure pour aboutir sur une pointe adaptée à l’éventration. La couche supérieure de l’épée, dans l’alliage caractéristique noir de jais propre au forgeron drushii, englobait la partie inférieure, renforçant sa résistance tout en munissant l’arme d’un tranchant dévastateur. En effet, cette couche se rétractait en plusieurs segments pour aboutir sur le sommet de la lame dans une courbe dentelée.

-Alors.. Elle te plait ?

La voix de Ron me parvenait comme un écho lointain, je demeurai subjugué par la finesse du tranchant, par les stries symboliques, véhiculant l’essence même de la lame dans un éclat flamboyant.

-Ron… » J’ignorai comment le remercier, une Lame Noire représentait un sacrifice de soit. En forgeant cette épée, Ron avait opprimé une part de sa magie, il m’en faisait l’honneur. L’instinct me poussa à lui déposer une accolade ; Un peu gêné et flatté par ma réaction, il me tapota le dos amicalement. « Allons, allons… »
J’en vins à contempler de nouveau l’artéfact, absorbé par l’attractivité qu’il exerçait sur ma personne. Sans propriétaire légitime, sa rémanente attraction grondait silencieusement, davantage que les lames Jumelles.

-Suis moi. Je vais la transporter jusqu’au sanctuaire où tu t’exerceras autant qu’il le faudra pour la dompter. Je me suis permis de la baptiser Faucheuse.

Je partageais son point de vue, ce sobriquet tintinnabulait comme une évidence.

-Vous m’ôter mes dires…

Alors que nous progressions, parvenant aux quartiers de Ron, je fus pris d’euphorie à l’idée de poursuivre mon entrainement, de garantir mon ascension au titre de Lame Noire. Ron constatait le sourire qui placardait mon visage, et prévenant, il me mit en garde.

-Ne sois pas trop hâtif, n’oublie pas qu’elle est en mesure de riposter et les conséquences pourraient s’avérer désastreuses…

J’acquiesçai, soudainement prit d’un sérieux marbré, contrastant de mon enthousiasme antérieur. Une fois dans le sanctuaire, Faucheuse fut déposée sur son socle de pierre, là où se nichait autrefois les redoutables Lames Jumelles.
Afin de me prémunir du danger, Ron souligna un détail que j’avais déjà pu examiner en m’engouffrant dans les lieux.

-Je t’ai préparé plusieurs potions ainsi que des feuilles de Grégoise, n’oublie pas d’en faire usage, si tu ne veux pas sottement succomber.

Le silence prit place et me sachant déterminé, Ron quitta le sanctuaire, muet comme une tombe. Mon regard se portait alors en direction de l’épée. Plantant genoux sous terre, je scrutais son tranchant, ainsi que le reflet de mes traits, prit d’anxiété à l’idée d’entreprendre cette terrible liaison. D’un soupir, mes paupières se bridèrent, ne sondant plus que la terrible aura dégagée par Faucheuse. Mon corps s’engourdissait d’une singulière apathie. J’établissais un échange vital. Sondant la lame, elle me fit part d’une déconcertante neutralité. Fouillant le contact, elle finit toutefois par céder à moi et tel un succube, ses apparences trompeuses m’empêchèrent de recouvrir à ma volonté. Elle me dévora dans ses limbes, m’emportant dans un gouffre sans fin. Je pouvais sentir le danger, des tambours martelaient mes tympans, carillonnant par mesure, tourbillonnant d’une funeste symphonie. Je pris alors conscience que cette résonnance provenait de mon cœur, ne parvenant plus à suivre cette fusion intense. Ne succombant davantage à cette allègre sensation de puissance, je pus mettre un terme grâce à ma maîtrise du flux, et pourtant… je revins à moi, privé de mon essence.

Recroquevillé sur les dalles froides du sanctuaire, j’agonisai, hurlant à la mort. Les lésions causées par l’épée avaient dévasté mon corps, submergé de convulsions. Mes plaintes s’estompèrent en jurons, ma régénération prit raison de mes blessures. Un avantage que je mis à profit pour m’abreuver des concoctions revigorantes tout en mâchouillant des feuilles de Grégoise. J’étais fin prêt à me risquer de nouveau à l’initiation, de renaître en tant que Lame Noire.

Pendant près d’un mois, je m’abandonnais à l’acier, y déversant ma substance pour en extraire le pouvoir. Bien que les premiers jours fussent couronnés de succès, les suivants furent davantage pénibles à endurer, car autant mentalement que physiquement, mon corps fut épris de graves douleurs, d’un traumatisme sans nom, que rien n’aurait pu définir. C’était comme si j’abandonnais mon âme à l’enfer, me torturant volontairement de divers supplices pour simplement atteindre un but égaré, sans repère pour y mettre un terme. Mais alors que j’avais subis de multiples séquelles tout en étant fauché de migraines, je m’acharnai à la tâche regorgeant d’un désir ardent.
Ron m’avait conseillé d’attendre, mais je lui avais certifié que je n’étais plus qu’à deux doigts de la fin, que tout prenait un sens. Encouragé par ma conviction, il me céda le passage, au détriment de ma santé. Au fond, il ressentait ma détermination et devinait que je parvenais à dominer l’acier.
Jamais je ne pourrais le remercier assez d’avoir placé toute sa confiance en moi, au sacrifice de son temps et ses connaissances pour honorer la promesse faite à mon père. D’un ultime contact avec Faucheuse, j’y risquais mon âme en y intégrant les réserves de mon essence vitale, j’avais bravé l’obscurité, la densité de l’espace et du temps pour nager jusqu’à son âme. Dépouillé de mon enveloppe charnelle, je me consumais à elle, rongé par les flammes incandescentes de l’entité. C’est alors que je parvins à comprendre… Je n’étais plus un être de chair, j’étais devenu l’acier. L’instrument d’une seule pensée, mon épée… une Lame Noire.

L’éclair de lucidité me repoussa vers la clarté, je suffoquais sur le dallage, Faucheuse à la main. Brandissant l’extension de mon corps, je parvins à y déferler les flammes noires. La puissance nouvelle vibrait en moi comme une sensation suprême, la possibilité d’accomplir l’infini… D’un éclat de rire mitigé entre l’orgueil et la joie, je contemplai mon épée imprégnée des flammes maudites. Rien ne pourrait arrêter mon jugement... Grâce à mes pouvoirs, je mettrais sous terre les Narkanns et pourfendrait l’élément viral de la prophétie. Je résoudrais le mystère que mon père avait tenté d’élucider tout en m’assurant du triomphe de mon clan. Car même s’il m’avait réclamé le sacrifice de cette tâche, je me sentais capable d’abolir cette promesse et de défendre les miens tout en suivant ma destinée.


Dernière édition par Cronose le Mar 11 Sep - 23:02, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Lun 23 Avr - 2:47


Chapitre 7 Départ



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973 après le syncrétisme

L’horizon étendait sa splendeur, ondulé par les monts qui le jalonnaient, m’ouvrant la voie à un avenir plein de promesses et de vertus. J’étais le descendant de la lignée Heart, lycan de renom et plus encore Lame Noire. Rien ne pourrait s’opposer à ma volonté, je braverais tous les obstacles pour atteindre mes objectifs. Sauver mon clan et empêcher l’accomplissement de la prophétie. Je patientais, dans l’attente de mon départ. Installé contre une bute de terre sèche, les alentours m’apparurent comme le recouvrement de ma liberté. Ron Berku m’avait dispensé son enseignement, il était presque un second père pour moi, un ami fidèle et pourtant, je n’avais passé qu’une année en sa compagnie. Une année rude et difficile qui comptait pourtant des moments fabuleux, où on bavardait autour du feu, s’échangeait quelques plaisanteries autour d’un verre de Miruvor.

Quand il débarqua dans sa tunique crépuscule, le regard submergé de nostalgie, sa voix était enrouée de mélancolie, qu’il peinait à cacher, lorsqu’il me fit ses adieux.
Je n’avais lu que très peu d’émotions dans son regard, c’était un homme fier, énigmatique qui avait pour habitude de tromper les apparences.
Touché par le vieux forgeron, je lui prêtai une dernière accolade. Il me jaugea du regard avant de m’interpeller d’un ton solennel.

-Mon garçon, il y a quelque chose que tu dois savoir. Maintenant que tu es une Lame Noire je peux enfin te livrer cette confidence.

Ses iris mordorées fouillaient mon attention, un moyen simple de graver l’information dans ma mémoire.

-Pour accomplir ta mission, tu devras tuer un enfant. C’est la clé de la prophétie, c’est lui qui la mettra à terme.

Eberlué, je ne pensais pas que Ron disposait des connaissances sur le sujet. Le roi meute fut tellement évasif sur la question que je n’aurais jamais pu envisager le forgeron pour éclaireur. Sans voix, je patientai ses dires, envahi d’une nuée grouillante de réflexions.

-Si je le sais, c’est parce qu’un ami est venu me voir… Il est le père de cet enfant et m’a déclaré cette prophétie. Il tente désespérément de sauver son fils, mais j’ai bien peur que ses sentiments personnels ne mettent en déroute les plans de Raizen Heart.

Les questions me pesaient à l’esprit… N’était-ce que coïncidence ou n’avais-je été qu’un pion qu’on maintenait à l’écart pour m’exploiter au moment propice ? Pourquoi ne m’avait-on guère prévenu plus tôt, pourquoi mon père ne m’avait-il pas révélé tout ça à l’époque ? J’avais perdu des années à tenter de comprendre cette maudite prophétie…

-Maître, je ne comprends plus rien. Qui est cet ami ? Pourquoi mon père ne m’a t’il rien dit à ce sujet ?

Ron soupira longuement, il feuilleta la verdure en contrebas, comme s’il lisait un parchemin pour y déceler les réponses qu’il me pourvoirait.

-Ton père ne t’a rien dit car il ne te considérait pas près, il voulait que tu me trouves, afin que t’évite simplement de te jeter précipitamment dans la gueule du loup… Mais je ne comprend pas moi-même, quelque-chose m’échappe…

Ron se mordillait le pouce, gêné par quelque-chose quand il finit par replonger ses yeux mordorés dans les miens.

-Je ne comprends vraiment pas… L’ami dont je te parle, est venu me voir pendant ta convalescence, après ton combat contre Lamenoire. C’est donc à ce moment là que j’ai compris pour la prophétie. Avant cela, ton père m’avait juste écrit, pour me dire qu’il t’enverrais ici, afin que je t’entraine en vue d’une prophétie que je comprendrais bien assez tôt.

-Mais alors… fis-je, un frisson me parcourant l’échine.

-Oui… ça veut dire que ton père était au courant de cette histoire, bien avant qu’elle n’ait eu lieue.

Je demeurai stupéfié, Ron semblait partagé mon point de vue, ses sourcils froncés, son air égaré ne faisait qu’accentuer ce mystère que nous n’étions pas en mesure de résoudre.

-Mais peut importe… J’ignore comment Raizen à su, mais il a toujours eu de sacrés tours dans son sac. Ce n’est pas ce qui importe dans l’immédiat… Pour l’instant tu dois savoir que cet ami que l’on nomme Kleyd Argan, m’a réclamé de l’aide pour sauver son fils. Je lui ai promis d’envoyer mon disciple, en l’occurrence toi.

Tout se brouillait dans mon esprit, qui était réellement mon père ? Quel rôle jouait-il dans cette histoire ? Qu’attendait-il de moi ? J’étais perdu, une âme égarée, confrontée à une réalité mitigée par le doute et l’incompréhension. Cependant, je revenais aux dernières réflexions du forgeron afin d’éclaircir ce point.

-Donc, d’après la réclamation de votre ami… Je dois aider le fils pour en fait…

Je venais de comprendre, mais avant que Ron n’ai pu pendre la parole, je recroisai son regard, les yeux pétillants d’un éclair de lucidité.

-Mais alors, vous voulez que j’aille soi-disant l’aider pour en fait assassiner son fils ? C’est ce qu’avais prévu mon père ? Trahir votre ami pour empêcher cette prophétie, c’est bien cela ?

Ron paraissait de plus en plus sombre et de plus en plus troublé.

-J’en ai peur… Mais quand bien même Raizen nous cache-t-il quelque-chose, Il a raison. On ne peut pas se permettre de laisser un enfant aussi dangereux parcourir ce monde. Tôt ou tard, il détruira les plaines de Céleste par je ne sais quel moyen, il nous faut donc suivre les directives de ton père…

-Je vois…

En fait, je ne voyais rien. J’étais juste contraint de me résigner à la volonté de mon père, d’empêcher cette folie de ce déchainer sur le monde. Peut-être qu’ensuite, je comprendrais ce que le roi meute nous dissimulait depuis le début et comment avait-il fait pour anticiper cet événement démentiel.

-Très bien maître, je vais dénicher cet enfant mais j’aurais besoin que vous m’en disiez plus…

Nous en vînmes à débattre sur la question. Ron me donna la description détaillée de son ami, un homme avoisinant ma taille, la toison ivoirine disposant de deux sabres distincts. L’un n’étant nul autre qu’une Lame Noire et l’autre une Lame Blanche, par abus de langage. Car en effet, la seconde lui permettrait de chasser le mal, bien qu’elle ne s’apparentait en rien avec les caractéristiques d’une Lame Noire, qui est directement liée à son possesseur. Ron me fournît la position de ce Kleyd Argan, qui se trouverait apparemment dans un lieu appelé la Vallée des Brumes. Se situant dans la bordure qui sépare Eméodia de Naströng à l’est, aux confins des plaines de Céleste.
Avant mon départ, il jugea bon de me mettre en garde.

-Cronose n’oublie surtout pas… Kleyd est bien plus puissant que toi. Rentre dans son jeu, cherche son fils et quand tu l’auras trouver, tue-le sans qu’il s’en aperçoive.

Il scruta ma sacoche, où se devinaient plusieurs flacons aux couleurs bigarrées.

-Tu disposes de plusieurs poisons, fait en bon usage, ta Lame Noire ne te seras d’aucune utilité dans cette quête…

J’approuvais du chef avant de m’éclipser, offrant à mon maître un dernier salut avant de prendre la route. Plus important que mon clan, je devais découvrir ce que mon père n’avait pu me révéler, ce qu’il me réservait dans cette rencontre qui déterminerait tout ce pourquoi je m’étais battu, ce pourquoi j’avais quitté la meute et perdu mon foyer…


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Cronose

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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Lun 23 Avr - 15:49

Chapitre 8 La Vallée des brumes



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L’instinct brimé se délie toujours de ses entraves, fourvoyant la raison par ses manifestations spontanées. C’est du moins ce que je pouvais conclure de ma dernière dévotion envers déesse Luna. La traversée des plaines m’exposait au devant d’une voûte constellée d’astres célestes, ceci pendant plusieurs nuits jusqu’à cette fameuse pleine lune où ma métamorphose prit forme dans un désir soudain que je n’avais pu apostasier. Délaissant mon enveloppe mortelle, j’avais arboré la toison ébène caractéristique des Canian, détalant sur mes quatre pattes fougueuses pour jouir d’une liberté reconquise. Il ne manquait que mes frères de bataille et nous aurions pu profiter de la fraîcheur du printemps pour chasser le bétail, comme au bon vieux temps. Dans ma présente solitude, le plaisir de gambader s’estompait au fil des lieux pour ne plus devenir qu’une nécessité, garantissant une progression plus hâtive de ma pérégrination.
Je pus déceler grâce au décuplement de mon odorat un hameau dérobé sous une végétation luxuriante. Mon flair ne m’avait pas trompé, car en approche des lieux, j’avais pu reconnaître le fumet d’un jambon cuit, l’arôme du pain sortit du fourneau et les senteurs familières du cuir tanné. Parvenant aux premières masures, j’avais recouvré mon apparence humaine et m’habillait sous l’ombre d’un châtaigner, oubliant presque cet aléa qui m’aurait couté nudité devant une petite foule d’étrangers.
Ma prise de civilité me permis de séjourner dans une étable, un confort précaire mais redevable puisque la plupart des bordiers éludaient les passagers. Mais le lendemain, j’avais pu négocier une monture robuste, un moyen d’assurer mes déplacements dans un luxe que je n’avais pas envisagé en raison de ma proximité avec Eclipse et les lèvres du monde.

C’est donc sans surprise que je fus harceler durant mon périple. Des brigands de grands chemins m’avaient coupé la route pour me dépouiller. Mais leur nature vampirique trahissait leur embuscade à venir. Ils empestaient le charognard à des lieux, mon flair ne me trompait jamais. Sans perdre de temps, j’avais couvert mes carreaux d’arbalète d’un filigrane d’Ancregrise. Un poison particulièrement efficace contre les caïnites, puisqu’il rongeait directement le sang jusqu’à foudroyer le cœur d’une décharge paralysante.
Les cibles demeuraient planquées sous les fourrées, d’autres maintenu en équilibre sur des branches. Mon offensive fortuite me procura l’avantage du combat, puisque je m’étais déjà débarrassé du surnombre pour ensuite en finir avec Faucheuse à la main.
Après un triomphe sanglant, j’analysais le nombre de mes victimes. Ils étaient neuf, déduisant une proximité téméraire avec Eclipse. Un détail à inciter prudence pendant que je remonterais les terres escarpées du nord, car la Vallée des Brumes se situait dans les alentours de l’empire nain.

Trois jours s’écoulèrent lorsque je parvins à d’immenses montagnes, où se nichaient une brume opaque m’empêchant d’y entrevoir la moindre fortification. Ma monture semblait affolée, malgré mes caresses pour la calmer, elle se dressa follement sur deux pattes et me fit basculer avant de disparaître dans le sillage ombreux de l’aurore. Je ne pu que soupirer, tout de même tourmenté à l’idée de traversé ces maudites contrées. Gravissant les monts, je m’enfonçai dans cette brume où se mêlait humidité et sécheresse. Discordance que je ne tentai pas de résoudre, mes pensées fixées sur mon objectif. Après une longue journée de marche, je pénétrai une tranchée d’appartenance à une séculaire bataille ; les marques de flores flétries me permettaient d’envisager une confrontation remontant à plusieurs décennies.
J’en vins à reprendre ma périlleuse marche le lendemain à l’aube, un matin où aucune lumière ne vint m’éclairer, seul le froid me confiait la progression du temps. J’étais simplement las de cheminer sans cesse dans ce nuage mouvant, dérobant mon sens de l’orientation. Cependant, après quelques heures, je perçu un gargouillis. Me retournant instinctivement, je gagnai la complainte. Aussi effarant que cela puisse paraître, en ces terres reculées dénuées de toutes civilisations, un corps jonchait la terre dont la base du tronc avait été violemment déchiquetée. Le plus répugnant ne provenait pas de l’émanation putride, mais plutôt de son souffle d’agonie. Seulement capable de bredouiller, ses plaintes imperceptibles touchèrent ma pitié. Dégainant mon vieux cimeterre, je l’achevai en lui perforant le crâne..

-Vous ne souffrirez plus désormais… soufflais-je en guise de prière…

Je poursuivais ma route, découvrant bientôt un amoncellement de cadavres. La plupart n’arboraient plus qu’une silhouette obscure et calcinée, certainement rongées par les flammes d’une incantation blasphématoire. Un spectacle horrifiant, me laissant le cœur au bord des lèvres. Mais pis encore, certains épargnés des flammes ne purent échapper à l’atrocité du génocide, mutilés par toutes sortes d’instruments sordides. J’en vins à détourner les yeux, pendant que l’odeur rance et putride pressait la nausée à flatter ma bile.

En dépit de ma répulsion, je mis à profit le massacre pour m’orienter jusqu’au noyau de la Vallée des Brumes, me faufilant à travers les dépouilles jusqu’à rejoindre les fortifications dévastées du Royaume local.

Alors que j’infiltrais les remparts, vadrouillant dans la cité fantôme, je n’y lorgnais qu’atrocité mêlée au souffle impie de la mort. Des armes brisées jonchaient la surface poussiéreuse et coagulé des ruines, prouvant que les victimes disposaient pourtant d’une connaissance polémologique. Singulièrement, je ne distinguai qu’une seule forme ethnique, comme si les vainqueurs de cette boucherie n’avaient fait aucune perte, ce qui manquait cruellement de sens.
Ne parvenant plus à contenir tempérance, je me risquai à hurler, peut être serais-je alors en mesure de me faire entendre par quelque-chose ou quelqu’un.
-Hey… hey…. Hey…. Hey… ma voix se propageait en écho, livrant au tombeau un souffle d’existence. Ce qui sembla attiré une silhouette dont la brume occultait ses traits. Prévenant, je délivrai Faucheuse de son fourreau. Cliquetis métallique en guise de répercutions, tel un avertissement.
L’ombre cessa d’avancer, sensible à la mise en garde et prit alors la parole, d’une voix grave et pleine d’hébétude.

-N’ayez crainte… Je ne suis pas comme eux….

Comme eux ? Qu’entendait-il par-là ? Ses dires résonnaient longuement, mourant dans un murmure lointain.

-Qui êtes-vous ? Je cherche un certain Kleyd Argan… savez vous où je peux le trouver ?

L’ombre scinda la distance, alors que je brandissais mon épée, incrédule à son éventuel passivité. L’individu leva les bras et dans une curieuse ataraxie prorogea son ascension pour m’interroger.

-Je comprends, c’est Ron qui vous envoi…

Je baissais ma lame, concevant que cet homme n'était nul autre que mon allié.

-Une chance que je tombe sur vous ! fis-je, davantage pour établir le contact.

-Une chance… je ne crois pas… de toute façon je suis le seul survivant… constatait celui-ci, scrutant l’environnement des plus sinistres. Après quoi, il combla la distance me révélant ses traits qui correspondaient à l’analyse de Ron Berku.

C’était un humain, d’environ ma taille, bien que je le dépassais peut-être d’un chouya. Il portait des cheveux courts d’un blanc neige tirant légèrement sur le gris. Non alterné par les intempéries du temps, sa toison devait avoir cette couleur depuis sa plus tendre enfance. Ses traits marqués montrait la dureté de son expérience du combat alors qu’une cicatrice lui traversait le haut du front pour redescendre éventuellement jusqu’au menton. Un foulard dissimilait la partie inférieure de son visage qu’il remontait jusqu’à l’arête du nez. Son équipement bien plus sobre, occupait des étoffes de soies et de tissus ternes, tournant vers des teintes plutôt froides et grisonnantes.
Je pouvais également remarquer sa fameuse Lame Noire, un sabre long à lame unique, d’un aspect relativement sommaire. Mais comme toute ouvrage de Ron, elle inspirait la crainte et le respect. Par de là son dos, fixé à sa taille, il portait un autre sabre mais court, dont la garde paraissait en cristal. Un saphir parsemait le pommeau alors qu’elle baignait dans un fourreau délavé, sûrement dans l’intention de rester discret. Je finissais mon analyse par son regard, aux iris d’un bleu froid azurin.
Pour sa part, il fit preuve d’une étonnante distinction.

-Tu es un lycan…

Déconcerté, je ne pensais pas qu’il serait en mesure de particulariser mes pupilles longilignes avec la brume et la capuche qui déposaient un voile d’ombre sur mon visage.

-Vos yeux ne vous trompes pas… lançais-je, reconnaissant une certaine maitrise pour l’analyse, un domaine que le forgeron avait tenté de m’instruire, sans grand résultat.

Bizarrement il esquissa un sourire qui me paraissait presque narquois.

-Pas vraiment, c’est Ron qui me l’a dit…

Tout de suite, je me sentais un peu ridicule. Plongeant mes yeux dans le lit de brume.
Je bredouillais quelques mots. « Oui d’un coup, ça paraît plus évident… »
Le guerrier ou que savais-je d’autre trouva cependant le moyen de briser la glace, mais sa mélancolie trahissait la fausseté de son enthousiasme.

-En tout cas, tu vas m’être d’une grande utilité. Je savais que je pouvais compter sur Ron. Avec un lycan en ma compagnie, ce sera plus facile de trouver mon fils, tu pourrais le pister, le flairer et je serais à tes côtés si nous tombions sur de maudites créatures…

Interloqué, je tentais de comprendre. « Maudites créatures ? »

Il acquiesça gravement de la tête, enfonçant ses prunelles glaçantes dans les miennes.
« Des créatures du mal absolu, des êtres provenant des entrailles de l’enfer, issues certainement d’une terre encore plus reculée que votre enfer d’autrefois.. »

J’en restais sans voix, décidément, Ron et ses amis détenaient des secrets des plus invraisemblables.

-Qu’entendez vous par démon ? Pour nous ce n’est qu’une désignation… rien de plus.. lui requiers-je car pour moi ces créatures ne s’apparentaient qu’aux mythes et légendes.

-Je te parle de créatures plus anciennes, à la racine du mal. Je pense qu’à l’apparition du syncrétisme, une partie de l’enfer s’est scindé et un fragment de plaine s’est détaché à proximité de Céleste, quelque part dans le lointain obscur. » Il marqua une pause avant de reprendre. « Ces créatures sont tellement puissantes, regorgeant d’une magie noire si pure qu’ils sont capables de lancer des rituels sacrificiels pouvant mettre en place prophéties et autres catastrophes. »

Son histoire me semblait tirer par les cheveux. Jamais je n’eu mention de telles créatures, même en demeurant sensible à la désignation du mot démon. D’autant que mon père m’avait inculqué des connaissances en plus de me fournir les moyens de traduire l’alphabet de divers ouvrages. Par ce fait, j’en connaissais un rayon sur les manuels historiques, dogmatiques, culturels et autres me permettant d’affirmer que ses dires n’étaient que fabulations et balivernes.

-J’en doute…

Kleyd haussa les épaules, de toute évidence, il était confiant et ne désirait pas confronter sa science à la mienne. « De toute façon, ça n’a pas d’importance, tu comprendras bien assez tôt. Pour l’instant cherchons mon fis, tu veux ? » me disait-il alors que nous entreprîmes de fouiller les lieux.

Pendant près de trois jours, je demeurais au côté de cet étrange énergumène aux coutumes allogènes, criant après son fils dans l’espoir d’une réponse.

-Chipp ! beuglait-il désespérément, je pouvais sentir la brisure de sa voix, chaque appel le ratifiait d’un espoir qui s’estompait peu à peu. Pour ma part, j’usais de mon flair après avoir inhalé un châle crépuscule ayant appartenu à son fils. J’avais gravé son effluence dans mon esprit, pistant la moindre trace et m’orientant à chaque recoin où se déposait son arôme. En début de soirée, je pris conscience d’une chose, les traces odorantes se volatilisaient dans la nature, dans la sylve qui avoisinait la Vallée des Brumes. M’offrant une opportunité non négligeable, car je demeurai comme le seul en mesure de pister son enfant. Un moyen d’assurer ma mission sans que Kleyd n’interfère en devinant mes intentions.

-Kleyd…. C’est inutile de s’acharner. La vallée n’est plus qu’un tas de gravas sans vie… lui rappelais-je, ramenant une main à son épaule pour le réconforter. Repoussant celle-ci d’un geste brusque, il chassa mon objectivité. « Baliverne ! Mon fils est encore en vie, il n’est pas mort avec sa mère, non ce n’est pas….je… non…. » et sa colère ne devint plus que mélancolie. Le guerrier tomba à genou, les larmes ne cessaient de couler, un chagrin contenu se déchargeait d’un seul coup, la tristesse d’un homme ayant tout perdu. Malgré ma mission, je ressentais une certaine compassion pour cet individu. Il souffrait terriblement de la perte de son foyer tout comme j’avais perdu le mien. En dépit de ma situation gâteuse, la sienne m’apparut plus désastreuse. « Sephira.. » murmurait-il avant que les larmes ne viennent accentuer l’horreur de son existence, de cet endroit, affecté à jamais par la malédiction. Alors que j’étais agenouillé à ses côtés, la main posée sur son dos, essayant par ce simple geste de le soulager un peu de son fardeau. Puis, je me mis à penser. Sephira… qui était-ce ? Certainement sa femme, la mère de l’enfant maudit… Je me devais de retenir ces noms et tout ceux qui tournaient autour de l’élu de la prophétie, car c’était assurément ma seule chance d’en découvrir le sens, ce que mon père n’avait su me dire à l’époque.

Kleyd sécha ses larmes, ses yeux tuméfiés et rougis me fixant piteusement.

-Tu abandonnes un peu vite jeune homme… ne serais-tu pas un disciple digne de Ron ? Si oui, j’attend un peu plus de détermination de ta part, nous trouverons Chipp.. Il le faut… j’en suis sûr… » Redevenu pensif, je pris recueil dans le silence. Rien à faire, je ne pouvais pas le garder dans mes pattes. Quand bien même avait-il besoin d’une épaule pour le soutenir, je n’étais pas là pour cela. Il me fallait palier cette lacune et m’en débarrasser au plus vite, me contraignant à la discussion.

-Il n’est plus à la Vallée des Brumes, ce n’est pas de la prostration c’est la vérité. Ses traces continuent au nord ouest, j’ignore jusque où mais je suis le seul en mesure de l’aider.

Il n’en semblait guère convaincu ou du moins, comme me l’avait prédit Ron, ses sentiments personnels le rattrapaient.

-Je viens avec vous… Il a peur, il est seul. Suffisamment terrorisé, c’est son père dont-t-il a besoin actuellement.

Je soupirais longuement… il était tenace, bien que c’était plutôt prévisible. Il me fallait le convaincre, qu’importe ce que je lui dirais.

-Votre fils se met davantage en danger chaque jour qui passe. Il pourrait être confronter à de viles voyageurs ou pire, à quelques prédateurs voraces. Ma solution reste simple, je laisse le loup qui est en moi prendre le dessus et je nous fais gagner non pas quelques heures mais plusieurs jours. C’est la seule alternative que je vois et je ne vous laisse pas le choix… » Contraint au mensonge, j’ajoutais… « de toute façon, n’ayez crainte, je vous le ramènerais dés que possible. »

Mes yeux gris s’enfoncèrent dans son regard d’acier. Il me sondait lourdement, je me sentais comme épié et c’était une analyse assez déroutante. C’est comme s’il lisait en moi, mais confiant, je ne m’étais guère trahi. J’avais balancé mon mensonge à la légère, comme s’il ne s’agissait là que d’une banalité pleine d’évidence. Aucun risque qu’il ne me perce à jour. Lui tournant le dos, j’emboitais la marche en direction de la sylve.. Lorsque je pus sentir un élément froid, côtoyant le creux formé par l’intersection de mes omoplates.

-Vous aviez raison… l’autre jour… dit-il alors que je ne tardais plus à comprendre que ce qui m’effleurait le dos n’était nulle autre que sa Lame Noire.

-Raison sur quoi ? Réclamais-je, attendant fiévreusement la suite.

Il fut pris d’un souffle railleur, comme si ça coulait de source. « Mes yeux ne me trompent pas. »
Sitôt, je compris le signal. Bondissant en avant, la lame qu’il m’avait pointé dans le dos avait poursuivit sa course, me déchirant un lambeau de peau. Me ramassant après un roulé-boulé, je dégainais Faucheuse pour parer le relâchement de son offensive. Ébranlé, je chancelais au contact des lames, s’harmonisant d’un entrechoque fulgurant. Il était non seulement véloce mais sa maîtrise du sabre s’avérait prodigieuse. Grisant l’acier, par grondement des sœurs de métal noir, une volée d’étincelles jaillit, rougeoyant presque nos visage alors que Kleyd me foudroyait de son regard de glace.

-Comment Ron peut-il me trahir de la sorte, je n’ai pas tardé à comprendre ton intention ! Tu comptes tuer mon fils pour empêcher la prophétie !

Résistant que trop difficilement à la lutte, en dépit de ma force qui devançait subtilement la sienne, je devais reconnaître en ce point qu’il maitrisait l’angle de percussion. Son sabre agençait une position garantissant une stabilité lucrative, une tactique permettant d'épargner son énergie, à l’inverse de moi qui peinait à le maintenir à distance. Rompant l’assaut, il zébra l’air d’un mouvement circulaire, répercutant la vibration de sa frappe pendant que je m’esquivais d’un bond, garde relevée.

-Ron avait peur que votre lucidité ne soit altérée par vos sentiments. Il avait raison, vous êtes aveuglé par vos liens qui vous uni à votre enfant. Laissez moi m’en charger et cessons cette querelle stupide !

-Jamais mon fils ne fera l’objet d’un sacrifice ! Déchaîné par la passion paternelle, il se rua sur moi, rythmant une slave de coups que je parais laborieusement. Sa cadence neutralisait même mes chances de riposte. Flanché sur la défensive, ma peau fut exposée à quelques lésions superficielles qu’il parvenait à m’occasionner. Refluer sur mes pas, il me dominait outrageusement dans cet échange. Il me fallait une solution, un moyen de le surprendre pour me défaire de son emprise. J’en vins à réaliser qu’un bloc de pierre ne se trouvait plus qu’à moins d’un mètre de là, me confrontant à un cul-de-sac sur lequel déboucherait ma défaite. A moins que… oui ! Une idée me traversa l’esprit dans un éclair de survie alors que je déviais une multitude de coups aussi mortels que redoutables. Mon adversaire s’avérant bien supérieur à Lamenoire, il me fallait entreprendre une attaque risquée, laborieuse et surtout imprédictible.

Adossé contre l’impasse rocheuse, c’était le moment opportun à l’exécution de ma finasserie. Se sachant victorieux, Kleyd me porta le coup final. Cette offensive un rien plus lisible que les autres, me permit de propulser un caillou jonchant la surface accidentée du sol. Le bout de pierre vint heurter la tempe du guerrier, ce qui d’une part dévia son attaque et d’une autre, m’offrit l’opportunité de saisir une dague en lui prodiguant un lancé salvateur. Les yeux écarquillés, il scrutait la lame enfoncée dans son épigastre jusqu’à la garde. Suite à quoi, je réprimais son amitié avec Ron pour tenter de l’achever à mon tour, Faucheuse balayant l’espace, avide de violence. Cependant, il fit une retraite avant d’extraire la dague dans le suintement spécifique d’une plaie dégorgée.

L’une de ses paupières se brida sous la douleur tandis que son autre oeil, marqué d’une cicatrice, m’évaluait dangereusement.

-Tu es… un adversaire redoutable… me confia-t-il, traçant un mouvement sous le foulard dérobant ses lèvres. « Tu compense ton manque de puissance par une stratégie calculée. Tacticien entrainé au combat depuis ton plus jeune âge je présume ? Et ton année passé chez Ron a sûrement contribué à cette qualité. Hélas pour toi, tu me vois dans l’obligation de ne plus te sous-estimer, à ma prochaine attaque.. je t’écrase…

Je lâchais un sourire de mépris. S’il me croyait si faible, il s’en mordrait les doigts. Je n’ignorais pas l’écart d’expériences, mais j’excellais dans l’art de déjouer la mort. Par quelques artifices et une tactique improvisée, je finirais bien par l’induire en erreur, me laissant le loisir de lui administrer le coup de grâce…
Puisqu’il avait amorcé les hostilités et que je ne désirais pas me risquer à lui offrir une seconde initiative, je me ruais droit sur lui. D’un mouvement brutal, je lui déployais mon arme qu’il esquiva d’une souple impulsion. Faucheuse heurta la pierre sous nos pieds, fracassant celle-ci dans une montée bouffante de poussières. Kleyd me jeta un coup d’estoc, avec le plat de ma lame je parvins à me défaire de l’offensive, toutefois bousculé par la précision du coup. Il exploita cette infime déficience pour me barder d’assauts et à nouveau, je fus pris dans la spirale mortelle, contraint à l’ingéniosité pour ne point succomber sottement.
Certains coups me frôlaient et dans la déferlante, j’essuyais quelques écorchures anodines. Bientôt, il me mettrait au pied du mur, sans que ne puisse rien faire sans éveiller son sens de l’observation. User de la même ruse m’enverrait à la mort, c’était une évidence, il n’attendait que cela, un contre à exploiter pour me finir. Comme tout à l’heure, afin d’abuser son intention, je percutais une pierre qu’il ne prit pas la peine de parer, plaçant son épée d’une frappe perforante. Exactement ce que j’anticipais. Déjà préparé à cette éventualité, j’avais déjà redressé mon épée pour parer l’offensive, à la différence que je lui offrais délibérément mon bras. L’acier transperça la chair, me fracturant l’ossature. Plainte machinale avant d’exploiter son désarmement en lui pénétrant les flancs de ma Lame Noire.

De nouveau surpris, il recula lentement afin de ne point élargir sa plaie, écartant son sabre de mon bras où le sang ruissela profusément. J’avais une entrave certaine, démunit de mon bras droit, mais lui souffrait d’une blessure mortelle. Pour preuve, il cracha son fluide vital, s’étouffant dans une effroyable toux, à l’agonie. Et pourtant… un phénomène insoupçonnable prit forme, neutralisant mon triomphe éphémère pour m’envahir d’un redoutable effroi. Kleyd dégainait le sabre blanc incrusté d’un saphir, la lame opaline et miroitante m’aveuglait, comme si elle reflétait les rayons d’un astre inexistant, en raison des confins sombres de ces terres maudites. Ce sabre m’apparaissait telle une diffusion séraphique, me plongeant dans une admiration inanimée. Kleyd appliqua le plat du sabre sur sa meurtrissure et dans un éclat lumineux, revint à lui sans la moindre égratignure. J’en demeurais cois, privé d’échappatoires. Ma fracture au bras se ressoudait dans une torpeur affligeante, ce qui accentuait davantage mon infériorité. Ron avait raison, défier ce guerrier revenait à signer mon arrêt de mort.

Kleyd me balaya d’un regard plein d’intérêt, cependant, il affermissait ses traits d’un inéluctable désir de destruction, certainement pour m’empêcher de nuire à sa progéniture.

-Tu es jeune Cronose mais très talentueux pour ton âge… Si tu n’avais pas été contre moi, j’aurais aimé te voir grandir et progresser. Devenir un bretteur d’excellence. Cependant, ton destin s’achève ici, je vais mettre un terme à ce combat.

Il se précipita dans ma direction, m’obligeant à user de ma dernière carte, mon pouvoir impondérable de Lame Noire. Sitôt que son sabre fut à portée de parade, les flammes noires nimbèrent ma lame et enveloppèrent le guerrier, le rongeant de cette formidable décharge de puissance. Hélas, le feu rongeait mon énergie, me consumant de l’intérieur. Une fois que le guerrier ne fut plus qu’une fournaise vivante, je relâchais le flux magique en chutant mollement contre la terre. J’espérais l’avoir calciné, mais il était aussi une Lame Noire, j’ignorais si cela faisait de lui un être en mesure d’y survivre mais j’en doutais. Malgré cela, une onde scintillante et lactescente souffla les flammes des ténèbres me révélant un Keyd presque intact, brandissant son sabre rutilant. Il vint jusqu’à moi, mais je n’avais ni le courage ni la force de défendre ma peau. Sa Lame Noire prit son élan, il l’a nimba de flamme avant de me l’enfoncer profondément dans les entrailles. La douleur s’estompa hâtivement pour m’adonner pleinement au voile horrifiant mais placide de l’extinction. Je sentais le monde s’affaisser dans ma chute et dans un souffle que je perçu comme le dernier, joignais le rivage de l’obscurité…


Dernière édition par Cronose le Mar 4 Sep - 10:50, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Mar 24 Avr - 1:14

Chapitre 9 En terres inconnues



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Il ne pouvait contenir ses craintes, car malgré ses précautions pour esquiver un élément vital, la survie du jeune homme ne tenait plus qu’à un fil. Le feu noir dont il avait nourri son sabre risquait la mort du lycan, mais c’était la seule chance d’assurer la réussite de son plan, car la régénération de ce dernier aurait pu déjouer sa tentative d’indulgence. Contrairement à Ron, il faisait preuve d’intégrité en offrant une seconde chance au disciple du vieux forgeron, car en effet, celui-ci ne représentait que le pion naïf et exploité des intentions malavisées de son mentor. De plus, Kleyd avait reconnu en ce garçon la descendance de Raizen Heart, son plus fidèle camarade d’antan. Comment aurait-il pu mettre un terme à l’existence de cet enfant, en sachant que le roi meute l’avait sauvé dans maints périples ? Comment aurait-il pu accepter d’avoir mit fin à la lignée d’un ami regretté ? C’était tout simplement inconcevable, voilà pourquoi il l’avait épargné.

Contraint de reporter sa priorité, qui de toute évidence demeurait vaine, il entreprit un long voyage jusqu’au firmament. Vadrouillant dans la cité sainte, il parvint à la demeure d’un être séraphique, la même entité qui lui avait fourni son sabre de lumière. Il espérait que celui-ci ne tarderait plus à le recevoir car les citadins scrutaient le guerrier d’un œil sombre, en vue du lycan qu’il portait sur sa monture, créature suscitant aversion dans ces contrées. Heureusement, le plus laborieux étaient accompli, car par delà les remparts, les gardiens de la Porte Nacrée avaient formellement refusé son entrée avant que l’un d’entre eux s’aperçoive qu’il s’agissait bien de Kleyd Argan, le seul homme à pouvoir prétendre mériter le salut éternel du seigneur et le droit de passage. Sitôt reconnu pour ses actes de bravoures, on ne lui avait guère posé de questions. Quant à la présence malvenue du lycan, ils n’y prêtèrent même plus attention, sachant que le guerrier à la toison immaculé était un être pur et digne de confiance. Un joyau parmi l'obscénité des hommes, avaient-ils précisés.

Alors que Kleyd peinait à contenir sa patience, le séraphin prêta enfin de son temps, car l’entrée de sa demeure se libéra d’une fente en guise d’invitation. Celui-ci bidouillait quelques matériaux sur un bureau, mais il abandonna cette disciple pour faire face à son invité. Ses ailes brièvement torsadées aux plumages ternes, rappelait son âge avancé alors qu’il arborait une tunique beige et uniforme des plus rudimentaires. Un col doré embellissait toutefois la simplicité de ses accoutrements. Dépourvu de toison, son visage neutre et ses yeux miroitant d’une lueur propre aux Céleste analysaient l’invitée avant d’effectuer un salut des plus solennels.

-Kleyd, fils de la Vallée des Brumes, époux de Sephira, que fais-tu ici ?

Avec douleur, le guerrier à la toison d’argent révéla l’histoire tragique de son existence maudite. La mort de Sephira peina lourdement son mentor, car en effet, en plus d’être une membre du Calice d’Argent, elle était sa seule famille, l’enfant de son défunt frère. Plus encore, il fut davantage navré d’apprendre qu’elle s’était sacrifiée pour protéger son enfant, pourtant damné par une malédiction très ancienne. Le responsable de cette sorcellerie chthonienne était une créature originaire du monde du malin, apparue à l’activation d’un portail que les membres du Calice d’argent avaient scellé peu après l’apparition du syncrétisme, une intervention des plus secrètes qui malheureusement, ne semblait pas avoir portée ses fruits. Orthos, l’ancien Séraphin, ne manqua pas de débattre au sujet de cette prophétie, car en effet, Kleyd aurait dû lui ramener directement ces informations virales après acquisition et non attendre en dépit de son implication émotionnelle. Le guerrier avait accepté la réprimande, avouant qu’il espérait trouver son fils avant de rapporter son témoignage dans la cité Sainte. S’en suivit interrogatoire et ils en vinrent à discuter du lycan allongé sur la table, plongé dans une profonde somnolence.

-Je comprends, tu as bien fait de m’informer de cette mystérieuse prophétie qui reste une énigme insondable, je n’en avais jamais entendu parler… Mais soit, je me renseignerais à ton départ. Maintenant, un détail me perturbe, pourquoi a tu amené ce lycanthrope ? Nous n’aimons pas les individus de ce genre par ici…

Kleyd inspecta le corps du garçon. Il était jeune et mettre un terme à son existence entacherait sa conscience, certainement épris par le devoir de l’amitié qu’il portait encore envers Raizen. D’ailleurs, la ressemblance était marquante, il lui rappelait à bien des égards son vieil ami, lors de son jeune temps. Cette même toison d’ébène, ses lèvres fines, son nez droit et son air insouciant.

« Alors ? » réclamait Orthos, las de cette présence injustifiée.

-Ma demande va paraître inconvenante haut chevalier de l’ordre mais… J’aimerais que vous lui ôtiez ses maux mais également que vous lui extirpiez de la mémoire notre rencontre. De sorte, il oubliera toute la conversation que j’ai pu avoir avec lui.

L’ange se mura dans ses réflexions avant d’accepter la requête avec une légère appréhension quant aux intentions curieuses de son ancien disciple. « Pourquoi ne pas tout simplement le laisser mourir ? Il appartient à une engeance damnée. Je ne comprends vraiment pas ton intention Kleyd... »

Le guerrier se coupa une mèche de cheveux avant de la tendre à son vieux mentor. Enfin, il tenta d’exposer ses raisons.

-Il est le descendant de la ligné Heart, le fils de Raizen. De plus, il n’essayait que d’empêcher ce qu’il croyait juste. Tuer mon fils pour empêcher l’accomplissement d’une sotte prophétie…

Orthos récupéra la mèche machinalement et déposa celle-ci sur le front du lycan. Plongeant dans une méditation, il referma sa plaie, neutralisa l’infection et lui effaça la mémoire concernant sa rencontre avec le guerrier des brumes.

-Tu sais Kleyd… en dépit de sa race pernicieuse, ce garçon à raison. Ton fils est une menace à laquelle tu devras faire face, tôt ou tard…

Dans la démesure d’accepter cette conclusion, il demeura interdit. Son enfant, c’était tout ce qui lui restait, la dernière part ontologique de son existence. Incapable de faire le deuil de son épouse, elle s’était sacrifiée pour son enfant, dernière volonté d’une mère aimante, il devait au moins respecter sa décision. Il lui devait pour tout l’amour qu’elle lui avait donné, pour les risques qu’elle avait entrepris en lui accordant ces années de bonheur. En guise d’unique réponse, immuable de part la rigueur de ses sentiments et de ses principes, il transmit à Orthos sa pensée qu’il préserverait jusqu’à son dernier souffle.

-Je trouverais un moyen d’abolir la prophétie tout en lui accordant la vie sauf. Je le dois pour lui, pour moi et bien sûr pour Sephira…

A cette remarque pleine de passion, le vieux mentor ne trouva rien à redire, il n’essayerait pas de le convaincre, les sentiments détenaient une force qu’il ne parvenait à comprendre mais qu’il respectait pour leurs nobles valeurs.

-Dans ce cas, je te souhaite d’y parvenir… Bonne chance mon ami et tâche de faire preuve de prudence...

Kleyd remercia son vieux mentor, emportant le lycan sur son dos avant de quitter Firmament. Il traversa quelques lieux pour rejoindre le port Saphir, y déposant le jeune lycanthrope. Un Drakkar l’enverrait loin d’ici, loin de tout. Un moyen fiable pour ne pas le revoir de sitôt, un moyen de lui laisser une seconde chance pour qu’il découvre sa propre destinée. Alors qu’il scrutait l’horizon, il repartait pour les alentours de la Vallée des Brumes afin de poursuivre ses recherches et combler cette malheureuse indigence.

Malheureusement, son pied heurta un pied d’amarrage, le faisant basculer en avant. Son crâne heurta une caisse en bois. Secoué, il se redressa grossièrement avant qu’il ne perte l’équilibre une seconde fois, chutant dans les eaux froides du quai. Remontant à la surface, il cracha une volée d’injures, alors que des marins se fichaient ouvertement de lui, rigolant à gorges déployées.

-Maudite maladresse… songea Kleyd alors qu’il remontait sur le ponton, gêné par les moqueries des passants…

***

Les mouettes mugissaient à la mort, parasites irritants qui ne cessaient d’interrompre mon répit. Je finis par céder à leurs plaintes répétées, qui me martelaient d’une atroce migraine. Je me sentais accablé d’épuisement pourtant, j’avais l’impression d’avoir dormi plusieurs jours. Mon estomac rugissait d’un gargouillis plaintif, mais ce n’était là que le cadet de mes soucis. Plus pertinent, je ne reconnaissais en rien cette chambre, m’étais-je une fois de plus évanoui en manipulant Faucheuse dans le sanctuaire ? Ron m’avait-il conduit dans des quartiers dont j’ignorais l’existence ? Je n’en avais pas l’impression, alors qu’une sensation de ballotement s’étendait sous mes pieds. Je ne mis guère plus longtemps à rassembler mes esprits, pourtant mêlé d’une confusion accaparante…

-Bon sang… par quel diablerie me suis-je retrouvé sur cette flotte ?

Je commençai à m’emporter, rien n’avait de sens ! Le comble, c’est qu’en sortant des cales, j’avais atteint le bastingage pour directement me faire harponner par le capitaine qui me considérait comme un passager clandestin. Après lui avoir certifié que je venais de reprendre connaissance après dieu ne savait qu’elle cuite, il hésita à me balancer par dessus bord. Je finis par négocier mon insertion en rejoignant l’équipage dans moules activités harassantes. La nuit, après mes efforts qui me valurent quelques éloges de la part de quelques matelots, on m’offrit deux tranches de pains beurrés arborant chacune de belles tranches de lards fumants. Un régal pour mon estomac qui n’avait certainement rien engloutis depuis des jours. Une fois de repos, lorsqu’on céda notre quart à d’autres camarades, j’en vins à remémorer les derniers évènements qui me venaient à l’esprit, avant que ma situation ne devienne aussi fluctuante et saugrenue.

Je bénéficiais du titre de Lame Noire, j’avais fais mes adieux à Ron dans l’intention distinct de vaincre l’enfant de la prophétie. Apparemment, une évidence s’en était suivit, une évidence fondamentale qui m’échappait. C’est comme si je l’avais sur le bout de la langue mais que rien ne semblait en mesure de me le remémorer.
De toute évidence et après ancrage, je reprendrais mon voyage en sens inverse afin de retrouver le forgeron drushii, peut-être pourra-t-il alors me rafraichir la mémoire et m’expliquer les raisons de cette mésaventure.

Me résignant aux tâches du navire, je me laissais emporter par les océans, découvrant par ailleurs cet univers azuré, que je n’avais contemplé qu’au travers des sables. La vie de marin m’apprenait par ailleurs à me débrouiller en mer, je ne pensais pas m’enrichir de cette connaissance qui pourtant m’attrayait au plus haut point. Ce n’était pas toujours facile de se contenter de porcs séchés, de poissons et de rhums en guise de pitances, mais ça suffisait à ne pas sombrer dans la dépression. Quand au repos, il ne dépendait que de mon quart, ce qui bien évidemment, ne me dérangeait pas, sinon outre mesure. Après ce qui m’avait semblé être un mois passé en compagnie des marins, je leurs fis mes adieux. J’avais réussi à établir le contact en leur contant les légendes du Capitaine Sanglant, tiré d’un ouvrage que j’avais lu dans les bibliothèques du maître forgeron. Adorateur et friands des légendes des mers, j’avais tout le petit comité suspendu à mes lèvres. Ils m’avaient souhaité une continuation fructueuse en m’offrant un tonnelet de rhum. Après quoi, Je fus délaissé à moi-même sans le sou dans la ville portuaire d’Onire.

Après m’être renseigné une journée durant afin de dénicher une destination me permettant d’atteindre port Abysse où Saphir, je n’eu droit qu’à des réponses défavorables ou sarcastiques, me certifiant que sans de quoi m’acquitter de la traversée, je pouvais toujours tenter d’y aller à la nage. J’avais donc essayé d’argumenter, de proposer mes bras en guise de payement, mais les capitaines elfiques, bien moins bons concessionnaires que la communauté humaine, n’avaient rien voulu savoir. Cependant, alors que je vagabondais à la recherche d’un lieu sécurisant pour dormir, un bretteur à la toison cuivré vint à ma rencontre. Vêtu de lin, d’un blanc immaculé que je trouvais personnellement de très mauvais gouts.

-Bonsoir, si je peux me permettre de vous importunez, j’ai crû entendre qu’il vous manquait les moyens de quitter ce port.

J’ignorais en quoi un étranger pouvait bien ce soucier du malheur des autres, davantage quand il paraissait enclin à épier autrui. Dans ma situation dérisoire, je pris toutefois la peine de lui prêter attention. « Je vous écoute » dis-je, l’invitant donc à se présenter par la même occasion.

-On me nomme Fainn et je pense détenir une solution à vos problèmes… Vous avez une bien belle épée, fit-il scrutant Faucheuse d’un œil qui ne me plaisait pas. Sèchement, je le rembarrais. « Elle n’est pas à vendre. »

Il semblait embarrassé, se gratta l’arrière du crâne avant de s’exclamer d’un rire nerveux. « Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas pour ça que je suis venu vous parler… Si vous m’accompagnez à l’auberge je vous transmettrais les détails et je suis même prêt à vous offrir le gîte. Alors, vous êtes d’accord ? »

Je soupirais. De toute façon, s’il s’agissait d’un plan pour me détrousser, je l’écraserais lui et sa bande. « C’est entendu… »

Atteignant la fraicheur des Sables, le prénommé établissement dont le nom me faisait davantage songer à un bordel qu’à une taverne de complaisance, nous traversâmes son porche, nous frayant un passage dans son enceinte imprégné par l’alcool et la sueur des ivrognes. L’hôte m’invita au comptoir où je pus sentir la présence d’une lycanthrope. M’installant sur un tabouret, je fis le bénéfice d’un breuvage estimé, le Miruvor.

Après avoir inhalé la substance, j’y imprégnais les lèvres lorsque ce dénommé Fainn me présenta une femme installée à sa droite. Elle portait de longs cheveux noirs de jais, un visage fin et délicat à la peau clair. Ses lèvres d’un rouge cardinal, affermissaient son côté sensuel. Mais le plus éblouissant chez elle étant ses yeux d’un vert profond, aux reflets d’émeraudes. Je restais subjugué par sa beauté mais aussi par son élégance et sa prestance. Elle dégageait un charme intense, m’empêchant de réfléchir rationnellement. Lorsque Fainn nous invita à entamer les présentations. J’eus un mal non feint pour conserver ma fougue et dans une parfaite sobriété, je déclinais mon identité alors que sa voix me parvint telle une symphonie suave. « Enchanté, Idriale… »


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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Mer 25 Avr - 2:29

Chapitre 10 Le secret profane de l'amulette


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Les intentions du guerrier à la toison cuivre me devinrent clair quand il céda la parole à la beauté fauve. Elle sollicitait la compagnie de deux individus qualifiés dans l’intention de prospecter un temple se situant au nord du désert chimérique, près d’un hameau que l’on nommerait Sarkan. Mystérieuse, elle dissimulait les raisons de cette expédition, affirmant cependant la nécessité d’une trinité pour accéder dans l’enceinte de la ziggourat. Intrigué, je souhaitais savoir où je puiserais mon intérêt, car cette quête me paraissait déjà hors de portée.

-On doit impérativement être à trois, et pourquoi cela ? De plus qu’ai-je à gagner ? je ne suis pas amateur d’abnégation. L’interrogeais-je, profitant de l’interlude pour investir son regard émeraude de mes prunelles argents. Elle esquissa nu sourire, glissant ses lèvres exquises au rebord d’une coupe striées de gravures antédiluviennes. Ensuite m'interpella pour m’allouer de ce que tout mercenaire ne pouvait refuser.

-Voyons, vous remplir les poches d’un pesant d’or devrait suffire à susciter votre intérêt… constatant mon incrédulité, elle reprit. « Le temple comporte les richesses antiques de trois seigneurs, un moyen pour vous de nager en pleine opulence. De mon point de vue, seule une amulette m’intéresse, vous pourriez donc partager le butin avec Fainn qui a eu l’intelligence d’accepter ma requête...

Elle était confiante et parlait sans détour, une qualité que j’appréciais, malgré son charme évident qui valorisait certainement ses propos. J’en oubliais presque le rouquin lorsque celui-ci prit la relève, détaillant les raisons du trinôme.

[color=orange]-S’il nous faut la présence d’un troisième individu, c’est parce que l’on doit activer simultanément les tombeaux des trois seigneurs. Vous comprendrez donc les raisons de notre insistance, d’autant que votre attirail nous laisse à penser que vous représenteriez un allié de taille. [color] Il me vit en pleine réflexion et sans m’accorder un moment pour évaluer la situation, il reprit. « Alors qu’en dites-vous ? J’ose espérer vous compter parmi nous !

J’approuvais du chef avant de prendre une lampée de Miruvor. « C’est entendu. J’accepte, dites moi juste quand nous partons, je n’ai rien à préparer… »

Après quelques arrangements, nous nous mîmes d'euphonie pour un départ à l’aube. Fainn eut l’amabilité de m’offrir non seulement le gîte mais aussi le destrier qu’il m’apportait par la bride. Je le remerciai, toutefois gêné de dépendre d’un étranger, surtout en présence d’une lycanthrope pourvue d’élégance.

Ignorant tout de la géographie locale, je les laissais prendre le pas. Constatant dans un premier temps que Fainn connaissait vaguement la jeune femme et semblait amouraché d’elle. En un sens, ce n’était pas difficile à concevoir bien que je doutais cruellement de ses chances. Dans un premier temps, elle appartenait à la race elfique, naturellement plus svelte que toutes autres ethnies. Davantage, elle m’apparaissait bien au delà de tout ce que j’avais pu voir en termes d’attributions lunaires. Alors à coté, Fainn ne représentait qu’un paradoxe. Il souffrait déjà d’une pigmentation embarrassante et postillonnait par intervalle de trois phrases. Sans alléguer ses gouts vestimentaires, frôlant ceux d’un vulgaire vagabond. En bref, sans la gentillesse dont il avait fait preuve à mon égard, je l’aurais bien vu travailler dans un cirque itinérant, le rôle du bouffon lui siérait à merveille.

Je devais reconnaître par la cruauté de mon invective une certaine pointe de jalousie, mais je réagissais toujours mal à la compétition. Il n’était qu’un obstacle alors que j’attendais juste le bon moment pour aborder la belle, lui glisser des étoiles dans les yeux comme je parvenais à le faire avec les femelles du clan. A noter qu’aucune ne détenait son charme irrésistible, suscitant une prise de confiance un peu trop hâtive de ma part. Je ne voulais pas le reconnaitre mais j’avais l'impérieux désir de la faire mienne.

Bien assez tôt, je finis par regretter l’ennui du silence puisque Fainn ne cessait d’avancer des anecdotes aussi futiles les unes que les autres. Il était gentil, ça au moins je pouvais lui accorder, mais qu’est-ce qu’il était lourdaud.

« Vous ne trouvez pas qu’il fait chaud ? Moi ce que j’aime c’est le porc au sirop d’érable ! Vous pensez quoi de mon épée ? En tout cas, je te trouve merveilleuse Idriale ! Le ciel a toujours été aussi bleu ou cela dépend de notre position sur les plaines ? Attendez, il me semble avoir aperçu quelque chose… ah mais non, ce n’est qu’un caillou ! Cronose pourquoi tu parles jamais ? Idriale tu fais la tête ? On est encore loin ? C’est comme la fois où j’ai mangé du saumon avec le capitaine moutarde ! Vous n’avez pas envie de faire une pause ? Je trouve que Onire est un port charmant, tout comme toi Idriale !... »

Autant dire qu’il filait un mal de crâne bien plus intense que l’insolation transmise par l’astre diurne, nous étouffant sous l’accablante chaleur du désert. La nuit quant à elle, nous soulageâmes des brûlures qu’un cout instant, nous contraignant à camper entre deux dunes, cette fois confronté à un froid mordant. Je n’étais pas du tout conditionné à de telles régions et eux non plus d’ailleurs puisque nous manquions de quoi nous réchauffer. A première vue, cette horrible sensation ne semblait pas affecter Fainn qui avait certainement épuisé toutes ses forces en ne cessant de piailler comme une pie. Pour preuve, il avait déjà conquis les bras consolateurs de Morphée, alors que le climat m’empêchait de ressentir la torpeur du sommeil, en dépit d’un épuisement certain. Idriale partageait certainement mon ressenti car elle ne dormait pas, visiblement en train d’inspecter une carte que ne je pris guère la peine de consulter. C’est alors qu’une idée me traversa l’esprit, les feuilles de Grégoise étaient en mesure de soigner les maux mais c’était également un combustible qui se rongeait lentement, très lentement. Avec deux tiges, on pouvait bénéficier d’un petit feu qui tiendrait plusieurs heures.

J’en extirpais un échantillon de mes sacoches à composantes que j’appliquais sur le sable avant de l’embraser grâce à mes pierres de silex et amorce. Certainement prise de curiosité la jeune femme contempla le feu et m’interpella. « Comment tu as fais ça ? »
Je lui expliquais succinctement les propriétés des feuilles de Grégoise. On en vint à dériver sur d’autres sujets, ne réalisant même pas qu’en dépit de notre tempérament distant, nous parvenions à établir un contact plutôt aisé. Pour discuter, elle s’était mise à portée du feu, nous retrouvant l’un en face de l’autre. J’en profitais pour dévorer ses traits qui vacillaient sous la danse enjouée des éclats mordorées. Je n’avais pas vu le temps passé mais elle me ramena à ma pauvre réalité lorsqu’elle me souhaita une bonne nuit. Je lui rendais son salut avant de me fondre dans un sommeil perturbé par la présence de la belle, suscitant une aventure au déroulement des plus imprédictibles.

-Debouuuuuuuuuut ! Beuglait l’agaçante voix d’un homme. Rassemblant mes esprits, je réalisais ma situation, dans le désert Chimérique en compagnie de Fainn, le trublion de mon éveil et évidemment de la ravissante louve itinérante. Fainn grimpa sur sa monture suivit par Idriale qui me soulignait davantage le fait que je ralentissais le groupe. Soupirant, je préparais mon paquetage avant de les rattraper. Mangeant de vitesse ma ration de survie, je demeurais silencieux, complètement épuisé par la courté de mon repos. Fainn reprit son débit de parole exécrable et joua de mon hébétude pour draguer la jeune femme. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour joindre ses réflexions, et à dire vrai, je ne désirais qu’une chose, dormir.

Me résignant à poursuivre le voyage dans cette chaleur torride, je me retrouvais rapidement asséché, dépourvu de salive, le gosier éprit de brulure. Que ne fut pas ma joie en savourant la trouvaille de cactus dont on parvint à extraire le jus. S’aspergeant le visage et vidant notre soûl, nous fûmes d’attaque à poursuivre notre marche dans un rythme soutenu et régulier, nous rapprochant un peu plus de notre destination.

Le moulin à parole avait profité de cette halte pour reprendre ces interminables monologues, qui parfois s’entrecoupaient de nos réponses évasives.

-Quelle journée formidable, le soleil est à son comble ! Nous avançons avec l’encouragement des dieux, car l’eau coule de source ! (*et ça fait de l’humour en plus, quelle plaie…* pensais-je) Vous devriez porter une tunique similaire à la mienne, ça écarte la chaleur, c’est fantastique ! (Non merci, je préfère les coups de soleil… dis-je)

Le voyage se déroulait comme suit pendant plusieurs jours, profitant de la soirée pour discuter avec la jeune femme, subissant la journée avec le brailleur. Nous fîmes halte à Darn’Abart qui nous soulagea de la rigueur du climat. La citée aux mille palmier m’apparut comme un havre de paix. Une véritable félicité pour les voyageurs exténués que nous étions. Nous profitions du grand oasis pour nous rafraichir et nous émanciper de la sécheresse. De plus, je découvrais un peuple mélangeant toutes les cultures. Nous pouvions croiser la route d’un elfe, puis voir une bande d’humains s’esclaffer à gorge déployer pour finalement observer des nains bourrés, râlant contre la chaleur intraitable et certifiant qu’il ferait bâtir un barrage regorgeant de bières. Une idée loufoque me décrochant sourire. De plus cette caricature ne faisait qu’accentuer ce que j’avais pu entendre de leurs traditions bourrues.

Nous prîmes la peine de troquer nos chevaux contre des chameaux, j’abandonnai quelques unes de mes substances médicinales afin de me procurer des babioles nécessaires au voyage. Tel que : des vivres, des outres pour contenir plus d’eau ainsi qu’une onguent d’apaisement, contre les irritations provoquées par la déesse diurne.
Nous finîmes par profiter d’un banquet, festivité organisée par l’Ultime-Alliance en vue de l’accomplissement d’une réussite diplomatique dont j’ignorais le sens. En tout cas, je n’allais pas m’en plaindre, la gratuité provoquait chez moi une certaine complaisance.

Fainn complètement abruti par l’alcool démontrait un sens de l’humour dissemblable à d’ordinaire. Car alors que je contemplai un spectacle où des acrobates cracheurs de feu unijambistes tenaient en équilibre sur des éléphants, il me dit.

-cé curieuuu de voir du feu crachûr d’élèvefan uniÎjAambiîste !

Suite à quoi, il se releva mollement pour finalement s’effondrer sur la table où sa tête vint pénétrer l’arrière d’une dinde rôtie. Il se redressa, alors que les gens de la tablée explosaient de rire car sa tête confondue par celle d’une grosse pièce de viande ornait deux pommes de terres en guise de yeux.

Alors qu’il ne cessait de se faire remarquer, nouant mon estomac d’une confortable douleur investie par le rire, je finis par essuyer mes larmes aux yeux, reprenant un brin de sérieux quand Idriale vint s’installer à ma table. A sa curiosité, je lui expliquais la mésaventure de Fainn, repartant de plus belle dans une euphorie alors que nous finissions par mourir de rire à la vue de Fainn, courant au loin, avec son nouveau visage, à l’avant du spectacle pour se cogner lourdement contre la patte d’un éléphant.
Frappant la table de coups de poings, soulageant l’agréable douleur qui martelait mes tempes, j’en vins à basculer du banc sur lequel j’étais installé quand je vis le pauvre homme dinde se faire soulever par la trompe de l’animal.

Après d’interminables tentatives consistant à ôter son masque de viande, nous finîmes par calmer notre hilarité et je profitais du moment pour aborder la jeune femme, dans l’intention évidente de la séduire. Bavardant des festivités nous en vînmes à parler de nos origines. Elle n’appartenait visiblement pas à la hiérarchie commune des meutes, car elle ne connaissait la sylve de l’erreur que par notoriété. Continuant notre confortable conversation, j’en vins à lui poser la question à laquelle elle n’avait su répondre à notre première rencontre.

-Cette amulette, elle te paraît bien plus importante que tout ce qu’on pourra y découvrir. Pourquoi ? Qu’a t-elle de si particulier ?

Sans doute sous l’effet de l’alcool et par l’instinct de confiance qui naissait entre nous, elle me le révéla sans détour.

-Cette amulette permet d’accentuer les pouvoirs de celui qui la revête. Dans ton cas par exemple, elle accélérerait ton processus de rétablissement. En ce qui me concerne, elle me permettrait d’accroître ma magie des glaces…

Ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle me permettrait également d’accentuer le feu noir que j’avais précieusement tu, n’aimant guère en révéler trop sur mes capacités. D’un seul coup, je fus pris d’un intérêt authentique pour l’amulette. Si je l’avais à disposition, je serais tellement puissant que je pourrais protéger la meute du fléau que m’avait prédit mon père. Le silence fit place autour de moi, où l’ambition de conquérir la jeune femme me vint en même temps que celle de lui dérober l’artefact.


Dernière édition par Cronose le Mer 19 Sep - 17:21, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 27 Avr - 2:38

Chapitre 11 Douche froide



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Ron demeurait comme la source la plus manifeste de fourberie, m’allouant ses préceptes d’acteurs, il avait fait de moi un être en mesure de voiler ses intentions véritables, tel un assassin. Scrupuleusement, je jouais à un double jeu avec la mirifique lycanthrope, car en dépit de mes apparences aguicheuses, amicales et intentionnées, je dissimulai une réalité ne comprenant qu’une amulette en guise d’ambition. En tant que successeur Canian, la trahison d’une lycanthrope ne m’apparaissait pas comme un outrage excessif. Mon honneur en demeurerait immaculé, car en effet, je ne désirais la tromper que pour le bien de ma communauté. Il m’était davantage aisé de me fondre dans le rôle du serpent en sachant qu’elle n’appartenait nullement aux clans Canian et encore moins à la sylve de l’erreur. Elle n’était qu’un sang mêlé, ignorant la suprématie de notre lien fraternel. « Les loups d’une même meute partagent toujours le butin et ne vont pas le gaspiller dans la croupe d’une étrangère ! » C’est du moins ce qu’aurait affirmer mon oncle Rodill, et nous l’aurions tous approuvé.

Et pourtant… Les jours défilaient et cette obsession tirait sa révérence, offrant son trône à l’individualité, dans sa forme la plus limpide qui soit. Naturellement, je n’y avais vu que du feu, car j’apprenais à la connaître lorsque l’estime de sa personne devint magnificence, car elle portait à présent une somptueuse valeur intérieure et ne se contentait plus d’une simple attirance charnelle.

Depuis notre conversation à Darn’Abart, où elle m’avait révélé les capacités de l’amulette, je ne cessais d’ajuster la balance du destin. D’une certaine façon, si mon instinct prenait le pas sur mes convictions, je ferais preuve de lâcheté envers mon clan car je détenais en ma possession le moyen de les sauver de l'inexorabilité. De plus, la convoitise de ce pouvoir grandissait en moi, imaginant déjà l’ampleur de la chose, qui me rendrait tellement supérieur aux autres…
Alors que d’un autre côté, je mettais en péril une perspective d’avenir concrète entachée par le sang des miens, mais préservant la dignité d’Idriale. Evidemment, elle n’aurait jamais pu tolérer une telle trahison, car tout comme moi, elle avait son pesant d’orgueil.

Mais rien n’était fait. Je n’avais pas l’amulette à ma disposition et j’ignorais si elle ressentait la même chose à mon égard. En un sens, je n’étais qu’un parfait égoïste, présomptueux de surcroit ! Mais peu importe, car au fond de moi je savais une chose, vers quelle direction se porterait mon choix. Il me suffisait de contempler la belle pour le comprendre.
Intriguée par ma réaction, ses lèvres esquissaient un agrément de curiosité. « Qu’est-ce qu’il y a, j’ai quelque-chose dans les cheveux ? » me fit-elle. Je lui certifiais qu’un insecte gambadait dans sa chevelure, afin de détourner son attention et surtout dans l’attende de ce qu’elle allait dire.

-Je ne sens rien, où est-il ? »

Je tirais sur les rennes de mon chameau, flattant les flans de son compère avant de porter une main dans la toison ténébreuse de la belle. « Attend… » soufflais-je, matérialisant presque un emplacement sur sa coiffure afin de renforcer ce mensonge qui prenait une tournure saugrenue. Un prétexte plutôt réussi pour effleurer la douceur de ses cheveux. Seulement, mon regard dériva dans l’émeraude de ses yeux où je pu y lire « Je t’ai percé à jour gros malin, maintenant comment tu vas t’en sortir ? »

Figé, mon visage était si proche du sien que je le découvrais sous un autre angle. La courbe de ses pommettes fine et délicate, l’arrête de son nez droit et fluet ; ses sourcils décrivant un arc rebelle, imperceptible ; le grenat de ses joues, lui donnant presque un air innocent ; ses lèvres suaves et son regard fougueux, flamboyant de perfection, investit par la suprématie d’un vert aux reflets d’émeraudes.
Ne résistant plus à l’attirance, ma main glissa jusqu’à son cou, effectuant une caresse qui me délecta de sa finesse. Je vins pour m’emparer de ses lèvres, bridant mes paupières afin de savourer l’échange lorsque tout à coup, je fus interrompu dans mon geste, déviant nos regards en direction du bruit.

-Venez voir çaaaaaa ! Venez voir çaaaaaaaa ! Criait Fainn à tout rompre. Je m’écartais d’Idriale, gêné d’avoir compromis ce premier baisé.

-Qui a t’il ? Réclamait Idriale, coupant court à l’intimité que nous partagions. Résigné à porter mon attention sur Fainn, je serrais les mâchoires afin de ne point émettre de soupir atrabilaire.

-Il y a… il y a des ossements et un trou énorme, c’est invraisemblable ! Il faut absolument que vous veniez jeter un œil. J’en perds mes mots tant c’est fascinant, comme toi Idriale !

Silence en guise de réponse, nous le laissions nous mener jusqu’au sommet de la dune, nous dévoilant un paysage effroyable. En effet, se tenait face à nous, une surface de terre craquelée où gisait des centaines de corps. Ceux-ci rongés par le temps, ne laissaient plus qu’entrevoir leurs ossements garnis d’étoffes en lambeaux. Plus loin, une excavation frôlant les dimensions d’une forteresse nous révéla un échafaud, s’enfonçant dans les ténèbres, nous pullulant d’un mauvais pressentiment.

-J’ai bien envie de savoir ce qui se trouve à l’intérieur, pas vous ? requiescat Fainn, d’un enthousiasme que je ne partageai point.

Je consultais d’un regard Idriale, elle leva les yeux au ciel, démontrant un désintérêt non feint. Mais avant même que nous ayons pu lui dénier cette expédition des plus téméraires, le rouquin s’avança et se pencha dangereusement pour contempler les profondeurs des entrailles. « Oh un marteau, ça pourrait tellement nous être utile ! Dit-il, avant de grimper sur l’échafaudage afin d’y ramasser sa trouvaille. Nous tentions de le dissuader lorsqu’un craquement se répercuta jusqu’à nos oreilles, projetant le pauvre guerrier dans le gouffre. Plusieurs bruits sourds se répercutèrent en écho, nous mettant en état d’alerte pour vérifier la gravité de la situation.
A notre tour au bord du précipice, nous pûmes constater la fragilité de la charpente, qui par le poids du guerrier, avait cédé à plusieurs niveaux.

-Ne me dit pas qu’il… commençait Idriale. Apparemment heurté par le malheur du guerrier. Pour ma part, je ne souffrais que d’une pointe d’amertume qui se dissiperait qu’après quelques heures.

-En même temps, il s’est jeté droit dans la gueule du loup, l’imbécile… fis-je, en guise d’excuse. Elle se retourna, outrée par ma réaction. « Il ne méritait pas ça, je sais qu’il est assez lourd, mais nous ne pouvons pas rester là sans rien faire, il faut l’aider ! »

Cette conversation tournait au ridicule. Si j’avais pu le sauver, je l’aurais éventuellement fais, mais risqué ma peau pour ce crétin, c’était hors de question.

-On devrait poursuivre notre route, de toute façon, il n’a pas pu s’en tirer… ma cruauté parlant d’elle-même, elle me foudroya du regard.

-Il faut l’aider.. En plus, on a besoin d’être à trois pour activer l’entrée du temple, ça ne te rappel rien ? fit-elle narquoise.

-Rien nous empêche de dénicher un paysan, pour la différence que ça fait… En plus on ne serait pas accablé par ses réflexions rhétoriques. et alors qu’elle me jetait un œil sombre, je pris une voix aigue et crispait mon visage d’une grimace un rien trop soutenue. « Oh regardez, le sable brille sous le soleil d’été, comme toi Idriale ! » elle n’appréciait absolument pas mon dédain et encore moins mon rire que je n’avais même pas essayé de réprimer. Me frappant à l’épaule d’un revers du poing, elle m’ignora pour gagner l’échafaud. « fais ce que tu veux, me dit-elle « mais moi, je vais le chercher… »

Résigner à la suivre, je claquai ma gourde contre le sable, rejoignant la belle à pas mesurés. Nous parvînmes à descendre, mais alors que je butai contre un pan de bois, basculant en avant, je fus rattrapé par la jeune femme, lui soufflant un merci tout en souffrant d’embarras. Sauvé par la charmeuse, les entrailles nouées par le regret de n’avoir pu inverser les rôles. Nous poursuivîmes notre incursion, atteignant le bout du gouffre. Celui-ci débouchait sur un point d’eau. Cependant, nul corps ne jonchaient la surface ondulatoire, nous confrontant au désarroi. Après quelques fouilles du regard, nous pûmes constater des traces de sang qui rejoignait une galerie souterraine. Abdiquant à la marche d’Idriale, nous franchîmes le seuil, vadrouillant dans un dédalle de couloirs sombres et humides. Là ! » me prévint-elle. Portant mon regard en direction de ce qu’elle observait. Nous pûmes contempler une cage où se nichait l’imbécile. La forme tordue de son bras désarticulé, certainement précédé par sa chute, ne justifiait en rien la raison manifeste de son inconscience. Une plaie à la tête suintait depuis la racine de sa toison et sa mise en captivité garantissait la présence d’autochtones.

-Libère-le et filons d’ici… sifflais-je, quand je pu inspirer l'arôme fangeux d’humanoïdes primates. A peine eut-elle soulevée le verrou, qu’une trappe se déroba sous ses pieds, l’enfonçant dans une gorge inférieure. M’approchant du piège, je fus rassuré de la constater saine et sauve. Mais bientôt, mon attention fut ramenée à une bande d’aborigènes vêtus de pagnes marron et de coiffes osseuses. A leurs borborygmes, ma diplomatie s’éveilla par la note métallique de mon cimeterre que je dégainais promptement. Ils poussèrent des grognements, gênés par la menace de l’acier. Sans pitié, j’entamai les hostilités, perforant la chair d’un irascible coup d’estoc. Ma lame vibra au contact d’une ossature puis comme du beurre, pénétra lourdement la chair. L’un de ses congénères se rua gauchement dans ma direction, me permettant de délivrer ma lame pour le cingler d’une zébrure mortelle. Je continuai ma performance macabre, les projetant l’un après l’autre dans l’oubli. Puis, alors qu’un dernier me faisait face, armé d’une javeline, je pus entendre la mêlée en contrebas où Idriale dispensait de son effarante maîtrise du combat. Nonobstant son savoir faire, je fus toutefois épris d’inquiétude. N’égayant plus ma supériorité, j’achevais ma dernière cible, lui logeant une dague de lancée de plein front.

Scrutant l’embrasure menant en contrebas, je discernais la guerrière confinée par une horde d'autochtones. Elle commençait à faiblir sous l’émoi de leurs offensives, tant leur nombre palliait à leur évidente faiblesse du combat. L’épaulant dans la bataille, je plongeai dans l’ouverture, brisant un corps sous mon passage. Me frayant un chemin jusqu’à elle où je répétais inlassablement mes assauts tout en parant quelques coups, je flanchai sous l’effort, marteler par leurs coups qui vinrent à bout de ma volition. Je devais d’abord neutraliser les cibles à portées, au détriment de la jeune femme, qui bataillait elle aussi jusqu’à son dernier souffle. Contraint d’employer les grands moyens, je confiais mon cimeterre au thorax d’un primate avant de m’armer de Faucheuse.

Néanmoins, une lance me percuta de plein fouet, traversant mon épaule dans un tressaillement de douleur. Mon genou se planta sous terre, où mon épée repoussait les assauts que je n’arrivais plus à contenir. Une javeline transperça ma garde pour s’enfoncer dans ma cuisse, déchirant mes muscles d’une effroyable affliction.
Ca ne pouvait plus durer, je ne pouvais pas mourir dans ce lieu reculé, vaincu par de vulgaires anthropoïdes. Dans un élan de colère et d’aversion plénière, je libérais les flammes noires, calcinant mes agresseurs, enflammant leur corps aussi sûrement que leurs âmes. Les derniers survivants détalaient, horrifiés par l’expansion de mon pouvoir.
Sans même avoir pris la peine de canaliser le flux, ma poitrine fut ébranlée d’une violente secousse. Je tombais à genou, les mains vacillantes sur la pierre froide. Quand d’un seul coup, je fus pris d’un haut le cœur, crachant une abondante gerbe de sang.

Nauséeux, je scrutais mes mains, ne discernant plus mes doigts, floutées par ma vue couverte d’un voile translucide. Que m’arrivait-il ? C’est comme si je reprenais mon initiation pour devenir une Lame Noire, au bord de l’évanouissement. Je raclais ma gorge où la bile se mélangeait à mon sang, vacillant de la tête au pied, fiévreux et léthargique.

La main délicate de la louve rebelle se posa sur mon épaule, je pouvais sentir son bras descendre et empoigner quelque-chose à ma taille. Basculant ma tête en arrière, je pouvais sentir son souffle glacé, parcourir ma peau alors qu’elle me fit avaler une concoction. Adossé contre sa poitrine, ses cheveux venaient effleurer mon visage alors que je peinais à boire ce breuvage acidulé.

-Je ne te savais pas si secret.. me souffla-t-elle alors que sa main vint cajoler ma toison, me confortant de cette proximité. « Une chance que tu m’ais au moins parler de tes fioles, sans quoi j’aurais pu me tromper et te donner du poison… »

Apaisé, je luttais contre la fatigue qui engourdissait mes paupières. «je n’aime pas trop parler de moi. » lui rendais-je, luttant contre l’obscurité.

-Je m’en suis bien rendu compte… En tout cas, je te remercie… Si tu n’étais pas intervenu… » elle tu cette réflexion, me déposant un baiser dans le cou. Frémissant à son contact, je savourais la douceur de ses lèvres.

-Je ne te savais pas si redevable…

Elle fut secouée d’un rire silencieux, avant d’exercer une pression sur mon épaule.
« Sombre idiot… tu sais très bien que ça n’a aucun rapport.. Evasive, elle hésita pour finalement me souffler au creux de l’oreille. « Je repensais juste à ton regard… à ce que tu allais faire… »

Je me redressais lentement, avant de me retourner, me confrontant une nouvelle fois à l’émeraude de ses yeux. Un sourire amusé parcouru mes lèvres. « et qu’est-ce que j’allais faire ? »Risquais-je, volontairement évanescent.

Sa main vint empoigner ma toison avant qu’elle ne me souffle « Ca… » et ses lèvres vinrent à la rencontre des miennes. Alors que j’allais gouter la saveur de ce baiser suave, je fermais les yeux pour graver à jamais ce moment. Quand soudainement, un liquide froid me frappa au visage, suivit d’Idriale redressé qui me lança. « Tu es trop prétentieux, voilà qui devrais te remettre à ta place ! » et sans même m’accorder un regard, elle s’écarta pour rejoindre la surface, m’abandonnant dans une triste solitude où se mêlait la frustration d’un désir inassouvi.


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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Jeu 3 Mai - 5:06

Chapitre 12 Aux lèvres du monde



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L’humiliation, elle transitait mon humeur d’une fiévreuse indignation, où la simple vue de la jeune femme m’éprouvait d’un ressenti acrimonieux. Mon attitude revêche ne semblait pas affecter Fainn qui jubilait encore devant les merveilles du désert chimérique, enjoué à l’idée de poursuivre cette expédition.

-C’est fantastique ! Plus qu’une petite semaine avant de rejoindre Sarkan. Nous allons profiter d’une hospitalité alléchante, je m’en réjoui d’avance ! » S’exclamait-il, alors qu’il se frottait les mains, comme s’il prévoyait un subséquent acte de luxure.

-Ne sois pas si enthousiaste, les Sarkaniens sont réputés pour ne point apprécier les voyageurs, disait Idriale d’un ton neutre avant d’ajouter « ça explique pourquoi ils se sont isolés au bout du monde… »

Fainn semblait abattu, les propos de la jeune femme nuisaient à son optimisme. A vrai dire, il suivait à la lettre ses impressions, à croire qu’il en faisait davantage un idéal qu’une éventuelle conquête. Je ne pris la peine de rejoindre leurs conversations des plus sommaires, elle m’avait froissé et je le démontrais par mon absence de réaction. Deux jours s’étaient écoulés depuis sa moquerie dans les catacombes, et sincèrement, je ne désirais point lui reparler de sitôt.
Notre ascension se déroula dans une langueur des plus monotones, Fainn reprenait par intermittence ses propos rhétoriques alors qu’Idri lui répondait par simple courtoisie. Quand ces réflexions dépassaient la bêtise, elle adoptait ma stratégie qui consistait à l’ignorer.

Nous en vînmes à camper dans une alcôve nichée au milieu de ruines antiques, où des peintures rupestres nimbaient les lieux d’une aura historique et déroutante. Les figures apparaissaient sous un visage énigmatique, où leurs toges définissaient une époque lointaine et révolue. Toujours de profil, les personnages s’ornaient de différentes richesses exubérantes, prouvant que la cupidité parvenait toujours à prendre ses droits, en tout temps.

Evidemment, cette découvert des plus singulières, poussa Fainn à jubiler de plus belle, m’accablant d’une nouvelle vague d’appréciation que je taisais en quittant notre campement. L’air glacé de la nuit ne mit guère à l’épreuve ma résolution, car je préférais cent fois souffrir du climat plutôt que d’entendre les bévues de ce nigaud.
L’occasion pour moi de savourer cette épice douteuse, que m’avait gentiment offert les marins de ma précédente expédition, me comblant de leurs générosités en expirant la fumée bleuâtre qui m’apporta un élan de contentement.

Très vite, les jacassements incessants du rouquin moururent dans un soupir, soufflés par les vents qui partageaient ma lassitude. Un brin de répit pour une succincte forme de réflexion. Je contemplais les étoiles, m’abandonnant à leurs lueurs et y déposant l’éclat de mon regard rêveur. Une envie confuse me rongeait de l’intérieur, n’étais-je attiré que par l’appât du gain ou bien la lycanthrope exerçait elle un pouvoir intense à mon égard, en dépit de son offense qui m’ôtait la possibilité de piétiné mon orgueil et d’aller de l’avant ? Candeur et obsession, je tus mes réflexions dans une bouffarde qui dissipa mon mal être, dépenaillé d’une lucidité meurtrie par le doute.

La silhouette élancée vint à moi, perché à mon niveau, devant une mer sablée et songeuse, mêlant le cristallin d’une soirée constellée à celle des mouvantes imperceptibles des grains tournoyants dans une danse silencieuse.

-Tu boudes encore ? » sa voix subodorais une pointe de sarcasme. Sans prendre la peine de lui accorder un regard je m’efforçais à ne rien dire, émanant un mince volute de buée qui s’éparpilla dans la nuit froide.
Sans me consulter, elle s’empara de la pipe, logée dans le creux de ma main. Tirant à son tour sur le récipient elle extirpa une fumée limpide avant de m’aborder d’une nouvelle approche.

-Encore un détail que tu ne m’as pas mentionné. T’as encore beaucoup de secrets dans le genre là ? » Enquiquineuse, je ne rentrais pas dans son jeu, après tout, qu’espérait-elle ? Une amitié docile et complaisante, comme si de rien n’était ?

Je m’abandonnais un instant à son regard, piégé par l’émeraude qui miroitait sous les faisceaux lactés de mère Luna. « J’en ai d’autres, mais certainement moins que toi… » et en guise de renoncement, je récupérais la pièce en bois pour me délecter de son contenu.

-Tu n’as pas tort… » Reconnu-t-elle, ses yeux s’effaçant dans le lointain, plongée dans l’hébétude incitée par la substance verdoyante. « je n’ai pas connu ma famille, très peu du moins… »

C’était l’heure des aveux, elle se confiait à moi et pour une fois je lui délaissais ma confiance, bercé par son histoire. En cette nuit, j’en avais appris sur elle, bien plus qu’en plusieurs semaines passées en sa compagnie. Elle me révéla ses faiblesses, errant sans but à la recherche d’un point d’attache, seule depuis toujours, elle n’avait jamais pu conserver des liens, détachée de sa réalité, à l’écart de tout.
J’en avais profité pour lui délivrer mon histoire, du moins ce qui me paraissait pertinent sur le moment. La mort de ma mère, que je ne m’étais toujours pas pardonné, la disparition de ma sœur et mon apparenté à la lignée régnante des Canians. Mon désir de ne pas prendre la place de mon père et ma propre errance limitée à celle d’une prophétie incomprise. Je ne voyais toujours pas en quoi j’étais concerné et puis, je butais sans l’ombre d’une piste à suivre.

Après une longue discussion elle m’avait quitté pour rejoindre sa couche et j’avais compris une chose, que j’avais fais preuve d’humilité et que surtout, j’avais renié mon orgueil pour la pardonner.

***

La semaine de voyage qui nous mena à Sarkan fut largement plus agréable, nous avions pris la peine de discuter plus longuement et nous finîmes même par s’harmoniser avec le rouquin qui avait cessé ses discussions dérisoires une fois que nous fûmes plus enclin aux bavardages. Le guerrier était moins stupide qu’il en avait l’air, il souffrait juste d’embarras à nos grèves de parole, ce qui l’incitait à parler pour ne rien dire.
A présent que nous étions pleins d’ambitions à l’idée d’atteindre le temple au mille richesses, nous ne manquions pas d’euphorie, passant des nuits autour du feu à vider le tonneau de rhum et autres réserves récupérer à Darnt’Abart.
Ce ne fut toutefois pas sans soulagement que nous pûmes rejoindre le village, car nous commencions à manquer de victuailles et d’eau. Les habitants, majoritairement des humains sédentarisés en bordure du Grand Vide, pour ne point souffrir du métissage causé par le syncrétisme, manquaient cruellement d’accueille à notre venue des plus pacifistes. Ils nous épièrent sans cesse, murmurant des propos à notre insu sans que nous y prêtions attention. De vigueur, nous n’étions que de passage et il en valait mieux ainsi. Bien que reclus du reste de la population nous pûmes aborder une auberge pour les consommateurs locaux. Le tenancier refusa grossièrement notre insertion, mais ma patience ayant des limites, je dégainais Faucheuse qui calma son ardeur, nous permettant de bénéficier du gîte et du couvert. Tout ça, sans que les occupants se risques à la discrimination.

-Arrête de les dévisager Cronose ! Tu vas nous les mettre à dos ! » me souffla Fainn alors que je le consultais, dubitatif. « C’est eux qui ont commencé… Et s’ils font les malins, c’est pas cinquante paysans du désert qui vont m’arrêter ! » La menace pesée, les quelques derniers curieux n’osèrent même plus observer notre tablée.

-Tu pourrais toutefois faire preuve d’un peu plus de discrétion… » Lança Idriale, consterné par ma provocation.

-C’est le cas, ils nous observent plus… »

Fainn gloussa dans sa barbe alors que l’elfe me gronda d’un air faussement envenimé.
La soirée suivit son cours et ce n’était pas l’ambiance tendue de l’auberge qui nous empêchais de profiter du moment, enseveli sous les coupes de breuvages exotiques. Nous n’étions plus que trois ivrognes, bruyants et sans gênes apparentes.

-J’é Une fOis vU uN hOmMe aVec Dé cHaUseTtes veRtes et uN pAgne sOus sOn aRmuRe, dEs cUillEre aUtOur dU coUUu ! beuglait Fainn, à genou sur la table, peinant à tenir sa coupe qu’il brandissait telle une épée.

-Moi G mi du bloups ! du Mérulin dans la Bou…Bouffe ! Deuh mon Menteuord ! Il a Pas Quitttter son Chevé Hic ! Pen..pendant Treua jouur, çA Heu Enpestait lA Merdeuh y eN avé Même sur lé Mureuh !

-Une Fua j’ai congelé Hips ! congelé t’assures ! Lé boule d’un hic ! type qUi se FroTtait à Ma JaamBe !

Cette déchéance se perpétra jusqu’à perte de mémoire, mais j’avais repris connaissance par le biais d’une potion dans ma sacoche qui permettait de dissiper les effets néfastes de l’alcool. Ron m’avait toujours signalé qu’il refusait de me savoir plein jusqu’à pied de table, et qu’en cas de chute, je devrais prendre cette concoction. Je comprenais mieux pourquoi il avait volontairement étiqueté la fiole de façon aussi extravagante, ce n’était que dans la seule intention de m’attirer dans le piège et de m’obliger à reprendre mes esprits. Sur le coup, je n’appréciais pas l’idée d’être sobre alors que Fainn roupillait au pied du lit d’une chambre que je découvrais à peine. Pour une raison qui ne s’expliquait, il avait une chaussette dans la bouche et des vomissures maculait ses habits, peut-être n’était-ce qu’un signe de la providence, qui lui dictait enfin la possibilité de porter autres choses que ces accoutrements disgracieux.

Par ailleurs, j’ignorais où se trouvait Idriale et pour combler le trou noir, je me mis en quête de la trouver. Descendant les marches escarpées, après avoir franchi un couloir piteux, je débouchais sur un rez-de-chaussée vide de peuplade, où régnait l’odeur âcre de souillures indigestes. Soupirant, je remontais à l’étage pour plaquer l’oreille à chaque porte, lorsque je pus percevoir des grincements sur le parquet, comme si quelqu’un essayait vainement d’être discret. Atteignant le détour d’un couloir, je pus apercevoir un Sarkanien, sabre à la main, se frottant le poireau par dessus son pantalon bouffant. Mais qu’est-ce qu’il fabriquait ce gros dégueulasse ? Pensais-je, alors que mes réflexions ne tardèrent plus à rattraper le contexte insalubre.
Prit de doute, je dégainais une dague, longeant le mur pour m’approcher de ma cible, peut-être me trompais-je, mais ce n’était pas la peine de prendre de gants. Il était armé et il comptait abuser d’une situation… Il fit tourner la clenche d’une porte et quand le cliquetis d’ouverture vibra, il l’esclaffa d’un rire grotesque. Je ne me trouvais plus qu’à quelques toises de lui. S’engouffrant dans la chambre, il tenta de fermer le battant mais je le retenais du pied, visiblement, il n’y prêta aucune attention, me permettant de voir en parfaite lucidité ses viles intentions.

La lycan était étendue sur le ventre pratiquement endormie alors que le Sarkanien s’en approchait, sabre et bâton à la main. Je m’avançais, prudent, m’assurant qu’il ne percevrait pas le grincement. Malheureusement, l’établissement des plus déplorables ne me laissa pas la chance de le surprendre, la porte gronda rageusement et il se retourna brusquement, les yeux écarquillés. L’instant suivant, il se ruait sur moi, Sabre en avant. Me penchant d’un côté, la lame s’enfonça dans le bois, puis et sans pitié, je plongeais la dague dans sa gorge. Il s’écroula en s’étouffant dans son fluide vital pendant que je contemplais ses traits. C’était ce misérable tenancier, il n’avait donc aucun respect pour lui-même. Je désirais le voir succomber sous la souffrance, se tenant la gorge, il partait à petit feu, j’en jubilais fiévreusement. Meurs mécréant, crève pour avoir essayé de toucher à la prunelle de mes yeux…

Mais alors qu’il crachotait sous l’agonie, un sifflement suivit d’un bruit sourd retenti. Me retournant, je pus contempler un deuxième Sarkanien, un poignard logé en plein orbite. Sitôt, je me retournais en direction d’Idriale. Elle avait encore le bras tendu, témoignant de ce qui m’avait échappé.

-Tu.. tu m’as sauvé ? » requiers-elle, surprise.

En constatant le corps derrière moi, j’eu un rictus. « Je dirais plutôt l’inverse… tiens bois ça, tu te sentiras mieux… » lui proposais-je en lui balançant l’une de mes fameuses fioles.
Elle refusa, affirmant qu’elle était sobre. « Je n’ai pas besoin de ça, quand je t’ai vu te pavané avec Fainn j’ai fini par dessaouler et je suis simplement partie me coucher. »

J’acquiesçais avant de rebrousser chemin lorsqu’elle m’interpella. « Attend… »
Je me retournais, lorsqu’elle me décrocha un sourire amusé. « Tu ne vas quand même pas laisser une dame dormir en compagnie de deux cadavres, ce n’est pas très gentilhomme. » prit au jeu, je souriais à mon tour. « J’ai l’air de quelqu’un de gentil ? »
Scrutant son regard d’émeraude un instant, je m’en défaisais afin de ne point susciter l’attrait qu’elle me portait par ses atours plus légers, démunie de ses protections de cuir, juste recouverte de tissus qui renforçaient ses courbes de façon presque indécente.

Me retournant, je fus pris d’une toux simulée avant d’attraper les cadavres par les pieds et de les sortir de la chambre. Quand je me redressais, ce n’était que pour entrevoir une masse de cheveux ondulés, caressant ma peau avant de sentir ses lèvres cajoler les miennes. D’abord surpris, je ne sentais plus que la douceur de ce baiser. Puis, plus entreprenant, alors qu’elle me tirait par le col, mes mains glissèrent sur la courbure de ses hanches. Je pouvais sentir ses doigts, fouillant ma toison, les empoigner dans quelques caresses fougueuses.

Mes yeux ne quittèrent plus les siens alors que mon pied referma la porte derrière nous. Tel un signal, le claquement nous projeta l’un sur l’autre, elle me grimpa littéralement dessus, nos visages à même hauteur. Ses yeux d’émeraude m’assaillaient de leurs splendeurs, d’une lueur vorace que je ne leurs connaissais pas.
Ne résistant plus, je succombais à son charme, au feu qui me consumait de l’intérieur depuis tout ce temps, depuis le début… Je me brûlais au contact de ses lèvres, m’y consumait entièrement, savourant la douceur de ses caresses, de ses baiser qui me submergeaient, m’emportaient dans ses limbes infinies.
Des frissons parcouraient nos corps, lorsque je vins cueillir sa gorge suave, nous n’étions plus que les loups, régissant l’enveloppe de nos corps mortels. Sa morsure vint me percer à l’épaule, elle se délecta de mon sang, qu’elle m’échangea d’un baiser plus langoureux. Je la déposais sur le lit où sa toison d’ébène s’étalait subtilement, remontant les tissus qui mirent à découvert la délicatesse de ses cuisses. Ses ongles s’enfoncèrent profondément dans mes chairs, alors qu’elle révéla les cicatrices de mon torse, qu’elle parcouru du bout des doigts avant d’y déposer sa langue. Relevant son menton je vins récupérer ses lèvres de nouveau et elle me ramena à elle, nous fusionnant d’un baiser languissant. Ses mains dessinaient des courbes sur mes hanches, mon dos et mon torse m’ôtant un frisson au moindre de ses caresses enflammées. Mes baisers parcourant la douceur de son corps lui ôtèrent un râle de plaisir qui me combla d’un sourire enchanté.

Gourmand, Mes canines vinrent s’emparer du tissu, le remontant pour dévoiler sa poitrine turgescente où j’y déposais maints baiser pour finalement retrouver l’union et l’harmonie de ses lèvres rubis et cardinales. Ma poitrine touchait la sienne et le reste de son corps me partagea l’érotisme de notre échange ardent. Ses cuisses vinrent cajoler mes hanches et au contact chaud qui nous parcouru elle me fouilla du regard, m’investissant jusqu’au tréfonds de mon âme, de ses joyaux d’émeraude. Ses lèvres, combles de l’envoûtement, s’étirèrent d’aisance et je pu alors contempler le charme infini de son plus beau sourire…



Dernière édition par Cronose le Mer 9 Mai - 23:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Mar 8 Mai - 5:58

Chapitre 13 Le temple des trois règnes



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Parfois en débridant les paupières, je contemplais les lattes du plafond de l’auberge, de ma chambrée ou encore de l’azur du ciel. Aujourd’hui, mes iris d’argent déposaient leurs prunelles sur le visage assoupi de la jeune femme, d’une sage sérénité, me distillant du baume au cœur. Je subsistais plusieurs minutes à approfondir ses traits, me prélassant de cette interlude pour lui caresser furtivement la peau, me délectant de sa douce enveloppe chaude et délicate. Mes imperceptibles intentions de tendresse l’éveilla doucement, dévoilant le magnifique céladon, charme de ses yeux.

Ses mains tâtaient mon torse lorsque elle déposa sa joue contre ma poitrine. Jouant de ses doigts, elle répétait un cercle continu sur mon ventre. Songeuse, elle ne semblait pas disposer à la discussion, loin d’ici et de tous.

-Tu penses à quoi ? sollicitais-je d’une voix étouffée par la somnolence du matin. Mes mains tournoyaient autour de ses boucles d’ébènes, me plaisant de leurs formes rebelles et soyeuses. Elle prenait son temps, me déposant un baiser avant d'exprimer ses pensées.

-« Je ne sais pas ce que je veux… »

D’abord troublé, je fus noué à l’estomac d’un mauvais pressentiment. Mais elle continua, me soulageant de l’idée de la perdre, alors que je souffrais déjà de cette faiblesse, devenu dépendant de sa seule présence.

-« J’ai rassemblé toutes les informations concernant l’amulette des rois. J’ai été jusqu’à déchiffrer ses énigmes, je me suis battue pour ces informations et surtout pour les préserver à mon seul usage, mais pourtant… »

Elle rêvassa de nouveau, me joignant à la curiosité de ses propos. « mais ? » patientais-je, désireux de comprendre son anxiété.

-Mais malgré tous mes efforts, je ne sais pas quoi en faire. Je veux dire… » elle se redressa, m’investissant de son regard enchevêtré. « A part me permettre d’amplifier mon pouvoir, je n’ai rien prévu de concret, ce n’est qu’une obsession futile. Au final, ce n’était qu’un prétexte pour me fixer un objectif, mais à présent que l’on est si prêt du but, je réalise à quel point j’ignore où est ma place… »

Afin d’adoucir le tourment de ses pensées et pour émettre une note d’optimisme, je lui caressait le visage avant de l’interpeller, dans un sourire non feint. « dans mes bras. »
Elle me décrocha un sourire avant d’apposer une tape sur mon épaule. « T’es bête… »

Pour détourner l’attention que je lui manifestais, elle vint se recueillir au creux de mon épaule avant de me piéger d’une question à laquelle je n’étais pas préparé. En manque de conviction, je soupirais, démuni de toutes solutions.

-J’aimerais pouvoir apporter le triomphe à la meute, les sauver de l’armée des Narkanns, mais je n’ai pas les moyens d’y parvenir. De plus, la prophétie que je suis censé déjouer reste un mystère que je ne désire pas approfondir. Mon clan et ma famille sont bien plus importants que cette hypothèse émise par mon père… Alors tout comme toi, j’ignore quoi faire, peut-être trouverais-je la solution à tes côté.. »

Elle eut un rictus de bienfaisance, comme si elle espérait joindre cette pensée qui lui semblait hors de portée. « Peut-être, mais qui sait de quoi l’avenir est fait… En tout cas, j’aimerais beaucoup avoir ton insouciance, j’en pâtirais moins… » Songeait-elle avant de reprendre, plus sérieuse tout en conversant une pointe d’hésitation. « Je pourrais t’aider… l’amulette recèle un pouvoir hors du commun. Si je combats à tes côtés, je pourrais faire la différence et sauver les tiens. »

Surpris par la concession qu’elle m’accordait, je ne savais pas comment exprimer ma gratitude, elle m’offrait un présent que je ne serais jamais en mesure de lui rendre.
« Je ne sais pas quoi dire.. tu ferais ça pour moi… vraiment ? » soufflais-je, ému par sa proposition. Elle appuya ses coudes contre mon torse, déposant ses fins doigts sur mon visage. « Rien ne m’en empêche, mais ça dépend de toi… Alors on verra» fis-elle en s’emparant de mes lèvres d’un doux baiser. Ma main glissa sous sa toison noire de jais, abandonnant mes yeux aux siens. Me redressant, elle se retrouva assise, les fesses entre mes cuisses. Enroulant ses bras autour de mon cou alors que mes mains sillonnaient ses hanches, je lui échangeais la ferveur de mes sentiments, cette passion que je n’osais pas encore lui avouer mais que nous partagions, dans nos caresses et nos baiser. Elle se releva lentement, la main promeneuse, pour finalement s'incliner et nous conjoindre d’une émotion mêlant le plaisir au soutenu de notre affection.

***

Si les Sarkaniens ne manifestaient pas d’un accueille affable envers les voyageurs, cela n’allait pas s’améliorer avec le temps. L’assassinat de leurs semblables nous poussa à quitter leurs terres dans la matinée. Nous avions pris la peine de réveiller Fainn qui somnolait encore dans la même posture que la veille, chaussette mise en coin de bouche. Après lui avoir expliquer succinctement les raisons de notre départ prématuré, il se jeta sur ses affaires, prêt à détaler comme un lapin. Favorablement, Idriale prit la peine de le tempérer, afin qu’il n’attire pas davantage l’attention sur nous, d’autant que l’établissement n’avait pas rouvert ses portes, à la suspicion de ses consommateurs locaux. Nous avions donc emprunté une fenêtre pour s’éclipser en douceur, jouant de l’innocence avant de retrouver nos chameaux qui nous portèrent loin de ce lieu.

Ma compagne préférait taire notre attirance à Fainn, qui d’après elle, ne pourrait le supporter et créerait des litiges compromettants à notre groupe. Nous avions donc feint le commun d’une amitié machinale pour retrouver notre pleine intimité durant les nuits froides du désert. Ce rôle ne me sciait point, lorsqu’elle me quittait au cœur de la nuit, afin de ne point insuffler le doute, je souffrais d’une solitude sans nom. Sa présence, me manquait, j’avais besoin de la ressentir mais elle ne succombait pas à mes caprices, bien que je le savais, elle luttait pour préserver cette résolution. J’en fis mon angle d’attaque, afin de ne guère lui laisser le choix. Je ne voulais pas peiner Fainn, mais ce jeu avait assez durée à mon goût. Après plus de dix jours à vadrouiller à la recherche du temple, j’avais fini par tout révéler au guerrier roux, non pas à la façon respectueuse qu’il m’incombait mais plutôt par l’insolence de mon acte.

Nous étions autour du feu, contraint à analyser les parchemins d’Idriale, qui nous faisait perpétuellement tourner en rond. Nous avions imaginé des itinéraires que nous n’avions guère arpentés, mais hélas en vint. Nous avions exploré la zone, fouillée dans le moindre de ces recoins sans trouver l’once d’un indice. Puis, un temple ne pouvait pas se dissimuler si facilement, surtout en cette zone désertique qui nous pourvoyait d’un large champ de vision. Ce n’était pas cohérent, lorsque j’en vins à émettre une suggestion.

-«Peut-être se niche-t-il entre quelques pentes rocheuses, où se trouve-il carrément ensevelis sous une couche de pierre, vous ne pensez pas ? »

En pleines réflexions, ils conservèrent le silence lorsque Fainn balança sa propre opinion, ce qui me poussa à démontrer à celui-ci que cette comédie avait assez durée.

-« Nous sommes sûrement non loin du temple, il ne doit tout simplement pas être facilement accessible. Surtout s’il contient des trésors et autres merveilles similaires à toi ma belle Idriale ! »

La jeune femme me consulta du coin de l’œil, furtivement alors que je serrais les mâchoires. Je ne pouvais plus supporter cette tension, dans l’impossibilité de savoir où nous étions et de combien de temps allait durer cette mise en scène. M’approchant de la lycan, je pris son visage entre mes mains, alors qu’elle me fit des grands yeux, m’avertissant de l’erreur que j’allais commettre. J’ignorais ses prévenances, bravant notre duperie aux yeux du rouquin qui en resta figé, démunit de la moindre réaction.
Bien sûr, le malaise d’Idriale fit comprendre au guerrier que nous étions en couple depuis un certain temps. Il trouva juste la force d’alléguer son besoin de solitude.

-« Je reviens, je vais chercher de l’eau… » et il s’en alla, disparaissant sous la crête terreuse d’une dune escarpée. Déchargé du poids qui me tenaillait les entrailles, je fus cependant ébranlé par une douleur qui me bascula sur un flanc. Idriale me scrutait hargneusement, alors que je touchais ma mâchoire endolorie, où elle venait de me percuter du poing.

-« T’es fier de toi ? pauvre idiot ! Maintenant que ta joué au plus fin, j’espère que tu savoures ta victoire parce qu’à partir de maintenant, tu pourras te finir à la main ! »

Non mais j’hallucinais ! moi qui désirait juste privilégier notre intimité, elle me remerciait en me balançant des crasses au visage.

-Si t’es en période rouge c’est pas ma faute ! et si ça te plait pas que je pense un peu à nous, il fallait pas me sauter dessus à Sarkan ! grondais-je rageusement alors que ses traits s’envenimaient d’une colère noire.

-Arrête de te croire supérieur aux autres, car tu ne l’es pas ! Autant je peux apprécier certains de tes aspects que celui-là me donne envie de vomir ! m’injuriait-elle, alors que je sentais l’indignation grimper, ne me laissant guère d’autre choix que de rétorquer.

-Te gêne surtout pas, je crois me rappeler que t’es un peu comme moi, sans quoi tu monterais pas sur tes grands chevaux ! Mais si tu n’assumes pas ta situation, alors je ne vois pas l’intérêt de me couvrir de reproches.

Nos engueulades ne firent qu’empirer, sans doute inspirées par la dureté de ce voyage qui nous poussaient à cran. Fainn ne témoignait plus du moindre enthousiasme et comme l’avait deviné Idriale, le groupe se retrouva scindé, dépourvu de sa constitution.

Malgré le silence pesant qui perdura encore quelques jours, je ne pris point la peine de m’excuser, je me considérais dans le juste et après tout, ne l’étais-je pas vraiment ? Fainn n’avait pas à prendre un rôle dans ma vie de couple sinon de tenir la chandelle. Les reproches d’Idriale me tombaient encore dessus, telles de virulentes pointes d’ingratitudes. Pourquoi diable souffrait-elle de susceptibilité ? Un défaut qui me foudroyait d’une attitude revêche et m’empêchait de rétablir le contact.
Nous avions donc poursuivit, lorsque une nouvelle dispute éclata, finissant par le rouquin qui claqua son sac de provisions à terre.

-J’en ai marre de vous ! De toute façon on ne trouvera pas ce temple, et puis je n’aurais jamais dû me fier à toi Cronose, tu n’as fais que tout détruire entre Idriale et moi ! Beugla-t-il sèchement en me pointant du doigt.

Je m’esclaffais d’un rire narquois, mêlé aux nerfs qu’il me portait à se croire capable de la séduire. « Pauvre inculte éprit de naïveté, si t’avais l’once d’un soupçon d’intelligence, tu comprendrais qu’elle ne s’intéresse pas à toi ! »

-Répète pour voir ? me défia-t-il, me pourvoyant d’un sourire martial, près à en découdre.

-« Je disais que tu n’évoque que de la pitié, pauvre minable ! » crachais-je, me défoulant gratuitement en dépit du faible jugement que je portais à son égard.

Il vira au rouge pivoine, se jetant sur moi en me saisissant par les épaules. Le balayant d’un croche-pied, j’en vins à lui faire déguster la poussière d’un coup de botte en pleine figure. Idriale osa non seulement s’interposer, mais également à me porter un coup de poing que je rattrapais d’une main avant de la repousser sèchement. Elle retomba sur les fesses.

-Je peux savoir depuis quand tu es contre moi ?! Grondais-je, ne parvenant plus à faire le lien entre notre moment d’affection et cette situation cauchemardesque.

-Depuis que tu as pris la grosse tête ! retombe les pieds sur terre Cronose et cesse tes enfantillages…

-Mes enfantillages ? C’est moi qui a démontrer à Fainn que tu jouais avec ses sentiments, mais c’est moi l’ingrat de l’histoire ? Vous me faites halluciner vous deux, si tu tiens tant à préserver les apparences, bien soit, moi je m’en vais et ton amulette tu peux te la mettre là où je pense !

Lui délaissant un regard plein de mépris, je pus lire dans ses yeux une aversion purulente, il n’était plus possible de faire marche arrière, je me contentais alors de partir, de m’éloigner de ces deux fous, de laisser tout ça derrière moi. Mais je fus rattrapé, Fainn me percuta de plein fouet. Roulant contre la pierre, j’en vins à des pulsions meurtrières. Dégainant une dague, je vins lui loger dans la poitrine. Du moins, c’était mon intention, mais il me repoussa du pied où je dévalais une pente rigide.

Ma course s’acheva dans un précipice, à peine plus large qu’un humanoïde. Je ne pu déterminer le temps de chute, mais il était assez long pour me tuer, cependant, je fus submergé d’une substance glaciale, de l’eau ! Par toutes les mansuétudes, la chance avait fini par me rattraper. Remontant à la surface, j’aspirais une goulée d’air et me retrouvait libéré de mes entraves nébuleuses. Je ne souffrais plus d’aucune malveillance ce qui me permis de comprendre. Le temple nous avait investi de sa violence, il propageait sa vile intention dans tous les alentours, divulguant la profondeur effroyable de son pouvoir et le désir farouche de ne point être trouvé. Heureusement, à défaut de nous entretuer, sa magie nous avait permis, par le plus grand des hasards, de localiser son emplacement.

Je criais après Fainn, afin de l’alerter de la menace diffusée par le temple. Il n’en cru mot, sans doute encore imprégné par son influence. Je tentais de le raisonner en vint quand j’eus une idée des plus simples mais pas moins efficace. Le temple révélait nos plus sombres intentions, la corruption devait donc battre son plein, au cœur de cet homme.

-Il y a de l’or ici, un tas énorme ! Appel Idriale et venez voir ça !

Après une brève hésitation, il accepta d’y jeter un œil, criant après la jeune femme et me laissant l’opportunité d’inspecter l’environnement. Mise à part l’étendue d’eau dans laquelle je brassais pour demeurer à la surface, il y avait des blocs de malachites recouverts de liernes. Au loin, derrière un nuage de brume, se trouvait un couloir circulaire, un tunnel entrecoupé d’alcôves où s’introduisaient d’amples statues, représentant des créatures hybridées. Mon analyse fut interrompue par le clappement d’une corde s’enfonçant dans l’eau. Fainn se hissait suivi par Idriale, qui, pour ne pas se mouiller, transmuta la surface de l’eau en glace, m’obligeant à grimper sur un rebord.

Inutile de préciser qu’elle avait essayé de me nuire, mais après un court instant, elle reprit ses esprits me rejoignant pour me réconforter d’une enlaçâtes. Fainn retrouva son sourire niaiseux avant de nous rejoindre, manquant de glisser sur la surface givrée.

-C’était donc ça… lança-t-il, sans vouloir vous vexer, je n’ai pas pensé ce que j’ai dis, bien que je vous en veux un peu de m’avoir caché la vérité…

Un échange de regard et nous éclations de rire. Tout simplement, le poids de cette tromperie fut relâché mais nous reprîmes assez vite notre sérieux. Nous avions tous été affecté par l’illusion, il ne fallait pas l’oublier.

-A présent, il faudra se montrer vigilant, ce temple recèle de secrets assez dangereux pour nous retourner les uns contre les autres. » fis-je, prévenant.

Nous comprîmes assez vite que les excuses n’étaient point nécessaire, nous n’étions pas nous même, il n’y avait donc rien à blâmer. C’est donc sans perdre de temps que nous explorions les lieux, s’enfonçant dans le tunnel béant qui nous incitait à la circonspection.

Fainn retrouva toutefois sa langue bien pendue, s’enflammant à la moindre statue qu’il contemplait. Idriale fut même contrainte à le tirer par le bras, afin qu’il cesse d’admirer ces ornements gigantesques qui se comptaient par centaines.

Nous poursuivions notre marche, les torches récupérer à Darn’Abart trouvant enfin leurs offices. Au bout d’un certain temps, notre constitution de lycan mit à l’épreuve le jeune guerrier qui ne parvenait plus à suivre la marche.

-On peut… » haletait Fainn avant de poursuivre entre deux souffles. « On peut camper ? je… je n’en peux plus ! »

Cédant à sa requête, je profitais de son sommeil lourd pou rejoindre ma lycan. Bien que sa peau s’animait plus lentement que la mienne, en vue de la magie qui coulait dans ses veines, le confort de sa seule présence suffisait à me réchauffer. Après plusieurs dizaines de minutes, à profiter de nos retrouvailles et à voiler notre égo, je me laissais bercer par Morphée, qui m’accueillit à bras ouverts.

Le lendemain, nous reprîmes l’ascension de ce tunnel qui nous apitoyait de sa longueur interminable. Après plusieurs heures à traverser son étendue infinie, nous finîmes par déboucher sur une galerie coupée en mezzanine. Deux escaliers latéraux et escarpées permet de rejoindre l’étage qui nous mènerait à ce qui semblait être une porte aux dimensions exubérantes. Alors que le rouquin emboitait le pas en direction des marches, il fut stoppé net par la maîtresse des glaces qui le mit en état d’alerte.

-Si j’étais toi, je ne ferais pas ça… Observe bien les murs, dés que tu mettras les pieds sur les escaliers, une pluie de flèche s’abattra. Nous allons donc nous pencher sur une autre option… »

Elle usa de sa magie pour relier un passage cristallin jusqu’au palier, son pont semblant néanmoins en mesure de soutenir notre charge. Mais épuisée par l’effort, elle chancela, s’appuyant contre la roche pour ne pas tomber. L’épaulant dans sa progression, nous pûmes découvrir l’immensité du portail en pierre.

Celui-ci s’ornait de plusieurs symboles logés sur la surface de globes métalliques. Je ne pris la peine de m’y risquer, Idriale en connaissant la combinaison. Elle récupéra une page de vélin sur laquelle était inscrite des épigraphes elfiques. Tournant les sphères dans une concordance recensée, un cliquetis fit dérouler le pan de pierre qui s’inclina sous une embrasure, nous ouvrant la voie à une succession de marches abruptes s’enfonçant dans les ténèbres. Une bise nous heurta insensiblement et d’une candeur déplorable Fainn se précipita dans ses profondeurs, torche à la main.
Nous le suivîmes, pour découvrir une passerelle longue et étroite. Elle reliait notre position à une plateforme sertie d’un piédestal. La suivante occupait trois trônes de granits, formant les axes d’un triangle illusoire, où gisaient les corps embaumés des rois surannés. Au milieu de ces seigneurs antiques, tel un soupçon de corruption éternel, un crâne en quartz se coiffait de l’amulette, convoitise de notre jeune voyageuse qui s’approchait à pas mesurés.
Analyse éphémère puisque Fainn jetait aux orties notre but ultime pour braver le silence d’une réflexion dérisoire.

- « C’est tout ?! Et les montagnes d’or ! »

Idriale ne décrochait plus du regard l’objet de ses convoitises, courbant la distance, épris d’un envoûtement singulier. Pour ma part, je me contentais de relever le bras, pointant les richesses qui avaient échappées à l’œil distrait du rouquin. En contrebas, sous les fondations du pont, s’étendait un lit miroitant d’opulence ambrée. Baissant la tête, ce dernier stupéfié par l’étendue démentielle de cette fortune, frottait ses mains, animé d’un sourire carnassier. Sans même pouvoir l’avertir d’un éventuel danger, il plongea tête première dans l’essaim vénal, provoquant un fracas des plus tumultueux. Un craquement retenti, suivit du déchirement de la croute rocheuse. Un éboulis s’enclenchait mais pis encore, la terre tremblait, nous projetant sauvagement contre la pierre froide. La passerelle se brisa d’un pan, m’amenant droit sur Idriale que je fauchais, alors que mon corps glissait en direction des trois rois. Nos pieds heurtèrent l’un des trônes puis nous eûmes le réflexe de s’accrocher au siège impérial, car la plateforme continuait sa descente vertigineuse, éclaboussant l’or sous son fracas faramineux. La violence du choc nous propulsa hors de sa portée, nous enfonçant dans un lac de richesse littérale.

Remontant à la surface, une ombre tournoyait dans les airs, révélant le crâne surmonté par l’amulette. L’artefact coupait la distance qui nous séparait, achevant sa course à quelques mètres de là. Fainn se remplissait les poches hâtivement pendant qu’Idriale rejoignait la passerelle, nous pressant de la rejoindre.

-« Le temple s’écroule dépêchez-vous ! » fit-elle à la cantonade avant de se retourner dans ma direction. « Cronose, prend l’amulette, on n’a plus le temps ! »

Je nageais sur l’étendue flavescente, soulevant le morceau de quartz avant de regagner le pont. Mes yeux s’embrumaient d’un filet humide, contracté par le sable qui filtrait les fêlures du plafond. Manquant d’équilibre, je m’évertuais à courir à la conjoncture de mes doigts qui frottaient mes yeux brulés par les grains du désert.
Des bouts rocailleux s’écroulaient et je manquais d’être renversé, contournant les obstacles pour rejoindre la pièce où se situait le pont de glace.
La pente crée par la brèche m’empêchait de progresser à la suite de mes compagnons qui détalaient au loin, me faisant des grands signes de la main. J’y étais presque, plus que quelques mètres à franchir et lorsque l’embrasure se refermait sous l’assaut des pierres, je plongeais littéralement dans sa gorge, glissant sur le sol avant de promptement me relever.

Continuant ma course folle, je dégringolais du pont givré alors que la fureur du temple s’abattait, prêt à nous enfermer à jamais dans son cercueil de pierre.
La lycan et Fainn atteignaient le tunnel truffé de milliers de statues. Le souffle saccadé je tâchais de les rattraper mais un pan de mur s’écroula, me privant définitivement de ma liberté. Je tombais à genou, scrutant avec effarement, l’éboulis qui m’emportait dans sa chute inexorable…
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Cronose

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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 11 Mai - 0:05

Chapitre 14 L'éveil du lycan



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-Ce n’est pas lui, il ne peux être mon fils… » Soufflait père à mon égard, m’apitoyant du mépris imprégnant ses iris olives. Je baissais les yeux, rien ne pouvait être pire que de le décevoir. Il me rechignait l’amertume de ma conception, dérisoire et malséante.
Je balbutiais des excuses, affirmant que j’avais tout fait pour empêcher la prophétie et de sauver les miens, mais je fus rattrapé par une voix plus ténue.

-Tu n’as même pas essayé de me retrouver, tel un lâche tu as fuis tes responsabilités, tu as aidé cette étrangère et tu n’as même pas utilisé l’amulette pour sauver le peu d’honneur qu’il te restait ! »

Ma sœur, Cléya, me dépréciait du même regard que mon père. Je voulais m’excuser, mais ils disparaissaient, dans une voie que je ne pouvais suivre. L’obscurité les brouilla pour finalement les engloutir. Je courais, ralenti par mes faiblesses, dans l’incapacité de les rattraper, le couloir m’emmena dans une chambre… C’était la mienne, aussi menue fut-elle, composée de bois de chênes antiques. Ma mère se tenait là, assise au pied du lit, déliant les bras pour que je vienne m’y recueillir. Tout comme moi elle portait des yeux gris, d’une intensité renversante, le sang des Lugar coulant dans ses veines.
Je retrouvais le confort de son contact, elle me posa une main sur l’épaule.

-Ce n’est pas ta faute… ton père à toujours exigé beaucoup de toi. Il veux que tu fasses honneur à la ligné maîtresse des Canian tout comme il espère doré la Tribu. Lutar ton oncle, était son plus fidèle camarade mais également un chef de meute. Mort depuis tant d’années, il veut que le successeur puisse être à la hauteur et c’est les raisons qui le pousse à être aussi intransigeant envers toi. »

Ces propos m’échappaient, mon père ne désirait qu’une chose, déjouer une prophétie, rien qui ne concernait la meute et l’honneur.

-Mère… vous vous trompez, père cache quelque-chose, il ne vous dit pas toute la vérité. Il ne se soucie pas du clan, il… » mais elle me coupa, m’empoignant fermement à l’épaule. Beaucoup trop forte, cette pression n’avait que pour intention de me nuire.

-«Et toi… Te soucies-tu du clan ? Tu m’as pourtant laissé mourir, malgré les mises en garde de ton père ! »

Alors que je m’écartais de ma mère, dont je ne reconnaissais plus la douceur, je pus constater la plaie qui entachait sa poitrine d’une marque sombre.

-Je…. Je ne voulais pas ! » Tentais-je, ne parvenant à rassembler mes esprits, les remords parlaient d’eux-mêmes, j’avais trahi ma famille, la meute…

-Si tu veux encore sauver les tiens tu sais ce qu’il te reste à faire… fit-elle, coulée de sang en bordure de lèvres. « Tu dois…. Utiliser cet artéfact pour protéger la meute… Tu dois…. Tuer Vadim Lucian…. Tu dois…. » mais je ne pus jamais considérer la suite de ses propos, car dans un soupir, elle me quitta, ses yeux teint d’un voile insipide.

-Mère ? Mère ?! » je la secouais, tentant de la ramener mais je ne pouvais revenir en arrière. Le passé avait marqué sa trace indélébile, elle n’était plus. Mes larmes dégoulinaient sur mon visage, je n’étais qu’un pleutre rien de plus qu’un misérable pleutre…


***

Ma voix se réitérait par écho pendant que je me redressais, perlant de sueur. Ce n’était qu’un rêve mais bien qu’intangible par sa teneur irréaliste, je pus sentir l’amulette, reposant dans le creux de ma paume. Dans l’obscurité régnante, maculée par la poussière, je percevais ses murmures, attiré par sa mélodie enivrante.
La portant à mon cou, prit d’un instinct soudain, je sentais monter en moi une sensation grisante de pouvoir. Poussant la pierre froide qui me paralysait de tout mouvement, je laissais la caresse du temple me parvenir. J’avais donc perdu connaissance, sauvé par la position aléatoire des pierres qui avait formé un cocon là où je me situais pendant l’éboulis.

Un fracas considérable me parvenait, de l’autre côté du mur. Une masse martelait la pierre, la craquelant pour finalement ouvrir une brèche. Je pus entrevoir les mains encrassées du rouquin armé du marteau qu’il avait récupéré sur l’échafaud, il y avait déjà de cela plusieurs semaines.

-« Une chance que j’ai pris ce bijou ! Malgré que je me sois foulée la cheville et que vous ayez du me sauvé ! » dit-il en frappant la pierre de manière frénétique.

Je pus percevoir une voix plus fine et largement moins enjouée.

-« Une chance si seulement il ne lui est rien arrivé… Continue Fainn, je suis persuadé qu’il est encore en vie… »

Elle ne croyait pas si bien dire et malgré l’affection que je ressentais pour elle, je ne désirais pas lui remettre l’amulette, celle-ci pourrait sauver mon clan, venir à bout de l’inéluctable. Je l’ôtais de mon cou avant de la glisser dans une poche intérieur de ma tunique. Après tout, qui s’en apercevrait ?
Peut-être Fainn, car je pus entrapercevoir sa tête, tirant une moue d’imbécile allègre en me découvrant saint et sauve. Par la même occasion, j’en déduisais qu’il n’avait rien vu.

-Cronose ! Attend je te crée un passage, rejoins-nous, ça fait déjà un moment qu’on te cherche ! » S’égayait-il en bourrinant la pierre à coup de masse. Une fois que l’ouverture fut suffisamment évasée, je m’y introduisais, tape amical sur l’épaule. Idriale demeurait plus discrète, les mains dans le dos, elle m’examinait.

-Tu n’as pas l’amulette avec toi ?

Je me grattais l’arrière du crâne, jouant la carte du mensonge, talent que m’avait inculqué le forgeron.

-Non, quand la pierre m’est tombée dessus, j’ai basculé en arrière et l’amulette à rejoint le gouffre. Je regrette, je sais que ça te tenait à coeur… »

-Ah… » La déception se lisait dans ses traits, qu’elle délaissa un moment au sol, avant de me rejoindre pour me prendre dans ses bras. « Tout ça pour rien… mais bon au moins, tu es là, toi. »

Elle me fouilla du regard, mais je ne trahissais pas ma fourberie. Mon acte des plus méprisables se justifiait pour une cause plus grande, me destituant du moindre remords.
Je lui déposais un baisé qui se glissa à travers sa toison d’ébène. Puis lui caressais le visage, éprit de tendresse en sachant que je la quitterais bientôt, pour simplement mieux la retrouver. Je pouvais savourer l’ombre d’un sourire sur son visage, me laissant deviner que sa désillusion passerait avec le temps, quand Fainn nous ramena à son attention, après s’être raclé la gorge.

-Ca va, je ne vous dérange pas ? Bon les amis, je reconnais que vous n’avez pas eu de chance. Toi Idriale pour l’amulette et Cronose parce que tu n’as pas eu le temps de te remplir les poches. Mais n’oubliez pas que moi je suis riche comme un prince du désert et que dés qu’on rejoint Sarkan, je nous fais crever la bidoche !

En effet, ses grands gestes faisaient preuve d’alacrité, après tout il pouvait sourire à pleines dents avec son sac débordant de richesse et ses bijoux incrustés de joyaux ornant tout son corps.

-C’est vrai que se détendre nous ferait du bien, mais Fainn on ne peut pas retourner à Sarkan… » prévenait la lycan, aux souvenirs de notre mésaventure qui en un sens, s’était plutôt bien terminée.

-Pourquoi ? Requiert-il naïvement. Idriale soupira mais contenait sa colère qui risquait de céder à cause de l’échec de sa prétendue acquisition.

-Parce que la moitié du village veut nous évincer, tu ne l’aurais tout de même pas oublié ?!

-Ah mais oui !! Suis-je bête ! s’exclamait-il en se frappant le sommet du front. Nous lui jetions un regard indulgent, car en dépit de ses pitreries, il restait quelqu’un d’amical et nous permettait de conserver une certaine humeur dans le groupe.

Nous finîmes par accéder au tunnel des mille statues, où je pus constater plusieurs dommages causés par le séisme. Ne désirant point s’attarder trop longtemps, nous avions traversé toute la galerie sur trois jours, nous privant de la pleine totalité de nos heures de sommeil. Avant de rejoindre la surface, nous avions profité de la cavité humide pour nous rafraichir avant de remplir nos outres pour finalement remonter la corde qui n’avait pas quitté son emplacement ultérieur.
Les journées se succédèrent, dans la bonne humeur de Fainn, le désarroi d’Idriale et mon absence de trop grandes réactions. Je tâchais juste de la réconforter, pour le peux que je pouvais, en lui témoignant mon affection. Elle se montrait réceptive mais pas à son habitude. Elle ne regorgeait plus que d’une apathie, marqué par la désinence de ses motivations. Une fois que nous fûmes à Darn’Abart, épuisé par ces journées de marche perpétuelles et récidivées, nous entamions notre soûl, autour d’un banquet offert par les richesses acquises du guerrier. L’enthousiasme collectif semblait égailler peu à peu la lycanthrope qui put enfin se changer les idées.

Je ne sais dire combien de temps nous restions à festoyer notre confort renouvelé, à boire jusqu’à pied de table et à se remplir la bidoche comme l’avait prédit Fainn. Ce qui fut certain, c’est qu’il ne manqua pas de se faire remarquer, aux bonheurs des convives de routine qui s’esclaffaient à gorge déployées. Le guerrier avait prétendu être un seigneur lointain d’un duché méconnu, ne cessant de se trahir sans même qu’il s’en aperçoive.

-Je suis le baron de Morteigna et en tant que sa majesté l’empereur, j’ai vaincu un dragon à douze têtes par delà les crêtes blanches d’Eméodia !

-Vous n’avez pas dit provenir de Nastre ? je crois me souvenir qu’Eméodia fait partie de l’empire infernal.

-Chut ! vile malandrin ! Je n’ai que faire de vos analyses piteuses, j’ai bel et bien contribué à l’empire infernal ce qui m’a valu le couronnement de Vildéa !

-Mais vous avez dit être le seigneur de Morteigna !

-J’ai été couronné à deux reprises! et de toute façon je ne requiers pas vos dénégations, les richesses qui arpentent mon corps virile ne sont que la preuve légitime de mes prouesses infinies !

Se couvrant davantage de ridicule, il monta sur la table, dégaina son épée et fit des mouvements bien trop amples pour prétendre d’une maitrise en armement.
Je me désintéressais de ses pitreries pour retrouver ma douce lycan. Bavardant quelques peu, j’en vins à lui décrire mes intentions.

-Idriale, je compte reprendre ma route comme il était convenu à notre rencontre…

Elle déposa ses yeux dans les miens, fronçant les sourcils en raison de mon ton volontairement solennel.

-Je dois régler quelques désagréments… et si je t’ais à mes côtés, je ne pourrais pas remplir mon devoir comme il se doit. Aussi, je te demanderais de m’attendre, quelque-part là où je pourrais te retrouver.

Perplexe, elle reporta son regard dans sa coupe de Miruvor. Contemplant la substance moussante d’un air dépité.

-Je peux savoir pourquoi tu ne veux pas que je t’accompagne ? Tu me dois au moins une explication moins évasive.

Je soupirais, qu’allais-je dire… "Je t’ai dérobé l’amulette et c’est pourquoi je ne veux pas que tu me vois l’utiliser dans l’intérêt que tu ne tente pas de me saigner comme un porc !"
Il me fallait trouver une raison crédible et bien qu’à mon habitude j’anticipais ce genre de réaction, l’eau-de-vie m’empêchait de faire preuve de subtilité.

-Je dois rejoindre les Canian. Ils ont besoin de moi et je ne veux pas te confronter à cette guerre, de plus ils n’accepteront pas la venue d’une étrangère à mes côtés.

-Mais ta mère faisait pourtant partie de la tribu, ce qui veux dire qu’elle n’appartenait pas à ta meute, donc il n’y a pas de raison pour que je ne sois pas accepté.

-Hélas si. Toute la sylve se base sur un principe des plus rigoureux, qui consiste à considérer les impurs comme de la vermine. Bien que je ne partage pas cette pensée, ils ne toléreront pas ta présence.

Elle me railla au visage me jetant un regard plein de mépris.

-Pourtant tu avais accepté que j’aide ton clan avec l’amulette, donc tu étais préparé à ce genre de tournure… Tu me caches quelque-chose, qu’est-ce qui a changé Cronose ? Me fouillant du regard, elle me bloquait dans une impasse. Sur la défensive je repris.

-Rien du tout ! C’est juste que l’amulette était un prétexte pour calmer leur apriori et te laisser ta chance. Mais en vue des circonstances, ils ne t’accepteront pas.

Elle balaya son visage de droite à gauche, en signe de reniement. Je sentais qu’elle s’emportait et je pus même distinguer la jointure de ses doigts, teints par la fermeté de sa poigne. « tu te fiches de moi… c’est pas possible… »

Je me redressais pour éviter la confrontation. « Ce n’est pas la peine de t’emporter, je n’en ai que pour un mois tout au plus et puis, qu’est-ce ça te coute de m’attendre ? »

Elle se redressa à son tour, claquant la coupe qui laissa répandre l’hydromel. « Ca me coute que tu me prends pour la dernière des idiotes ! Si tu veux jouer à ce petit jeu et bien soit ! »

Elle s’avança vers moi et sans même que je ne puisse m’y préparer, elle glissa une main dans ma veste pour récupérer l’amulette. Les yeux écarquillés, les lèvres écartées par l’effarement, ses yeux passaient de l’artéfact à mon désarroi. Honteux je déglutissais ma salive lorsqu’elle me saisit fermement par le col.

-Je peux savoir ce qui te prend ?! Je t’avais dis que je t’aiderais mais tu ne m’as pas fais confiance, pis encore, tu m’as TRAHI ! »

Elle me repoussa avant de dégainer son épée, les larmes aux yeux. « Si tout ça n’était qu’un jeu pour toi, dis-le qu’on en finisse ! »

-Ce n’était pas un jeu mais j’en avais besoin pour en finir avec les Narkann, je te l’aurais remis ensuite ! »

-Tu mens ! Tu n’avais que pour intention de me le prendre depuis le début ! J’ai été assez bête pour tomber dans le piège, mais tu ne m’auras pas deux fois !

Je ne pouvais revenir en arrière, aussi, le corps tremblant, envahi d’amertume, je la suppliais de baisser les armes. « Arrête de t’énerver, j’ai juste crains que mon clan allait périr, je dois les sauver, pour le sacrifice de ma mère… Pour leurs honneurs. A part ça, je n’ai que faire de ton amulette, je te l’aurais re… » Interrompu, j’esquivais un premier échange. Me battre contre ma douce ? Portée préjudice à ma belle ? Ce n’était pas une option pour moi pas plus que de la trahir. Car en vérité, je lui aurais remis sont bien, c’était une évidence.

-Tes excuses ne suffiront pas… Tu as joué avec mes sentiments ! Tu n’as même pas eu le courage de me l’avouer, tu me dégoutes ! » Elle se jeta sur moi, je dégainais alors mon cimeterre à défaut de Faucheuse, et paraît ses coups pour finalement m’écarter d’elle. L’amulette pendouillait autour de son poignet, me révélant qu’elle ne comptait pas s’en servir pour me nuire. Ca me laissait au moins cet avantage. J’eus alors une idée des plus définitive qui me causerait autant de mal qu’à elle mais qui me laverait d’honneur, me couvrant l’égo d’un acte de bravoure envers la meute.
Alors qu’elle poursuivait ses assauts, je fus contraint d’en essuyer quelques uns pour aboutir à ma solution des plus périlleuses. Me déshabillant, elle finit par comprendre lorsque j’en vins à défaire les ceintures qui retenaient tout mon attirail.

-Tu ne comptes tout de même pas… » Souffla-t-elle, effarée.

Mais je ne lui accordais aucune réponse, l’effet de surprise me garantissait la réussite de ma mutation. Scrutant mère Luna, je lui concédais mon corps dans un cri déchirant.
Je pouvais sentir la douleur de mes os croître sous mon enveloppe fragile alors que mes muscles s'amplifiaient. Un pelage noir de jais me recouvrait alors que mon visage se déformait pour ne devenir que celui d’un loup. Créature nocturne à la faim insatiable, elle ne put que battre en retraite, dans la ferme intention de muter à son tour.
Alors que je la poursuivais, m’élançant sur quatre pattes pour gagner de la vitesse, les habitants de Darn’Abart fusionnèrent dans un tapage tumultueux. Effrayé, ils détalaient en tout sens, me permettant de rejoindre la jeune femme et de la plaquer au sol sauvagement. Sa lame traversa mes flans, ce qui de toute évidence ne mettrait pas à mal ma détermination. Ecartant sa lame d’un revers de patte, je vins lui mordre le poignet et lui extirpait l’amulette qui se logea entre mes canines imprégnées par le sang.

Je m’écartais de son corps pour récupérer mon équipement. Un malheureux avait profité de la confusion pour piquer mes affaires. Je le pourchassais, clouant cette proie sous terre avant de lui lacérer le dos de plusieurs entailles profondes. Récupérant mes biens, j’étais talonné par la lycan qui arborait sa forme hybride.
Elle finit par me rattraper, me fauchant d’un croc-en-jambe. Renversé, je m’effondrais brutalement alors que ses griffes écorchèrent ma peau par lambeaux. Je lui assenais un coup de coude qui relâcha sa prise. Me relevant je pris ma sacoche de potions que je lui éclatais sur son pelage, rongeant sa chair, elle fut paralysée par le mélange virulent du poison acétifié.

C’était l’occasion rêvée pour décamper, alors sans réfléchir, je fuyais à jamais de ce lieu. Laminé par la perte d’Idriale, dévasté par cette aventure qui prenait fin. Alors que mes pas me portèrent au pied de la citée, je pus discerner un seul homme qui osait encore me faire front. La toison roussâtre, glaive en avant, Fainn était prêt à en découdre. Les yeux injectés par le sang, les joues rougies par l’alcool, il n’en demeurait pas moins stable en cet instant.

-J’ignore pour quel raison tu as osé porter atteinte à Idriale… mais je ne peux te le pardonner. Je sais que derrière ce monstre tu te caches Cronose. Si t’es un homme, viens donc défier ma lame, car je ne peux accepter l’idée que tu nous trahisses.

Il faisait preuve de bravoure et derrière ma gueule ornée de crocs, je ne pus qu’étaler mon étonnement. Mais rapidement, je me campais sur mes pattes antérieures, s’il fallait passer par là, hélas j’en assumerais pleinement les conséquences.
Bandant mes muscles d’une ultime pulsion, je chargeais ce qui fut un compagnon et malgré nos différences, un ami. Il me plongea l’épée dans le corps, mais ce n’était pas de l’argent et ça ne suffirait pas à me tuer. Bien que la douleur limitait mes mouvements, il était sous mon emprise bestiale. Je lui lacérais le visage d’une baffe déchaînée et lui assénait une morsure à l’épaule. Il poussa un hurlement de douleur avant que je ne le relâche. Mais il était déjà trop tard, son agonie fut brève, il sombra dans le sable, où sa naïveté l’avait rejoins dans un dernier soupir…

Je quittais à jamais Darn’Abart et dans l’intention ferme de ne point être retrouvé, j’avais dissimulé mes traces en reprenant ma forme humaine. Une enveloppe fragile qui me poussa à vomir mes tripes et à contempler de mes mains tremblantes, le désastre que j’avais commis. Honteusement, je déplorais l’aversion de ma forme animale. Elle m’avait prouvé une chose, que je ne pouvais en rien m’y fier.
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 11 Mai - 14:04

Chapitre 15 La décision du roi meute



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974 après le syncrétisme

Si mes intentions de sauver mon clan défiaient en tout point le mépris causé par ma trahison, ce ne fut que de courte durée. Lorsque j’avais gagné le port d’Onire, les matelots avaient refusé mon entrée en mer. Après tout, j’étais revenu du temple sans la moindre fortune ce qui ne m’alarmait aucunement, car j’avais à disposition l’amulette des rois. Afin d’en lorgner l’étendue de son pouvoir, j’avais manifesté mon feu noir pour jouer de l’intimidation. Décuplée par l’artéfact, la peur que je pouvais lire dans les yeux des marins les poussa à coopérer. Devenu aussi dociles qu’hypocrites, ils tentèrent durant la traversé, de me combler de divers présents, tels que du rhum, de pendentifs et autres biens totalement superfétatoires.

La traversé en mer prolongea l’agonie de mon impatience. L’attente de retrouver les miens, l’attente de détourner mon intention d’Idriale qui me hantait chaque nuit, de ses caresses et de notre ultime confrontation. Que faisait-elle en cet instant, souffrait-elle encore de mon départ ? M’en voulait-elle à mort ? S’était-elle promis de se venger ?
Tout ça je l’ignorais mais son absence me recouvrait d’une solitude impassible, me dénouant d’une inertie affligeante. J’avais ruiné mes perceptives de bonheur pour ce petit morceau de bois, pour un pendentif qui au final me permettrait de déjouer les griffes intraitables du destin. En effet, c’est le cœur lourd que je voguais sur les étendues infinies de l’azur mais c’était plein de promesses que j’entrevoyais l’horizon. Je sauverais mon peuple du joug Narkann, c’était le seul répit qu’il m’était accordé, la seule miséricorde qui me soulagerait de la perte de ma bien aimée et de cet empaffé de Fainn, dont je regrettais la mise à mort.

Après une durée indéterminée, le navire dénommé le dépeceur, en raison des îles qu’il explorait pour en faire sa source de revenu, mouilla sur la côte de Port Abysse. Lorsque je traversais le ponton pour rejoindre un établissement pour la nuit, j’entendais le capitaine pousser des injures à mon insu, je l’ignorais superbement, mâchouillant la chic de tabac que je crachais au détour d’une ruelle pour finalement m’engouffrer dans une auberge modeste mais adapté à mes revenus qui se limitaient aux victuailles offerts par les marins.

Ainsi, j’échangeais ma nuit et mon repas contre un tonneau de rhum et troqua le reste de mes affaires aux jeux de hasard, où je pus renflouer ma mise. Les occupants me prenaient pour un habitant du désert chimérique en raison de mon teint particulièrement hâlé, j’en vins à expliquer une partie de mon expédition qui enfin de compte avait durée, en comptant les trajets en mer, une bonne année. Pensée pour mes compagnons, que je ne retrouverais que dans la mort, je soupirais pour finalement quitter la tablée sur laquelle je fus accueilli et regagnait ma chambre, où la solitude me rongea d’affliction. Si les choses ne c’étaient pas déroulées de la sorte, j’aurais pu partager la couche d’Idriale, lui susurrer des mots emprunts de tendresse avant de la quitter, le temps nécessaire pour vaincre les meutes d’appartenances aux Narkann.

Le lendemain, j’épuisais mes récentes économies acquises pour m’offrir une monture robuste. Bien qu’onéreuse, elle me fournissait un moyen de rejoindre la sylve de l’erreur en à peine moins d’une semaine. Longeant le fleuve Lagrima, je faisais la rencontre de plusieurs nomades ainsi que de quelques aventuriers qui me signalaient les lieux à éviter.
J’avais finalement rejoint la sylve, les sabots de ma monture se noyait dans une brume opaque alors que je contemplais la lisière des bois. Ca faisait un peu plus de deux longues années que je n’avais plus mis les pieds sur mon territoire, l’occasion de retrouver le réconfort fraternel de mes semblables.

Quand j’avais traversé une bonne partie du territoire Canian, où je fus salué par certains clans et ignorés d’autres, j’avais rejoins la meute maîtresse où on me fit un accueil à la hauteur de nos retrouvailles.

-C’est Croc Noir ! Il est revenu ! S’exclamait Dunnan, un camarade avec qui j’avais partagé le champ de bataille à l’adolescence.

-Mon beau, ça faisait longtemps, si tu veux tu peux rejoindre ma demeure au soir, je ferais en sorte de te détendre… m’aguichait Eline, une jeune demoiselle avec qui j’avais profité de quelques plaisirs charnel.

-Croc ? Par tous les loups, on ne pensait pas que tu reviendrais !

je fus abordé par tous les côtés, presque embarrassé d’être aussi bien accueilli.
Après quelques échanges des plus familiers, me soulageant du poids de ces derniers mois de solitude, j’avais fini par réclamer la présence de Rodill, mon oncle qui avait prit soin du clan à défaut de la succession que j’avais sagement refusé.

-Il sera parmi nous d’ici trois jours, il a rejoins le Conseil des lycans à Noire Frondaison qui réuni tous les maîtres clans pour un échange diplomatique. Visiblement, Les Narkann nous font une proposition, c’est étonnant mais c’est peut-être l’occasion rêver pour en finir avec cette guerre de territoires.

Surpris, j’ignorais que les Narkann pouvait faire preuve de courtoisie envers leurs opposants, mais je n’étais pas dupe, ils comptaient tirer profit de cette réunion privée, ils exigeraient sûrement des parcelles de terre en échange d’une paix précaire et versatile.
Je contenais mes propos pour simplement dévoiler à mes confrères l’amulette dont j’avais fais la récente acquisition. Ils furent à la fois fascinés et terrifiés par l’ampleur de mes pouvoirs que je manifestais dans une aura de flammes noires.

-Alors comme ça, tu as le même pouvoir que Raizen… J’ignorais que ton père te transmettrait sa magie. Pour nous, ça n’a jamais été compris, mais il nous a sauvé maintes fois grâce à cela. J’espère que t’en fera bon usage afin de calciner l’arrogance de ces satanés Lucian ! M’expliquait Orin, un ancien du clan, tellement âgé que sa forme de loup arborait une toison aussi blanche que sa barbe décolorée.

-C’est bien mon intention et c’est aussi pour ça que je suis revenu, sage Orin. Après quoi, je vous quitterais une dernière fois pour répondre à la dernière volonté de mon père.

Nous continuons nos débats, passant du coq à l’âne, racontant des anecdotes pour ensuite décrire des histoires bien plus croustillantes. Principalement, nous passions notre temps à boire et à fumer des herbes exotiques, à rire de quelques plaisanteries caractéristiques à la meute. Après trois jours, où j’avais pus enfin mettre de côté mes remords, à profiter du confort d’Eline et de mes amis d’enfances, j’en vins à scruter Rodill qui revenait en compagnie de trois autres lycans, sont escortes personnelles, en vue de cette réunion à Noire Frondaison. Il saluait les membres de la meute, profitait d’une gorgée de vin pour finalement s’installer autour du grand feu et nous conjoindre aux rassemblements. Je fus un peu surpris de revoir mon oncle, avec sa toison d’ébène et ses pattes grisonnantes, jonchant ses joues d’une barbe impeccable. Son bouc se nouait d’une lanière de cuir marron alors que la cicatrice en bas de son visage renforçait la dureté de ses traits autoritaires. Alors qu’il nous jetait un regard perçant, d’un céladon distinctif à ma lignée, il nous fit part de son discours.


-Vadim Lucian nous à fait signer un pacte… Il désir cessé nos querelles mais vous savez tout comme moi qu’il cache ses véritables intentions… Avec les Lugar, nous avons accepté le traité pour profiter d’un répit. Mais vous n’êtes pas s’en savoir que cette soudaine générosité ne signifie en rien que la guerre prendra fin, elle n’est que retardée. Pis, encore, après m’être entretenu avec le roi meute de la Tribu nous sommes parvenu à une même conclusion. Les Narkann tentent de renforcer leurs mains mises sur Noire-Frondaison, ils collectent certainement une grosse partie d’armements forgés dans l’argent. Nous avons donc réclamé qu’ils cessent leurs commerces d’armes en preuve de pacifisme. Aussi étrange que manifeste, Vadim à accepté en échange d’un brin de territoire dérisoire, sans grande importance.

Nous étions absorbés par ses propos bien que ces révélations poussa quelques uns d’entre nous à échanger des réflexions empruntes de scepticisme. Une fois le silence rétablit, Rodill reprit la parole.

-Ils cachent quelque-chose que nous n’avons pas encore percé à jour, après tout, ils ont l’avantage du nombre, mais peut-être veulent-ils éviter de causer de trop lourdes pertes dans leurs rangs. Avec les Lugar nous avons donc fini sur une hypothèse, ils attendront le moment opportun pour nous portée une attaque en traître. La patience leur permettra d’usurper notre confiance, ils comptent certainement nous laisser des années de répit pour abuser de notre accord. Il est donc évident de sommer de prudence mais bien plus encore, de redoubler nos efforts. Les entrainements, en dépit de cette paix instaurées, devront continuer de rigueur et les plus habiles d’entrevous devront espionner les faits et gestes des meutes Narkann. Nous ne pourront malheureusement pas aller jusqu’à fouiner dans les affaires des Lucian, puisqu’ils se cache au milieu de leurs clans subordonnés.

-Mais chef, il me semble évident que les Lucian joue justement de leur position intouchable pour agir dans l’ombre. Leurs clans doivent certainement jouer le jeu et ils vont donc volontairement dissimuler une quelconque trahison pendant que les Lucian profiteront de leur position en l’Endiablée afin de monté un coup qui dépasse nos effectifs. Je ne suis pas sûr qu’accepter le traité soit une sage décision… exposait-Orin, muré dans une avalanche de réflexions. Alors que je scrutais tour à tour Rodill et le vieil homme, je pris à mon tour la parole.

-Une autre possibilité existe, ils anticipent certainement le fait que nous allons envoyer des espions, les meilleurs d’entre nous, qu’est-ce qui nous prouve qu’ils ne vont pas profiter de notre dispersion pour portée une attaque au cœur même de nos clans ? Ils ont assez d’hommes pour attaquer simultanément la Tribu et les Canian. Je pense que la meilleur solution reste de conserver nos troupes et mieux encore, d’attaquer les premiers !

Rodill me jeta un regard réfutateur et se frotta les yeux, épuisé par les divergences d’opinions qu’il avalait depuis déjà plusieurs jours.

-Orin je comprends ta méfiance, mais quand bien même je posterais des espions à l’Endiablée, les titres de noblesse des Narkann nous empêcheraient de fouiner dans les quartiers privés hautement sécurisés. Bien que nous soyons d’excellents pisteurs, devant des lois et un système hiérarchique de cette envergure nous ne sommes que futiles et dérisoires.

Il porta son attention à mon égard pour répondre à la faiblesse de mes propos.

-Croc Noir, je suis heureux de te savoir parmi nous… Cependant, je ne peux que refuser ta proposition. Les Narkann n’ont pas signés pour portée une attaque aussi grossière, ils sont bien plus subtils que cela.

Je m’autorisais à le couper, en me rappelant d’une histoire que m’avait raconté mon père concernant l’époque qui opposait la Tribu aux Narkann.

-Subtil ? Je crois me rappeler qu’ils ont attaqué en traitre les Lugar, profitant d’une festivité qui avait noyé leurs mises en garde dans l’alcool. Ce n’est pas forcément subtil d’attaquer aussi lâchement un maître clan, et rien ne prouve qu’ils ne recommenceront pas.

-Justement, tout prouve le contraire ! Objectait Rodill. Les Narkann sont réputés pour une chose, ils n’usent jamais deux fois de la même stratégie, ce qui me permet d’appuyer mes convictions, ils n’attaqueront pas en traitre, du moins pas de cette façon. Ils savent que nous pouvons l’anticiper. De plus quel intérêt de répandre leurs troupes sur les territoires de la Tribu et des Canian simultanément ? Ils auraient bien plus de chance d’envoyer toute leur armée en prenant pour cible un seul clan à la fois.
Sans compter qu'une offensive de notre part, ne ferait que nuire à notre alliance avec la Tribu et sans eux, nous sommes perdu, c’est une évidence.

J’abdiquais à ses arguments, après tout, il s’y connaissait bien plus que moi, mais je pris la peine de le mettre au courant, l’amulette pouvait jouer en notre faveur.

-Rodill, j’ai à disposition un artefact qui peut palier la faiblesse de nos troupes. J’ai apprivoisé les flammes noires tout comme mon père et cet objet me permet d’augmenter considérablement les capacités dont dispose un homme. Une solution qui pourrait envoyer les Narkanns six pieds sous terre.

Rodill s’esclaffa, comme si je venais de lui raconter la meilleure blague du monde.

-Parce que tu crois qu’à toi seul tu peux faire la différence ? Croc Noir, les Narkann sont puissants et pis encore, organisés et nombreux ! Tu pourrais peut-être en écraser plusieurs, je n’en doute pas, mais tu ne pourras pas venir à bout de leur armée et quand bien même cette amulette recèle de pouvoirs destructeurs, tu as aussi une limite et tu finirais épuisé, ce qui nous foudroierait de leur colère et nous serions enseveli par leurs troupes déchainées !

Je serrais les mâchoires, s’il ne croyait pas en moi, je n’avais qu’à démontrer à quel point l’amulette me dispensait d’un pouvoir incommensurable. Me redressant, Je plaçais l’artéfact autour de mon cou, dégainait faucheuse, pointant les cieux de ma lame d’ébène. Me reliant aux flux, je fis nimber mon épée de flammes noires et celles-ci pourfendirent les cieux d’un rayon, tel un éclair jeté par les dieux.
Sous leur stupéfaction, j’haletais sous l’effort.

-Ca devrait suffire à vous convain… Mais une vive douleur me martela les tempes, je tombais à genou, crachant du sang. Epuisé par l’amulette je n’avais pas réalisé qu’elle puiserait l’entièreté de mes ressources.

Rodill demeurait silencieux, mais il finit par reprendre sa quiétude.

-Il est vrai que je ne m’attendais pas du tout à ça… impressionnant, vraiment impressionnant… Hélas, tu ne fais qu’affirmer mes propos, tu ne peux pas dompter les forces surnaturelles de la magie. Quand bien même pourrais-tu détruire deux ou trois clans par cette manifestation de pouvoir, tu ne ferais qu’attiser le feu de leurs représailles.

Cette fois je fus investi de colère, je n’avais quand même pas sacrifié mes chances avec Idriale pour simplement en venir à cette révulsante conclusion ? De plus, la mort de ma mère resterait impunie, c’était intolérable. Je m’essuyais le sang d’un revers du bras avant de m’emporter.

-Rodill on ne peut pas laisser les Narkann décider à notre place ! Plusieurs de nos frères se sont sacrifiés pour défendre cette cause, c’est comme ça que nous allons leur faire honneur ?!

Il soupira avant de me raisonner.

-Bien sûr que nous allons les venger, mais il faut nous montrer patient, organiser nos troupes en concordance avec la Tribu, attaquer maintenant ne ferait qu’amener nos hommes au trépas. Je fais pour un mieux Croc Noir et le mieux c’est de préserver nos forces.

Je continuais à défier le chef mais je fus la seule voix confrontée à la sienne, m’obligeant à courber l’échine et de quitter le campement pour m’isoler. Frappant un tronc d’arbres de plusieurs coups de poings, je me déchargeais de la violence qui m’accablait. J’avais agi pour le bien de la meute et on refusait mon aide, Idriale souffrait d’une trahison qui n’avait plus de raison d’être. Dévasté, je m’adossais à l’abiétinée pour finalement glisser de tout mon long, les larmes perlant sur mon visage d’un chagrin mêlé au ressentiment.

-Ils ne te font pas confiance, mais je peux te fournir mon aide si tu le sssouhaites… cette voix me ramenait à une présence, celle d’un étranger qui n’appartenait pas aux lycans. Il n’avait rien à faire ici, je dégainais Faucheuse. Celui-ci demeura confiant, les mains dans le dos. Il arborait une tunique discrète, d’un gris terne dépourvu de motifs alors que le bas de son visage, percé par quelques anneaux se couvrait d’une teinte blafarde. Malgré son aspect des plus cadavériques, mon flair ne particularisait pas en lui cette odeur rance propre aux vampires.

-Qui est tu ? Requiers-je, effleurant sa tunique de la pointe de mon épée.

Il esquissa un sourire carnassier, révélant des dents effilées aux canines m’évoquant celles d’un serpent.

-Un ami.. Osa-t-il avant de reprendre. « Tu as une amulette très rare, celle des trois règnes, je présume ? »

Par tous les dieux, comment pouvait-il le savoir ?! Eberlué, je rassemblais mes esprits pour le questionner. Il écarta les bras, en signe de suffisance avant de me répondre.

-Je sssuis un ssspécialiste en reliques, moi et mes frères, nous cherchons le pouvoir par le biais de ces forces sssurnaturelles !

-Donc tu es venu pour me dépouiller ?

-Ssssi c’était mon intention, je t’aurais déjà tué dans ton sommeil. Je t’ai bien obssservé et j’ai noté ta ssssoif de vengeance. Une valeur que j’apprécie et qui définit ce que je sssuis. Un être regorgeant de haine, de répulsion. Tout comme toi Croc Noir.

Je ne comprenais toujours pas le but de cette rencontre, mais il ne manquait pas de toupet à se présenter au cœur d’un territoire lycanthrope. S’il avait pu me pister jusqu’ici, c’est qu’il disposait d’un sacré talent dans l’art de la dissimulation. A tel point, qu’il rivalisait peut-être même avec la discrétion assassine de Ron Berku.

-Que veux-tu ? va droit au but. Sommais-je, l’impatience frisant ma lame d’une envie sanglante. Il empestait le danger, puis, je n’avais aucune raison de lui accorder ma confiance. Il ôta sa capuche me révélant l’horreur de ses traits. Couturé de cicatrices, son visage livide démarquait ses yeux d’un jaune reptilien. Dépourvu de cheveux, son crâne s’ornait de tatouages ésotériques alors que ses sourcils, dénués de poils, se compensaient par une rangée de clous rongés par la rouille. La répugnance qu’il m’inspirait me plongeait dans l’effarement, il reprit la parole me révélant une langue volontairement mutilée afin de lui attribuer une teneur fourchue.

-Sssi tu me rejoins et que tu rencontres mes frères, tu ssseras l’un d’entre nous. En échange de tes ssservices, nous t’en rendrons. J’entends par là user de nos sssubterfuges pour mettre à mal les Narkann.

-Je n’ai aucune raison de te croire, pas plus que de te suivre. Retourne là d’où tu viens avant que l’envie farouche de te nuire me vienne à l’esprit ! le menaçais-je.

-Très bien… Je sssupose que tu as besoin d’une démonstration. Dans trois jours tu comprendras et alors tu n’auras plus qu’à me retrouver dans l’auberge du Tieffelin, à l’Endiablée..

Il remit sa capuche avant de me présenter son dos, disparaissant sous la brume. J’ignorais s’il serait prudent d’alerter le clan. Mais conformément à ses propos douteux, je me risquais à conserver le silence, pour entrevoir ce qui arriverait au terme de ces trois lunes…
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MessageSujet: Re: Le journal d'un lycan    Ven 1 Juin - 2:12

Chapitre 16 Les parias


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Vraisemblablement, la réunion de la veille avait portée ses fruits dans une conclusion que je ne partageais pas. Rodill désignait encore les quelques membres du clan chargés d’espionner les bordures de la sylve, au cas où l’envie prendrait aux Lucian de manifester leur présence en dehors de leurs territoires. C’était mieux que rien, mais pas encore suffisant. C’est pourquoi j’avais tenté de le convaincre pour user de l’amulette, mais Rodill me repoussa d’un revers du bras, de la même façon qu’on chasse un insecte particulièrement belliqueux. Je cessais mes tentatives soutenues car de toute évidence, on me maintenait volontairement à l’écart du conflit. Bien soit, si je n’étais d’aucune utilité, je n’avais aucune raison de faire parler ma voix. Je rejoignais les lycans de mon âge pour profiter du « fameux répit » mentionné par Rodill. Cette histoire m’agaçait et je n’eus donc aucun mal à la noyer dans quelques breuvages à teneur relevés.
Radkim, le lycan d’une vingtaine d’années, que je connaissais de vue depuis l’enfance, profitait de ma venue pour établir l’échange. Accompagné de quatre autres semblables, nous partagions des propos futiles, assez dérisoire pour nous délester du poids de nos responsabilités. Ils me firent gouter une herbe qui me rappelait celle des marins, du Baccara, un moyen simple pour s’évaporer dans les méandres de l’incrédulité spontanée.
Pendant deux nuits encore, je me laissais emporter par l’influence de ces confrères, attirant la jeune femme du groupe qui n’aurait même pas pu susciter l’envie de Fainn, viande sans saveur n’inspirant que reniement et banalité.

Elle n’était pas foncièrement hideuse, mais son visage pas forcément harmonieux manquait d’une touche de gratitude, un brin de miséricorde que Luna ne lui avait pas concédé. J’en venais presque à imaginer sa forme hybride, plus proche du chien que celle du loup. Pour ce qui était de son corps, elle ne devait pas lésiner sur la surabondance, car des coussins dépassaient de ses flans. En définitive sa simple vue me dérangeait, davantage quand elle m’aguichait, récoltant pour unique réponse mon silence, suivit par les regards moqueurs que j’échangeais avec mes comparses, soulevant des grimaces outrancières de dégout.

Néanmoins, ce petit jeu ne dura pas très longtemps, Rodill réclamait ma présence, selon les dires de Najik, un vétéran de la guerre. Je cessais mes puérilités pour rejoindre mon oncle. Il m’affirmait qu’un miracle c’était produit.

-J’ai reçu un rapport des Griffes Blanches (un autre clan Canian), ils ont vu un groupe de Narkann périrent cette nuit, ils portaient un symbole étrange marqué à l’argent fondu, c’est incroyable !

-Puis-je voir le symbole ? Requiers-je, recouvrant ma pleine lucidité.

Il déposa un vieux chiffon au creux de ma paume, où se trouvait le témoignage du clan, suivit par le même dessin qui arpentait le crâne de l’étranger à la langue fourchue. Comme il l’avait prédit, trois jours s’écouleraient avant de me prouver sa valeur, me murant dans une réflexion profonde qui m’incita à le rencontrer dans cette auberge située dans l’Endiablée…

***

Quitter la sylve fut plus aisée que d’ordinaire, j’avais pu franchir un soupçon de territoire d’appartenance aux Narkanns sans que leurs sentinelles ne viennent lancer les hostilités. Mon voyage se déroula sur le destrier marron que m’avait fourni Dorill, je lui avais prétexté que je reviendrais au plus vite, que mon devoir personnel me rappelait à la citée d’Emeodia. J’en découvrais réellement la teneur, car pour ainsi dire, la dernière fois que j’avais emprunté cette voie, ce n’était que pour m’évanouir et rencontrer Ron Berku. Aujourd’hui, ce n’était pas la prophétie qui me ramenait en ces lieux mais bien mon devoir pour la meute, au détriment des propos de mon père, qui s’effilochaient à mesure que je vieillissais.

Je pus enfin contempler les remparts massives de la cité, des arbalétriers ornaient ses tours dont le sommet arrondi se perçait de plusieurs ouvertures, permettant d’accéder au feu grégeois très convoité par certaines ethnies. Cette procédure permettait de brûler les sièges ennemis, une catapulte ne tenait guère longtemps sous les pluies enflammées que projetait la garnison à titre défensif. Une méthode efficace qui compensait le manque d’ingénieurs chargés d’armer les balistes.
Je pouvais également me délecter du portail gigantesque, muni d’un pont-levis ouvragé dans la pierre et l’ébonite. Ses lourdes chaînes reliaient les remparts d’un mécanisme sous formes de rouages et piloter par quelques ouvriers qualifiés qui usait de multiples manivelles. Je poursuivais ma découverte de la cité, où je traversais plusieurs faubourgs, entachés par l’esclavagisme et la dureté des sentences. Il n’était pas rare de croiser la route d’un cadavre lapidé sur un pilori, de plusieurs exécutions sommées sans retenue pour une pondaison ou encore d’entrevoir un corps carbonisé sur un bûché, pour signifier la tyrannie locale. Je comprenais mieux les raisons qui poussaient mon père à ne pas me confronter à la vue de ces massacres, où la cruauté sévissait par simple gratuité.

Le cœur soulevé par ces démonstrations horrifiantes, je n’avais pas tardé à rejoindre le centre de la métropole où la démence s’estompait d’un cran, n’exposant pas à la vue des visiteurs ces méfaits des plus navrants. Les marchands s’étalaient dans une fusion grouillante de peuplades où les ethnies se mélangeaient sans l’ombre d'une incongruité. Les habitants vivaient en accéléré, à la démarche beaucoup trop empressée et dépourvu de quelques signes de bienveillances. Je ne m’y attardais pas, découvrant enfin l’auberge du Tieffelin.

L’établissement des plus courants s’exhalait d’une fumée nébuleuse, provenant des nombreux consommateurs d’herbes au diable et de baccara. Venait se joindre au fumet, l'effluence de la sueur et de l’eau-de-vie. Me frayant un passage à travers cette disparité d’occupants, je fis l’acquisition d’une table après avoir intimidé un vieillard chevrotant qui me laissa la place sans même émettre d’objections.

J’ignorais comment se déroulerait l’entrevue, mais en aucun cas je n’avais pu repéré l’étranger. De plus, il devait arborer une tunique discrète qui dissimulerait l’épouvante de ses traits horrifiant. J’avais donc patienté plusieurs heures pour finalement quitter l’établissement. Peut-être s’était-il défilé… Soit, j’avais perdu assez de temps, il ne me restait plus qu’à rejoindre une auberge plus propice au repos après quoi j’aurais profité de la métropole pour fouiller les bibliothèques du coin et tenter d’en apprendre davantage sur l’amulette et la prophétie qui m’incombait.

Alors que je m’engouffrais dans l’obscurité d’une ruelle peu arpentée, je pus inhaler l’astringence caractéristique de l'allochtone, il me suivait, sa proximité me permettait de le concevoir. Me retournant, je distinguais le contour de sa silhouette, sans aucun doute, il s’agissait de « l’homme-serpent ».

-Pourquoi me suis-tu ? Je t’attendais dans le Tieffelin, comme convenu… » Le conviais-je aux explications. Son rire s’apparentait à celui d’un saurien, derrière sa capuche, je pus discerner sa langue fourchue et effilée, produisant un clappement.

-Je t’ai donné un point de rendez-vous, ça ne voulait pas dire que je m’y trouverais en personne… Tu n’es pas sssans sssavoir que les murs ont des oreilles, ce dont nous allons discuter doit rester entre nous, du moins dans un comité privée, j’en conviens…


Il s’avançait d’un pas silencieux, me prévenant de ses éventuelles capacités de fourberies, après tout, il avait pu traverser la sylve en déjouant la vigilance des territoires Canian. Me devançant, ses mains croisées dans le dos s’escamotait de manches bouffantes, il reprit la parole pour simplement me susurrer une directive…

-Sssuis moi….

Méfiant, j’emboitais son pas en conservant une certaine distance. Je l’imaginais bien en mesure de me poignarder dans le dos, sa petite démonstration avec les Narkann ne le pourvoyait en rien d’une soudaine prise de confiance. Nous avions donc poursuivit notre ascension en silence, il m’avait amené en direction d’un faubourg de la cité pour ensuite bifurquer vers ce qui semblait être un cimetière. N’appréciant pas la tournure de cette expédition, ma main agrippa une dague fixée sur le flan droit de ma sacoche à potions.
Mais l’étranger s’immobilisa devant une tombe à l’abri des regards, sertie d’une voûte de recueillement ecclésiastique.

Il se pencha pour balayer une fine couche de poussière. La tombe qu’il comptait certainement profaner, se gravait de plusieurs hiéroglyphes rognés par le temps.
« Voyons voir » soupira-t-il avant d’appuyer sur l’un des idéogrammes. Je pus entendre un cliquetis au contact de son index lorsque la terre s’ouvra en deux. Visiblement, sous la couche fangeuse, à quelques toises de profondeur, se trouvait un portail en pierre décrivant un passage souterrain. Son accessibilité ne tenait qu’à une échelle précaire, fixée contre l’une de ses parois.

-Je peux savoir à quoi vous jouez ? C’est un petit peu trop théâtral pour dispenser d’une simple entrevue… Je lui échangeais un regard sombre, mais il me toisait de ses yeux flavescents. « Voyons, vous désirez sssauver votre clan, il me semble ? Alors laissez moi vous guider, une fois que nous ssserons à destination, vous comprendrez pourquoi je prends autant de précaution… »

Soupirant, je cédais à la curiosité. De toute façon, s’il comptait me nuire, je n’étais pas assez stupide pour lui offrir mon dos, il ne pourrait donc pas me prendre en traitre. Nous avions donc emprunté le passage qu’il referma derrière nous par le biais d’une manivelle en contrebas. Puis, fouilla son sac en bandoulière pour en extirper une torche qu’il alluma en la frottant contre sa manche. Quelle sorcellerie était-ce là ? Je ne pris cependant pas la peine de m’en informer, je ne voulais pas divulguer mon embarras au prix de mon sang froid.

Traversant le tombeau par une succession de couloirs plats et dépouillés de leurs enjolivures, nous débouchions sur une plateforme qui abordait les rails d’une mine à l’abandon. Il m’invita à grimper dans un chariot usé, pourvu d’un poigné permettant de ralentir sa progression. Une fois installé, il me conseillait de bien m’accrocher, mais sans que je ne puisse en connaître les raisons, je fus plaqué contre la paroi arrière, le vent frappant mon visage sous l’effet de propulsion. Le tunnel que nous parcourions défilait à toute allure, à tel point que les barres de maintien délimitant les rails, ne se percevaient plus que d’une ligne continue. La course folle se poursuivait alors, sur un pont soutenu par des piliers enfouis dans les méandres d’une crevasse insondable.

Nous terminions notre cheminement effréné dans un dédalle de bifurcations avant de rejoindre une plateforme derrière laquelle se situait un escalier abrupt.

-Bien nous y sommes » me prévenait l’hybride reptilien, bien que je ne voyais pas en quoi ce lieu était propice à tergiverser d’un quelconque arrangement.

-Il y a des endroits pratiques aussi pour discuter, on appel ça des auberges. » ironisais-je

Il me laissa entrevoir l’ombre d’un sourire puis grimpa l’escalier où les murs latéraux s’ornaient déjà de quelques torches allumées. Leurs lueurs blanchâtres, des plus singulières, présageaient d’une source alchimique. A la fin de notre ascension, il fit coulisser une trappe en tirant sur une cordelette, dévoilant une surface brumeuse qui m’empêchait de scruter les alentours. Me guidant à travers un passage sinueux, je pouvais distinguer des pierres tombales, usées par le temps. Cette ornementation me décochait une réflexion douteuse.

-Je ne comprends pas, commençais-je avant de poursuivre, agité par l’incompréhension. « Comment pouvons nous encore être dans ce cimetière après un si long trajet ? »

Il me jeta un coup d’œil évasif, presque désintéressé avant de m’octroyer des précisions.

-« Très sssimplement parce que nous ssssommes dans un autre lieu, reculé d’Eméodia. Il s’agit de la Nécropole D’Ykual. Un gigantesque tombeau qui réuni les parias de notre sssociété. »

Cette histoire prenait une tournure grotesque, pourquoi m’emmener si loin ? C’est alors qu’une évidence me frappa l’esprit, il désirait quelque-chose en retour de ses services, cela ne faisait plus aucun doute. Le silence étant le meilleur de mes alliés, je me tus jusqu’à ce qu’il m’emmène aux portes d’un théâtre à l’abandon. Jusqu’à présent, je n’avais pu contempler les alentours, muré dans un halo de poussière et de nuage cendré. Mise à part quelques tombes ainsi qu’une couche poudreuse me rappelant vaguement celle d’un corps calciné en guise de terre.
Poussant le double-battant du portail en bois massif renforcés d’armatures en acier rouillés, je pus découvrir une pièce à l’atmosphère des plus effarants.

Le théâtre gigantesque, s’entourait de gradins noyés sous une obscurité vacillante, que la clarté du rez-de-chaussée ne parvenait à rallier. Un pan du toit s’était effondré, formant une pente sur le flanc droit de l’édifice où se perchait un être encapuchonné, indescriptible de par sa position reculée. Bien que cet individu me paraissait douteux, il était loin d’être le seul à me pourvoir cette pensée. En effet, dans le renfoncement d’une alcôve se situait plusieurs individus plus curieux les uns que les autres.
Tout d’abord et à titre de révulsion, je pus flairer parmi eux la présence de quatre vampires. Serrant les poings, l’homme-serpent me foudroya du regard et me fit signe de calmer mon ressentiment.

-En ces lieux, il n’y a pas de frontière entre les ethnies sssache-le. D’ailleurs, si ton flair est assez sssensible pour avoir repéré ces vampires, sssache qu’il y a parmi ces confrères un lycan qui à bien compris que les différences raciales sont sans valeur. Je te recommande d’en faire autant, si tu tiens un temps soit peu à la vie…

Sans trop comprendre pourquoi mes réactions me poussaient à la tempérance, j’acquiesçais pour finalement emboiter le pas de mon futur éventuel collaborateur.
Grinçant des dents, à l’approche des vampires, je pus sentir leurs regards m’épier de longs en large. Ils dégageaient tous une lueur effroyable dans les yeux mais je ne me laissais pas facilement impressionner.

-Bonsoir seigneur lycan… souffla l’un des vampires. L’éloge de ce titre rabougrissait ma véhémence. « Il paraît que tu détiens un artéfact d’une singulière rareté. J’imagine que tu dois être particulièrement tenace pour en avoir fait l’acquisition. Je te tire mon chapeau, c’est brillant, très brillant… » il pouffa d’un rire bref qui ne m’ôtait pas l’once d’un sourire.

-Je ne suis pas venu pour que l’on me fasse l’éloge de mes capacités et encore moins quand elle provienne de la bouche infâme d’un cadavre animé.

Il me jeta un œil sanguinaire pour finalement s’adoucir, bridant les paupières un instant, décrochant un sourire affable.

-Je comprends tes aprioris, mais je suis loin de partager tes convictions. En effet, les querelles entre vampires et lycans ne sont que pacotilles pour moi, je te demanderais donc un peu plus de courtoisie, si tu désires notre aide qui je te le certifie, est un honneur que tu ferais mieux de respecter à sa souveraine valeur ! »

Non mais c’est qu’il ne se prenait pas pour rien le cadavre ! Je désirais le mettre en pièce mais le nombre conséquent d’individus inquiétant m’empêchait d’agir. Je ne reculais jamais devant le danger et pourtant, j’avais le pressentiment que joué au plus malin ne ferait qu’empirer ma situation. Conservant le silence, je scrutais les traits de l’individu. Livide, il arborait une toison châtaigne, quelque peu ébouriffées avec quelques mèches qui lui tombaient sur le bas du front. Ses yeux d’un pâle olive scrutait avidement l’amulette ornant mon cou. Il avait donc intérêt à courir vite si son intention était de me dérober mais il ne fit rien, battant sa cape pourpre pour rejoindre un plan de vélin, fixé par des clous sur une piètre planche de bois.

L’individu qui m’avait accompagné jusque là, prit les devants afin d’apaiser la tension instaurée.

-Je te présente notre leader, il n’estime un individu que lorsqu’il ssse montre digne d’intérêt. On le nomme L’ombre écarlate mais tu comprendras bien assez tôt la raison de ce sssurnom. » L’homme-serpent siffla en guise de ricanement, m’imprégnant d’un vif sentiment de méfiance.

-Autrement on l’appel Sssaritram, c’est un vampire vieux de quatre cents ans… après cette présentation des plus accessoires, il releva sa manche bouffante pour pointer le lycan à la toison grisonnante qui ne semblait pourtant pas témoigner du moindre signe de vieillesse. « Lui c’est Sieg Hartos, le dévoreur. Inutile de te dire pourquoi… »

-Quant à lui… » Commença-t-il avant que je ne le coupe dans son élan. « la comédie a assez durée ! Dis moi pourquoi tu m’as amené ici, je ne vois pas l’intérêt de tes formalités et puis je n’ai que faire de tes camarades ! Donne moi une seule bonne raison d’avoir recours à tes services et ne tourne plus autour du pot car je risque de m’énerver pour de bon… »

Le menaçant du regard, il me jeta un sourire amusé pour finalement se tourner en direction de Saritram, toujours plongé sur son plan indéchiffrable. Celui-ci prit la parole pendant que ses comparses me révélaient leurs désintérêts en s’écartant de la conversation.

-Cela fait près d’un siècle que je déchiffre des symboles ésotériques et interdits dans le but d’éveiller le prince Kaïs, un démon de l’ancien monde. Je compte m’en servir comme instrument, afin de dominer le monde." Il me jeta un regard plein d’ambition, visiblement convaincu par son projet des plus précaires. « Pour cela, j’ai besoin d’un certains nombres de suivants. Le comité que tu vois là n’est constitué que de redoutables âmes torturées, en soif de vengeance contre les injustices de Céleste. Si tu nous aides dans ce dessein, nous utiliserons le prince Kaïs afin d’exterminer les Narkanns, en guise de ma gratitude… »

Mon mépris se déversa dans un souffle mesquin, j’étais censé faire confiance à ces vermines ? Quelle ironie !

-Tu ne manques pas de toupets," lui concédais-je. « Pourquoi ferais-tu cela et quand bien même réveillerais tu ce démon rien ne prouve que tu domineras sa volonté, s’il est si redoutable. De plus, pourquoi n’essayerais-tu pas de me tuer une fois que tu seras parvenu à tes fins ? »

-Et pourquoi ne me ferais-tu pas confiance ? répliqua-t-il. « après tout tu n’as rien à gagner à retrouver les tiens, pour un traité de paix qui ne durera que très peu de temps avant la fin inéluctable de ton clan et de tous ceux qui te sont chers… Je me trompe ? »

Comment osait-il et puis par quelle fourberie avait-il déniché des informations aussi personnelles ? Malgré la haine qu’il m’inspirait, je devais reconnaître que les miens n’avaient pas l’intention d’agir contre les Narkanns, voués à une fin que mon père avait prédit d’inéluctable… Peut-être était-il temps de faire un choix, quand bien même serait-il à mon désavantage et aux conséquences périlleuses. Cependant, je n’allais pas me risquer à les suivre avec si peu de détails. J’avais donc passé de longues heures à poser des questions, à tenter de mettre à défaut la teneur de ses propos, mais aucune faille n’existait dans ses dires, il n’y avait donc que deux possibilités. Soit il était sincère, soit il maitrisait l’art du mensonge. Dans ma réflexion, j’optais pour la deuxième option mais jusqu’à preuve de conviction, j’acceptais son offre et c’est ainsi que débuta mon pacte avec les parias, loin de me douter que ces créatures allaient bouleverser ma vie, jusqu’au tréfonds de mon âme…
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