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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
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Le silence…
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Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Histoire d'un Capitaine

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Trucid

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MessageSujet: Histoire d'un Capitaine   Jeu 19 Avr - 10:20

Chapitre 1


C’était un soir d’été, il y a vingt-deux ans. Je n’avais que quelques années à l’époque, mais je me souviendrais toujours de ce jour... Ce jour qui a tout changé. Ce jour où j’ai pris conscience de ma destinée. Alors que le plan est sur le point d’aboutir, mes pensées s’égarent dans ces vieilles années, un début de vie douloureux et difficile.

C’était un soir d’été. L’horizon, baigné de la lueur orangée d’un soleil couchant, était nimbé d’une aura rassurante, tandis que la mer azur, très calme, clapotait contre la coque du Sang de Dieu, le navire de mon père. Nous mouillions dans la baie, et, du haut de mes quatre ans, je m’émerveillais de voir les pirates s’agiter tout autour, sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait. Je tournais la tête en tout sens, cherchant du regard mon père. Je le vis s’approcher avec un sourire sur le visage, tandis qu’il se penchait pour me prendre dans ses bras. Il me désigna la mer du bout du doigt, avant de me dire, d’un ton empli de fierté :

“- Tu vois, fils. Devant toi... Voilà la liberté.

À l’époque, je n’avais pas compris ce qu’il avait voulu dire. La seule chose que je voyais, c’était l’eau.

“- Ton anniversaire approche à grand pas... J’ai un cadeau magnifique pour toi.

Je tendais mes petites mains vers lui, mais il rit en éloignant son visage. Sa grosse voix grave retentit dans mes oreilles de bambin.

“- Non, non, encore une semaine à patienter, fils. La patience est une vertu ; ne l’oublie pas.

Je hochais la tête sans vraiment comprendre, puis il me déposa sur le sol avant de me demander de le suivre. La nuit allait tomber, et il me fallait filer au lit. Je m’endormais rapidement, rêvant de combats, d’abordages, et de toutes ces choses que pratiquaient les adultes. Je ne savais pas bien à quoi correspondait tous ces mots, parce que mon père exigeait que je sois enfermé pendant ces combats. Mais j’avais à l’époque une imagination débordante, et mes rêves étaient emplis de couleurs, de sons, d’actions, toutes un peu abstraites, mais qui me garantissaient un excellent sommeil.

Ce fut au milieu de la nuit que tout bascula.

Un cri me réveilla. Un hurlement, d’une voix que je reconnus immédiatement, malgré le flou qui régnait en mon esprit après ce brutal réveil. Mon père. Puis, un brouhaha assourdissant explosa dans l’air et dans ma tête, et le navire trembla. Je tombais à terre, m’écrasant contre le bois. Je me relevais, et courrais vers la porte, tentant de l’ouvrir sans grand succès. Je n’avais pas assez de force pour pousser le battant. J’appelais à l’aide, lorsque mon père hurla de nouveau.

“- Aux armes ! Ils vont nous aborder !

Je criais son nom et tapais à la porte, espérant désespérément que quelqu’un m’entende. J’entendis des pas précipités dans le couloir, et j’écoutais mon intuition en reculant un peu. La porte s’ouvrit en trombe, et le second du navire, Jim Gibbs, pénétra la pièce en cherchant quelque chose du regard. Ses yeux se posèrent sur les miens, et il dut y lire un sentiment de panique, parce qu’il fondit sur moi et m’entoura de ses bras avant de me soulever et de m’emmener.

“- Nous sommes attaqués, petit ! Nous allons fuir le navire en chaloupe, ton père veut que je te mène en sécurité.

Je ne savais pas encore parler à l’époque, ou juste quelques borborygmes incompréhensibles. Je fronçais mes petits sourcils d’enfants, et me débattait pour échapper à celui qui me paraissait être un agresseur, même si je le connaissais. J’étais fatigué, je voulais savoir ce qui arrivait, et aussi retourner me coucher. Finalement, je réussis à échapper à l’emprise de ses gros bras, et tombait sur le pont. Je me faufilais à quatre pattes très rapidement, tandis que le bateau trembla de nouveau après une suite d’explosions. Gibbs tomba à terre, déséquilibré, et je pus disparaître dans les couloirs avant de sortir à l’air libre. Au moment de courir à l’extérieur, je vis mon père allongé par terre, plus loin. Je voulus le rejoindre, mais deux grosses mains attrapèrent mes chevilles pour m’empêcher d’y aller. Je me retournais et voyais Gibbs qui revenait à la charge. Mais le spectacle semblait l’abasourdir lui aussi, parce qu’il écarquilla les yeux en regardant mon père. Je pus entendre le mot qu’il murmura :

“- Capitaine...

Il était visiblement encore vivant, même si à l’époque je n’avais que peu de notions concernant la vie et la mort. Devant lui, debout, se tenait un homme effrayant. Gigantesque, il était entièrement chauve et son visage couturé de cicatrices. Il ne portait qu’une légère chemise noire, un pantalon de la même facture, une grande épée au côté et un pistolet dans la main droite. Son regard d’ébène semblait transpercer tous les hommes qu’il observait. Il baissa les yeux vers mon père, et un rictus de haine assombrit ses traits déjà cauchemardesques. Il prit la parole, sa voix claquant dans l’air.

“- Le navire est à nous, camarade ! Fouillez tout, de fond en comble. Et ne faites pas de prisonniers...

Il leva le bras, alignant le canon de son arme avec le crâne en sueur de mon père. Puis, il pressa la détente, et le coup craqua dans les airs, dans un éclair de lumière qui perça la nuit.

“- Le Capitaine Stocker se rend maître de ce bâtiment !

Je ne pus en voir plus. Gibbs, les yeux brillants, m’avait saisi par le col et courrait en direction de la poupe. Il y avait un canot situé là-bas, en cas de problèmes. Le brouillard venait de se lever, et la lune était cachée par les nuages. Il me jeta dans le canot, et réussit tant bien que mal à mettre la barque à flot tout seul, tandis que la voix du Capitaine Stocker continuait de donner des ordres à ses pirates. Nous nous sommes enfuis sans difficulté, dissimulés par la nuit et la brume nocturne.

Plus tard, une fois que nous fûmes en sécurité, il me raconta qui était ce capitaine nous ayant attaquer. Il me parla de sa cruauté, mais jamais je n’ai pu oublier le visage de celui qui m’a pris ma vie.
Gibbs m’a également offert le présent que mon père me réservait. Un magnifique pistolet ouvragé...

Voilà les événements qui m’ont permis de devenir l’homme que je suis...

Et c’est pour cela que je suis ici ce soir. Une fois que j’ai eu l’âge de comprendre les mots de mon père, j’ai pris la mer en mettant un navire à flot. Le Sang de Dieu, hommage au bâtiment cher à mon paternel. J’ai pris la tête d’une petite flotte... Et me voilà à la poursuite de ma liberté.

Ce soir, un autre événement va avoir lieu. Je suis allongé dans ma couchette, les yeux fermés. J’ai cessé de penser, je ne fais qu’attendre. Il ne devrait plus tarder...
Ce soir... Ma vengeance va s’accomplir...
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Trucid

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MessageSujet: Re: Histoire d'un Capitaine   Jeu 19 Avr - 10:29

Chapitre 2

La nuit est tombée depuis quelques heures maintenant. La pâle lueur de la lune éclaire le navire endormi, à travers les volutes de la brume marine qui s’est levée à la tombée de l’obscurité. La mer est calme, légèrement soulevée par une petite brise. Je sens un frisson me parcourir l’échine, tandis que mon rythme cardiaque s’accélère soudainement. L’adrénaline monte. Tout va bientôt s’accélérer, je le sais, je le sens. Je glisse une main à ma ceinture, enserrant mon pistolet et le dégainant pour l’observer un instant. Le dernier cadeau d’un père à son fils. Il sera l’instrument de ma vengeance. Je souris, tentant de me calmer. Il faut que je reste stoïque, ou tout mon plan s’effondrera. L’heure avance. Je suis sûr de moi. Ca marchera. Ca doit marcher.

J’entends soudainement des pas dans le couloir menant à ma cabine. Je souris, des souvenirs frappant mon esprit. Cette nuit est étrangement semblable à celle qui hante mes rêves. Mais ce soir, la victime sera différente...

On toque à la porte, et je me redresse en remettant mon arme à la ceinture. Je saisis mon baudrier, accompagné de la fameuse épée qui m’a valu tant de misères lorsque je l’ai obtenu. Je l’accroche à mon côté droit. Étant gaucher, cela me permet de dégainer plus rapidement et d’asséner un coup fluide dans le même mouvement. Je m’approche du battant et ouvre la porte sans bruit.

L’homme me fait face. Je lui adresse un sourire en le fixant. Il est bien plus vieux que dans mon souvenir, mais c’est un second fidèle et encore très efficace, autant par ses connaissances que par sa verve et sa capacité à commander aux hommes. Ses cheveux blancs retombent sur son fin visage, et, tandis qu’il me regarde de ses yeux bleus perçants, je remarque que sa barbe a repoussé légèrement.

“- Monsieur Gibbs, tout est prêt ?

Il a été le second de mon père, et il est maintenant le mien. Mais nous faisons tout les deux montre de peu de familiarités dans ces moments de tension. La hiérarchie doit être respectée. Et je me dois d’être respecter par mes hommes. Auquel cas ils leur seraient faciles de se mutiner. Il hoche la tête à ma question, répondant, tout comme moi, par un murmure.

“- Oui. Il arrive. L’attaque devrait avoir lieu dans quelques minutes.
- Et nos hommes ?
- Ils connaissent le plan, et ils sont prêts.

Je souris. Pour l’instant, c’est parfait. Après la théorie, reste la pratique. Il faudra agir vite, pour ne pas subir trop de dégâts et de pertes humaines. Je suis Gibbs dans le couloir, et m’arrête avant de sortir sur le pont. Les hommes sont dans la cale, près à surgir.

“- Gibbs, vous suivez le plan. Vous faites une ronde sur le pont, et lorsque ça commence, vous vous agitez et vous appelez les hommes.

Il hoche de nouveau la tête, puis tourne les talons. Je saisis son bras.

“- Sois prudent.

Il me fixe un instant, et sort, refermant la porte sur moi. Je ferme les yeux, sentant mon coeur s’accélérer de nouveau. L’adrénaline retrouve le chemin de mes veines, et je tremble légèrement, inspirant longuement pour calmer mon excitation. Je me mets à murmurer une chanson pirate bien connue, la laissant pénétrer dans mon esprit. Lorsque j’atteins l’avant dernière phrase, un hurlement se fait entendre au dehors... Suivi d’une série d’explosions caractéristiques. Le choc est terrible. Le bois craque et le bateau frémit, tremble sous les coups de canons de nos ennemis. J’entends Gibbs crier et je l’imagine se ruant vers la cale pour réveiller les matelots. Je souris, et ouvre la porte, murmurant une seule phrase :

“- Hissons nos couleurs...

Les hommes sont presque tous déjà là, tandis que les canons adverses tirent de nouveau. Un nouveau choc se produit. Des copeaux de bois s’envolent de toute part, tandis que je sens le vent se lever. Un matelot, désarticulé par l’onde de choc du boulet ayant frapper le navire près de lui, s’envole dans les airs et s’écrase près de moi. Je baisse les yeux pour constater l’angle étrange que forme sa tête. Je soupire et me lance sur le pont, zigzaguant entre les débris et les corps. Je dégaine mon épée et lance les premiers ordres :

“- Préparez-vous ! Canonniers, à vos postes, nous sommes attaqués !

Les hommes s’échinent à se protéger ou à se ruer vers les canons, tandis que je rejoins Gibbs qui a dégainé son pistolet. Le bâtiment ennemi continue de nous pilonner sans relâche, trouant la coque de mon navire. Je monte à la barre et saisit la roue de direction, attendant que mes hommes terminent le chargement de nos pièces d’artillerie. Lorsque c’est fait, je lance mon ordre.

“- FEU !

Nos canons crachent le feu, tandis que sifflent dans les airs les boulets de fer lancés à pleine vitesse. Comme nous, nos attaquants subissent quelques pertes après les premiers coups de canon, mais je sais déjà que c’est inutile. Je feins la panique, sentant la longue-vue du capitaine du vaisseau opposé posée sur moi. Puis, m’approchant du bastingage, je cherche mon second des yeux.

“- Gibbs ! Sortez le drap...

Au moment où je veux terminer ma phrase, je suis interrompu par le tir d’un canon qui frappe près de moi. Je sens mes pieds décoller du bois et je m’écrase plus bas, sur le pont. Sonné, j’essaie de me relever, jusqu’à ce que Gibbs me saisisse par le bras pour m’aider. Les choses s’accélèrent et je ne contrôle plus rien. J’ai juste le temps d’entendre mon adversaire direct annoncer l’abordage. Les tirs de canons ont cessé de leur côté, et les cordes sont accrochées à leurs mats, tandis que je vois les pirates se préparer à nous attaquer de face. Lorsqu’ils se lancent en direction de notre pont, je garde les yeux sur eux en lançant un nouvel ordre.

“- Canonniers, ne cessez le tir qu’à mon ordre !

Je me retourne vers Gibbs.

“- Vous savez que faire. Quand je demanderai les pourparlers, envoyez les ordres aux équipages de la Rose de Mai et de la Rose de Juin.
- C’est d’accord, Capitaine.

Puis, sentant les pirates adverses à deux doigts d’aborder, je dégaine mon arme et la pointe en direction de nos ennemis. Je presse la détente et claque dans les airs mon coup de pistolet, qui vient cueillir l’un des matelot qui lâche un cri, puis sa corde, avant de plonger vers les abysses. Je me tourne vers mes hommes.

“- Aux armes ! Défendez le Sang de Dieu au péril de votre vie ! Cette nuit est la nuit des enfers, et nous nous tiendrons fièrement devant nos ennemis ! Nous regarderons la mort en face et nous rirons d’elle ! Déjouez cette issue certaine, et soyez fiers de faire partis de cet équipage ! À L’ATTAQUE !

Ils hurlent tous comme un seul homme avant de dégainer pistolets et épées. Je fais de même, et attends que le premier pirate pose le pied sur le pont de mon bâtiment pour me ruer à l’assaut. Ma lame d’acier claque contre la sienne, faisant s’envoler quelques étincelles brillantes. Je fente à droite, puis à gauche, avant de le repousser d’un coup de poing. Il recule et finit achever par la lame d’un de mes compagnons. Je me retourne ensuite pour parer un coup d’une violence inouïe. Je fronce les sourcils et me dégage en sautant en arrière, évitant le coup de taille qu’il a essayé de m’infliger. Au moment où mes pieds touchent le sol, je me précipite en avant, et saute sur lui en enfonçant dans son poitrail mon épée jusqu’à sa garde. Je tombe avec lui avant de me relever précipitamment, retirant ma lame de son corps sans vie. Je vois un autre ennemi se rapprocher de moi, le bras levé en hurlant. Je l’aligne de mon pistolet, et tire lorsqu’il est assez proche. Son crâne explose par ma balle et il bascule par-dessus le bastingage, tandis que je me retrouve seul. Tout le monde se bat autour. Je fronce les sourcils, et cours vers la barre pour aller chercher un drapeau blanc. Je connais le visage du second du capitaine adverse, et lorsqu’il me remarque, je lance mon drapeau à ses pieds.

“- Matelots, cessez le combat, nous nous rendons.

Mes hommes arrêtent le combat et lâchent leurs armes, les laissant tomber sur le pont. Je descends à leur côté, et, ne laissant pas le temps au second d’ordonner mon exécution, je prends la parole :

“- Je demande les pourparlers avec votre Capitaine. Maintenant.

Il paraît surpris un instant, probablement étonné de voir un homme osé demander une audience avec son cruel commandant. Il hoche la tête, et me demande de le suivre. Ils laissent ses hommes sur le pont, afin de surveiller les miens. Avant de quitter mon navire sur une chaloupe, je croise le regard de Gibbs, et il hoche légèrement la tête.

Tout ça est parfait... Tout se déroule comme prévu, même si j’ai perdu plus d’hommes que dans mon idée...
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Trucid

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MessageSujet: Re: Histoire d'un Capitaine   Jeu 19 Avr - 10:49

Chapitre 3


La chaloupe s’éloigne lentement de mon bâtiment, tandis que je fixe le ciel, les mains jointes. Je ne suis pas inquiet. J’ai toujours eu une confiance en moi excessive, et ce n’est pas aujourd’hui que cela risque de changer. Je suis intimement persuadé que mon plan est parfait et qu’il va se dérouler sans accroc. Attendant d’arriver, je laisse mon esprit voguer au-delà de cette nuit de cauchemars où je vais faire face à leur objet. Au commencement de tout ceci...

J’avais quinze ans. Gibbs m’avait élevé comme son fils après la mort de mon père... Nous avions tout deux parcouru les ports et chercher des navires pour nous enrôler. Souvent sans succès. Pirates, marchands, ou simplement pêcheurs, tous refusaient d’engager un homme attaché à un enfant. Lorsque je fus plus âgé, nous trouvions plus facilement. Et travailler nous permettait à la fois de vivre et également de nous préparer à mettre à flots notre propre navire, quand nous pourrions en obtenir un. Lors de mes plus jeunes années, je voulais simplement faire comme mon père à son époque, devenir un grand capitaine. Mais à cette époque, celle où j’eus quinze ans, mes souvenirs se réveillèrent, et mes motivations commencèrent à changer...

Le souvenir de ces yeux d’ébène me hantaient jusque dans mes rêves. Je me réveillais en sursaut chaque nuit, son nom et sa voix faisant paniquer mon coeur troublé. D’un autre côté, je commençais enfin à comprendre les notions que mon père avait tenté de m’inculquer. La patience, la liberté... Mais je m’apercevais que je ne pourrais jamais être libre tant que le Capitaine Stocker arpenterait les trois océans. Et la vengeance commença à être ma seule pensée, mon seul objectif. J’en parlais à Gibbs, et il eut beau tenter de me convaincre de ne pas m’engager dans cette folie, il ne put jamais me faire changer d’avis. Lorsque le temps fut venu, je devins Capitaine. Je recrutais quelques matelots, ainsi que mon vieil ami et mon plus proche parent, même si n’étions pas du même sang, pour être mon second. Je remis à flot un navire, que je nommais le Sang de Dieu, en souvenir de la personne qui a fait de moi, par sa présence et son souvenir, l’homme que je suis devenu.

En quelques années, je glanais sur les mers trésors, matelots, navires et renseignements sur mon ennemi. Je renforçais mes forces, je renforçais mes compétences, devenant un Capitaine respectable, et respecté. Et toujours porté par cette idée fixe, lancinante, qui me donnait la force de me battre encore et encore. La vengeance. Une envie folle de tuer ce monstre qui m’avait tout pris. Mon père, mes rêves, et ma liberté. Et dont la seule idée qu’il vivait encore m’empêchait moi-même de vivre pleinement mon existence. Paradoxalement, cette idée me permettait également d’aller de l’avant, afin de devenir assez puissant pour l’affronter...

Et aujourd’hui, me voici enfin devant ma destinée. Je l’ai provoqué de mes propres mains, et je suis en passe de mettre fin à mes cauchemars. Nous arrivons près de la coque du navire ennemi, et le second me presse de monter à sa suite. J’escalade sans difficulté, avant d’atterrir sur le pont du vaisseau, encadré par le second de ce dernier ainsi que par deux hommes armés jusqu’aux dents. Imperceptiblement, je jette un oeil autour de moi, et constate qu’il ne reste que peu de matelots affectés au bâtiment. Le reste surveille mon équipage sur le Sang de Dieu. Mes lèvres se fendent d’un sourire discret, tandis que je suis l’homme qui me précède.

Il me conduit jusqu’à la porte menant à l’intérieur, et, avant de me laisser entrer pour un face à face avec mon adversaire, il se retourne et me demande de lui remettre mon sabre. Je hoche la tête, conscient que je ne suis de toute façon pas en position de négocier. Néanmoins, il commet une erreur. Une erreur qui n’aurait pas été fatale, s’il avait eu un autre capitaine au bout de son canon. Il oublie de me fouiller convenablement, et le pistolet de mon père, dissimulé par ma longue cape noire, passe inaperçu. Il ouvre ensuite la porte et me laisse entrer, sans un mot.

Je pénètre dans une pièce très sombre. L’atmosphère est pesante, le lieu uniquement éclairé de quelques lanternes déposées çà et là sur les meubles de bois. Le plancher craque sous mes pas tandis que je m’avance, toujours prudent. Je sens un frisson me parcourir l’échine, et une goutte de sueur solitaire courir le long de ma tempe. Je lève le bras et essuie mon front du poignet, le coeur battant et les membres tremblants. Mes yeux se posent sur quelques objets qui parsèment l’ensemble. Une cage en ferraille rouillée, vide. Une dague émoussée sur le coin d’un bureau. Un buffet sur lequel trône des dizaines de parchemins usés. Des cartes maritimes, au centre, posées sur une table. Quelques instruments de navigation au côté d’un globe terrestre terne. Et, dans un coin, un coffre, que j’imagine rempli de trésors d’une valeur innommable. Je déglutis pour me calmer, et une voix s’élève à ma droite, me faisant sursauter quelque peu.

“- Est-ce la peur que je sens, Capitaine ?...

Je la reconnais tout de suite. Néanmoins, il fait une erreur. Ce n’est pas de la peur. En aucune manière. Juste une immense excitation. Je me retourne vers le néant, et décide de commencer tout de suite. Il faut qu’il me pense au pied du mur...

“- Je suis à votre merci. Moi, mon équipage, et mon navire... Comment pourrais-je être rassuré ?... Capitaine Stocker...

Je l’entends remuer, il doit sûrement se retourner. Puis, un pas lourd résonne dans la pièce, suivi d’un second... Et son visage apparaît dans la faible lumière des lanternes. J’en perds presque mes mots. Son crâne rasé luit dans le noir, et ses yeux d’ébène frappe mon regard de la cruauté qui se lit en leurs seins. Sa peau est marquée, une cicatrice lui barrant la joue gauche, qui suinte légèrement d’un pus odorant qui me serre la gorge. Sa barbe est encore longue, et son faciès de cauchemar se déchire d’un rictus carnassier qui dévoile ses dents. Horribles pointes gâtées par le temps et l’âge. Il me paraît plus effrayant encore que dans mon souvenir... Il éclate d’un rire démoniaque qui me glace le sang, et je prends sur moi pour ne pas reculer d’un pas. Je n’ai pas à avoir peur. Tout est sous contrôle. Sa lourde voix froide et éraillée se fait entendre de nouveau, vrillant mes oreilles de ses accents menaçants.

“- Tu sais qui je suis... Et je sais qui tu es.

Il s’avance encore, son corps massif bloquant toute lumière venant de derrière lui. Il se saisit de la dague émoussée que j’ai aperçu plus tôt. Il la fait rouler entre ses doigts, et, l’espace d’une seconde, je peux voir ses mains rougies et brûlées, sûrement par les nombreux combats qu’il a mené. Puis, tout à coup, il lève le bras et plante l’arme dans la table, jusqu’à la garde, faisant étalage de sa force presque surhumaine. Finalement... Rien n’est encore joué. Même si mes équipages suivent les ordres à la perfection et remplissent leurs offices, je vais peut-être mourir dans cette pièce.

“- Le fils du Capitaine Philip. Eric, n’est-ce pas ?...

Il semble attendre une réponse, ne cessant de me fixer. Je ne lis à présent qu’un vide plus terrifiant que la mort au fond de son regard noir. Je m’efforce de contrôler ma voix, mais je sais que je ne pourrai m’empêcher de trembler en prononçant un mot. Je me contente donc de hocher la tête, et il paraît satisfait. Il continue pendant que, toujours, je tente de me maîtriser.

“- Ton père a été une proie formidable... Et si facile à tromper. Je me souviens encore la joie que j’ai ressenti en contemplant ma balle lui traverser le crâne... Et je pense que j’aurais autant de plaisir à te tuer. Parce qu’évidemment, tu sais que tu ne sortiras pas d’ici vivant ?...

Je ne réponds pas. Je le fixe, simplement. Il éclate de nouveau de ce rire si caractéristique qui emplit l’air. Un rire de haine.

“- Regarde-toi. Trop jeune pour être Capitaine. Trop jeune pour être respecté. Trop jeune pour te battre. Je hais les gens de ta race. Ceux qui se prétendent régner sur les mers sans avoir fait l’expérience de la mort. Et tu sais ce que je fais aux gens que je hais ?... Je les torture, avant de les achever. Ils meurent dans les souffrances les plus atroces, et finissent tous dans les abysses. Je suis le messager des enfers, Capitaine. Mais tu le sais.

Je ne bouge toujours pas. Sa voix semble venir tout droit d’outre-tombe, mais ces paroles me mettent la rage au ventre. Son jugement sur moi, sur mon père, ses raisons... Tout son être ne me donne qu’une envie. Sortir mon arme et l’abattre sur le champ. Mais ce serait signer mon arrêt de mort, et celui de mes hommes. En quelques phrases, il vient de perdre l’ascendant qu’il avait pris quelques minutes auparavant. Car maintenant, c’est ma haine et ma soif de vengeance qui ont pris le pas sur ma peur.

“- Évidemment. Mais, je me pose donc une question. Sachant cela, pourquoi as-tu demandé ces pourparlers ? Que cherches-tu à faire ? Retarder ta mort ? Assieds-toi. Parlons, dis-moi tout... Je peux bien t’accorder un droit de t’exprimer, en guise de dernière volonté...

Il lève une main et désigne une petite chaise de bois, derrière moi. Je me retourne et la saisit, la plaçant devant la table. Lui, il reste debout. Sûrement une envie de me dominer de tout son être... Je retiens un sourire, parce que ça arrange mes affaires... J’étends mes jambes sous la table, et lève les yeux vers lui, avant de prendre la parole. Ma voix tremble très légèrement, mais insuffisamment tout de même pour qu’il le remarque.

“- Je viens humblement vous demander d‘épargner mon équipage et mon navire. Je vous laisse ma mort, mais pas celle de mes hommes.

La situation est compliquée pour moi. Mon esprit tout entier calcule. Les bons mots, les bonnes expressions, les bons gestes, le bon moment. Je joue un numéro d’équilibriste qui ne nécessite aucun faux pas. Et, surtout, ma survie à cet entretien ne dépend pas de moi, mais des équipages de mes navires. C’est une pression supplémentaire. Tout est réglé sur le bout des doigts, mais une seule erreur, même minime, signerait mon arrêt de mort, ainsi que celui de mes hommes. Je regarde Stocker, qui me fixe avec son rictus.

“- Je ne fais pas de quartier. Voudrais-tu nuire à ma réputation ? C’est bien essayé, mais comme je le disais, tu es trop jeune. Vous allez tous mourir cette nuit, et je vais commencer par toi.

Je me doutais qu’il refuserait. Cela dit, sa menace arrive bien tôt. Il dégaine l’arme à sa ceinture, et je crois reconnaître, sans en être sûr, le pistolet qui a tué mon père. Il la pointe dans ma direction, et son doigt caresse la détente. Il va appuyer. Je détourne le regard et observe le ciel à travers les fenêtres sales de la pièce. Et, soudain, je vois apparaître la silhouette du fidèle perroquet de Gibbs. J’écarquille les yeux, et me redresse sur la chaise, soudainement, tendant la main pour essayer de l’interrompre.

“- Attendez ! Accordez-moi quelques dernières paroles !
- Oh... Tu as si peur que ça de la mort ?... Pour une nouvelle fois tenter de retarder l’inévitable ?

Il éclate de nouveau de rire, et baisse légèrement son arme. Il semble prêt à écouter. J’inspire longuement, déglutis encore, et me lance.

“- Vous savez, Capitaine... Cela fait vingt-six ans que je suis sur les mers. Je suis né en mer. J’ai vu mes proches mourir en mer. Ma mère en me mettant au monde. Mon père par cette arme. Je désigne le pistolet qu’il pointe sur moi d’un mouvement de tête. J’ai grandi en mer. Toute ma vie se résume à une seule chose : la mer. Je n’ai jamais rien connu d’aussi excitant que de voguer sur les trois océans. Rien d’aussi excitant que de croiser le fer avec d’autres pirates. Rien de plus excitant qu’un échange de canons, qu’un abordage. Et pourtant, je n’ai jamais pu aspirer à la liberté que je désirais plus que tout.

Je cesse de parler une seconde, et constate qu’il m’écoute attentivement.

“- Et vous savez pourquoi ? Parce que votre image hantait mes rêves. Vous savoir en vie, après que vous m’ayez enlevé mon père, m’a ôté toute liberté. Et j’ai consacré ma vie à vous poursuivre pour espérer vous tuer, pour venger ainsi ma chair et mon sang, et enfin pouvoir vivre pleinement sur les mers...

Il part, de nouveau, d’un grand rire. Mais cette fois, il ne me cause aucune peur. Juste un dégoût intolérable.

“- Au final, vous avez perdu. Et je vais vous ôter cette liberté à jamais.

Il est toujours penché au-dessus de moi. J’étends de nouveau mes jambes sous la table, car cette position est nécessaire à ce que je veux faire. Je reprends donc, un petit sourire éclairant enfin mon visage. Un petit sourire cynique, confiant.

“- Je connais parfaitement votre manière de faire. Vous attaquez les navires à la nuit tombée, lorsque l’équipage dort. Une méthode de lâche. Mais je vous ai assez observé pour tout savoir sur vous. Il fallait un appât de choix pour vous attirer... Vous avez fais deux erreurs, Capitaine Stocker. La première aura été de ne pas être plus rapide lorsque vous avez fouillé le navire de mon père. Vous m’avez par ce fait permis de m’échapper.

À mon tour, je laisse l’hilarité transformer mes traits. Avant d’inspirer de nouveau pour reprendre.

“- La deuxième erreur, vous êtes en train de la commettre en ce moment même...

Je vois ses sourcils se froncer, il sent que quelque chose lui échappe. Je ne suis pas aussi effrayé que je devrais l’être, selon lui. Il doit se demander à quelle erreur je fais allusion. Et je réponds à sa question muette dans un souffle moqueur.

“- Confondre jeunesse et inexpérience...

Au moment où je termine ma phrase, un concert de détonation a lieu à l’extérieur de la cabine. Stocker perd sa concentration une seconde, tournant la tête vers le vacarme. Il a compris. Mes hommes ont profité de la nuit pour se dissimuler et attaquer le Serpent d'Obscurité par l’autre côté. Chacun surveillait le Sang de Dieu... Et aucun d’eux ne se doutait que ma flotte mouillait non loin.

C’est le moment d’agir, je n’ai que quelques courtes secondes. Je replis mes genoux afin de pousser sur la table pour la soulever légèrement, puis je pose mes pieds à plat dessous et pousse de toutes mes forces. Je bascule en arrière de la chaise, tandis que la table se retourne et va s’écraser contre le monstrueux capitaine. Je me redresse d’une roulade alors qu’il trébuche en reculant. Je me jette sur lui. Alors qu’il est toujours déséquilibré, je frappe sa main pour qu’il lâche son arme. Elle va rouler plus loin, et je lance mon bras gauche en direction de son visage. Le coup asséné est terriblement puissant, et il fracasse l’arête nasale de sa cible. Stocker grogne de douleur et s’écrase sur le sol avec la table.

Je glisse une main à ma ceinture, tandis que mon ennemi repousse l’objet qui a causé sa perte. Il porte la main à la garde de son sabre, afin de le dégainer, mais il est coupé par le cliquetis caractéristique d’une arme à feu. J’ai saisi le pistolet de mon père, et je le pointe dans sa direction. Je laisse échapper un rire presque hystérique de satisfaction, la scène me rappelant étrangement la dernière nuit où j'ai vu mon paternel. Stocker a mis fin à la vie de mon père. Sauf que cette fois, c’est lui qui se trouve au bout de mon canon... Il ne bouge plus, moi non plus, pendant que les combats continuent à l’extérieur. Bientôt, alors que nous nous fixons depuis de longues minutes sans un mot, et que je tremble à l’idée que mes hommes ne remplissent par leurs offices, la porte s’ouvre, et je vois Gibbs entrer dans la pièce.

“- Capitaine Eric, nous sommes maître du Sang de Dieu, et du navire de Stocker, le Serpent d'Obscurité.

Je souris, avant de lui demander de sortir. J’ai encore une chose à faire. Le gigantesque capitaine ne ressemble plus vraiment à lui-même, allongé sur le sol comme il l’est. Je me racle la gorge, et prends la parole.

“- Il ne me reste plus qu’à vous dire adieu, Capitaine. Puissiez-vous rencontrer mon père, dans les abysses, pour qu’il vous hante éternellement durant votre après-vie...

Je m’apprête à presser la détente, mais il semble vouloir parler.

“- A-Attendez ! Accordez-moi une dernière volonté !

Je baisse les yeux vers lui, et plante mon regard dans le sien. Mon visage est froid. Mon âme semble avoir disparu. À présent, il ne peut lire dans mes yeux que haine et néant. Et ma sentence, lourde, tombe comme un couperet.

“- Non.

Je presse la détente. La détonation claque dans l’air, dans un éclair de lumière qui m’éblouit. BlackEyes s’affaisse, une balle entre les deux yeux. Ils se ferment à jamais, et je savoure cet instant...

Je ferme les yeux, et laisse tomber mon arme sur le sol. J’inspire longuement. L’odeur de la mer, l’odeur de la poudre, l’odeur du sang... Tout ça m’est bien égal.
Ce soir, je savoure la seule chose qui m’importe. Ma liberté...
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