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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

Ils me reprochent d’abuser de la crédulité des gens.
Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
[Ometeotl Jahar]

Il vaut mieux se retrouver devant des Orcs en colère plutôt que devant des nobles
et des politiciens.
Quand un Orc veut te tuer, il le fait savoir clairement
et, généralement, sous tes yeux.
[Barry Toothpick]

Miséricordieux, j’avalerai vos supplications, délices de ma victoire !
[Rubis Solime De Babaux]


Le proverbe "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud" marche aussi avec les elfes...
[Walgrim Grindal]

Litanie de larmes, symphonie en pleurs majeurs.
Rater une mesure, repartir à zéro. Mélodie funeste.
Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
Seul.
[Sheren]

Il suffit d’un seul regard
entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

Ma soif de vengeance s’est tue dans un murmure :

Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Trouver la glace qui éteindra les flammes

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Idriale Êlenaur

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Date d'inscription : 22/03/2012

MessageSujet: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Lun 23 Avr - 17:53

Il est un temps dans l’existence d’un être doté d’intelligence où il faut se poser,
cesser de voir par le passé, s’arrêter un instant sur le présent fuyant,
établir le bilan pour entrevoir un avenir différent.
Sans ça, comment changer ces choses qui te dérangent?
Il n’y a pas de Dieux prêts à t’envoyer dans un monde idéal.
Personne pour guérir ce mal, qui te ronge lentement...

Même si son futur lui était toujours apparu comme étrangement lointain, comme une prophétie à venir dans quelques milliers d’années, il fallait bien reconnaître que ce n’était guère la ses caractéristiques et que chaque seconde présente avait été un avenir avant de d’être un passé. Après sept décennies, peut-être était ce le moment de se remettre en question, chose qu’elle n’avait jamais réellement faite avant le dernier coup du destin. Ce destin qui se jouait d’elle, toujours. Elle lui aurait souris orgueilleusement s’il était apparu devant elle comme une entité à part entière mais sans doute aurait-il ris à son tour, plus puissant et plus moqueur, jusqu’à ce qu’elle ne le supporte plus et que son sourire s’estompe pour ne laisser que l’ombre de l’amertume et de la haine. N’était-ce pas ce qu’il essayait de faire depuis toujours, perdant de bref combats mais destiné à remporter la bataille finale? Alors elle ne sourirait pas. Pas pour lui. Elle soignerait sa haine envers le monde. Si elle le pouvait.
Elle fut tirée de son sommeil agité par ces pensées étranges. A présent, que dirait-elle si on lui demandait de retracer le cours de son existence? Qu’avait-elle fait de ses années, à part se procurer des satisfactions éphémères? Comment les buts qu’elle avait pu avoir étaient-ils tombés dans l’oubli aussi aisément? Elle frissonna, remontant le drap sur sa peau presque nue et enfin, elle se retourna posément sans but de jugement sur la vie qu’elle avait dessiné de ses pas. Si ses yeux se rouvrirent nimbés d’une mélancolie poignante, elle l’écarta pour en venir à ce qui l’intéressait réellement: changer de refuge. La rage n’était plus sa tutrice idéale. Elle avait besoin de puissance, de bien plus.

Épéiste, elle reconnaissait que son ambidextrie était limitée par le poids de son arme. Enfer-Noir, compagne de milliers de nuit étoilée, n’était cependant pas remplaçable. L’arc n’avait aucun secret pour elle et le bois dans lequel il avait été sculpté le rendait parfaitement maniable; quand aux flèches, en trouver de plus redoutables serait mission presque impossible pour qui ne se risquait pas à manier les poisons. Lycanthrope, elle avait brimé ses capacités, suivant la voie de la raison plutôt que celle de la colère et si elle en était amoindrie elle ne cèderait pas, tant qu’elle ne soignerait pas son caractère lunatique, chose sans doute impossible. Elle ne voulait pas être ce monstre sanglant. Il ne lui restait que sa magie, sa douceur salvatrice, mélodie d’une époque oubliée, éternelle part d’un tout que l’elfe ne parvenait pas à libérer. Elle avait appris à moduler la matière, lui permettant d’adopter les formes souhaitées grâce à son habilité. Elle avait même osé jouer à l’envoûtement du sang, frôlant la mort par répétition, juste pour rendre un ultime hommage à son ancien familier. Dernier cadeau offert par sa mère, l’animal l’avait suivi partout jusqu’à périr sous un mage qu’elle affrontait. Elle avait mis des années à le matérialiser à nouveau grâce à ses pouvoirs. Il était sa plus grande force et faiblesse car elle ne savait s’arrêter lorsqu’elle commençait à l’invoquer, puisant dans son sang plus que de raison. Et elle ne regrettait jamais de s’y être risquée. Pourtant elle savait qu’il demeurait une dernière forme de magie en elle, une à laquelle elle n’osait pas même penser... utilisable non désirée. Elle la voyait telel une abomination sans nom depuis qu’elle avait voulu en faire usage il y avait de cela près de quarante année. Elle sentait qu’elle était ce qu’il lui fallait mais n’était pas prête à s’y risquer de nouveau. Bilan mitigé, elle se sentait prise dans une impasse. Et le temps lui manquait, lui manquait cruellement pour elle qui ne l’avait que trop pris.


Se levant, elle revêtit ses vêtements de voyage et se décida à retourner voir Zael. Elle avait beau ne pas lui porter ne serait-ce qu’un semblant d’affection, il était la seule personne vivante qu’elle connaissait pour la renseigner. Bien sûr, cela non plus ne serait pas gratuit et il ne négocierait rien, ne lui dirait pas ce qu’il attend, se contentant d’avoir l’acceptation qu’elle sera là le moment voulu. Elle s’était demandé s’il ne valait pas mieux se contenter de le menacer de mort pour avoir les informations et s’en tirer simplement mais elle avait la certitude qu’il cachait des ressources devant lesquelles elle pouvait perdre grand. Et elle n’était pas encore tout à fait folle. Elle se présenta à lui comme les autres fois, et prit place sur un vaste fauteuil noir où elle croisa les jambes, jouant avec l’un des orbes posés sur le meuble à côté ce qui lui valut une mise en garde immédiate. Mieux valait pour elle qu’elle ne le casse pas. Alors qu’elle s’apprêtait à prendre la parole, il la coupa tout en fouillant dans l’une de ses armoires.

«Je sais très bien ce que tu penses vouloir, ce que tu veux réellement, ce dont tu as besoin, ce que je peux te donner, te proposer et ce que tu en fera.»

Voilà. Une simple phrase et il l’avait irrité. Il ne la laissait pas même parler.

«Nous ne manipulons pas le même genre de magie, tu l’avais deviné j’ose me le dire. Là où tu tires ton énergie directement de la puissance inscrite en toi, je joue un rôle de catalyseur des différents objets magiques -diantre où l’ai-je donc rangé?- ce qui fait que je ne te serai pas d’un grand secours sur ce point. Pourtant il y a bien deux ou trois personnes qui me viennent en tête -j’étais sûr de l’avoir mis dans celle la-. Malheureusement l’un d’entre eux et mort il y a peu, tué par un sort, n’est-ce pas triste? Oui, inutile de te l’entendre confirmer je le sais. L’un des restants est fou, je crains que tu ne veuilles lui couper la tête avant que tu n’en ai appris quoique ce soit -oui parce que je te vois venir d’ici avec ton air menaçant-. Le dernier... il n’y a presque aucune chance pour qu’il t’enseigne -oh le voilà! regarde moi ce petit bijou, ce trésor de magie, tu t’en moques hein? tu es vraiment coincée- mais je pense que c’est l’unique personne vers qui tu devrais te diriger. Au pire ça t’apprendra que tes jolis yeux ne font pas tout! Je plaisantais, arrête de me regarder comme ça. Pose cet orbe par tout les dieux réunis tu va le casser!»

L’elfe avait pris un air sceptique durant la tirade du vieil homme. Ses bouquins lui étaient-ils tombés sur la tête ce matin là? Elle lança l’orbe en l’air puis, le réceptionnant, le reposa à sa place. Qu’il ne s'inquiète pas de la sorte, elle n’allait pas le détruire même si à son sens, un de plus un de moins, vu la pièce, n’aurait pas changé grand chose. Elle laissa le mage s’approcher d’elle et réceptionna l’objet qu’il lui tendait. Ce n’est qu’une clé, pensa t-elle mais une fois encore avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche, il lui tendit une boîte en bois.

«N’essais pas de l’ouvrir tu n’as pas la bonne clé.»

Cette fois ci, elle soupira vraiment avant de sourire. Elle ne comprenait rien à cet homme mais il était amusant à sa façon. Il parut s’étonner de sa réaction mais poursuivis son explication. Il fallait plutôt dire qu’elle n’était pas la bonne personne pour manier cette clé puisqu’elle n’était que la moitié de ce qui était nécessaire pour ouvrir. L’autre étant directement lié au flux magique qu’il utilisait lui même. Laissant les objets dans les mains de la guerrière, il balbutia quelques incompréhensibles paroles tout en lui faisant insérer la clé. Un simple déclic et la boîte s’ouvrit, dévoilant un épais bracelet d’or blanc incrusté d’un diamant bleu tel qu’elle n’en avait jamais vu. Une violente décharge la poussa à claquer le couvercle, lui laissant une profonde impression de malaise. Et ses doigts n’avaient pas même effleuré l’œuvre.

« Oui, cette relique est vraiment puissante. Une puissance similaire à celle dont je te crois le réceptacle mais une puissance noire, je le crains, que je n’ai pas usé depuis bien des années. Je sais que je n’y parais pas mais j’ai mon âge aussi. Je ne peux plus m’en servir comme avant. Je ne le puis plus du tout en réalité. Oh je pourrai la vendre mais elle n’a pas de prix tant elle est inestimable et puis je suis un possessif. Tout cela pour te dire que je te recommande vraiment la personne qui l'a forgé. Même si je pense que tu perd ton temps en allant là bas, tu aura au moins essayé. Et puis tu me rendrais service en lui rendant ceci. Je crois voir que cette occasion ne se représentera pas à moi et je ne voudrai pas qu'à ma mort il tombe dans de mauvaises mains. Comme tu ne peux pas l'ouvrir seule, je ne m'inquiète pas du tout sur le fait que tu pourrai t’en servir. Rend toi à Port Abysse, je me charge de te trouver un bateau qui t’y mènera. Une fois là-bas, demande Ron Berku. Et au cas où tu t’en interrogerai, non ça ne paie pas tes dettes, c’est juste un bonus que tu m’offres aimablement pour t’avoir mise sur une route que tu n’aurai jamais trouvé seule.»

En ce qui concernait l’âge cela se voyait parfaitement, mais elle ne souleva pas les propos. Elle avait été surprise. Cet objet était un concentré sublime de magie tel qu’elle n’en avait jamais vu. Elle n’avait pas envie de le transporter où que ce soit. L’aura de la relique avait lessivé son ambition, la ramenant à n’être qu’une créature significativement faible. Elle avait parlé mais sa voix lui était apparut comme fluette et lointaine, elle se sentait plongée dans un univers noir et désolé. Et elle n’avait fais que le voir. Poser son regard sur sa beauté. Interdit. C’était interdit. Le magnifique avait brûlé sa pupille pour graver un sillon enflammé dans son cœur. Elle voulait l’observer autant que s’en tenir éloignée. Une fois encore seulement, voir les reflets d’argent sur le diamant bleuté, jetant des éclairs diaboliques aux yeux des fous. S’il fallait être folle pour l’admirer, ne la laisserait-on pas l’être? Ses mains se refermèrent sur le coffret, laissant vibrer son âme envieuse.

«Bien. J'irai.»




Le bateau avait été affrété dans les deux jours suivants et avait levé l’ancre au matin du troisième jour. L’elfe avait confié son étalon au soin d’amis de Zael, payant bien plus que nécessaire de quoi le garder pendant de longs mois dans leur pâturage en dehors de la ville. Au delà, ils pourraient considérer la magnifique bête comme leur, au cas où elle ne reviendrait pas. Un vide la rongea de l’intérieur, elle espérait rentrer rapidement pour le récupérer mais l’empire infernal n’était pas un lieu où elle voulait le mener par crainte de l’y perdre. En échange et bien qu’il y fut perdante, elle trouverait directement une monture à Port Abysse.

Il fallut trois longues semaines pour parvenir au lieu prévu. Trois semaines qui se déroulèrent fort heureusement sans encombres ni mauvaises rencontres et la durée lui permis de fouiller les tréfonds de sa mémoire à la recherche de ce nom qui évoquait quelque chose en elle, en vain, pour le moment. Dès son arrivée, elle se fit indiquer la taverne la plus fréquentée de la ville. C’était sans doute le lieu où elle avait le plus de chance d’obtenir des informations sur la personne recherchée et c’était ce que Zael lui avait conseillé de faire. Poussant la porte, l’air tiède vint caresser son visage tandis que les odeurs d’alcool imprégnaient ses narines. De l’entrée surélevée par trois marches elle jouissait d’une vision sans entrave de la salle. Elle n’en profita toutefois que quelques secondes, ne tenant pas à se faire remarquer plus que nécessaire. Se glissant à une chaise libre au comptoir, elle fit glisser la capuche de sa cape en arrière, ses longs cheveux dissimulant ses oreilles pointues en partie puis elle héla le tenancier.

« Un hydromel, je vous pries et si vous n’avez pas, une bière ira.»

Chassant son air contrit et son ton d’une froide neutralité pour ce soir, elle se voulut chaleureuse et poursuivit dans un faux sourire aux allures pourtant sincère:

« J’abuse sans doute de votre amabilité mais je cherche un homme que vous connaissez peut-être... Un certains Ron Berku, sauriez-vous m’en parler?»

Elle avait suffisamment élevé la voix pour être entendu par les personnes autours sans que cela ne paraisse volontaire. Elle n’avait plus qu’à espérer que le mage de Port Écume eut raison sur la simplicité de la chose. Distraitement, ses pensées s’égarèrent une énième fois vers l’objet transporté. Maintenant qu’elle était sur le point de le rendre, elle avait plus que jamais l’envie de le garder, même ainsi, inaccessible.

_________________
Attendant la faucheuse au détour d'un chemin,
J'avance en mémoire de ceux qui par ma lame ont péri.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mar 24 Avr - 21:57

L’orage étendait ses branches fourchues et limpides, parvenant presque à effleurer les frondaisons. Fraction étincelante. Les grondements véhiculaient irascibilités aux cumulus étendant leurs ombres sur les plaines d’Eméodia. Eclat coruscant.
L’acier crissait à son propre contact, jouant parfois d’un son salvateur, destructeur, déchirant les fibres et recouvrant le silence d’un répit laconique, pour s’animer encore un peu, retentissant sa note tumultueuse.

La terre s’affaissait sous la masse des titans, s’éteignant dans les clappements et plaintes des êtres carnassiers. La faucheuse balayait les plaines battues, étouffant la ferveur, appliquant son inertie.

Les maîtres s’animaient d’une dernière danse métallique, psalmodiant leurs derniers cris d’honneur, l’immortalisant dans le sang.
L’astre répandait sa grandeur, filtrant l’obscurité pour recueillir ses enfants d’une ultime étreinte, d’un dernier baisé.


***

Mon souffle piochait la fraîcheur vespérale, provoqué par la hantise du songe qui ne cessait de me poursuivre. Les percussions tapaient ma poitrine, timbales frénétiques m’inhibant tout répit. Mes mains soutenaient ma toison perlant de sueur, schéma que trop souvent répété de la belligérance, consumant mes nuits. L’harassement s’en suivait, puis le déni. Je ne pouvais plus reculer, j’allais de l’avant. C’était le but que je m’étais fixé et pourtant… Le passé revenait me hanter, m’harceler pour m’abandonner aux remords, au chagrin, dans une désobligeance que je ne pouvais plus étayer. L’animosité avait prit le pas sur la rancœur, m’aspirant à l’obscurité, la vengeance.

Murant ce que je considérais de drastique, de part l’envie meurtrière qui m’échauffait les veines dans un recoin scellé de mon esprit, j’abandonnais mon bivouac pour apprêter ma monture. Celle-ci me guida jusqu’aux collines vallonnées de la gorge impérieuse, se situant à douze lieues de la demeure du Forgeron légendaire. Situation ironique pensais-je lorsque j’analysais tout le cheminement parcouru dans l’unique but de le rencontrer. J’avais foulé toute la plaine, remontant jusqu’à Blanche pour finalement apprendre que mon mentor était simplement retourner au bercail. Un véritable retour à la case départ et surtout, une considérable perte de temps, d’énergies. D’un autre côté, je ne pus que sourire aux souvenances d’une rencontre, qui vint balayer ma torpeur pour me regorger d’un enthousiasme naissant. Idriale Êlenaur, elle avait toujours su comment activer ma valve d’émotions, de fougues et d’ardeur. Bien que j’en garde le croustillant d’une rancœur partagée, cette opinion recelait d’un autre ressenti. Un ressenti que j’avais préféré taire, pour ne point blesser mon amour propre, mon orgueil.
Seulement, elle était comme le feu sur le bois, capable d’éveiller mes sens tout en me consumant, de me ramener à la vie pour ensuite me nuire.

Avec elle, je ne savais jamais sur quel pied danser, j’ignorais comment réagir, seul l’instinct primait. Mais les blessures d’antan étaient gravées à jamais, elle n’était pas partie sans me laisser de séquelles, je lui en voulais tout comme elle m’en voulait. Une spirale qui ne prendrait fin que par la mort et c’est ce que nous avions tenté d’entreprendre. Pourtant, le destin c’était encore acharné, nous empêchant d’en finir une bonne fois pour toute. J’ignorais quand je la reverrais, mais que ce soit dans un mois, un an, une décennie, cette histoire connaitrait une conclusion. Elle se finirait certainement dans le sang, car après tout, n’était-ce pas adapté à ce que nous étions ? des lycans…

Je taisais mes pensées, réitéré par l’inspiration que me pourvoyait la vengeance. Bientôt, j’atteindrais la demeure de Ron qui sera certainement en mesure de me léguer une solution. Privé de Faucheuse depuis déjà de nombreuses années, cette Lame Noire aurait pu changer la tournure de la guerre, au lieu de quoi, mon clan fut décimé. Je demanderais alors au forgeron de me fabriquer une nouvelle lame que j’apprendrais à canaliser pour déferler ma colère. Les Narkanns subiraient mon courroux, je les plongerais dans la mort, tous, jusqu’au dernier.

Les obstacles déchiquetés par mon affront contre Vamp demeurait encore sur les lieux. Délabrés par le temps, la mousse maculait leurs bois. Ce n’était plus qu’un cimetière de souvenirs dont les spectres me ramenaient en arrière. C’était il y avait si longtemps, je n’en conservais qu’une vague impression. La cascade en revanche, avait conservée sa splendeur, elle plongeait ses racines dans le lit aqueux en contrebas, me récidivant une vague de nostalgie. Tout était si beau autrefois.. Les promesses d’avenir, la perspective du bonheur, valeurs évanescence, tues et ce depuis longtemps. Je me rappelais encore les rires autour du feu, les disputes amicales, les premiers défis, tous ça n’étaient plus qu’illusion. Mon destin ne rimait en rien à ces promesses effacées, je n’étais plus qu’une ombre dans l’obscurité, foisonnant de haine et de rancœur.

Mon regard se perdait dans l’impulsion des eaux… qu’était-je réellement ? un loup solitaire ? Un guerrier issu des ténèbres ? un vétéran de la guerre ? où le catalyseur antipodique d’une prophétie… ? Je l’ignorais mais Ron pourrait sans doute me mettre sur la voie.

-Tu es finalement revenu… l’amertume imprégnait son ton. Je fermais les paupières, un apaisement ranimait mon cœur, une sensation que je n’avais plus ressenti depuis des années. J’étais revenu, dans mon foyer, ma seule famille.

-Ron… le son de ma voix paraissait brisé, c’était comme si je pouvais déverser tout le chagrin contenu au cours de mon emprisonnement, de mes souffrances, je retrouvais mon père, l’unique pour ce qu’il était vraiment. Les larmes coulèrent sur mon visage, je n’étais pris d’aucune convulsion, d’aucun bruit, juste de larmes, parvenant enfin à les déverser. Elles contenaient mes souffrances, le deuil que je n’avais pu accepter.
Je ne découvrais pas encore les traits de mon vieux mentor, contemplant encore la rivière où vinrent s’ajouter les perles du reniement. Cependant, il avait compris, car il s’avança, sa main se pressant contre mon épaule. Je ne voulais pas lui infliger ça, mais je ne contenais plus cette émotion qui reprenait vie, après ces années d’inerties, à ne plus rien ressentir.

-Tu as fais de ton mieux… J’en suis sûr. Me consolait Ron, toujours au courant de tous « Mais tu as grandi Cronose… Sache-le… J’ai été mis au courant pour tes exploits, tu as fais honneur au clan, ne soit pas rongé de remords, ce n’est pas à toi que reviens le fardeau des lycans. »

Il tentait de faire au mieux et intérieurement, je l’en remerciais. Cependant, je le savais, le fardeau pesait bel et bien sur mes épaules, j’étais le dernier concerné, le dernier roi meute des clans alliés. J’obtiendrais raison de l’ennemi, promesse qui m’incombait.
La rage qui grouillait dans mes veines reprit rapidement le dessus et la mélancolie s’échappa, tel un mirage, ne laissant plus qu’une plénière indifférence, trompant la noirceur de mon âme, qui patientait son heure. Finalement, les larmes n’avaient eu qu’une faible durée, je ne serais soulagé qu’après l’accomplissement de cette vengeance, qui s’abattrait dans une averse sanglante.

Ron paraissait intrigué par ma présence, il n’était plus capable de lire sur mes lèvres où de sonder mon esprit, je n’étais plus le jeune lycanthrope insouciant d’autrefois. J’analysais les yeux fascinant du drushii, il me défia du regard et pendant un instant, je crû que nous allions en venir aux armes.

-Tu as donc emprunter cette direction… devina-t-il, le ton étonnamment grave.

Je détournais les yeux contemplant la montagne et ses alentours. Les bras croisés, j’inspirais lentement. « On peut dire ça… de toute façon, ça n’a aucune importance…

Il ne prit guère la peine de me sermonner, ce n’était plus son rôle et Ron n’avait jamais tranché entre le bien et le mal, il se situait lui-même entre les deux…

-Bien.. J’imagine que ta présence ne se limite pas à un passage de routine ? Tu réapparais après tant d’années, tu as sans doute quelque-chose à me demander…

Je le regardais du coin de l’œil avant de lui soumettre ma volonté.

-J’ai besoin d’une Lame Noire…

Il soupira, réellement embêté d’apprendre que j’avais perdu mon épée mais pire encore, qu’il se voyait encore contraint de forger ces lames qui lui consacrait un temps considérable et le privait d’une conséquente somme d’énergies.

-Encore une fois, je suppose que tu as tes raisons ? il me consulta du regard demeurant insondable. « Bien… j’accepte puisque c’est toi, mais à une condition… raconte-moi comment tu l’as perdue et à vrai dire, raconte moi tout ce qui s’est passé. Je ne sais plus vraiment qui tu es et c’est indispensable pour forger une Lame Noire, pour que l’alliage s’adapte à ta personnalité, pour qu’elle s’imprègne de ton ressentiment… »

Je ne pensais pas devoir lui fournir autant. Je n’avais point l’envie de lui raconter mes mésaventures, j’avais tant parcouru que je ne savais même pas par où commencer. Il y avait tant à dire et à dissimuler tant de choses à se rappeler et à oublier…
Je commençais mon récit autour du feu sous la clairière où nous passions nos soirées à tergiverser des heures durant. L’ambiance nostalgique me permis de m’ouvrir un peu, de lui fournir mon histoire, tout du moins les grandes lignes, celles qui demeuraient à jamais gravées et scellée dans ma mémoire.



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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Sam 28 Avr - 13:44

Le tavernier était un grand homme barbu d’une cinquantaine d’année. La peau brunit par le soleil -peut-être n’avait-il pas toujours tenu ce rôle- était ornée de dizaines de ridules due aussi bien à l’âge qu’à l’expression. Malgré des traits sévères il affichait un air jovial et ce fut bien cordialement qu’il lui déposa une pinte, s’excusant de ne pas avoir l’autre chose. Du miruvor, aurait-elle rétorqué en temps normal. Ce n’est pas compliqué tout de même, c’est d’ailleurs une boisson fort simple à faire, plus que votre bière imbuvable, manquant cruellement de raffinement. Il est dommageable pour votre établissement que vous n’en ayez point. Cependant nous n’étions pas en «temps normal», elle se contenta donc de le remercier en posant sur lui son regard inquisiteur. Prenant le temps de vérifier que personne ne nécessitait ses services dans l’immédiat, il se pencha vers elle, chuchotant, lui intimant de regarder au fond droit de la salle.

« Vous voyez l’homme assis à la table là bas? Celui aux cheveux blancs? Son nom c’est Kleyd, vous devriez lui demander.»

Il lui adressa un clin d’œil qu’elle ne comprit pas vraiment puis s’en retourna vers d’autres clients. Sa pinte qu’elle ne boirait sûrement pas en main, elle se déplaça jusqu’à la personne montrée. Le jaugeant d’un regard discret tout d’abord, elle se surprit à le voir relever la tête, sentant sûrement le regard de la dame posé sur lui. Ses yeux bleus la firent sensiblement hésiter. Devait-elle faire semblant de ne l’avoir pas regardé? Elle rit intérieurement, n’importe quoi. Un sourire charmant au bord des lèvres elle acheva les trois pas qui la conduisirent à moins d’un mètre de celui qui semblait être un humain. Une cicatrice zébrait son visage, comment l’avait-il obtenu, serait sans doute l’une des nombreuses questions futiles passant dans l’esprit de l’elfe qui ne trouverait pas de réponse. Enfer-Noir ancrée dans son fourreau ébène sifflait le son silencieux d’une menace endormie tandis que la posture de sa détentrice assurait presque une impression de sécurité. Il n’y avait rien à craindre d’elle et puis n’avait-elle pas les mains prises avec sa boisson? Paisiblement, elle demanda:

« Puis-je me permettre de partager votre table?»

Et sans attendre de réponse, se glissa sur une chaise libre à côté d’un autre inconnu. Elle n’avait jamais essuyé de refus sur cette question et se risquait donc à ne plus en attendre la réponse à présent. Elle posa l’encombrante pinte sur la table sans en verser une goutte malgré le liquide chancelant et ses doigts glissèrent le long du récipient avec lenteur pour finir sur le bois qu’elle tapota d’un coup d’ongle machinalement contrôlé. Visiblement les autres n’étaient pas décidés à prendre la parole en premier, chose inhabituelle, bien qu’ils la regardèrent sans animosité. Elle laissa passer les secondes comme si la situation était des plus banales et elle hésitait à parler devant la seconde personne. Se fut l’air interrogateur prenant place sur leurs visages qui la décida finalement:

« L’aimable tavernier, suite à une question, m’a dirigé vers vous. Kleyd, si j’ai bien entendu? Je me nomme Idriale.»

Nouveau tapotement de doigt énervant, mais les yeux de l’elfe ne quittaient pas celui de l’homme qui acquiesça du chef. Ce qu’elle lui voulait? Elle le lui exposa de façon la plus brève possible. Trouver celui qu’on nommait Ron Berku. Qui elle était ? L’amie d’un de ses amis, bien que ce ne fut pas réellement vrai. Ce qu’elle voulait? Là nous rentrions dans le cadre du privé, elle voulait plus d’une chose mais ne parla ni de ses ambitions personnelle, ni de l’objet précieux qu’elle transportait. Elle ignorait tout de ces gens et leur faire confiance n’était strictement pas dans ses plans. Ne pouvait-ils pas se contenter de lui indiquer sa route ? Voilà qui serait plus simple. Ne souhaitant guère s'attarder en l'auberge, elle insista :

« Le trouver est vraiment important pour moi. Le fait que vous le connaissiez me ferait gagner un temps précieux. »

Elle porta sa choppe jusqu'à ses lèvres bien qu'elle ne fit que les tremper dans un semblant d'intérêt. Elle serait vraiment embêtée d'avoir à employer la menace pour obtenir ce qu'elle voulait. Une fois de plus elle ne voulait pas se faire remarquer, voilà qui étant lassant. Son regard s'oublia dans une analyse plus détaillé des lieux. Joueurs de cartes, ivrognes, voyageurs affamés, conteurs, les rires fusaient autours d'elle comme un son étranger. Entendre ce bruit déclenchait toujours en elle un sentiment de malaise. Le bonheur ainsi crié la dérangeait comme un indésirable enfoui, qui grattait, grattait, grattait jusqu'à percer une ouverture pour l'irritante mélancolie. Elle grimaça.

« Bon, je vous y conduirai en ce cas ! »

L'y conduire ? Elle ne voulait pas qu'on l'y amène, juste qu'on lui indique comment s'y rendre. Elle tenta de s'esquiver sur ce point mais rien à faire, visiblement elle venait de trouver un guide. Elle l'en remercia tout de même, résignée à supporter la présence d'individus l'espace de quelques heures. Cela ne la tuerait pas, elle l'espérait. Elle les laissa finir leurs verres, précisant qu'elle ne terminerait pas le sien puis ils se mirent en route. Les deux parlaient un peu trop à son goût mais elle se prit au jeu, répondant à quelques questions tout en restant évasive. Un peu de compagnie n'était pas si désagréable finalement. Le temps passait peut-être plus vite que lorsqu'elle voyageait seule et surtout, cela lui permettait de ne pas trop penser au reste. A oublier la présence de ce qu'elle transportait, l'enjeu du voyage, ses confits intérieurs. Elle alla même jusqu'à lâcher un petit rire discret après avoir hésité entre l'amusement et le dépit lorsqu'elle vit l'humain aux cheveux blancs s'étaler au sol alors qu'en voulant descendre de cheval son pied était resté coincé dans l'étrier pendant que sa monture reprenait le pas. Par bonheur il se n'en était pas vexé et ils avaient poursuivis leur avancée jusqu'à ce que parvienne à leurs oreilles, le son d'une cascade.

« Nous y sommes presque. Attendez ici je vais voir où il peut se cacher !»

Idriale et l'inconnu dont elle ignorait toujours le nom attendirent en silence. Il n'avait l'air de parler que si on le sollicitait et elle n'était pas de celles qui le ferait. L'absence de bruit n'avait rien de gênant pour elle, ça ne lui pesait pas contrairement à d'autre, elle s'en accoutumait avec plaisir. Kleyd ne mit guère de temps à revenir.

« Il y a un feu à peine plus loin, il doit être là bas. Allons-y.»

Sur ces dernières minutes de trajet, l'elfe sentit revenir son malaise. Juchée sur le cheval gris qu'elle avait emprunté en ville elle distinguait deux silhouette, l'une d'elle étant censé être Ron Berku. L'humain passa devant la guerrière pour certifier son identité auprès de celui qu'il avait qualifié d'ami mais Idriale quand à elle tira soudainement sur les rênes de l'animal, figée. Elle ne ferait pas un pas de plus en cette direction. Il était là, encore. Comme une ombre au tableau, comme une épine sous sa peau. Gênante, énervante, irritante, indésirable. Un mal dont il fallait se débarrasser. A tout prix ? Elle l'ignorait, violent assaut. Pourquoi la simple vue de cet homme lui provoquait-elle toujours des réactions démesurées ? Quel pouvoir avait-il pour faire d'elle ce fragile pantin émotionnel? Elle détestait tellement se sentir ainsi. Se pouvait-il que Zael l'eut envoyé en connaissance de cause ? Il savait tellement de chose sans qu'elle ait pu deviner comment il s'appropriait ces informations. Elle ne pouvait pas y aller mais elle ne partirait pas non plus. Elle n'était guère autorisée à faire un pas vers Cronose, pas plus qu'elle n'était capable de reculer d'un demi. Encore une fois, elle était simplement coincée et il allait le savoir si elle restait ainsi. Et se risqua à dévier son regard sur le forgeron. Un elfe noir ? Etait-ce sérieux ? Pourquoi personne n'avait mentionné ce détail ? Là encore, il s'agissait d'une blague douteuse. Une plaisanterie de mauvais goût qui la conforta dans la triste idée qu'elle était venue pour rien. Ne l'attendait ici ni son futur, ni l'absolution, uniquement la souffrance, encore et encore. Elle ne pouvait s'y résoudre. Pas cette fois. Ses yeux revinrent scruter le lycanthrope tandis qu'elle se saisissait du coffret de bois dans sa main gauche et d'Enfer-Noir dans la droite. Pression sur les flancs de l'animal, qui avança pour elle. Elle n'aurait pas été capable de faire ces pas elle même mais lui, inconscient du danger dans lequel il se jetait ne voyait là que le fait de rejoindre la monture de Kleyd, son compagnon d'écurie. La bête contourna le feu et s'immobilisa de nouveau à quelques centimètres seulement du drushii. Les yeux de l'elfe flamboyaient glacialement aussi sûrement que le faisait les flammes de façon incandescente. Ce temps perdu, envolé vers l'ombre, elle ne le récupérerait pas. Personne n'était capable de remonter le temps à sa connaissance. Sans détourner son attention de son ancien amant elle lâcha d'une voix tranchante bien qu'encore respectueuse:

« Le mage répondant au nom de Zael m'envoie. Il souhaitait rendre ceci, au dénommé Ron Berku. »


Contenant ses pulsions pour que rien ne paraisse dans sa gestuelle, elle tendit la boîte vers l'elfe noir, puis la clé allant avec elle. En le regardant, elle aurait pu passer outre son ethnie. Parce que ses yeux mordorés venaient de lui rappeler pourquoi ce nom lui était familier. Parce qu'ils lui évoquaient des souvenirs passés, si ancien qu'ils lui paraissaient appartenir à une autre vie et leur plaie s'était refermée aisément au profit d'un autre qui en avait créer de plus nombreuses et plus béantes. Que ce passé reste où il était, elle ne le regrettait pas, il ne lui manquait pas, il n'influençait pas son choix mais jamais ô grand jamais elle ne présenterai quelques requêtes que ce soit en présence du lycan. Le forgeron connaissait Cronose et cela aurait du suffire à la faire bêtement changer d'avis mais elle entendait déjà le sorcier de Port Écume lui souligner qu'elle avait abandonné sans essayer. Elle trouverait quelqu'un d'autre, un autre moyen. Elle obtiendrait une solution à son problème, quand bien même celui-ci ne se trouvait-il qu'à une poignée de seconde de la rattraper. Alors Zael, tu ne te moquera pas n'est ce pas ? Bien sûr que si il le ferait et cela serait sûrement plus énervant encore que cette situation. Elle serait prise au piège dans son orgueil quelque soit l'option qu'elle adopterait. Le choix ne se portait donc que sur une question : Souffrirait-elle cela maintenant ou attendrait-elle encore ?
« Cependant, j'étais venue dans un autre but, Zael m'ayant informé que vous auriez été en mesure de m'aider avec la magie que je contrôle. »
Un regard appuyé sur Cronose, un sourire hautain. « Mais bien entendu, les circonstances font que cela ne doit plus faire partie de mes projets. »

Elle venait volontairement de détruire toute ses chances, ses propos tranchant plus rapidement que ses pensées. Elle reculait l'échéance, encore.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mar 1 Mai - 12:10

Le passé. Il ravivait la candeur de mes erreurs, charriant la surface noueuse de mes chroniques. Ces conceptions, d’un présent contingent aux promesses bafouées, me plongeaient dans une caducité maussade.

Ron m’avait écouté en silence, lorgnant les éclats safranés, projetant nos ombres sur les écorces d'abiétacées. Narrant le strict nécessaire, j’en convins à déplorer la redondance de mes propos. Je ne cessais de penser à elle, tel un mal incurable. N’était-ce le fruit que de notre dernière rencontre, qui me ramenait une horde de souvenirs ou bien avait-elle encore de l’importance pour moi ? La deuxième option semblait de mise, puisqu'elle vagabondait, cheminant jusqu’à la surface pour m’étreindre de son image, insatiable ronce noire au poison d’épines.

-Je vois… c’est regrettable que tu ais perdu ton épée dans ces houleuses circonstances. » Repentait Ron, avant d’affirmer sa réflexion. « Tu n’as donc aucune piste pour la récupérer, à considérer qu’elle ne soit pas tombée dans le grand vide… »

Gêné par la perte de Faucheuse, je dus reconnaître le tort causé au maître drushii, car il avait perdu près d’un an à forger cet ouvrage unique. De plus, la magie alimenter par l’alliage animait l’épée d’une certaine forme de vie, nous concrétant d’une circonspection ineffable. Cependant, après une minute de silence, il accepta en approuvant du chef, démontrant par la même occasion, que je récupérais mes quartiers.
Reconnaissant, je lui concédais une relique que j’avais découvert dans un temple maudit, permettant d’animer des corps défunts.. Nous en vînmes à bavarder de choses et d’autres, reprenant le quotidien de nos tempéraments, demeurant discret et sommant de retenue. Toutefois et malgré mon respect pour le forgeron, je lui recelais mes sombres pulsions dont mon accablante soif de vengeance. Détail que je lui attribuerais au moment venu.

Nous poursuivîmes nos confabulations, lorsque Ron se rembrunit, avant de tendre l’oreille. Penaud, je pus constater sa main expirer sous ses affublements bariolés de pourpre nébuleux. « qui à t’-il ? » lui requiers-je, mais avant même qu’il n’ait pu me répondre, je pus flairer la présence de deux individus, soutenant mon attention pour finalement reconnaître des bruits de sabots. Au loin se tenaient deux silhouettes, et en dépit de mes capacités à scruter la pénombre, je ne pus les identifier dans le détail. Il me semblait juste différencier une femme d’un homme mais ce n’était pas une certitude.

Les secondes s’écoulèrent, perlant les grains séculaires du sablier sempiternel. Puis dans une retenue modérée, la silhouette féminine s’élança aboutant la marche de son comparse. Elle demeura figé un instant, une durée intemporelle, nous scellant dans la complaisance de notre désarroi.

Idriale…

Litige de sensations brûlantes à la démesure de nos conjonctures envenimées. Les émotions m’étreignaient par brides, m'alléguant du trouble manifeste délivré par son assiduité. Un pas, suivit d’un autre, l’enveloppe instinctive qui la surplombait, nous persiflait à corrompre la distance. L’adynamie me peinait à déglutir, me nouant les entrailles d’une faim insatiable. L’envie d’effleurer son visage d’une baffe salvatrice, s’altérait au désir de lui priser ses lèvres.

Ma louve rebelle…

Mon flot de pensées rétrospectif s'épuisa au contact glacé et insipide de son détachement. L’indolence de ses propos brisa les chaînons de notre ligature, nous confrontant à une réalité privée d’ancrage.

-« Le mage répondant au nom de Zael m'envoie. Il souhaitait rendre ceci, au dénommé Ron Berku. »

Inspectant les biens en silence, Ron dispensait sa finesse, apposant sa quiétude d’une caresse impassible sur la surface du bois. Il redressa la nuque pour fouiller du regard la jeune femme, marquant l’absence de propos par sa gestique atermoyée.

-« Cependant, j'étais venue dans un autre but, Zael m'ayant informé que vous auriez été en mesure de m'aider avec la magie que je contrôle. » les déesses d’émeraude agrippaient l’éclat métallique de mes iris séléniennes, fulminant mon corps d’une secousse éphémère. « Mais bien entendu, les circonstances font que cela ne doit plus faire partie de mes projets. »

Empoisonnée, elle me rongeait les tripes, me déliant d’une colère noire, d’une pureté vipérine et insalubre. Les jointures vibraient sous la saillies de mes phalanges inflexibles, d’une virulente poigne envahie de reproches et d’incertitudes. Mes dents s’unissaient vivement, écorchant la commissure de mes lèvres dans un filet rouge, chatoyant. Ron mit une trêve à mes émotions fauchées par l’invective de son arrogance. Il s’était redressé, témoignant ses remerciements courtois, suivit par sa déclaration sèche et rectiligne.

-Loin de moi l’idée de vous juger mais… vous abandonnez avant même d’essayer… n’est-ce pas la une preuve que vous manquez d’ambitions ? » il grava ses yeux mordorés dans les prunelles félines de la jeune femme. Mais cassant le trouble et la froideur de ses propos il reprit. « De toute façon, je ne peux rien faire pour vous. Je ne dispense plus mes enseignements, qu’importe le prix, qu’importe la personne et même si vous étiez ma fille, je resterais intraitable sur le sujet. »

Il contourna la jeune femme, reportant son attention sur Kleyd qu’il salua d’un tour de bras. L’abandonnant à ma seule présence, éveillant de nouveau mes pulsions sanguinaires. Soutenant la grâce de ses yeux, je marquais à l’indélébile leurs profondeurs, alimenter du même feu effréné. Ne supportant plus cette adversité, je me redressais pour rejoindre l’antre du forgeron. Il me fallait un verre, un moment de solitude pour réprimer ma confusion, l’éclaircir et me fournir une solution.

Dépassant d’un coude la chimère de mes songes, mes pas s’étouffèrent dans un murmure de gravillons. La rémanence de son attractivité, le magnétisme de son corps suave, la prestance de son audace, cette fusion intense de réactions m'immisçait de plusieurs convoitises inassouvies. Je désirais autant la brûler par la morsure de l’acier que par celle de mes lèvres. Troublé par sa présence, je laissais les mots prendre le pas sur la raison.

-« Retrouve-moi près de la cascade dans une heure... Nous allons conclure cette histoire, une bonne fois pour toute…»

Ne souhaitant aucune réponse de sa part, je poursuivais ma marche en silence. Les mains dans les poches, dissimulant le trouble qui les animait de plusieurs battements frénétiques.
Tout prendrait donc fin cette nuit, j’en avais décidé comme suit. Pourtant, en dépit de mes faux semblants dédaigneux, je ne me sentais pas capable de lui porter ce dernier coup, de mettre un terme à notre histoire et de laver nos différents dans le sang et l’oubli…
La solitude accablante déposa son étreinte glaciale sur mes épaules, m’imprégnant de son dernier souffle d’agonie… Ma louve rebelle… flammèche dansante et vacillante, lueur diffuse et incertaine aux atours salvateurs et corruptibles…
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Lun 7 Mai - 22:56

[ « La cruauté est le remède de l'orgueil blessé. » Friedrich Nietzsche]



-Loin de moi l’idée de vous juger mais… vous abandonnez avant même d’essayer… n’est-ce pas la une preuve que vous manquez d’ambitions ?

L'ambition. Elle en avait eu et en avait toujours sans quoi elle ne serait pas ici. Elle n'aurait pas abandonné son unique compagnon de voyage, elle n'aurait pas supporté la lourdeur des marins et la houle des flots qu'elle détestait. Si elle n'en avait pas eu elle serait soit morte pour suivre feu ses parents soit à l'abri dans une forêt coupée du monde extérieur. Et peut-être que ça aurait été mieux mais ce n'était pas le cas alors non, le problème ne se situait définitivement pas là. Son orgueil surpassait juste sa volonté et c'était hélas bien différent. Il n'était non plus guère question d'abandon, il était question de Cronose et il s'agissait là d'une chose bien pire. Tout l'était lorsqu'il était aux alentours de toute façon. Il n'avait pas provoqué de mieux depuis bien longtemps et même si elle lui reconnaissait encore le fait qu'à ses côtés nombreuses choses avaient été plus agréable qu'avec un autre, ça avait été dans tout les cas si court que c'en fut pire au final. Nous y revenions toujours, parce que tout était intensifié, décuplé d'une façon si violente que ça en devenait risible, tellement risible qu'elle en sourit elle même. L'esquisse aurait pu paraître comme simple politesse pour qui ne la connaissait pas mais elle savait que l'autre comprendrait ce qu'elle exprimait. L'ironie, encore et encore.

« Retrouve-moi près de la cascade dans une heure... Nous allons conclure cette histoire, une bonne fois pour toute…»

Elle n'en démordit pas, de son air détaché qui se moquait de monde. Elle fit face encore comme si les semaines écoulées depuis leur dernière rencontre lui avait permis de prendre assez de recul pour agir ainsi. Mais ce n’était rien de plus qu’une illusion, une toile peinte masquant sa propre réalité, un futile essai pour se faire autre car elle était inquiète. Inquiète d’une conclusion. Il était impossible dans l'instant d'en imaginer une qui satisferait aux outrageantes exigences de l'elfe et elle était certaine que celle proposée par le lycanthrope ne lui conviendrait guère. Ils tourneraient encore en rond, comme ils le faisaient depuis tellement de temps. Contenant un soupir, elle fit pivoter sa monture dans une direction opposée, remerciant Kleyd une dernière fois pour son escorte et saluant le forgeron d'un signe de tête, entreprit de lui répondre :

« Vous disiez ne pas vouloir juger. Quand bien même l'envie vous aurait prise, vous ne disposez d'aucun élément vous permettant de le faire. Je transmettrais vos silencieuses salutations à Zael lorsque je le reverrai. »

Elle nécessitait sa part de solitude également. Avoir de la compagnie n'avait pas été totalement désagréable mais elle peinait trop à se contenir pour en supporter d'avantage. Elle doutait même de se rendre au lieu donné. Pour quoi faire? S’entre tuer à nouveau ? Se blesser toujours d'avantage ? Se voir et se perdre encore et encore ? Elle avait donné sur la douleur, elle n'avait pas envie de se battre alors à quoi bon ? Ce n'était qu'une curiosité morbide, une crainte de se demander chaque jour ce qu'il se serait passé si elle y était allé, crainte qu'elle n'aurait pas après coup car elle n'avait que très rarement regretté un acte. Elle se questionnait plus sur les choses manquées que faites. Descendant de cheval elle lui ôta son filet afin qu'il puisse paître tranquillement et marcha. Vers nulle part, peu importait sa direction à présent. Il la voulait dans une heure, bien. Elle irait, mais il patienterait un peu. Elle n'était pas un chien que l'on convoquait à sa guise et prolonger l'attente atténuerait cette impression d'obéissance. Ce n'était que pour le contredire sur l'un des deux points de sa phrase. Il voulait en finir, en seraient-ils capable cette fois ? Elle était venue pour ça mais se retrouvait au même point. Elle avait beau avoir traversé la moitié de Celeste elle n'en avait pas pour autant fait le moindre pas en avant. Elle était aux prises avec l’ironie du monde, retenue dans un bourbier d’amertume et enchaînée par des désirs contradictoire. Elle avait terriblement besoin de s'occuper l'esprit, ne pas trop réfléchir avant de le retrouver mais ce fut tâche vaine et c'est la tête embrumée par des pensées conflictuelles qu'elle reprit la direction de la cascade. Elle savait avoir traîné suffisamment pour presque doubler l'heure donnée et elle souhaita au fond d'elle qu'il n'eut pas attendu.

Son espoir fut réduit au néant lorsqu'elle le vit, debout, au lieu indiqué. Tout reprenait, ces sensations encore, son cœur qui battait trop fort cognant contre ses tempes et lui servant l'illusion qu'elle pouvait s'écrouler d'un instant à l'autre, tant la sensation était trompeuse. Tout son être la brûlait, non pas comme l'aurait fait les flammes mais comme le faisait la morsure de la glace qu'elle invoquait. Elle aurait dû s'y attendre, ce n'était pas la première fois et pourtant cela venait toujours avec douleur et tromperie, sournoisement, la prenant par surprise, emportant sa raison là où elle peinait à la suivre. Elle savait, mais elle ne pouvait s’y habituer. Après tant d’année il provoquait toujours autant en elle.

« Ce n’était pas pour toi que j’étais en ces lieux mais il semblerait qu’un quelconque destin s’acharne à nous placer sur les même route. »

Elle balaya les alentours d’un regard bref. Avait-il réfléchis que la cascade n’était peut-être pas le meilleur endroit pour en découdre ? La présence de l’eau offrirait à l’elfe un avantage important si elle devait user de sa magie mais pour le moment c’est au pendentif sur son cou que sa main trouva refuge, l’espace d’une seconde, une seule. Elle aurait pu laisser le bijou l’entraîner dans la valse de ses souvenirs, elle n’aurait eu qu’à fermer les yeux pour s’y lover mais elle n’en avait pas le droit. Elle ne l’avait jamais eu, elle ne se l’était jamais accordé. Il était devant elle ce passé qu’elle aurait voulu visiter ; il se tenait droit, si fier, trop même et pourtant, projeté ainsi elle ne voulait penser qu’à sa destruction. Non, elle ne supportait pas de voir ce fantôme rire d’elle par sa seule présence... Tout paraissait plus simple avant, et ce même si elle savait que ça n’avait jamais été le cas et que ce n’était là encore qu’un semblant de vérité déformé par l’usure du temps.

« Je ne parviens pas à me souvenir du dernier rendez-vous que tu m'as donné... c'était il y a longtemps et pour des motifs différents. Mais maintenant, que veux-tu Cronose? »

Et elle, que voulait-elle ? Qu’espérait-elle donc encore pour se tenir ici ? Ne retenait-elle jamais les leçons données ? Son orgueil n’apprenait-il jamais pour se préserver lui-même ? Et eux, ne souhaitaient-ils donc que la mort l’un de l’autre sans en être capable ? Étaient-ils condamnés à jouer la même histoire encore et encore ? Réminiscence aux tenants tantôt oniriques tantôt réaliste, il était partout, à sa vue, à ses pensées… Elle ne pouvait s’en défaire, elle restait simplement là, silencieuse à nouveau, attendant une réponse qui peut-être ne viendrait jamais, attendant une réplique qui la ferait sourire ou qui viendrait la meurtrir, espérant et redoutant une attaque qui pousserait leurs corps dans une mortelle étreinte. Ça n’avait pas d’importance ce qui s’éveillerait, car peu importait quoi, il provoquait toujours une émotion en elle. Il avait ce pouvoir que les autres n’avaient pas de lui faire ressentir les choses d’une manière tellement démesurée qu’elle ne pouvait plus les repousser qu’en y cédant. Elle avait beau le haïr du plus profond de ses entrailles, lorsqu’elle voyait se refléter le monde dans les yeux gris du lycanthrope, il devenait plus réel et elle s’en sentait vivante. Condamnée, certes, mais indécemment vivante.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mar 8 Mai - 2:17

Sourire ineffable, je contemplais l’ouvrage poussiéreux qui n’avait pas quitté son chevet depuis ces nombreuses années. Sa reliure laminée, sa couverture tâchée par les empruntes de doigts, rien n’avait changé. Il avait déjoué le temps, trompé sa vigilance pour demeurer intact. Mes mains effleuraient sa couverture céruléenne, révélant son intitulé, aux lettres ambrées dont les empattements s’effaçaient par l’usure.
Capitaine Sanglant… c’était pour moi un ouvrage de légende, un récit unique à la saveur de la liberté, d’un pirate qui avait conquis le monde des océans et braver tous les danger, un homme qui avait atteint son rêve… Je l’enviais, je l’admirais, mais cela ne m’avait pas empêché de le tuer. Bien qu’autrefois, je le pensais fictif, mon épée s’était confrontée à la sienne. Faucheuse s’était enfouie dans le corps de la chimère, puis elle avait valsé par dessus le bastingage, m’emportant dans sa chute folle et me privant de la source du feu noir. C’était il y avait si longtemps… si peu de temps après la faute commise, lorsque j’avais tâché mes mains pour la première fois du sang d’un confrère. Lorsque mon cœur fut submergé d’un premier élan de haine, que tout commençait à basculer, que mon avidité avait pris le pas sur mes sentiments. Après, je m’étais égaré dans un chemin sinueux, douloureux et terriblement cruel.
Mais je ne blâmais pas ce que je étais devenu, je méritais mes souffrances, je n’avais pas saisi ma chance, tout simplement… Les choses étant ce quelles sont, je ne pouvais qu’avancer et finir mes jours pour la cause qui régissait ma fierté, mon clan.

Au final, je devais bien reconnaître que mon père avait raison. Je ne pouvais pas changer l’inéluctabilité de la guerre mais à présent qu’elle était finie, je pouvais contribuer à la chute de ses responsables. Sans pitié, je leur octroierais le fardeau qui pesait sur mes épaules, d’une vengeance sourde et aveugle, les plongeant dans une nuit de larmes et de détresse. Mais chaque chose en son temps, un fantôme du passé avait frappé à ma porte, il fallait lui ouvrir cette dernière, lui accorder une ultime concession, une dernière émotion avant que le souffle d’Hadès s’épreigne de mon enveloppe, qu’elle ne me transmute sa limpide indolence, m’insufflant la démence séquentielle de mes tourmentes.

Le froid rongeait ma peau, me délaissant à la solitude occultée par les astres qui m’épiaient, témoin de la peine incurable usurpatrice, érodant mon cœur d’une ultime étreinte.

Le flux tumultueux des eaux, réfractées par lueurs sur les roches humectées me disposait à la patience. Elle n’était pas encore sur les lieux et je ne m’en étonnais pas, sans doute meurtrie par les appréhensions de cette dernière entrevue.
Bien soit, le ciel miroitant me permettrait de songer une dernière fois, de me souvenir des instants vécus en sa compagnie, aussi court fut-il.

Entre deux notes intangibles, je pus discerner sa silhouette, me confrontant à ses prunelles d’émeraude. Machinalement, mes doigts effleuraient le manche de mon cimeterre. Mon pouce glissa mollement sur le pommeau, quelle choix lui concéderais-je ?

« Ce n’était pas pour toi que j’étais en ces lieux mais il semblerait qu’un quelconque destin s’acharne à nous placer sur les même route. »

Il semblait en effet, que le destin s’avérait désireux d’entrevoir l’issue de notre histoire. Je soupirais, relevant les yeux dans l’intention mitigée de contempler les astres, de sonder la solution entre les firmaments.

-En effet, le destin recèle de mystère et d’intention qui nous dépasse. » Pensais-je à voix haute.

A dire vrai, je ne savais plus quoi faire. Sa seule présence m’empêchait de raisonner, elle me déliait de la colère, me couvrant d’une précarité troublante. Ce visage impénétrable qui autrefois c’était ouvert à moi, dans ses sourires, ses larmes et ses promesses. Ce regard inaccessible où je pouvais lire estime et tendresse. Tout ça n’était plus qu’illusion, mirage d’un songe oublié…

« Je ne parviens pas à me souvenir du dernier rendez-vous que tu m'as donné... c'était il y a longtemps et pour des motifs différents. Mais maintenant, que veux-tu Cronose? »

Je me perdais dans son regard, infini céladon opalin. Je ne pouvais plus dissimuler mon trouble… Qu’est-ce que je voulais ? La tuer ne me paraissait plus une option louable, ça ne me soulagerait d’aucune peine, que du contraire, elle ravivait en moi un feu, bien plus intense que celui-ci transmit par ma vocation de lame noire.
Ma main relâcha lentement mon épée, elle retomba le long de mon corps, alors que je cherchais une réponse, un moyen de mettre un terme à ce tourment qui me nouait les entrailles.

- Je l’ignore Idriale…

Perdu, je ne parvenais plus à préserver mon calme. Je me contentais de fouiller ses yeux lorsque j’en vins à me rappeler d’une chose… De ce que j’éprouvais à son égard et qui ne m’avait jamais vraiment quitter, un sentiment refoulé qui réitérait sa ferveur, imperceptiblement.

- J’ai l’impression qu’on a tous fais de travers… Mais je sais désormais une chose, c’est qu’au fond, on ne sera jamais en mesure de passer au dessus de ça… Notre fierté, c’est tout ce qu’il nous reste, c’est la seule chose qu’on a pu préserver à travers le temps…

Et pourtant… maintenant que je la voyais, je me demandais si ça valait vraiment la peine…
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 13 Mai - 14:47

-Je l’ignore Idriale…


Mais si même toi tu ne sais pas, Cronose, qui nous sortira de cette impasse ? Si tu me fais venir pour me dire que tu n'as nulle idée de comment orchestrer la grande finale, sur qui compter pour écrire le scénario? Je ne suis ni artiste, ni rêveuse, la vie ne m'a pas dotée de cela. Mon imagination s'est réduite à mes désirs et je ne peux voir ce que j'ignore. Regarde nous par les dieux, nous sommes mortels l'un à l'autre alors pourquoi, pourquoi sommes-nous encore ici ?


Ses pupilles ne savaient plus quitter l'homme du regard. Silencieuse malgré ses pensées nombreuses, elle baissait sa garde sans que cela se voit. Lentement, puisqu'elle laissait les mots l'atteindre et qu'elle tâchait se graver ce visage là dans ses souvenirs, au cas où ce serait la dernière fois. Parce qu'il serait plus simple de se rappeler cette personne là que de celle d'il y avait une décennie.

-J’ai l’impression qu’on a tous fais de travers… Mais je sais désormais une chose, c’est qu’au fond, on ne sera jamais en mesure de passer au dessus de ça… Notre fierté, c’est tout ce qu’il nous reste, c’est la seule chose qu’on a pu préserver à travers le temps…

Il avait raison et c'était chose douloureuse que de l'entendre le dire. Elle n'allait pas nier plus cette vérité qu'elle connaissait déjà. L'orgueil était leur ligne de conduite quoiqu'ils fassent, influençant tout, dictant souvent et lorsque cette incommensurable fierté se heurtait à un reflet similaire, comment faire en sorte que cela se passe bien ? Ils étaient comme flammes et papillons, alternant les rôles, exerçant une attirance intemporelle qui se poursuivait jusqu'à leur combustion, jusqu'à la douleur encore et encore. Ils brûlaient à chaque rencontre, dans les bras l'un de l'autre ou dans leurs sangs mêlés. Ils ne gagnaient jamais, ni lui ni elle, que d'avantage de venin à se cracher au visage. C'était inexorable, c'était écrit, maintenant et à jamais. Elle le détestait mais ne dit-on pas qu'il n'y a pas haine sans amour ? Encore ce soir elle voulait brûler, être feu ou lépidoptère importait peu, la question n'était que sur la façon de le faire. Quel combat engager, si se battre il le fallait, quelle fusion choisir entre la chair et l'acier ? Rien ne se faisait sans mal et elle savait que ni les lèvres du lycan ni le goût de son sang ne saurait apaiser l'illusion d'avoir en sa gorge de la lave en fusion. Elle déglutit en silence, provoquant une énième irritation en elle. Elle retenait son envol vers l'enfer, elle s'ancrait tant bien que mal grâce à quelques paroles libérées.

« Je crains en effet que nous soyons plus doués au combat que pour... le reste. Ca aura au moins eu l'avantage de nous avoir permis de survivre jusqu'ici.»

Je ne trouve plus les mots pour toi. Tu n'en aurai pas eu besoin avant, tu aurai lu. Tu ne dois plus pouvoir le faire, pas plus que je ne peux voir en toi. La glace me tient depuis longtemps mais cette froideur sur tes traits m'est étrangère et m'apporte la certitude qu'aucune parole ne sera salvatrice, pas plus celles d'hier que celles de demain.


Fouillant le regard de cet autre, elle percevait pourtant le trouble. Les masques tombaient sans qu'elle ne puisse interpréter ce qu'elle voyait derrière. Elle se sentait tellement vide soudainement, et mal à l'aise. Rien ne détournait son attention de ce tumulte intérieur et dans ce calme ambiant, elle était forcée de faire face à ce qu'elle fuyait toujours, d'une façon si appuyée qu'elle en était perdue. La colère se heurtait au néant avec les autres émotions. Elle n'était qu'une enveloppe qui ne savait réagir sans ordre extérieur. Attaque moi, que je me défende, condamne moi, que nous puissions jouer. Mais il ne faisait rien, pas plus qu'elle, et ils ne pouvaient rester éternellement à se regarder de la sorte. Comme elle l'avait dit, il n'y avait personne d'autre qu'eux. Repoussant une mèche noire tombée trop près de ses yeux, elle reprit lentement, d'une voix incertaine.

« Il y a des problèmes que l'on ne saurait résoudre, même avec le temps. Je suis prête à accepter que tu sois le mien. Je ne baisserai jamais les armes mais Enfer Noir elle même ne saurait t'emporter tant que je suis moi même. »


Elle ne répondait pas de ce qu'elle pourrait faire si elle perdait le contrôle mais de sang froid, éteindre le feu lui paraissait impossible. C'était comme demander au soleil de ne pas chasser la lune, son astre adorée, éternelle mais traîtresse, c'était chose vaine.

«Et ça ne change rien à la situation. J'aimerai pouvoir comprendre pourquoi la vie nous renvoie toujours l'un vers l'autre mais tu l'as dis, ça nous dépasse. C'est une perte d'énergie que de vouloir résoudre ça et c'est pourquoi nous sommes incapable de conclure comme tu l'aurai souhaité, comme je l'aurai souhaité également. »

Elle n'était qu'un animal pris au piège par infiniment plus fort et elle venait seulement de comprendre qu'ils n'avaient rien à décider, ils étaient des jouets, rien de moins, rien de plus. Elle aurait beau consacrer chaque année lui restant à vouloir se défaire de ce qu'elle ressentait pour Cronose, tant qu'il ne serait pas l'heure ce serait vain et mieux valait alors attendre, vivant pour d'autre maux, si l'on en était capable. Elle comptait toujours augmenter sa puissance, elle courrait après des buts éphémères s'il le fallait. Elle l'avait toujours fais et elle y avait survécu, alors pourquoi ne pas continuer ? Oui, il serait toujours là, ombre en elle, la poursuivant mais elle se contenterait de courir encore. Et puisqu'elle en était aux résolutions, il allait devoir choisir lui aussi, parce qu'elle approchait, parce qu'elle voulait brûler...

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Cronose

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Lun 14 Mai - 9:28

L’agonie se révélait souvent au détour de l’acier, elle dispensait sa cruauté dans l’action, dissipant les secondes pour calfeutrer tout mortel d’une ultime douleur, d’un dernier soupir. Exutoire qui ne témoignait pas son affliction usuel, elle regorgeait d’une virulence plus profonde, maculant le cœur de ces deux êtres, d’une incertitude incapable de se prémunir d’une quelconque guérison.
Inaccessible, je n’en demeurais pas moins. Elle échappait à ma raison, à mon initiative et alors que mes yeux ne cessaient de se perdent dans les siens, mirage d’une rencontre chimérique, elle entreprenait une piste sur laquelle j'aboutais le pas.

« Je crains en effet que nous soyons plus doués au combat que pour... le reste. Ca aura au moins eu l'avantage de nous avoir permis de survivre jusqu'ici.»

Ombre d’un sourire sur mes lèvres, je pouvais reconnaître une certaine familiarité dans ses propos. Les armes nous avaient forgés, bâtis de notre enfance jusqu’à ce jour pour nous prémunir du trépas mais nullement de la douleur. Nous étions bel et bien encore là mais pour combien de temps encore ? Combien de lunes nous octroieraient Luna avant de nous céder la rémittence ?

« Il y a des problèmes que l'on ne saurait résoudre, même avec le temps. Je suis prête à accepter que tu sois le mien. Je ne baisserai jamais les armes mais Enfer Noir elle même ne saurait t'emporter tant que je suis moi même. »

Il était bien là le souci, Idriale partageait en tout point cette souffrance incurable qui me hantait jour et nuit. Nous n’étions que des problèmes l’un pour l’autre, des équations sans réponses, des abscisses sans ordonnées… Mon cœur me privait de l’acier, alors que ma raison défiait sa seule présence, que nous restait-il à présent, sinon la mort ? Le pardon ne nous soulagerait d’aucun mal, nous étions promis l’un à l’autre et dépourvu de cette note salvatrice, nous n’étions plus que des instruments sans lignes mélodiques.

«Et ça ne change rien à la situation. J'aimerai pouvoir comprendre pourquoi la vie nous renvoie toujours l'un vers l'autre mais tu l'as dis, ça nous dépasse. C'est une perte d'énergie que de vouloir résoudre ça et c'est pourquoi nous sommes incapable de conclure comme tu l'aurai souhaité, comme je l'aurai souhaité également. »


Que souhaitais-je réellement ? Je bridais les paupières, muré dans la spirale de pensées, dénuée de surface, sans émergence garantie. Je pouvais la sentir, si proche de moi, à quelques pas et pourtant aucune mains ne pourraient l’agripper, elle n’était qu’une enveloppe éthérée, un songe mystifié rétablissant sa contenance. J’ouvrais les yeux, elle prenait le pas, me privant d’inertie.

Mon cœur foudroyait ma poitrine d’une décharge lui cédant mille pulsions, aussi brûlantes qu’hasardeuses. Elle n’était plus qu’à quelques pas, me défiant du céladon infini de ses yeux. Ce même regard échangé à Sarkan, lorsque j’avais céder au feu qui nous consumait. Ces mêmes émeraudes, saignant de fureur à la prise de l’artéfact, trahison brûlante, nous déliant de notre harmonie. Ce même vert enflammé, lors de retrouvaille improbable, dans un tournoi où l’acier avait tranché, nous unissant dans les ténèbres pour ensuite s’y renoncer…

Je comblais la distance qui nous séparait, m’écartant du voile limpide qui réitérait ces tourments inlassables. Je savourais cette seconde de liberté, m’extirpant de l’emprise des souvenirs pour en établir de nouveaux. Idriale se tenait à portée de ma lame, je dégainais mon épée pour finalement délier mes doigts, lâchant prise à cette confrontation incessante. Son souffle froid me parvint dans un murmure figé, elle glissa dans mes bras, nous imprégnant dans l’incandescence de cette étreinte que je scellais à jamais, nous liant dans ce brasier infernal, nous plongeant dans sa spirale ardente.

Nouée par son contact, je laissais mon menton reposer sur son épaule. Elle était là, comme si elle ne m’avait jamais vraiment quitté. Ma main enfouie dans sa toison de jais, le regard perdu par la caresse infinie de son enveloppe suave. Etait-ce notre dernier échange ? Je l’ignorais, mais j’en savourais la moindre parcelle de sensations, comme s’il en demeurait comme tel…

-Je ne l’ai jamais souhaité… soufflais-je dans l’encoignure de sa nuque. « Te faire du mal, mais je réalise à quel point il est trop tard… » Les souffrances de la guerre me revenait à l’esprit, le visage des Lucians triomphants d’un sourire carnassier, le désespoir de nos troupes, je ne pouvais revenir sur ma décision. Comme je lui avais dis, tout ce qu’il nous restait, c’était notre fierté. C’est pourquoi, je m’éteindrais au combat, comme m’incombait ma tâche. En tant que dernier Canian, ma vengeance mettrait fin à cette lutte acharnée, j’emporterais les Narkanns dans un dernier soupir…
Lâchant cette étreinte, je tenais ma louve à bout de mains, dans l’impossibilité de me fondre dans ses bras…

« Idriale, cessons de nous haïr… Il ne me reste plus beaucoup de temps, je dois accomplir une dernière chose, après quoi tu pourras m’oublier, pour toujours… Je percevais une lueur dans ses yeux. Ce regard dans lequel je ne pourrais plus jamais lire…
Témoignant d’une dernière caresse en signe de l’affection que je lui vouais et que je ne pourrais plus assouvir, je glissais mes prunelles dans les siennes, lui accordant la paix que je n’avais pu accepter plus tôt. « Si tu comptes rester en ces lieux, je n’aurais aucun regret. Perfectionne ta magie si tu le souhaites, pour ma part, je m’en irais d’ici quelques jours… »

Je m’écartais de la jeune femme et troublé par cette déchirante conclusion, retrouvais la demeure de Ron, où j’attendrais l’ouvrage du forgeron pour ensuite m’éteindre dans la sylve de l’erreur, là où tout avait commencé, là où tout finirait…

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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 27 Mai - 21:43

Il avait choisis les flammes, saisissant sa lame, s'approchant d'elle, elle qui avait sitôt laissé l’excitation du combat l'envahir. Ainsi en avait-il décidé, ainsi l'acceptait-elle et tout son être agissait en fonction, la préparant, décuplant ses sens et sa prudence face à un adversaire qu'elle ne considérait pas comme moindre. Une première fraction de seconde, sa main sur la garde d'Enfer-Noir, une autre pour que le trouble revienne en le voyant abandonner sa propre lame. Était-ce un leurre ? Tentait-il encore de jouer de sa faiblesse ? Tourments naissants, incompréhension n'ayant pas le temps de se frayer passage, déraison. Papillon téméraire que sa folie mène à la perte, chaleur, explosion, artifices, contact familier. Abysses qui se comblent, comme si elles n'avaient jamais existé. Mais combien de fois s'était-elle éveillée la nuit, frissonnante d'un cauchemar trop réel ou d'un rêve s'achevant ? Des songes où il ne représentait qu'une ombre mais dont l'issue n'était jamais moins que cette douleur à la poitrine. Tant de jours passés à remuer les souvenirs inconsciemment, rejetant ses envies, dominant par la rancœur, tant d'années qui ne furent plus rien, dès lors qu'elle se retrouva contre lui. Comme si sa place avait pu être ici, comme si elle l'avait jamais été mais il ne s'agissait que d'un mirage. L'homme la brûlait et trop attirée par ce qu'il représentait elle restait ainsi sans rien faire, sage poupée formatée à aimer sans raison, docile tant qu'il la retenait contre lui, endormant sa raison et ne lui laissant plus la moindre once de lucidité, la moindre opportunité d'être elle même.

-Je ne l’ai jamais souhaité… Te faire du mal, mais je réalise à quel point il est trop tard… »

Angoisse montant, rupture, chute. Battements, douleurs, interminable vide. Les mots passaient en elle comme si elle écoutait sans être là. Comme si elle regardait se dérouler la scène d'un œil extérieur. Les paroles ne valaient rien, elle ne le savait que trop et pourtant elle s'y accrochait pour ne pas finir de tomber. Ses lèvres ne s'ouvrent pas même, aucun son ne saurait être formulé. Pas encore, pas encore.

« Idriale, cessons de nous haïr… Il ne me reste plus beaucoup de temps, je dois accomplir une dernière chose, après quoi tu pourras m’oublier, pour toujours… »

Fin de l'ancrage, fracas après être tombée, lourd, salvateur dans la douleur. L'oubli. N'aurait-elle pas tout donné pour oublier, il y avait encore quelques semaines? Qu'aurait-elle eut à perdre si ce n'était la douleur ? Et pourtant l'oubli, maintenant que Cronose l'évoquait, semblait être la pire des abominations. Qu'elle le veuille ou non, ce qu'elle était à présent avait été en partie déterminé par le jour où elle l'avait rencontré. Elle ne voulait pas perdre ses souvenirs, aussi douloureux soient certains d'entre eux. De toute façon comment se figurait-il seulement qu'elle était en mesure de faire ça ? Qu'importe combien de siècle vivrait-elle, tragiquement, personne ne saurait effacer le lycanthrope de sa mémoire, parce que c'aurait été lui retirer une part d'elle même sans la combler autrement. Que n'aurait-elle aimé lui dire, à quel point il était dans le faux mais jamais elle n'oserait pourtant, car elle ne craignait que trop la réaction qu'il pourrait avoir. S'il se moquait, plus que son orgueil froissé cela la toucherait bien autre mesure et elle ne lui rendrait pas un tel pouvoir, plus maintenant. La mélancolie avait beau s'être éveillée à l'ultime caresse qu'il lui offrait, lui infligeait, elle força un sourire sur ses lèvres. Trop fade et trop triste cette esquisse, mais cela suffirait, elle n'avait que ça à donner, le silence ne l'ayant pas encore délivrée.

« Si tu comptes rester en ces lieux, je n’aurais aucun regret. Perfectionne ta magie si tu le souhaites, pour ma part, je m’en irais d’ici quelques jours… »

Agir ainsi le rendait plus cruel sans doute, que s'il avait conservé sa lame mais elle ne pouvait regretter. Elle n'en était plus là bien que ce fut sans le moindre mouvement qu'elle le regarda s'éloigner, chuchotant simplement quelques mots, empreint de douceur et d'un amusement loin d'être moqueur qui même si portés par le vent, n'atteindraient peut-être pas le lycan.

« Tu es tellement bête, Cronose. »

Ils étaient si sérieux, tout deux. Aucun rire ne franchirait-il donc plus leurs lèvres en présence l'un de l'autre ? Ça avait pourtant été le cas autrefois. Une autre décennie, un autre monde semblait-il. Il avait baissé les armes mais elle n'en éprouvait nul soulagement. N'avait-il pas dit qu'il allait partir ? La phrase sonnait comme un adieu final, comme si leur route allait finalement se séparer pour ne plus s'entrecouper. Mais c'était une bonne chose, non ? Ça devrait l'être. Alors pourquoi n'était ce pas ce qu'elle ressentait ? Pourquoi était-ce pire à présent de se dire qu'il ne serait plus qu'un passé, pour de bon ? Parce qu'elle répugnait les regrets, peut-être. Parce qu'elle ne pouvait lui pardonner, et moins encore se pardonner, probablement. Parce qu'elle avait l'impression que ce choix lui était imposé maintenant, même si elle l'avait voulu longtemps, sûrement. Mais qu'importait... Mitigée, elle s'approcha de la rivière et s'assit à son bord. Le cours de l'eau ne se demandait pas d'où il venait, ni où il allait, lui. Seul comptait le présent et elle aurait aimé être capable d'agir de même.

Rompant le flot de ses pensées, un bruit de pas lui fit tourner la tête. Kleyd. Les humains avaient-ils des aimants qui les guidaient vers elle quand elle voulait simplement être seule ? Vraiment... Même dans des lieux déserts la solitude semblait être un luxe. Étouffant un soupir, elle l'ignora, retournant à sa contemplation. Elle ne comptait pas rester ici à déprimer, c'était juste qu'elle ne savait que faire pour le moment. Devait-elle repartir, demander les autres noms à Zael quitte à supporter un mage fou ? Recueillant de l'eau dans le creux de ses mains jointes, elle la gela, sans en modeler l'aspect, brute et froide, avant de laisser la formation retomber dans la rivière, où elle coula doucement. Tout du moins le fit-elle, quelques secondes, avant qu'un arc gelé ne l'emprisonne, provenant du tréfonds du cours d'eau et allant jusqu'à la surface où il s'achevait dans une fine pique.

« La glace est un noble élément. »

Peu enthousiaste, l'elfe acquiesça du chef. Peu inquiète de la présence d'un tiers, elle poussait le vice de l'insouciance jusqu'à s'allonger sur le dos, laissant sa main droite tremper dans l'eau, tandis que ses yeux verts impérial scrutaient ceux de l'humain.

«Mais elle est limitée dans le temps.

- Comme tout autre.
- D'avantage.
- Je pense que tout dépend de qui l'utilise..»

Elle se moquait bien, de ce qu'il pensait. Pourquoi venait-il l'embêter encore ? L'attitude dont elle avait fais preuve ne suffisait-elle pas à dire fichez moi la paix, je n'ai plus rien à faire de vous ?

« Que voulez-vous ?

- Vous êtes celle qui cherche, pas moi. Et peut-être vous êtes vous adressé à la mauvaise personne.
- Peut-être...»

Elle n'avait pas envie d'entretenir de long discours avec lui. S'il avait quelque chose à dire, qu'il le fasse. Dans le cas contraire, elle partait. Elle retrouverait la monture empruntée, puis un bateau pour rentrer à Port Écume, d'où elle récupérerait Horus afin de reprendre réellement la route. Oui, elle y avait pensé. Mais elle ne parvenait pas à se résigner à ne plus revoir Cronose, et pourtant... Pourtant il n'y avait plus rien à dire, ni à faire. Il avait juste éveillé l'éclat en elle, avant de le rompre, à elle maintenant de l'enterrer. Une énième fois. C'était peut-être enfin le moment qu'elle avait attendue depuis des années. Et qui perdait son sens, sous cette lune qui n'acceptait nul mensonge. Tout ceci était insensé mais sa vie entière l'était, qu'importait qu'elle le soit un peu plus à présent ? Nouvel air arboré lorsqu'une idée venait s'imposer, Idriale se releva dans de rapides mouvements. Épée dans sa main droite, glace en formation dans sa main gauche, elle s'intéressait finalement à l'humain. A sa façon.

« Mais je n'y réfléchirai qu'une fois que j'aurai matière à le faire. »

Minutes, demi heure, heure, elle haletait, littéralement épuisée. Sa lame jonchait le sol quelques mètres plus loin, ses joues étaient rougies par l'effort, ses lèvres arboraient un sourire crispé. Aucune blessure n'était à déplorer d'un côté ou de l'autre, là n'avait pas été le but, elle l'avait exprimé avant de l'attaquer. Elle ne voulait que voir qui il était vraiment. Il avait parlé de magie mais elle ne parvenait pas à en voir l’œuvre et ses origines la rendait sceptique des capacités d'un humain à maîtriser réellement les flux magiques, bien qu'elle en eut croisé de doué. Elle avait raillé et provoqué suffisamment malgré un air détaché et plaisantin, pour que l'autre ait à lui donner tord. Elle devait pourtant s'avérer battue et sans avoir obtenu ce qu'elle voulait. Inclinant la tête, elle signala son abandon mais il plongeait à nouveau vers elle. Désarmée elle fit barrière avec un mur de glace. Son manque d'énergie couplé à l'appel de la magie opprimait ses poumons, l'empêchant de respirer comme elle en aurait eu besoin. Et il se remettait à parler. A dire que c'était un peu facile, de l'attaquer et de cesser quand bon lui semblait. Grimaçante, elle luttait contre la pression, tentant de garder le contrôle de l'élément qui se fissurait. Flux magique contre acier, glace unique déchirée par deux volontés, l'elfe ne parvint finalement plus à maintenir le mur et si l'homme n'avait pas cessé, les dieux seuls savaient dans quel état elle se serait retrouvée. Elle était clairement la plus affaiblie des deux et si une part d'elle rageait, l'autre était rongée par la curiosité. Elle voulait en savoir plus sur cet humain, sur le pourquoi de sa proposition d'aide, alors qu'il n'avait fait que se servir de ses armes. Elle n'avait certes pas besoin qu'on lui apprenne à manier les siennes mais elle avait besoin de se détacher de ce qu'il s'était passé ce soir là et il n'y avait rien de tel pour le faire que de se tourner vers son plan originel... plus ou moins. Dans tout les cas, elle venait de trouver une raison valable à sa conscience pour rester.


[...]

Successions de jours, semblables et inutiles. Il était évident qu'elle n'avançait pas comme elle l'aurait voulu et elle supportait mal les ordres. Vraiment mal, si bien qu'elle perdait un temps énorme à doser ses humeurs. Sur le plan magique, une certitude lui était apparue. Si elle avait encore le moyen de développer une meilleure résistance à la fatigue et de gagner en endurance, sa puissance en elle même était limitée. Celle qu'elle daignait utiliser en tout cas, quand à l'autre... Il ne restait plus qu'à prévenir l'humain d'une chose. Cette chose qui l'effrayait au plus au point et qui chantait toujours en elle, comme une funeste mélodie, comme un mauvais présage. Peu nombreux était ceux l'ayant vu à l’œuvre et cela remontait à près de quarante année, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Une enfant ayant grandis avec le deuil et ayant déjà développer ses facultés, mais une enfant tout de même aux yeux des siens. Cette chanson, ce pouvoir né tout droit du néant et de la mort, du sacrifice au dernier degré, Idriale en avait peur.
Elle ne pouvait que se souvenir du visage de son oncle et de son unique ami lorsque, tandis qu’elle essayait de les protéger, elle avait fait appel à cette sensation étrangère en elle, qui susurrait ses mensonges à qui les écoutait. Le froid était tombé comme une nuit d’hiver glaciale, là où le doux air d’été les caressait l’instant d’avant. Alors que sa peau blanche avait été dévorée par la teinte du gel jusqu'à mi bras, le sol lui s'était couvert d’un voile meurtrier. La glace avait rampé, avançant à tâtons vers toute vie autours. Avec sa propre volontés, aurait-on cru. Les orcs étaient tombés les premiers sans que la magicienne ne contrôle plus rien. L’élément avait glacé son âme et sa raison. Elle n'avait plus ressentis ni peur, ni amour, ni angoisse. Elle n'avait pas bougé d’un centimètre lorsque le sort avait gagné ses proches, les brûlant sous l’élément grandis d’une puissance inestimable, les gelant de l’intérieur, détruisant tout en eux. Leurs cœurs avaient simplement cessé de battre. Et ils étaient tombés. Aussi simplement. L’assassine ne s’était arrêtée que lorsqu’il n’y avait plus rien eu autours, laissant à la jeune femme de l’époque un vide inimaginable au creux de ses entrailles. Comme si la magie utilisée avait disparu et s’il en resta, jamais l’autre partie ne parut se régénérer. A moins que ce ne fut la mort de ces êtres aimés, qui créa ce gouffre. Mais dans le doute... dans le doute, au delà de craindre l'absence de contrôle, elle redoutait surtout de perdre l’intégralité de ses pouvoirs. L’idée seule suffisait à l’aliéner. Qu'était-elle sans sa magie ? Non c'était impensable.
En parler à l'humain ne fut pas des plus évidents, puisqu'elle fit tout pour ne pas montrer ce qu'elle avait pu ressentir, restant sur les faits et sur la question de ressource. S'il parut intrigué il ne posa pas de questions supplémentaires pour une fois, ce qu'elle apprécia. Quand à la suite des événements, il pensait être capable de l'aider mais il avait d'importante choses à faire avant, cette histoire devrait attendre. L'informant qu'il devait retrouver Ron Berku, il lui demanda si elle souhaitait l'accompagner. Si la question éveilla la crainte de voir -ou ne pas voir- Cronose, elle n'hésita que l'espace d'une respiration. Rien de plus à perdre.

« Bien sûr. »

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Lun 28 Mai - 21:57

Elle ne me lâchait plus, tel un songe éveillé, m’imprégnant d’amertume et de regret.
Que c’était-il passé ? Pourquoi rien ne c’était déroulé comme prévu ? Je n’avais pu en finir et notre proximité prouvait encore nos sentiments, noyés sous un entrelacs de reproches, un entrelacs éphémère et fragile brisé par son simple contact.
Ronce noire au poison d’épine, elle m’avait infecté pour finalement extraire son venin, dissipant la haine que je lui vouais, sans pour autant me défaire de son addiction.
Elle était une drogue au contraste d’un remède, un moyen simple d’en finir avec la noirceur qui regorgeait mon être tout entier. Mais je n’étais pas un morceau de chiffon que l’on pliait à sa guise, mes principes me rendaient aussi rigide que l’acier, je ne changerais pas d’avis, qu’importait mes sentiments. De plus, cette noirceur houleuse et béante, je devais la conserver intact, pour mieux infliger mon courroux, une vengeance aveugle qui plongerait la sylve dans un désespoir infini. Oui, Idriale n’était qu’un moyen de fuir mes responsabilités, un fantôme du passé en mesure de réconforter mon âme damné, mais je n’étais plus l’enfant d’autre fois, ce jeune homme irréfléchi qui songeait à la rosée d’un avenir plein de promesses et il en allait certainement de même pour elle. Bien plus qu’une elfe, c’était une femme à présent. Elle n’était pas dupe et comprendrait que nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, elle désirait augmenter son pouvoir, alors que mes desseins bien plus sombres et conclusifs ne pouvaient nous relier pour une ultime promesse.
Je ne lui manquerais pas de respect, puisqu’elle représentait à mes yeux la seule personne avec Ron pour qui j’éprouvais encore de l’affection, j’avais préféré mettre un terme à notre histoire, définir une fin plutôt que la perpétrer dans un mensonge, une illusion. C’était mieux comme ça, j’en avais la conviction.

-Cronose ? Tu te sens bien ? me soufflait piteusement le forgeron.

Je reportais mes yeux gris dans les siens, l’âge ne semblait pas avoir d’emprise sur l’ancien drushii, depuis vingt ans, c’est à peine s’il avait pris une ride.

-Oui ce n’est rien, je rêvassais. Concentre toi plutôt sur l’épée, j’en ai besoin au plus vite. » fis-je songeur, avait de reporter mon attention sur l’ouvrage qu’il avait déjà entamé bien avant mon arrivée. « Chaque jours qui passe, c’est un répit qui ne devrait pas être accordé aux Narkanns. »

Il hocha de la tête, silencieux alors que je m’écartais du vieux maître. Je n’avais rien à lui confier, mes pensées seraient pour Idriale en cette nuit paisible. Un calme qui précéderait la tempête…

***


-Tu te rappel ?

J’esquissais un sourire à la vue de Sanctuaire, ce lieu où je fus formé en tant que Lame Noire avant d’être doré par ce titre des plus valorisants. Un triomphe qui avait satisfait mon orgueil. Désormais, ce n’était plus qu’un souvenir et une partie de moi-même, une force que je n’avais plus utilisé depuis de nombreuses années, depuis ce jour où je fus désarmé au combat, où Faucheuse avait rendu son dernier duel pour ensuite se retrouver engloutie par la nuit.

-Comment aurais-je pu l’oublier… Il y a tant de souvenirs en ces lieux…

Le forgeron pouffa dans sa barbe avant d’acquiescer et comme autrefois, il y avait près de vingt ans, il déposa la lame noire sur son réceptacle de pierre.

-J’imagine que tu n’en as pas besoin, mais je t’ai préparé quelques concoctions. Ca me fait drôle de te retrouver là, mon garçon…

Une lueur de tendresse dans son regard, ça ne lui ressemblait pas, mais il me toucha en plein cœur. Mon garçon… il est vrai que Ron était ce qui se rapprochait le plus d’un père pour moi, à défaut de mon géniteur qui m’avait délaissé à une prédiction des plus dérisoires… Je lui déposais une accolade, il savait que nous étions sur le point de nous dire adieu, il semblait vouloir me dire quelque-chose mais il se retint. Me prévenant toutefois que nous devrions discuter une fois que j’en aurais fini avec le sanctuaire.

Une fois seul j’avais muré mes réflexions sur ma liaison au flux, une technique familière qui me paraissait pourtant si lointaine. Je n’avais plus usé de magie depuis des années, ma maitrise de l’épée avait suffit à me préserver de la mort.
Je sondais l’acier comme autrefois, mon expérience prit le dessus promptement et je ne me risquais pas à subir mille tourments. Je tâtais la rebelle, évasive elle ne me laissa pas le choix d’approfondir, de me risquer au danger, les Lames Noires ne se soumettaient jamais sans risquer la vie de leur futur possesseur, une règle d’or qu’il ne fallait en aucun cas oublier.

Plusieurs jours s’écoulèrent, les quelques plaies occasionnées par l’épée se refermaient sans grande difficulté, je n’avais usé des concoctions de Ron qu’à deux reprises. Le gout des feuilles de grégoise me ramenant une horde de souvenir propre à cet entrainement et à ma rencontre d’Idriale et de Fainn, lors de notre expédition pour le désert Chimérique. C’était tellement loin et pourtant j’enviais cette époque d’insouciance, où le simple fait de voyager me procurait du plaisir. Il ne me fallut guère plus de temps pour dominer la Lame Noire, elle avait ployé sous la démesure de ma volonté, de ma sombre puissance et de mon expérience accablante. Fasciné par la reprise de cette faculté, je délaissais un jaillissement de flamme envahir ma main, se frayant un passage à travers les tatouages sombres qui maculaient mon bras. Les flammes dansaient, ondulant sous les variations de mon flux que je canalisais avec force de concentration. Elle s’alimentait de l’épée que j’avais baptisé Folie en raison de sa forme déliée et rétractable par son caractère instable.

Alors que j’examinais ce feu étonnamment sombre que je n’avais pu contempler depuis près d’une décennie, l’entrée du sanctuaire se délivra sur un pan, me dévoilant Ron Idriale et son compagnon de route. Sitôt, je cessais ma démonstration, d’autant qu’il me paraissait évident que leur présence en ces lieux ne témoignait pas d’une visite de coutume. Ron me fit signe d’approcher, je rangeais Folie avant de regagner l’étage, où mon regard s’arrêta un bref instant sur les fesses dandinâtes de la lycan. Un réflexe que visiblement, je n’avais pas perdu. Je m’en déliais d’un sourire avant de reporter mon attention sur le forgeron qui nous emmena dans son bureau, justement accolé au sanctuaire. Prenant place sur l’un des sièges, je me rappelais ma première rencontre avec Vamp, le fils du forgeron avec qui nous nous étions retrouvé dans ce même lieu pour débattre sur les Lames Jumelles, par conséquent, j’ignorais sur quoi se porterait notre discussion. Ron nous proposa quelques apéritifs sur la table ainsi que quelques coupes de vin. Pour un ermite, c’était presque cocasse de le voir au petit soin pour ses invités. Mais après quelques banalités d’usage, où il échangea quelques propos amicaux avec Kleyd pendant que mon regard se glissa un instant dans les yeux de la lycan, il en vînt à décrire le but de cette petite réunion.

-Trêve de flagornerie… J’ai quelque-chose à t’apprendre Kleyd et comme tu es venu en même temps que Cronose, je dois dire que la coïncidence s’avère plutôt appropriée pour en parler…

Il prit une belle gorgée de vin, à vrai dire, il avalait d’une traite le breuvage contenu dans sa coupe.

-Je ne vais pas passer par quatre chemins… J’ai localisé ton fils et j’espère compter sur toi et Cronose pour l’abattre.

Là conversation me dépassait et Idriale semblait partagé mon désarroi, pourtant, le dénommé Kleyd scrutait calmement son vieil ami.

-Continue… souffla celui-ci. Je n’avais jamais vu Ron abordé un sujet avec si peu de tact, qu’envisageait-il ? Et pourquoi diable me retrouvais-je mêlé à cette histoire qui empestait la vieille pisse de caïnite ?

-Il représente une menace, à présent membre de l’Ultime-Alliance, il va parcourir les plaines dans leurs intégralités et je ne doute pas que la prophétie risque de s’en suivre.

Kleyd soupira, bridant les paupières un court instant. Indubitablement, il avait anticipé cette situation, pour ma part je ne comprenais strictement rien. Je portais une main à mon menton, dessinant des boucles sur ma barbe.

-Je l’ai rencontré et bien que je n’ai pu agir en conséquence par le passé, je suis prêt à le tuer, si c’est ce que tu veux savoir… fit Kleyd, apparemment accablé par ses propos des plus intraitables. L’ombre d’un sourire parcourait le visage de Ron qu’il dissimula derrière sa coupe de vin.

-Je ne cesse de me dire que sa malédiction doit le rendre particulièrement dangereux et ta magie pourra nous être utile pour le neutraliser. Après quoi, Cronose l’achèvera, puisque Raizen avait l'air d'insister sur ce point...

En cet instant, je devais avoir des yeux aussi ronds que des billes, ça ne se pouvait pas… Cet homme était le père de l’enfant maudit, celui émit par la prédiction de mon père ? L’étau se refermait, inexorablement. En effet, les deux buts qui avaient dévié ma vie en ce sens recroisait ma route. D’abord la destruction des Narkanns, ensuite cette fichue prophétie…

-Ron depuis quand êtes vous au courant ? Quelque-chose m’échappe…

Ron scruta un instant Kleyd, dans l’attente que celui-ci prenne la parole. La tournure de cette conversation ne me disait rien qui vaille, j’avais l’impression d’être le pantin de quelques marionnettistes, l’instrument de ces deux hommes et ce depuis le début. Je reportais mon regard en direction du guerrier à la toison neige, pourquoi hésitait-il, je ne le connaissais pas, il n’y avait aucune raison qu’il me provoque par ses propos.

-Je t’ai défié autrefois Cronose. Me confia-t-il. « Tu avais été envoyé par Ron à la vallée des brumes pour assassiner mon fils. Après t’avoir vaincu, j’ai préféré te laisser la vie sauve et pour se faire j’ai extirpé une partie de ta mémoire par le biais d’un ami. J’en suis navré, mais c’était la seule chance que j’avais pour protéger mon enfant. Mais à présent, j’en ai conclu qu’il est effectivement dangereux. Il a fait du chemin depuis lors et sa malédiction ne cesse de croître, elle s’approche de l’éveil.

Je commençais à comprendre. Car en effet, je n’avais aucun souvenir après avoir quitté Ron, je m’étais retrouvé sur un Drakkar pour le désert chimérique, là où j’avais fais la connaissance d’Idriale.

-C’est donc vous qui m’aviez envoyé sur ce navire, en partance pour Onire, il y a de cela plus de vingt ans ? je ne désirais que confirmer mes soupçons, s’il affirmait ma réflexion, alors son ami disposait d’un pouvoir redoutable. Il acquiesça et je ne trouvais rien à redire, jetant un coup d’œil à Idriale, qui partageait ma surprise. Elle connaissait cette histoire, je lui en avait parlé lors de notre première relation intime. J’avais l’impression de revenir en arrière, tout mon présent ramenait des éléments passés dans une concordance atterrante. Après un instant de silence qui m’échappait, muré en pleine réflexion, Ron reprit d’une voix déliée de toutes contraintes.

-J’ai utilisé les services d’un homme discret, il le suit depuis plusieurs mois et il semblerait qu’il reste rarement accompagné. Heureusement, il semblerait que tu l’ais déjà rencontré Cronose, un avantage que l’on pourrait mettre à notre profit pour lui porter une attaque surprise.

Je me redressais de mon siège, celui-ci claqua contre le parquet dans un fracas redoutable. "Je connais l’enfant de la prophétie ?!"

-Bien sûr, me souffla le forgeron. « tu l’as rencontré à Blanche, il se nomme Trucid. »

Je demeurais sidéré, paralysé par cette nouvelle… Trucid ?! Cet imbécile heureux des plus maladroit, cet albinos de pacotille était l’élu d’une prophétie qui détruirait le monde entier ? C’était insensé d’autant que Idriale l’avait également rencontré il y avait de cela plusieurs années, lors de notre dernier différent… A penser que j’avais croisé sa route à deux reprises, j’en restais fiévreux de répulsion.

-Si j’avais su… pensais-je à voix haute… « Mais je refuse de lui porter un coup dans le dos et de toute façon, il n’est pas assez puissant pour me battre. J’en ai l’intuition… »

Ron placarda ses coudes sur la surface boisée de son bureau, après quoi, il me mit en garde.

-Il est certain qu’à nous trois il n’a aucune chance, davantage si cette jeune demoiselle nous rejoins. Mais je doute que sa malédiction se contente de lui porter préjudice. Lorsqu’il sera en situation de danger, son véritable pouvoir pourrait prendre effet. Il ne faut donc pas le sous-estimer.

Je lâchais un son dédaigneux, après quoi je m’appuyait contre une commode. S’il fallait tuer cet abruti, je ne me gênerais pas pour le faire.

-Comble de l’histoire, termina Ron. « Il se trouve en ce moment précis à Port-Abysse, il n’est donc qu’à quelques lieues d’ici. Si nous démarrons le temps de quelques préparatifs, nous pourrons le vaincre dés demain. »

Je dégainais mon épée, contemplant la surface miroitante de sa lame ténébreuse. Avec ce pouvoir entre les mains, je ne ferais qu’une bouchée de l’avorton. M’éclipsant, je laissais le soin à Ron de donner quelques explications à Kleyd. Je me retrouvais devant les plaines, dans l’attente de mes compagnons afin d’en finir avec cette prophétie.
C’était donc à l’albinos que je devais l’horreur de mon existence ? Le sang en ébullition, je réalisais que pour une fois, l’aversion que je ressentais, s’apparentait à celle que je vouais aux Narkanns.
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 17 Juin - 14:22

Il n'était pas partis, pas encore. Contrairement à ce qu'elle pensait encore une fois, elle n'en éprouva nul soulagement mais ce constat eu au moins le mérite de n'éveiller aucune inquiétude supplémentaire jusqu'à ce qu'elle voit les flammes. D'une noirceur incomparable, trop profonde, trop nette et sans reflets pour rattraper, pour atténuer la couleur. Depuis quand Cronose les avait-il retrouvé? Les avait-il seulement perdues ? Elle l'avait supposé, puisqu'au cours de leur deux dernières rencontre il n'en avait pas fais usage, même face aux chiens de Nastre. Un air légèrement inquiet parut sur son visage. La seule fois où elle l'avait vu s'en servir, il avait eu un contrecoup douteux et définitivement, cette magie qui lui était étrangère la laissait perplexe. Détournant la tête, elle effaça cependant toute trace d'émotion en elle. Tout ceci ne la concernait plus, bien qu'elle n'avait guère envie d'avoir un jour à faire face à ça.

La demeure de Ron Berku était indéniablement simple mais l'accueil fut correct, elle dû le reconnaître malgré que leur hôte fut un elfe noir. Si elle n'adressa pas un seul regard à Cronose, elle sentit pourtant le sien se poser sur elle, chose qu'elle prit superbement soin d'ignorer en reportant son attention sur Kleyd, qu'elle se permit de questionner longuement, sans pour autant entrer dans des détails trop poussés qui auraient d'avantage relevé de la curiosité que de l'utilité. Elle se souvenait vaguement, pourtant, de cette histoire dont le lycan lui avait parlé, mais c'était il y avait bien longtemps et elle ne tenait pas à ce que le plus important lui échappe, encore qu'elle ne fut pas réellement décidée à les accompagner malgré la suggestion faite par le forgeron. Voyager avec Cronose. Et puis quoi encore ? Ils ne voulaient pas non plus qu'elle leur chante une berceuse si ? De toute façon, elle n'en connaissait pas.

Quand à ce qu'il se passait concrètement... Même si elle ne connaissait l'humain aux cheveux blanc que depuis quelques jours, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un certain malaise pour lui. Il allait devoir tuer son fils, son enfant et bien que déterminé, il n'avait pas l'air heureux de le faire. Pour l'elfe, les enfants n'avaient jamais été une option envisageable sur la liste de sa vie, pas même l'ombre d'une possible. Il était juste hors de question qu'elle puisse se retrouver dans un état de faiblesse, de maladie telle que celle ci. Les enfants étaient juste des créatures encombrantes et gênantes à ses yeux. Sa vie était sur les routes, épée en main, sur le dos d'Horus... mais elle n'était pas sans cœur -pas toujours- et elle pouvait comprendre que pour ceux ayant fait le choix d'en mettre au monde, cette descendance figurait parmi les choses les plus précieuses qu'ils aient. Pour les personnes saines d'esprit en tout cas. Kleyd l'était-il ? Elle l'ignorait mais quelque soit ses motivations il ne serait pas le premier à agir ainsi. Elle avait vraiment vu d'affreuses choses en voyageant et presque honteusement, elle devait reconnaître que celle ci était loin d'être la pire. Après tout cet enfant devait être âgé maintenant, cela rendait le meurtre moins moche aux yeux de la lycanthrope.

Lorsque le nom réel de la cible fut finalement prononcé, Idriale ne put finalement empêcher son regard de dévier vers Cronose. C'était bien de lui que l'on parlait ? Ce Trucid ? Vraiment ? Elle doutait qu'une autre personne puisse porter ce nom mais tout de même... C'était un étrange hasard. Aussitôt fusèrent les souvenirs liés au mot. Cheveux aussi lumineux que son géniteur, yeux rougeâtre, bonne dose de maladresse pour autant de courage, ou de folie fallait-il encore le déterminer, beau parleur de mémoire... Enfin, rien d'intéressant après tant d'années, rien en tout cas qui ne justifie qu'elle refuse de les accompagner à ce niveau là, si cela pouvait lui apporter quelque chose à elle. Elle ne voyait cependant pas pourquoi les autres le pensaient si dangereux. Il n'en avait pas réellement eu l'air et bien qu'un homme puisse changer avec le temps, elle n'en doutait point, de là à être un réel danger c'était une autre histoire. Les trois hommes semblaient pourtant tenir à sa mort et s'il était réellement aussi près d'eux que le drow l'affirmait, ce serait une tâche rapide. Alors soit, puisqu'elle n'aurait pas à les supporter longtemps et puisque Kleyd disait pouvoir l'aider après ça, elle irait avec eux. Jouer la figurante ne la gênerait pas même, tant que ça ne virait pas à n'importe quoi.


Quand aux préparatifs, le court trajet prévu simplifiait grandement les choses pour tout le monde. L'elfe avait déjà ce dont elle avait besoin sur elle et la monture empruntée, n'ayant rien voulu laissé dans la chambre qu'elle louait. Le tout se composait de peu mais il y avait le plus important, ses armes, rechanges, deux cordes – la méfiance la poussant toujours à plus de précaution que nécessaire-, une carte de Céleste relativement fidèle à la réalité, quelques broutilles données par Zael dont certaines conservaient leur caractère totalement mystérieux aux yeux de la femme, de l'eau... Au final, étant déjà sur son propre voyage, elle ne nécessitait rien d'autre. Les plus âgés eux s'activèrent afin d'être rapidement apte au départ, quand à Cronose il s'était tout simplement éclipsé.

*Mais sans doute pas assez loin.*

Difficile de contrôler ses pensées. L'elfe finit par sortir attendre à son tour, près de la monture grise, nettoyant la lame de son épée avec un acharnement trahissant ses remous intérieur. Elle restait plusieurs minutes sur un même endroit, sur une tâche imaginaire qui aurait prit ancrage sur l'acier écarlate, sur une poussière invisible qui se serait insinué dans les motifs de la poignée, sur une éventuelle salissure entachant l'éclat des pierres du pommeau. A s'en faire mal aux doigts, à en déchirer le tissus sur le tranchant.
Quelques temps plus tard Ron et Kleyd surgirent, signalant le départ et c'est sur le bruit ambiant du silence qu'ils se mirent en selle. Idriale restait murée dans ses pensées, son regard vaquant inconsciemment des oreilles de son cheval à Cronose, de Cronose à l'horizon, de l'horizon à ses mains, de ses mains à l'étalon et ainsi de suite, un peu trop régulièrement. Si les autres se mirent à parler, elle était trop distraite pour s'en rendre compte et les paroles n'étaient rien de plus qu'un bruit de fond sans signification.


Dans un objectif pratique, elle tentait malgré tout de se concentrer sur la personne recherchée. Serait-il réellement tel que dans ses souvenirs ? Ils étaient flous. Après tout elle ne l'avait vu qu'une fois et l'autre énergumène ici présent avait... focalisé une grande partie de son attention. Quand à une quelconque reconnaissance mutuelle de la part de l'humain, il était bien connu que cette race avait une affreuse mémoire, ce qui n'était pas sans l'arranger à elle, bien entendu. Elle verrait, s'ils le trouvaient mais quoiqu'il en soit, elle n'avait décidé d'intervenir que si cela devenait nécessaire. Histoire de ne pas se salir les mains pour rien. Sans qu'elle ait un sens de la justice particulièrement développé (et dire cela de la sorte était pire qu'un euphémisme) elle trouvait peu gratifiant de tomber à 4 sur un homme seul, aussi dangereux était-il censé être. Surtout qu'entre ce qu'elle savait et ce qu'elle avait compris, ce n'était pas de simples voyageurs, gardes de pacotilles ou autre engeance de même espèce, non. Chacun était plus ou moins à redouter pour diverse raison alors...

*Ca risque presque de ressembler à une vulgaire exécution comme on en verrait sur une place publique, avec dix types en armures pour un seul quasi nu, ligoté à ne plus pouvoir marcher et à peine respirer.*


Ron Berku était en tête sur un cheval bai, les dirigeants en laissant l'impression de savoir parfaitement ce qu'il faisait. D'où le forgeron tenait-il ses sources ? Elle ne le demanda pas, espérant juste qu'elles soient fiables afin de gagner du temps. Pister un homme par intermédiaire n'était jamais aussi efficace que le faire soit même à ses yeux. Toujours fut-il qu'après quelques heures, ils arrivèrent près d'une maisonnée où le drushii leur fit signe de démonter. Il n'était visiblement pas homme avec qui l'on discutait les ordres, et c'est sans question que même l'elfe agit en ce sens. Selon ses informations, Trucid, devait être ici. Quand, pourquoi, comment, semblaient être des détails qu'il ne jugeait pas utile de partager. Idriale quand à elle, toujours aussi détachée de l'intérêt de cette histoire, se contenta d'observer les airs des autres, mais ils demeuraient insondables, tous autant qu'ils étaient. Ils abandonnèrent les montures assez loin, les attachants à quelques supports assez solides pour les maîtriser au cas où l'envie leur prenait de voir si l'herbe était plus verte ailleurs, ce qui n'aurait pas été bien difficile puisqu'ils n'en avaient pas ici. Il s'agissait d'entrer désormais. Pouvait-elle attendre dehors ? Bof. Autant les suivre pour le moment. Sans fioritures, le groupe franchit la porte, qui s'ouvrit sur ce qui s’avéra n'être qu'une pièce vide, à l'exception d'une table, d'un vieux fauteuil, et de deux personnes.

Deux ?

Selon les propos tenus par le drow, il aurait dû être seul. Et ce n'était pas le cas. Si lui était identifiable au premier coup d’œil -nul doute sur sa personne- la seconde présence accapara l'attention de l'elfe. Son instinct grondait, lui signifiant une menace évidente. Une femme. Une lycanthrope. Et quelque chose en elle la troublait. Ce n'était pas liée à son charme évident mais plutôt à son aura, à son expression, à ses... ses yeux. Le visage d'Idriale s'assombrit. Ces même yeux. Elle n'avait jusqu'ici jamais rencontré une autre personne que lui en possédant de semblable. Cette femme appartenait-elle à la même famille que Cronose ? Inconsciemment l'idée l'énerva. Parce qu'elle n'en avait jamais eu connaissance, parce que... elle n'en savait rien, en fait. Tout ce qu'elle sentait, c'était que finalement, ils ne seraient peut-être pas de trop. Sans relâcher sa garde et évitant de poser un regard meurtrier sur le lycan, elle observa les autres à nouveau:

Mais qu'attendaient-ils ?

_________________
Attendant la faucheuse au détour d'un chemin,
J'avance en mémoire de ceux qui par ma lame ont péri.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 8 Juil - 18:29

Les préparatifs furent comblés en quelques poignées de minutes, les chevaux harnachés, les exécuteurs équipés. En soit, rien ne les retenaient davantage dans la demeure de l’ancien. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de scruter une ultime fois la cascade où se nichait à quelques toises, l’antre du forgeron. Un nouveau départ, une page de tournée. La dernière fois que j’avais quitté ces lieux, ce fut il y a plus de vingt années. Combien de temps s’écoulerait cette fois-ci, n’était-ce pas quelque-part une nouvelle forme d’adieu ? Je l’ignorais, mais ce n’était pas tant l’environnement qui me puisait dans quelques rythmes de nostalgie. Cette fois, je n’étais pas seul. Ron prenait les devants, comme autrefois, lorsque nous faisions des haltes à port-abysses pour récupérer les provisions que la nature seule ne pouvait fournir. Mais les temps avaient changés. A présent, ce n’était plus un jeune apprenti suivant son maître, mais bien deux camarades qui mettraient un terme à un conflit endigué depuis trop longtemps.

Le regard égaré dans l’encolure de ma monture, je ne cessais de songer à ce but que je poursuivais et qui toucherait bientôt à sa fin. J’étais pourtant las de courir après des objectifs confus, des quêtes que je poursuivais tel un mirage, sans jamais vraiment les atteindre. Mais désormais, rien ne pourrait corrompre l’ascension de mes desseins. D’abord l’élu de la prophétie, ensuite les Narkanns, comme convenu. Un schéma sanglant où la clémence n’aurait pas sa place. A cette pensée, je devais reconnaître que la chair et le sang ne faisaient qu’arpenter mon existence. Cette violence, rage contenue depuis trop longtemps, s’achèverait qu’après l’accomplissement de mes noirs désirs, un moyen simple d’apaiser mon esprit torturé, avant de sombrer dans l’oubli.
Mais bien que l’envie d’en finir me tenaillait vaguement les entrailles, je devais reconnaître que les évènements actuels m’occupait l’esprit, du moins, davantage que lors de ma mise en captivité, où je ne cessais de vagabonder dans les souvenirs, dans l’espoir de neutraliser mes ennemis.

Aujourd’hui, Ron m’offrait son épée ainsi que l’enfant de la prophétie, un chapitre de mon existence qu’il m’était enfin possible de clôturer, après tout ce temps. En repensant à l’identité de cette mystification que je n’avais jamais pu résoudre par moi-même, je ne pus qu’afficher qu’un sourire béat, face à l’encolure de ma monture, avant d'introduire mon front dans ses mèches tout en gloussant dans ma barbe. Un simple rire nerveux, mais qui me procurait un étrange soulagement. En vérité, mon euphorie ne provenait que par l’ironie du destin, qui se jouait de moi, depuis trop longtemps.
Je connaissais Trucid depuis maintes années, je l’avais croisé à plusieurs reprises et l’avait même confronté en duel. Evidemment, J’étais loin de me douter qu’il était l’élu, auquel cas, il appartiendrait à la poussière depuis des lustres.

Mais ce n’était pas la peine de revenir sur le fruit du hasard ou du destin, car à présent, je détenais en ma possession les moyens nécessaires de le mettre sous terre. J’avais plus ou moins obtenu un répit avec Idriale et je mettrais ensuite fin au règne des Lucian. Il n’y avait pas de quoi se réjouir, mais je savourais davantage cette conclusion que l’idée d’agoniser dans une cellule jusqu’au restant de mes jours. Grouillant de regrets qui resteraient sans réponse. C’était un semblant de miséricorde qui m’était accordé par les Dieux, un moyen d’assouvir ma dernière volonté dans ce monde déchainé par la cruauté et la corruption.

Je repris un peu mon sérieux, alors que je continuais à souffrir d’une euphorie, prisant mes iris de larmes neutres. Une main vint se plaquer contre mon épaule, et, sourire aux lèvres, Ron m’investissait de son regard mordoré.

-J’imagine que tu es encore sous le choc de cette nouvelle, mais au point d’en rire, je ne te suis pas. S’enjouait le forgeron, m’accordant son temps davantage pour bavarder que pour fignoler un quelconque plan inexistant. De toute façon, ce bout d’homme aux yeux rouge n’avait pas la moindre chance de l’emporter, il n’y avait pas de quoi en faire toute une histoire. Quelques échanges d’épées et il trépasserait sans même réclamer ses restes.

-Dire que je l’avais sous la main depuis tout ce temps, ça me fait marrer. Je ne l’imagine pas être à l’insu de la destruction de Céleste. Il m’a l’air plus apte à embrasser la voie d’un bouffon de cirque.

Ron jeta un regard au loin en souriant devant ma remarque infantile. Après tout, il devait en connaître un bout sur Trucid et ne le prendrait pas au sérieux sans cette fichue malédiction.
« C’est assez étonnant que ce garçon soit l’élu, comme tu m’en parles, il semble cruellement inoffensif. Nous pourrions donc jouer de sa naïveté pour lui porter le premier coup. »

Je soupirais, bridant les paupières à cette réflexion qui faisait preuve d’une résolution que je ne partageais point.

-Comme je te l’ai déjà dis vieux radis, (je me risquais à un regard désapprobateur, le taquiner d’un surnom aussi ridicule relevait d’une aliénation primaire) j’aimerais le combattre à la loyal. Il n’est pas du genre à frapper dans le dos, c’est bien la seule qualité que je peux lui reconnaître. Nous devons au moins faire ça dans les règles de l’honneur.

Ron acquiesça avant de me tourner le dos. Puis, m’interpella une dernière fois avant de reprendre le pas de sa monture. «Encore ton égo qui parle. Tu sais, l’honneur, ce n’est qu’une question de point de vue. Pour un assassin comme moi, il n’y a que du mérite à vaincre un adversaire sans même qu’il s’en aperçoive. »


-Peut-être mais tu sais que je ne partage pas cette pensée. De plus, cet imbécile m’a menacé lorsque je lui ai mis une dérouillé à Blanche. Je dois lui rendre la monnaie de sa pièce. Un point c’est tout.

Le vieux forgeron Drushii demeura silencieux puis fit avancé sa monture, avant d’entamer un dernier propos. «Au fait, traite moi encore de vieux radis une seule fois… et je remettrais en application la sentence de la cage… »

Sacré forgeron, je me rappel très bien de la sentence de la cage. Un châtiment qu’il m’avait infligé pour manque de discipline, où j’avais dû passer plusieurs nuits confinées dans une boite, recroquevillé sur moi-même à me faire ronger par les insectes nocturnes sans pouvoir me nourrir. C’était si loin derrière, mais je ne doutais pas qu’il serait prêt à respecter son engagement et de me traiter encore comme le gamin récalcitrant que j’étais autrefois. A la seule différence, qu’à ce jour, il devrait se contenter d’essayer.

Ces retrouvailles me réconfortaient et me soulageait de la pression qui s’immisçait en moi, à l’idée que ces prochains jours m’ôterait les dernières raisons qui me poussaient à vivre. Je repris que trop hâtivement mon sérieux pour redevenir cette bête noire aux yeux gris, que tant de gens redoutaient. J’évitais soigneusement de croiser le regard d’Idriale que je sentais parfois posé sur moi. Peut-être n’avais-je pas fait le bon choix lors de notre dernière conversation, peut-être aurais-je pu me risquer à un dernier baiser, me brûler à elle au détriment des risques à venir. Mais peut-être n’aurais-je pu conserver ma rouge lucidité, qui me permettait d’entretenir ma soif de vengeance, peut-être n’aurais-je pu me détacher et renier les miens par simple nombrilisme. Des questions et toujours des questions que je finis par rompre en me focalisant sur notre objectif. Ron nous amenait jusqu’à une mansarde d’agriculteur, à quelques plateaux terreux du Port-Abysse. D’après ses dires, nous étions à portée de l’ennemi tandis que Kleyd affirma cette pensée, plissant les paupières en scrutant la porte d’une contenance précaire.

Nous approchions lorsque le battant vrilla sous le coup de pied habile de Kleyd qui ne put contenir son impatience. Devant nos yeux, deux individus installés à une table en frêne, pourvu de quelques tranches de viandes et de raisins blancs. Mon regard ne quittait pas Trucid, mon regard plongé dans le siens, je pouvais lire l’incompréhension et le doute, la crainte et l’instinct dans une alchimie parfaite, lui interdisant de bouger, de comprendre, il ne pouvait qu’appréhender et attendre.
Mais la surprise fut partagée davantage pour son compère, puisqu’à ma vue, il sembla déstabilisé au point de renverser sa coupe qui se déversa sur le sol dans un fracas tonnant. Je me prêtais à la curiosité de contempler ses traits, peut-être n’était-ce qu’un vieil ennemi, redoutant les répercussions de ses actes. Pourtant, je ne vis nul homme, seulement un visage fin, sauvage et hâlé. Des yeux clairs si clairs que gris, éclatants. Des sourcils présomptueux, rebelles. Des lèvres sensuelles, une toison noire de jais, une profondeur dans le regard à troubler un lion.

Je demeure paralysé et partage sa sensation, épris dans une symphonie figée de la moindre vibration de corde, privée de note, dans un silence édifiant.
Ce n’est pas les mots qui me permettront d’interrompre l’accablement mais bien les actes. Je dégaine Folie, elle me semble adaptée à la situation et à mon ressenti, elle me guiderait jusqu’à la solution. Mes pas sont lents et ne tombe que tardivement, pourtant je ne ressens pas le poids de mon épée, je m’évertue à rejoindre l’élu, à mettre un terme avant que les mots ne viennent à bout de ma résolution. J’en ai fini avec les sacrifices et les concessions. Mon sillage ne fera place qu’au meurtre, qu’à la destruction. Je me pensais ralenti mais je ne le suis pas vraiment, ce n’est que mon esprit qui à triompher du temps, je ressens le moindre battement de cœur, la moindre ligne de souffle, la sueur perlant sous ma tempe. Chaque sensation embrase mes veines pour me fournir la force d’animer ma violence. Ma cible s’écarte promptement, me balance la table à titre défensif que je pourfends dans ma lancée. Les silhouettes s’enveniment, le mouvement suit mon acte d’hérésie, mais les cibles prennent la fuite, grimpe à l’étage. Je prends le pas, prêt à en découdre, bridant mes pensées dans un nuage grouillant d’obscurité. Me préservant de mes émotions simplement devenues incontrôlables…

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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Jeu 30 Aoû - 8:59

[HRP : Crocro : "Cadeau" d'avant le week end, j'ai évité les paillettes quand même. Ca vaut ce que ça vaut, j’espère que ça reste cohérent j’ai pas relu depuis le jour où tu as posté :p Si tu veux que j’édite tu me dis, si tu veux que je recommence tu va te faire voir par un poney, et si ça te va tu peux m’appeler chef ange. Trucid : je t’ai maudis à chaque ligne tapée, imagine donc à quel point tu l’es maintenant. Et chaque paragraphe te vaudra un coup de fouet. Je sais, je suis terriblement magnanime. Va falloir être adorable.]


Ces quelques secondes d’observation semblaient n’en point finir. Peut-être n’avaient-elles été que deux ou trois, mais les tensions déformaient toujours la perception temporelle. L’elfe, bien que calme au départ car détachée du problème, était brûlée de curiosité envers cette inconnue et le goût âpre de question envahissait déjà ses lèvres cardinales. Ce qui se passait dans la tête des hommes ne l’intéressait guère. Ce fut la vision de Cronose, premier agir réellement puis celle des autres suivant, qui la poussa à reculer jusqu’à un mur. Son poids reporté sur une jambe, sa main droite sur le pommeau d’Enfer-Noir, elle dégageait une nonchalance mesurée.

Le peu de mobilier présent dans la bâtisse fut réduit en un fragment de temps, à quelques planches jonchant le sol. De la nourriture ne persista qu’une bouillie et de leur bouteille, seulement quelques éclats de verre. Le vacarme avait désarmé le silence malgré le peu de participants et de l’étage abritant désormais Trucid et son opposant ne leur parvenait que quelques bribes de son du fer croisé. Mais non, malgré cela, elle se contentait d’observer le spectacle. Ils se battaient déjà à deux contre une en bas, et elle ne comptait pas s’immiscer dans l’affrontement de l’autre. Elle s’en tenait à sa première idée, son rôle de figurante. Ce n’était pas son combat, voilà ce qu’elle se répétait pour ne pas laisser réchauffer son sang. Elle n’avait pas à s’interposer tant que les autres géraient la situation. Elle n’avait pas à intervenir malgré son animosité lui criant de se jeter sur cette femme. Elle n’avait pas à…

« Ron! »


Si la vue du drushii devait être aussi bonne que la sienne, prit dans une joute on en devenait moins attentif au reste de l’environnement. Ce n’était pas une question de concentration mais de capacité. On ne pouvait pas partager équitablement son observation quand un combat la requerrait entière. Flèches et carreaux fusaient par le vide de la porte fracassée, directement dirigées vers l’elfe noir. Mais la cible était en mouvement et l’alerte lâchée lui avait permis un regain de prudence. Les projectiles se fichèrent dans le mur du fond tandis qu’un homme encapuchonné s’introduisait dans la pièce et que deux nouveaux tirs suivaient les précédents. L’ombre amusée qui passa sur le visage de l’inconnue ne laissait guère entendre de doute sur la nature de ces renforts.

L’homme masqué se dirigea logiquement vers les deux hommes qui se battaient contre elle, afin de forcer l’un d’entre eux à lâcher sa cible. Idriale n’étant pas dans la mêlée, elle ne représentait pas de danger immédiat et ainsi faisant il allégeait son alliée d’un poids. Cette dernière reprit une position offensive, ne se contentant plus d’esquiver. Kleyd aux prises avec la dame, Ron avec l’étranger. L’observation s’arrêta là. Si les flèches continuaient à s’engouffrer, elles finiraient forcément par atteindre leur cible et ce ne serait pas un bon point pour elle non plus si cela venait à arriver. Et puis la passivité n’était pas vraiment son fort de toute façon. Son arc d’if saisit à son tour, elle se glissa par l’une des fenêtres latérales pour ne pas être en ligne de mire des tireurs. A la voir se déplacer, elle tenait plus du félin que du canidé et la façon dont ses yeux au vert impérial fouillaient les environ ne faisait que confirmer cette image. Aussi silencieuse qu’elle pouvait l’être, elle se mouvait à pas feutré, une flèche d’ores et déjà encochée, prête à agir.
Le trait fusa droit sur la cible, mais avant qu’il n’ait eu le temps de toucher l’humain, avant même qu’elle n’ait pu être une menace retomba au sol. Plaquée contre la façade, Idriale retint un juron. Pourquoi diantre avoir posé une barrière magique ici ? La surprise des deux à l’intérieur ne lui avait pas paru feinte et pourtant, le terrain avait été préparé, c’était évident. Un tel sortilège ne se faisait pas en quelques secondes. Jusqu’où était-il élaboré ? Détectait-il les flux amis et ennemis pour ne se déclencher qu’en fonction d’eux ? La flèche qu’elle avait utilisé était empreinte de fluide magique en tout cas. Bloquait-il également d’autre type de magie ? Il lui fallait essayer. Selon les réponses à ces questions, cela pouvait grandement changer le cours du combat.

Pendant qu’explosait un des pans de mur de l’étage, elle essaya de concentrer sa glace tout en saisissant Enfer Noir. Sa main droite la faisait encore souffrir, à cause de cet idiot de lycan, et elle préféra la conserver pour sa magie, glissant l’épée dans celle de gauche. Mais ce fut chose vaine que de vouloir en appeler à la glace. Elle la sentait au creux de sa paume, mais elle ne pouvait la diriger au dehors, tel qu’elle l’avait craint. Que faire ? Prévenir les autres signifiaient dévoiler sa position et ce n’était pas une option. Tant pis, ils le découvriraient bien assez tôt si leur type de magie était affecté ou non. Quand à elle, trouver le magicien lui paraissait être le plus important mais à terrain découvert c’était presque folie que d’avancer à la vue d’archers sans aucune magie pour la protéger. Dans quelle histoire s’était-elle encore mise hein ? Achevant de contourner la maison qui ne tarderait guère à être une ruine totale, elle repéra l’arbalétrier et entreprit de le rejoindre. Il ne la vit que trop tard pour tenter d’en finir à distance. La puissance de son arme était certes supérieur à un arc, mais le temps de chargement la rendait moins intéressante aux yeux de la dame.
Lâchant son arbalète au sol, il dégaina un espadon dans un calme non feint qui n’était pas sans déplaire à l’elfe. La musculature dont il jouissait était impressionnante, à se demander même pourquoi un homme pareil s’était encombré d’une arme à distance. Mais les apparences ne suffisaient de toute façon pas à faire de lui un bon combattant, et ce même si la posture adoptée tendait à confirmer son expérience. Le regard ambré de l’homme ne sillait pas, les doigts de l’elfe raffermissaient leur prise sur Enfer Noir, et la danse commença. L’agilité de l’ennemi laissait à désirer, mais la force brute qu’il possédait forçait la femme à manier son épée à deux mains et à reculer à maintes reprises. Un affront direct s’avérait compliqué mais sa race à elle lui permettait de compenser par l’agilité. Elle occulta au mieux les sons d’effondrement plus loin. Après tout elle se moquait bien de ce qu’il pouvait leur advenir, à Cronose comme aux autres. Si elle ne pouvait ni le tuer ni l’avoir, ça ne voulait pas dire que personne ne pouvait se charger du premier point à sa place. En l’occurrence elle voulait juste sauver sa peau, et elle savait que les ennemis de Ron et compagnie la mettaient dans le même lot que ces derniers. Elle se voyait mal argumenter son indépendance et puis, une épée serait plus efficace que les mots pour cette fois. Tuer, suivre les autres s’ils étaient en position de force. Tuer, partir suffisamment loin si cela n’était pas le cas.

Elle para une nouvelle attaque, tomba un genou à terre, ployant sous la pression. Que ne pouvait-elle pas employer la magie… l’histoire aurait été réglée bien plus vite. Elle se déroba de côté, profitant que la disparition de l’appui déséquilibre son adversaire pour se dégager de là et lui porter un coup derrière le genoux. Ils continuèrent ainsi longuement, l’un comme l’autre ne s’occupant plus que de leur rival. Encore une fois les origines de la femme lui conféraient l’avantage, et elle finit par le mettre à terre, l’achevant d’un coup à la nuque. Malgré ses blessures elle s’en sortait mieux que lui –le fait d’être en vie suffisait à ce que ce soit le cas-. Malheureusement la douleur dans sa main droite était trop prononcée pour qu’elle s’en serve à nouveau, et la plaie sur son flanc bien que plus impressionnante que grave car la profondeur était trop moindre pour mettre sa vie en jeu, saignait suffisamment pour qu’elle puisse omettre de la bander. Et son haut était logiquement fichu. Peut-être lui faudrait-il un jour penser aux armures au fond. Moins pratique mais elle économiserait un beau lot de temps chez le tailleur. Cherchant le magicien du regard, elle l’aperçut gisant également au sol. Sûrement l’œuvre de Kleyd, puisque ce dernier s’en éloignait. Serrant les dents, elle déplaça le fourreau de sa lame de façon à ce qu’il pèse du côté non blessé, et rengaina l’épée pour rejoindre l’humain.

« Ils ont fuis. »

Fut tout ce qu’il lâcha. Trois mots d’amertume, juste ça. Sans doute tout n’avait-il été qu’une simple manigance des inconnus pour laisser à Trucid et à la lycanthrope ennemie le temps de fuir. Ils ne comptaient pas réellement les affronter maintenant et la mort de leurs alliés dont le magicien ne risquaient pas de leur donner envie de faire demi tour vers eux. Le temps où le groupe avait été retenu suffisait sûrement à ce que les deux aient pris de l’avance.

« Mais pas assez loin pour être hors de danger. »

L’elfe hocha la tête. Bien, puisqu’ils y étaient maintenant. Que voulaient-ils faire, les poursuivre ?

« Le chien n’a pas déjà commencé à leur courir après ? »

La réponse lui était évidente. Malgré la distance elle voyait clairement se détacher Cronose mais la douleur la rendait toujours particulièrement aimable. Sourire ironique aux coins des lèvres, elle pressa sa main sur sa plaie pendant qu’ils se hâtaient afin de se regrouper. Récupérer les chevaux échappés semblaient la première chose à faire. Quand à elle, il lui fallait trouver de quoi panser sa blessure rapidement et se changer, bien que le deuxième point soit plus optionnel. Elle n’appréciait certes pas que le tissus ensanglanté lui colle à la peau mais elle le tolèrerait si le temps lui manquait, tout en espérant que les montures n’étaient pas loin. Elle avait laissé tout ce dont elle avait besoin sur la sienne.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Sam 31 Aoû - 5:45

Tout comme ma raison, l’albinos avait pris la fuite. Pourtant et alors que j’aurais pu le traquer, combler la distance qui nous séparait pour mettre fin à cette histoire de prophétie, je fus las de jouer avec le destin. Dans un soupir, ma main vint apaiser mon front tuméfié par l’ironie de la situation. A ses côtés, Trucid avait choisis pour frère d’arme une lycanthrope. Un autre fantôme du passé pour ne pas dire mon pâle reflet. Ma sœur de sang. Je la croyais morte depuis toujours et voilà qu’elle refaisait surface, dans le camp ennemi. Pour sûr, le passé me riait au visage. D’abord Idriale, ensuite cette grotesque destinée sur la prophétie pour finalement aboutir à cette ultime révélation ?

Non, c’en était trop. Je refusais de poursuivre, il me fallait remettre de l’ordre dans ma tête qui j’en étais persuadé, frisait la folie.  Mes pensés se mélangeaient dans un labyrinthe de confusions et de remises en question.  Bien sûr, je vouais une haine incommensurable envers les Narkanns mais quand était-il pour le reste ?
Me contenterai-je de considérer ma trêve avec Idriale comme une réalité ou bien n’était-ce qu’une autre chimère me permettant d’accomplir mes actes dans le mensonge ? Devais-je réellement tuer un homme sujet d’une prétendue prophétie ou devais-je l’épargner ? Allai-je me laisser hanter par l’existence d’une petite sœur revenue d’entre les morts ou bien tenterai-je d’en découvrir le sens ?

Je me devais d’aborder ces confrontations une par une et puisque l’elfe fut la première à surgir d’entre les ombres, je commencerai par elle – et par une bonne bouteille de vin. Car en effet, c’était bien d’eau-de-vie dont j’avais besoin avant tout le reste.

Regagnant la masure où mes compagnons fouillaient les dépouilles des ennemis pour trouver un sens à cette embuscade, mes yeux ne lâchèrent plus ceux de la lycan. Elle pouvait en tirer la conclusion qu’elle voulait mais c’était le genre de regard déterminé qui en disait long. Celui d’une volonté infaillible et impénétrable. Celui d’un homme ayant fixé une priorité parmi toutes les priorités. En effet, il comptait reprendre leur dernier échange là où il l’avait laissé.
Dans une impasse, loin de la place qu’il aurait dû lui accorder.
Bon sang ! Treize ans à se ronger de doutes et de tourments pour se permettre encore un suspens ? Et puis quoi encore !

Alors que Ron mentionna son intention de traquer l’élu, Cronose se contenta d’un hochement de tête, en signe de négation, sans lâcher une seule seconde idriale des yeux. Quand enfin, il rétorqua « On rentre. » plutôt clair dans le sens de ces mots, il débrida ses lèvres dans un sourire, une esquisse ressemblant au lycan d’antan, quand il était encore jeune et fougueux. Peut-être même que ce sourire avait brisé des barrières en lui, pour se donner la promesse qu’il ne reculerait plus devant rien, pas même de ses propres démons.
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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mar 3 Sep - 22:06

« Faut-il partir ? Rester ?
Si tu peux rester, reste ; Pars, s’il le faut. »
Charles Baudelaire



Elle ne savait pas.
Elle ne savait toujours pas.
Mais qui était donc cette femme ? Qui était-elle pour Cronose ?


Cela n'aurait rien dû lui faire. Rien. Pourtant... elle avait cette chaleur au fond d'elle, mauvaise, intrépide, qui l'irritait encore. Elle ne se mentirait pas cette fois, elle était jalouse. Pourquoi ce maudit lycan réveillait-il toujours autant de choses ? Elle n'avait jamais été de cet acabit, elle se pensait au dessus de cela, son ego l'aidant fortement dans l'histoire. Elle n'était pas ainsi.
Excepté lorsque Cronose était dans les alentours. Marmonnant pour elle même, elle nota qu'il ne relevait pourtant pas sa pique. Avait-il décidé de l'ignorer réellement ? A en voir le regard qu'il lui lança par la suite, elle se douta que tel n'était pas le cas. Et quel regard... il aurait presque pu la mettre mal à l'aise à la fixer ainsi, ses prunelles grises ne lâchant pas l'émeraude de celles de l'elfe. Elle lui rendit son regard, Non, elle ne baisserait pas les yeux la première, même si sa blessure lui criait de courir se soigner plutôt que d'entrer à nouveau dans un jeu de tourment. Elle ne détournerait pas le regard.

* Mais cesse de me fixer ainsi. Que veux-tu, par tout les dieux ! *


« On rentre. »

On ? Qui ça on ? Depuis quand pouvait-il la regarder et parler ainsi ? Comme si de rien n'était « viens ma belle, on rentre à la maison », quelle maison d'abord ? Rentrer où ? Ils n'avaient aucun foyer commun qui justifierait d'employer de tels mots. On rentre. Elle aurait bien pu lui rentrer dedans oui, si elle ne saignait pas autant et si elle n'était pas si lasse. Comment pouvait-elle être lasse et irritée à la fois ? Comment pouvait-elle être si jalouse et se vouloir si détachée ? Comment parvenait-il toujours à créer autant de tension... Bien sûr, pour l'elfe, rien n'était encore sa faute. Les bonnes résolutions qu'elle savait prendre pouvait également disparaître en quelques secondes. Elle se leva, en dépit des apparences qui lui conféraient l'air d'être décidée à rester sur place, encore pour le contredire, lui. Elle se redressa pour ce sourire qu'elle avait aperçu, pour cette image, ressortissante d'un souvenir lointain. Mécaniquement, elle le suivit, oubliant les chevaux, oubliant la prophétie, oubliant les autres, oubliant son but, oubliant le reste. Tout en avançant, elle déchira davantage son chemisier en lambeaux, ce qui laissa entrevoir bien plus que la décence n'aurait dû le permettre, et comprima la plaie sur son flanc. *Cronose...* Jusqu'où devaient-il marcher ? Elle n'était pas en état d'avancer des heures à cette vitesse. Ne l'avait-il pas vu ou bien cherchait-il à la tuer ainsi ? Idriale se mordit la lèvre. Elle détestait se mettre en position de faiblesse mais peut-être avait-elle sous-estimée l'ampleur du coup porté. Si elle ne s'occupait pas de cela rapidement...

« Cronose. »


Le ton était sec sans être froid. Elle s'immobilisa et patienta jusqu'à ce qu'il se tourne. Un demi-sourire sur les lèvres, elle fit la moue.

« Je ne sais pas où tu rentres mais je ne peux pas te suivre. »

*Est-ce que tu l'entends, vieux débris, que je ne dis pas ne pas vouloir... Est-ce que tu le vois, que j'aimerai être à tes côtés encore un peu même si l'on se déchire? J'ai des questions, des questions auxquelles seul toi peut répondre...*


Si elle était restée silencieuse sur plusieurs sujets, elle avait désormais l'occasion d'inverser la tournure des choses. Ces flammes qu'elle avait vu... cela l'inquiétait mais comment demander sans le lui montrer ? Les yeux de la guerrière glissèrent vers l'horizon et de la façon la plus détachée possible, une autre question lui glissa des lèvres, presque inconsciemment, furtive comme une pensée qui se serait échappée : « Avant que tu ne partes... qui était cette femme ? »

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mer 4 Sep - 18:00

Prenant conscience qu’il l’a dévisageait trop avidement, il rapporta son regard  vers l’horizon. Celui-ci n’arborait plus qu’un vague bleu décoloré. D’autant qu’un monticule recelait les zébrures orangées de l’astre diurne. Dans sa contemplation neutre, il ne put remarquer la réaction froissée de l’elfe. Après tout, les mots s’adressaient davantage au groupe qu’à elle seule. Cronose prit la peine de se retourner lorsque son ouïe perçu un craquement. D’abord abusé par la situation, il pensait qu’elle se déshabillait. Non pas surpris d’avoir mal interprété, mais plutôt de ressentir l’effet de surprise, justement. Drôle de sensation, après tout ce temps où il pensait n’être qu’une enveloppe vide, menée par de simples fils imaginaires. Mais non et il lui fallut un instant de plus pour arrêter de lorgner ce qui fut autrefois sa compagne.
Raclant sa gorge pour simuler une toux et puisqu’il cherchait ses mots, il gagna du temps en prenant la marche. Lorsqu’elle l’interpella d’un « Cronose. ». Son nom, tout simplement. Pourtant et malgré l’intonation de sa voix, calme mais affirmée, il ressentit des picotements, lui rongeant les entrailles. Comme si ce nom était un adieu et qu’il avait trouvé le moyen de briser quelque-chose d’insondable en lui. Mais comme si Idriale n’était qu’une entité, le hantant depuis leur séparation, son pressentiment s’avéra sous la forme d’une conclusion sonnant inéluctable. Conclusion qui parvint lorsqu’il se retourna pour lui faire face, plongeant à nouveau ses iris froides dans celles de la belle.

« Je ne sais pas où tu rentres mais je ne peux pas te suivre. »


Un coup de poignard sans douleur. Une évidence. Mais il percevait un certain trouble, comme si la voix de l’elfe trahissait quelque-chose et ses yeux ne manquaient pas de le rappeler. C’est à peine s’ils brillaient d’une lueur fragile, prête à s’éteindre au moindre souffle. Par peur de perdre à jamais cette chaleur parcourant son regard, il conserva le silence. Quand elle finit par contempler l’horizon. Et telle une question lui brûlant les lèvres, sa curiosité mis fin à la tension véhiculée jusqu’à lors.

« Avant que tu ne partes... qui était cette femme ? »

Il soupira. Encore un fantôme du passé. Et tout en ayant l’air songeur, sa voix grave souleva le silence. « Ma jeune sœur… Je la croyais perdue depuis longtemps… ses yeux vinrent foulées ceux de l’elfe quand il ajouta. Plus encore que nous deux, en cet instant. » énigmatique, cette révélation s’ouvrait à elle, le submergeant quant à lui, d’une soudaine humilité. Au loin, Ron semblait sourire pendant que Cronose s’approchait d’elle. Séparant la distance en deux et brisant une barrière émise en treize année. Il lui souleva le menton et pris conscience que plus rien ne l’arrêterait, pas même ses propres limites.

-J’ai quelque-chose qui te reviens. Souffla-t-il, presque ému avant que sa main libre ne joigne celles d’Idriale. Dans un ultime regard sempiternel, il lui déposa aux creux de ses paumes un objet étrange… une vieille amulette. Pourtant, aussi simple que paraissait ce geste, il représentait un tout. Leur univers.
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Mer 4 Sep - 19:58

Sa sœur. Cette personne n'était que sa sœur. Lui en avait-il déjà parlé ? Il était si énigmatique parfois... A moins que ce ne soit sa mémoire à elle, qui lui fasse défaut. Idriale ne s'était jamais considérée comme vieillissante mais après huit décennies passées en ce monde, il n'était pas impossible que son esprit ait occulté des souvenirs. Elle chercha en elle quelques instants, tout ce qui attrayait au lycanthrope lui revenait pourtant d'une façon limpide. Elle n'aurait pas oublié cela, elle en était presque sûre. Pouvait-elle cependant lui reprocher d'avoir ses secrets ? Même dans les années où ils avaient été aussi proche que deux être comme eux pouvaient l'être, elle avait toujours gardé certains éléments enfouis profondément en elle. Parce qu'elle ne pouvait en parler, parce qu'il n'y avait jamais eu de bons moments pour le faire, qu'importait.

-J’ai quelque-chose qui te reviens.


Qu'as-tu gardé ? L'elfe n'était pas coutumière du fait de laisser ses biens même à un homme qu'elle aimait, qu'elle avait aimé. Elle n'avait rien laissé en partant ce jour du tournois, pas même un mot, pas même trois lettres, pas même un soupir à son intention. Pourquoi la touchait-il encore. Elle n'aimait pas ce contact, elle se sentait comme une poupée de porcelaine qu'il pourrait briser de son étreinte, une caresse suffisant à craqueler la surface de sa peau, l'expression de son visage. Et ainsi tenue, elle ne pouvait éviter son regard. Elle ne le pu, jusqu'à ce qu'elle sente un point au creux de ses mains. Léger était l'objet et pourtant, il lui fit l'effet d'une masse. Froide, si froide...

Elle ne douta pas de son origine, elle ne douta pas qu'elle était la véritable amulette, celle qui les avait fait se rencontrer, s'aimer, se perdre et se déchirer tour à tour. Après tout, elle l'avait déjà vu. Comme un mirage, le souvenir la submergea. C'était devant ce stupide objet qu'il s'était transformé, l'avait attaqué, avait tué Fainn. Fainn. Elle ne l'avait pas porté dans son cœur outre mesure mais il avait été un compagnon loyal, lui. Cette amulette. Pourquoi lui rendait-il ? Ou plutôt pourquoi...

« Maintenant... »


La main droite de la femme raffermit sa prise sur le bijoux, comme pour s'assurer de la réalité de la chose, tandis que la gauche avait saisit celle du lycan. Elle serra comme si sa vie en dépendait, comme si le simple fait de n'être accrochée à rien à cet instant suffirait à... Ses yeux brûlaient. Pourquoi faisaient-il ça ? Etait-elle... ? Non. Ce n'était probablement qu'un effet causé par le vent. Elle n'était pas...

Ploc.


Une goutte tomba sur le sol, puis une autre sur leurs mains enlacées, jusqu'à ce qu'un flot silencieux vienne assombrir la terre. Comment une telle tiédeur persistait-elle encore en elle ? Elle aurait voulu ne pas revoir cet artefact. Elle ne comprenait pas, pas plus qu'elle ne sut ses intentions au moment où elle se remit en marche, sans lâcher le lycanthrope. Elle avança, quelques pas, quelques mètres, pour s'éloigner des autres suffisamment. Seulement alors elle releva les yeux.

« Je pleure de rage. Ne t'imagine rien d'autre. »

Elle pouvait mentir n'importe quand, même si en face il ne la croirait pas. Elle avait sûrement l'air de tout sauf d'une personne en colère. L'air chaud fit sécher les traces humides sur ses joues, bien que dans ses prunelles demeurait un éclat translucide inhabituel. Elle cherchait ses mots mais rien ne venait. Elle en appelait à ce qu'elle avait ressentis quand il lui avait dérobé l'objet mais rien ne remontait. Tout était tellement compliqué...

« Je pensais... Comment se fait-il que tu l'ai encore ? L'as-tu au moins utilisée comme tu le souhaitais ? Parce que si tu ne l'as pas fait, je me demande bien à quoi tout le reste s'est résumé. Tu m'avais dis l'avoir perdue. L'avoir jetée. Ce n'était sûrement qu'un mensonge de plus que tu aura proférer à mon égard. »

Pourtant elle ne lui en voulait plus. Il lui rendait l'amulette. Quoiqu'il ait pu faire, elle sentait que l'énergie contenue à l'intérieur de l'objet n'était pas éteinte, pas entièrement. Ils retournaient aux origines, ensemble. Même si elle demandait des explications, elle se moquait de la réponse. Sa réelle inquiétude venait des intention de l'homme et des sentiments qu'elle ressentait. Depuis leur dernier tête à tête elle ne parvenait plus à se mentir aussi aisément. Elle acceptait. Avec l'acceptation venait le pardon, elle le savait pertinemment. Son égo aurait dû répliquer alors mais quels seraient ses arguments face à ce dernier geste ? Près de la cascade, quelques soir auparavant, il avait dis qu'elle pourrait l'oublier bientôt. Cela avait-il à avoir avec le fait qu'il lui rende l'amulette ?

« Tu es tellement bête, Cronose. C'est ce que je t'ai dis, la dernière fois mais tu n'as pas entendu. Ce soir encore tu n'écoutes qu'à demi j'en suis sûre. N'entends-tu jamais mes mots, si je ne te les jette en face ?»


Elle ne l'avait toujours pas lâché. A quelques centimètres l'un de l'autre, il ne pourrait pas s'enfuir maintenant, pas encore. Elle ne le pouvait pas non plus. Elle avait ancré ses doigts sur les siens et rien ne les détacheraient ce soir avant qu'elle n'obtienne des réponses et qu'elle n'ait finalement épuisé, tout ce que son être aurait dû déjà dire. Rien ne lui ferait rebrousser chemin, elle se le promit, rien, pas même sa douleur lancinante sur son flanc, pas même la peur qu'elle avait face à sa vulnérabilité fermement revenue.

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Jeu 5 Sep - 4:48

Il savait que l’amulette était l’ultime recours pour vaincre les Narkann. A lui seul, quand bien même aurait-il pu prétendre, sans fausse modestie, être le plus accompli des lycans ; Jamais il n’aurait pu triompher des bourreaux sans cet artefact dont les propriétés lui avaient permis de braver l’impossible. Mais non. Il s’en moquait bien en vérité, car s’il vouait une vengeance machinale envers ce clan de traîtres, il reconnaissait aujourd’hui que seul son égo en était meurtri. Privé de raisons d’êtres, il leur portait le blâme. Et pourtant, Idriale… ses mains posées sur les siennes, son regard plus renversant qu’un gisement d’émeraudes, ses lèvres d’un rouge cardinal, sa silhouette fine et gracieuse, sa peau claire et ses cheveux d’ébènes. Elle rendait toute sa rancœur aussi dénuée de sens que d’intérêt. Pis, sa compagnie appartenait à un autre monde. Et malgré les bas, elle fut le repos dans sa vie de guerrier. Un souffle de vie dans une existence parallèlement avilissante. Et encore à ce jour, il en était fou, éprit d’une fièvre enivrante, maladive, dont aucune autre femme n’aurait pu satisfaire la cure. Juste que le temps l’avait empêché de cicatriser. Juste que le temps… l’avait privé de ce monde qui n’appartenait pourtant qu’à eux et à eux seuls. Mais la beauté du bonheur ne réside-t-elle pas dans sa brévité ? C’est un fait, mais dans une existence comme celle qu’avait mené Cronose, aussi sombre que l’était sa toison et son âme, la balance aurai-pu réviser son pesant. Lui octroyer l'extinction d’une seule erreur, celle d’avoir gâcher le sourire de sa louve pour une poignée fade de gloire.

Maintenant... »


La peau d’Idriale, douce et froide, se fit brûlante. Mais ce contact n’était pas le seul à prendre feu, ses yeux vinrent se joindre à la dance enflammée. Des larmes chaudes perlèrent et vinrent embraser la dextre du vieux loup, aussi sûrement que son cœur. Bien que son regard devint fébrile, sa fierté, comme toujours, contint son chagrin. Ses lèvres trahirent toutefois un frisson. Troublé, il se laissa mener par la belle, le guidant au-delà des oreilles du forgeron. Recouvrant une pleine intimité, elle proféra un mensonge absurde, reflétant néanmoins une part de ce qu’il affectionnait en elle. Sa délectable fierté.

« Je pleure de rage. Ne t'imagine rien d'autre. »


Cronose ne put contenir un sourire espiègle à cette réflexion. Mais lorgner par un regard de défi, il se ravisa, préférant honorer l’amour-propre de son alter-égo.

-Je te crois… dit-il d’une voix douce, allant en son sens pour ne pas la brusquer. D’autant qu’il pouvait au moins se permettre le loisir de rétorquer par le mensonge à pareille excuse.

« Je pensais... Comment se fait-il que tu l'ai encore ? L'as-tu au moins utilisée comme tu le souhaitais ? Parce que si tu ne l'as pas fait, je me demande bien à quoi tout le reste s'est résumé. Tu m'avais dis l'avoir perdue. L'avoir jetée. Ce n'était sûrement qu'un mensonge de plus que tu aura proférer à mon égard. »

Elle était loin d’être stupide et il savait que ce détail ne lui échapperait pas. Malgré tout, il avait tenu à lui rendre l’amulette. Non pas seulement pour réparer une erreur passée, mais surtout afin de mettre une franchise symbolique à ce retour des choses. Il ne lui mentirait plus, quand bien même n’aurait-il plus l’opportunité d’en faire une promesse.

« Tu es tellement bête, Cronose. C'est ce que je t'ai dis, la dernière fois mais tu n'as pas entendu. Ce soir encore tu n'écoutes qu'à demi j'en suis sûre. N'entends-tu jamais mes mots, si je ne te les jette en face ?»


Il prit le temps d’avaler ses propos auquel il en partageait le sens, sans en accepter la profondeur.

-J’ai été bête, rectifia-t-il d’un sourire sans l’être. Comme songeant à une vérité qui lui avait échappée jusqu’à lors. « Mais tu te méprends sur le reste. »

Et dans un effort qui en d’autres-temps lui aurait coûter sa dignité, il planta genou sous terre. Sans lâcher les mains de sa compagne. Toutefois et ne manquant pas de toupet, il répliqua à la soudaine stupéfaction de l’elfe. « J’ai mal aux jambes. Ne t’imagine rien d’autres. » Un sourire infantile adoucissait ses traits habituellement froids. Il prouvait ainsi à Idriale que sa fierté avait aussi des limites et quelle se confortait à la sienne. Ce qui ne l’empêcha pas lui-même d’être surpris par sa propre réaction.

-Je ne vais pas te mentir… J’ai l’amulette en ma possession depuis toujours. Mais si tu penses qu’elle ne m’a rien apportée…
peina-t-il à formuler… En un sens tu as raison. » la tension paraissait bien loin derrière eux, elle était remplacée par une émotion plus honnête, prisant la nostalgie, le regret. « Je t’ai menti en effet. Mais... c’était pour t’éviter de resonger à ce que j’ai fais… A ce que… » Les mots lui brûlaient le gosier, comme s’il prenait enfin conscience de tout ce qu’il avait mis en jeu et perdu. Si les propos tenu par Cronose manquaient de chaleur, son ton ne manquait pas de prouver le contraire. Sa voix était à deux doigts de se briser et une chaleur lui picorait les yeux. Bien qu’il la surmonta, en reprenant son souffle. « Je ne voulais pas te perdre à nouveau… et il détourna le regard pour dissimuler au crépuscule la première larme qu’il versa depuis des lustres. « Pour ne pas que tu te souviennes, ce que j’ai fais à notre ami… Le nom refusait de sortir, comme une malédiction qui ne le quitterait jamais. « Pour ne pas que tu vois en moi… le monstre que j’ai été… Celui qui… » une pensée pour l’imbécile heureux et pleins de souvenirs revinrent le hanter. Ses mains oscillaient dans celle d’Idriale, il se sentait pitoyable mais il se soulageait d’un mal contenu depuis trop longtemps. Bien plus ancien que ce souvenir d’il y a treize ans. Un mal qui remontait aux sables chauds de Darn Abart.  Et comme s’il n’était plus qu’une entité agonisante, la suite s’échappa dans un murmure. « celui qui t’as trahi… » Une bise vint se joindre au silence, comme pour recueillir l’attention d’un mort ayant enfin la chance d’entendre l’aboutissement de quelque-chose, peut-être le deuil de son meurtrier. « Fainn.. » songea-t-il à voix haute, alors que ses mains glissèrent de l’entrave de l’elfe pour gagner la terre ferme. Un frisson le parcouru, il n’avait jamais prononcé son nom. Jamais depuis sa mort. Ses doigts agrippèrent la surface sablonneuse du sol. « Je ne puis rattraper le passé. Et bien que mes regrets se mêlent à la mort du rouquin, je… culpabilise davantage pour toi.» et sans l’ombre d’une étincelle dans le regard, il reporta ses yeux dans l’émeraude de sa belle. « Il n’y a rien dans mon âme Idriale, seulement des souvenirs brisés... » se redressant, il la dominait à nouveau de toute sa hauteur, recouvrant sa superbe. « Pourtant, quand je me perds dans tes prunelles… son regard pétilla, ennobli par l’astre lunaire, fusionnant le gris à l’argent. « J’ai l’impression de me tromper.» Puis, comme porté par une main invisible, il se laissa submerger par la tension reconquise. Une tension déliée de son froid, ralliant sa pleine démesure. Un feu auquel nul n’aurait pu résister, pas même Cronose, maître des lames noires, qui naturellement agrippa le visage doux d’Idriale, d’une caresse suave, avant de s’emparer de ses lèvres pour un baiser gravé entre le présent et ses fragments de souvenirs.
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Jeu 5 Sep - 10:52

Dis... comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on haïr si fort un être qu'on ne voulait qu'aimer...

Négation.

Tu mens, toi aussi. Tu ne peux pas me croire Cronose. Personne ne le pourrait à cet instant, même le dernier des idiots. Cette compassion aurait dû la rendre nauséeuse. Idriale n'aimait pas faire ressentir ce type d'émotion. Quoi de pire ? Ce n'était pas digne d'elle alors pourquoi se contentait-elle de cela...

« J’ai mal aux jambes. Ne t’imagine rien d’autres. »

Doute.

Le regard de l'elfe se troubla à nouveau. Ce geste qu'il venait de faire... ployer genou face à elle, lui témoigner de l'humilité... Et cet air sur son visage... voilà bien longtemps qu'elle n'avait pas vu un tel sourire. Elle avait l'impression de revoir le tout jeune homme qu'il était, celui pour qui elle avait baissé sa garde, le premier depuis longtemps. Le doute faisait s'affoler son cœur. A quel prix aurait-elle dû continuer de se convaincre d'une ruse ? Elle ne pouvait pas, pas lorsqu'elle le voyait ainsi, pas quand elle se sentait à une fraction de seconde d'obtenir une paix depuis longtemps perdue.

-Je ne vais pas te mentir… J’ai l’amulette en ma possession depuis toujours. Mais si tu penses qu’elle ne m’a rien apportée…  En un sens tu as raison. Je t’ai menti en effet. Mais... c’était pour t’éviter de resonger à ce que j’ai fais… A ce que…


Ne dis rien, ne continue pas. Bien sûr que tu m'as mentis.
Elle n'avait formulé qu'une affirmation quelques secondes avant, sans vouloir entendre que c'était vrai. Elle l'avait cru à l'époque. Elle lui avait pardonné une première fois, renonçant à l'amulette et choisissant la caresse enivrante du lycanthrope sur sa peau, à la fierté qui dictait sa vie. Tout du moins elle avait cru le faire. A la première occasion elle était partie, ravisée. Il avait suffit qu'il s'éloigne d'elle quelques heures pour qu'elle réfléchisse à nouveau à sa façon et opte pour la fuite. Il ne l'avait pas choisie face à un combat ridicule, en quoi l'aurait-il choisie après ? Plusieurs fois elle n'avait été qu'une seconde option, c'est ainsi qu'elle avait vu les choses, dans ces craintes qu'elle était partie.

« Je ne voulais pas te perdre à nouveau… Pour ne pas que tu te souviennes, ce que j’ai fais à notre ami…  Pour ne pas que tu vois en moi… le monstre que j’ai été… Celui qui… celui qui t’as trahi… »

Pourtant ce mensonge n'avait rien empêché. Ils en avaient souffert tout les deux. Sentant les mains du lycan s'agiter dans les siennes, elle desserra son étreinte. Elle continuait de le regarder, sans compassion mais avec une douceur nouvelle. Ce n'était plus un rapport de force et elle n'éprouvait nulle pitié à l'égard de son ancien amant. Elle se contentait pour une fois d'écouter sans juger. Elle lui aurait bien dis, qu'elle même n'était pas fière de tout ce qu'elle avait pu faire pour parvenir à ses buts, elle aurait aimé lui glisser qu'elle ne jugeait pas de cela, sans quoi même son amour propre aurait été amoindri. Mais elle était perdue dans ses propres démons.

 « Il n’y a rien dans mon âme Idriale, seulement des souvenirs brisés... »  

Nos âmes sont perdues depuis longtemps, Cronose. Peux-tu dire pour autant qu'il n'y a rien dans la tienne ?
Les souvenirs étaient ce qui leur permettait de construire l'avenir, quoiqu'ils en disent, quoiqu'ils en fassent. Ils ne nécessitaient aucun accord pour influencer leurs vies, comme des compagnons fantômes qui de temps à autre pousseraient leur pas un peu plus vers les routes, que vers la chaleur d'un abris. Il était difficile de s'en détacher et si Idriale avait déjà essayé de s'en débarrasser, elle savait, après avoir expérimenté la chose, qu'il n'y avait rien de pire que l'oubli. Ils restaient de sanglants prédateurs mais sans s'en souvenir, les dégâts étaient incommensurable. Elle ne voulait plus rien effacer de sa mémoire. Chaque fragment du passé lui était précieux et plus précieux encore étaient ceux où Cronose apparaissait.
L'elfe regarda le lycan se redresser. Ce n'était pas ses seuls souvenirs qui l'attiraient vers lui. Là, sous la lune, elle aurait voulu se fondre contre lui. Cela ne nécessitait qu'un pardon mutuel. Elle l'avait déjà fait une fois, ne pouvait-elle le refaire ? Serait-ce faiblesse ou grandeur, que de marcher encore vers lui ? Etait-ce...

Flamme.

Sa peau était littéralement brûlante. Le sillon de ses doigts laissait une marque enflammée sur son visage, l'empreinte de ses lèvres la laissait suffocante, son cœur de glace mis à l'épreuve d'un brasier infernal, battait d'un rythme irrégulier qui empêchait l'elfe de respirer sereinement. Il l'embrassait. Que devait-elle faire ? Le repousser ? Le saisir si fort que jamais plus il ne partirait ? Elle s'affolait, incapable de se laisser aller à ce geste. De nouvelles larmes perlèrent au coin de ses yeux. Pourquoi n'y parvenait-elle pas ? Qu'est-ce qui la retenait encore ? Sans se rendre compte que ses mains froides s'étaient glissées jusqu'au torse du lycan, sans réaliser ce qui se passait réellement,  elle détourna légèrement ses lèvres pour ne laisser que ses yeux au vert impérial fusiller ceux de Cronose.

«  Refait ça encore une fois et je serai obligée de te rappeler à un autre genre de souvenir. »

Malgré le regard qu'elle lui lançait, son ton était grave, entre l'avertissement et la supplique, elle le voulait. Elle se moquait bien finalement de lui pardonner, elle le voulait. Comme une enfant capricieuse trop longtemps privée d'un jouet, elle le voulait. Comme une femme qu'un homme laisse trop longtemps patienter, elle le voulait plus encore. Son corps ne s'était pas embrasé de la sorte depuis longtemps et au contact des lèvres du lycanthrope, une faim s'était manifestée en elle. Elle n'en pouvait plus de cette tension, de leurs propos désolants sur la vie et le destin. La, immédiatement, elle avait envie d'autre chose. Pourquoi cette fichue blessure l'empêchait-elle de prendre tout simplement ce dont elle avait envie ?
Il avait brisé des chaînes au fond d'elle et elle aurait aimé pouvoir en faire de même avec celle de l'homme. Mais il était toujours si imprévisible... Craignant de s'être mal fait comprendre, de le braquer une fois de plus contre elle, elle se glissa sur la pointe des pieds pour l'atteindre à nouveau et déposa doucement un second baiser sur les lèvres de son ancien amant, accompagné d'un léger rire cristallin  qui n'avait pas résonné depuis une décennie, et d'un sourire malicieux, digne de ses plus belles bêtises enfantine. Le reste, le sérieux pouvait attendre. Après tout, s'il le répétait, s'il se moquait, elle pourrait toujours dire qu'il mentait, qu'il n'avait une fois de plus, rien compris.

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Cronose

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Ven 6 Sep - 1:14

Enfin. Ce baiser reprenait ses droits. Brisant la haine et l’amertume. L’apathie et le tourment. Il dura à en perdre la raison. Les lèvres du lycan ne cessaient de jouer avec celles de l’elfe. Et telle une flamme léchant un morceau de bois, il titillait sa langue par somptueuses caresses. Ses paumes avaient captées les joues de sa belle, sa chevelure d’ébène, elle, cascadait sur les doigts meurtris du guerrier-loup. Mais elle se détourna du feu qui les consumait, Cronose en déplissa les paupières. Découvrant les yeux verts de la lycan, sauvagement impétueux.

«  Refait ça encore une fois et je serai obligée de te rappeler à un autre genre de souvenir. »

Son intonation, un rien menaçante délaissa au vieux loup un soupçon d’envie. Un frisson chaud effleura sa nuque alors qu’un sourire entre joueur et carnassier foula son visage.
« Je me demande bien lequel.. » souffla-t-il, animé d’une vorace et délicieuse curiosité.
Ses bras relièrent la distance qu’Idriale avait établie entre eux pour se poser habillement sur les hanches graciles de l’elfe. C’était comme si une bulle les déliait de la réalité. Il n’y avait qu’eux pour partager ce souvenir et aucun parasite ne devait en rien gâcher ce moment. Pour preuve, l’effluence singulière du Drushii avait disparue, il avait certainement compris que les deux loups fougueux avaient besoin de profiter de l’instant présent, en toute intimité. Ce court laps de divagation permis à Cronose de prendre en compte les blessures loin d’être superficielles de sa compagne. Non pas qu’elle était dans un danger imminent, il fut juste inquiet quant à la possibilité qu’une fièvre la gagne, suivi de la gangrène. Il n’eut guère le temps de s’en alarmer puisqu’elle l’étreignit pour l’embrasser de ses lèvres si douces… Bien qu’il rebutait toute forme de captivité, les bras de sa bien-aimée, enroulés autour de son cou, dérogeaient plaisamment à la règle. Il l’investit d’un nouveau regard envoûté et les iris de la belle y répondirent par son éclat lunaire. Un rire cristallin suivit d’un sourire malicieux, de quoi faire fondre son cœur pourtant sculpté dans la pierre. Ses doigts jouèrent avec l’une de ses mèches de cheveux, et il fut surpris de s’entendre dire « J’en oubliais presque leurs douceurs… » Il reporta ses yeux dans les siens et vint la cueillir d’une nouvelle étreinte. Les baisers, plus langoureux que jamais, lui apportaient réconfort et ils se firent même plus passionnés qu’autrefois, comme pour alléger une absence douloureuse, un vide évasé dans l’entrelacs de leurs souvenirs.

« Reste avec moi… » Supplia-t-il d’une voix chaude, entre deux étreintes. D’une poigne avide, il lui arracha le peu de chemisier couvrant sa pudeur et vint goûter la courbure délicieuse de son cou. Et tout en l’emportant sur la surface froide et ondulée de la plaine, tenaillé par un souffle sauvageon, il reprit. « Reste avec moi. »
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Ven 6 Sep - 15:18

Les souvenirs auxquels elle faisait allusion n'étaient-ils pas évident ? Une autre aurait sûrement rougis en pensant à ces nuits qui n'avaient pas été profitable à leur sommeil. Idriale, elle se contenta d'en sourire, malicieuse. Des hommes, elle en avait connu. Elle s'était même vaguement occupée à les classer : ceux dont l'incapacité était affolante -bien qu'elle n'ait laissé à ceux là aucune chance de s'améliorer avec qui que ce soit-, ceux qui la prenait pour une amoureuse transite qui n'allait pas s'éclipser dans les secondes qui suivaient, ceux qui tenait plus du chien baveux et envieux et que de l'homme... Au fond, outre son honteux premier amour et certains guerriers qui l'avaient transportés quelque fois avant que chacun ne reprenne la route, elle devait encore reconnaître que le lycanthrope était l'un des rares avec qui elle s'amusait. Et malgré des années d'absence et de reproches, peut-être celui dont elle avait profité le plus. L'elfe se renfrogna à cette idée. Entre son égo d'un côté et ses envies de l'autre... Enfin. Il n'avait pas besoin de le savoir, inutile de lui donner plus d'importance, surtout, surtout à ce sujet là.

« J’en oubliais presque leurs douceurs… »

Elle ne s'en offusqua pas. Tout paraissait proche et lointain à la fois avec eux.

« Reste avec moi… »

Elle n'avait pas à craindre le rejet. Il était le seul envers qui elle avait pu douter, personne ne se refusait à elle en général. Malgré son corps qui gardait quelques traces de combats, elle avait été relativement épargnée. Belle, les hommes le disaient. Ses traits elfiques dominaient et encore jeune pour les siens, son charme était préservé. Le laissant la guider, elle ne pu que faire fi de sa blessure.

« Reste avec moi. »


Pourquoi fais-tu cela...
Elle le voulait, le voulait vraiment en cet instant. Nimbés par la lune elle se  laissa aller à des instincts aussi vieux que le monde. Face à l'inégalité incontestable de leurs tenues, elle entreprit de déshabiller le lycan, bien que ce fut un grand mot. Qui pourrait dire si les vêtements de l'homme ne se retrouverait pas dans le même état que les siens. L'idée la fit sourire encore, l'esquisse se faisait plus naturelle à chacune d'elle. Elle se délesta d'Enfer-Noir avant de poursuivre, le tableau de l'elfe presque nue mais armée aurait pu paraître un peu étrange. Pressée tout à sa faim, elle ne tarda pas à se fondre contre son amant, le corps et l'esprit embrasé. Ses doigts se plaisaient à retrouver chaque cicatrice connue et à en découvrir d'autre, tandis que sa bouche vaquait des lèvres au cou du lycan. De rares fois n'étant pas coutume, elle le laissa passer au dessus d'elle, son propre dos gagnant la surface inégale de la terre. Secondes, minutes, la notion du temps était désormais étrangère. Mélangé à la douleur de sa plaie sanglante, le plaisir fit oublier à l'hybride tout le reste et le silence de la nuit fut rompu par ces deux êtres se pensant alors, seul au monde.

Les tensions libérés et la raison revenue, l'elfe lâcha un soupir d'agacement.

« Ne pars pas. Je reviens, j'ai juste besoin de nettoyer ça. Je ne suis pas sûre que la dernière heure aurait été le traitement conseillé par un soigneur. »

Il ne devait pas partir. A contrecœur elle remit son pantalon de cuir et se servit du reste de son chemisier pour nouer un bandeau autours de sa poitrine. La nudité ne l'avait jamais vraiment gêné et l'effet de surprise en cas de mauvaise rencontre aurait pu être intéressant mais... Non. Elle se marra en silence jusqu'à ce que les contractions lui donnent le vertige. Il fallait vraiment rincer cette plaie faute de mieux. Déclinant une aide quelconque avant même qu'elle ne fut proposée, elle s'éloigna jusqu'à un courant d'eau croisé plus tôt. Des animaux s'y étaient abreuvés, laissant des traces diverses tout autours sur la terre humide. Le liquide semblait suffisamment propre, bien que le faire bouillir aurait été plus sage. Elle dénoua le garrot de fortune qu'elle avait confectionné et grimaça. La douleur des autres ne l'avait jamais affecté mais elle n'aimait vraiment pas les blessures lorsqu'il s'agissait de son propre corps. Elle se hâta de faire le nécessaire pour assainir la plaie, puis fit coaguler le sang avec sa magie. Ce n'était qu'une solution temporaire mais le tissus lavé aurait le temps de sécher avant que cela ne ressaigne. Par chance elle ne s'était pas éloignée énormément et une vingtaine de minute, peut-être, suffirent à ce qu'elle retrouve Cronose. Le soulagement éprouvé en le voyant passa sur son visage une fraction de seconde. Il n'était pas parti.

Mais cela ne durera pas...

Encore cette voix dans sa tête, qui venait du tréfonds de son âme. Celle qui susurrait à son oreille de temps à autre, celle qui dormait paisiblement tant que la vie de l'elfe restait à son habitude sur un chemin jonché de mort avec un soupçon d'amertume au bord des lèvres mais aussi celle qui s'éveillait quand le cœur de la dame s'emballait. C'était cette voix légère, qui l'avait fait tuer son dernier amant en date, de peur qu'elle n'y soit bien. C'était cette crainte que chaque bonheur trouvé lui soit toujours arraché.

Cela ne peut durer... Tu n'as pas le droit d'être en paix. Tu ne restera pas, tu le sais bien. Tu prendra la fuite quand tu te sentira prisonnière, tu te fondra dans les ombres pour regagner ta vie d'errance et si ce n'est toi qui détruit tout la première, lui le fera.

Il le fera, Idriale.  


La fraîcheur nocturne glissait sur la peau de l'elfe comme la cascade sur les rochers. Il aurait pourtant été possible de croire que le froid l'atteignait. Elle s'approcha sans bruit vers le lycanthrope étendu qui était sûrement loin de se douter des tourments de la dame. Le regard de cette dernière vaqua jusqu'à lui, pour la énième fois depuis qu'ils avaient... Bouffée de chaleur. Son cœur se sentait l'âme d'un colibri à nouveau. Il était peut-être vrai et sûrement possible que cette voix ait raison mais si elle pouvait profiter de ce répit encore un peu...

Ses mains retournèrent à l'encontre du torse de l'homme, en une caresse légère, presque imperceptible. Assez toutefois pour que les réflexes aiguisés du lycan le fasse réagir.

« Ce n'est que moi. »

Elle sourit faiblement, avant de reprendre. Elle glissait ses doigts sur lui comme elle l'aurait fait sur un pâle reflet dans l'eau, par peur qu'il ne disparaisse trop tôt. Enjambant son amant elle vint s'asseoir sur le bas de son ventre et se pencha en avant pour embrasser son torse, chaque parcelle de sa peau dénudée comme si elle en découvrait les secrets.

« Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut être. Mais... »


L'aurore n'était pas encore au rendez-vous et les désirs nocturnes conservaient leurs pouvoirs jusqu'à ce que le soleil remette à nu les douloureuses vérités.

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Cronose

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 8 Sep - 22:23

Et elle était restée.
Pourquoi fais-tu cela...
Il n’y avait aucune plainte dans sa voix, ce n’était que l’illusion d’une barrière que Cronose avait déjà franchie. Et à bien considérer, il n’y avait jamais eu de frontière entre ces deux loups. Bien que différents, leur alchimie était consubstantielle l’une de l’autre. Un peu comme si aucun mot ne pouvait justifier cette aimantation. De toute façon un génie théoricien en serait devenu fou, il n’y avait rien à comprendre.

Dans le souffle de l’attirance, il partageait ses caresses, guidait ses mains et découvrait ses propres séquelles. L’elfe, malgré son regard tendre,  portait son lot de souffrance et les zébrures sur son corps était-là pour le souligner. Cronose faisait danser ses doigts sur les marques et ses lèvres y déposèrent plusieurs baisers comme pour étouffer leurs brûlures évanouies. Les lycans ne marquaient pas facilement dû à leur étrange reconstitution des tissus, mais l’argent et la morsure d’un semblable persistaient, aussi étrange que cela puisse paraître. Parmi les blessures d’Idriale, il put y discerner ses propres offenses, sans pour autant les rappeler à l’ordre. Le passé appartenant au passé.
Puisqu’elle avait pris la peine de mettre ses habits en charpie, il préféra la marquer de son affection et de son désir brûlant, à l’instar de leurs confrontations antérieur.
Les doigts de sa belle foulèrent sa barbe puis, vinrent se perdre dans sa toison quand il lia son corps au sien. Leurs souffles se mélangeaient tout comme leurs chairs, avides de retrouvaille. Le visage enfoui dans son cou il y déposait l’empreinte de ses lèvres pendant qu’elle lui mordillait l’épaule. Quand elle prit finalement les devants, délaissant sa sauvagerie pour une touche voluptueuse et suave. Après un échange de rôle harmonieux, il se laissa choir sur le dos, éprit d’un souffle chaud, silencieux. Ses doigts dessinant des sillons dans les cheveux douçâtre de sa compagne, allongée sur son torse. Elle-même à bout de force, presque assoupie sur la silhouette de son amant.

Après quelques minutes, bercé par l’étourdissement de leurs enveloppes charnelle jointe l’une à l’autre, elle soupira avant de le quitter sur quelques mots.

« Ne pars pas. Je reviens, j'ai juste besoin de nettoyer ça. Je ne suis pas sûre que la dernière heure aurait été le traitement conseillé par un soigneur. »

Il releva la tête pour acquiescer, puis somnolant il lui murmura. « Prend l’amulette, la blessure s’effacera d’elle-même. » Mais c’était trop tard, elle avait déjà disparue. Naturellement, Cronose ne songea pas une seconde qu’elle puisse le laisser comme autrefois. Leur dernière rupture ne s’était jouée que sur la décision du lycan, encore une fois. Et elle n’avait eue que trop raison lorsqu’elle l’avait qualifié d’imbécile. *Tu es si bête Cronose…* Ses mots furent comme soufflé à son oreille, répétés dans un écho lointain. Il se laissa emporter par l’obscurité qui pour une fois, s’avérait douce et accueillante.

Son instinct réagit bien avant sa conscience, lorsqu’une menace vint troubler son sommeil. Il avait déjà le poing agrippé sur un poignard. Lorsqu’il fut radouci par une voix familière.

« Ce n'est que moi. »

Il partagea son sourire avant de laisser ses paupières se débrider à moitié. Puis, un contact le chatouilla, celui de l’elfe déposée sur son bas ventre, l’embrassant du torse aux lèvres. Alors seulement il ouvrit les yeux pour se perdre dans les siens.
« Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut être. Mais... »

Il esquissa un sourire, puis la fit basculer sous lui. Les mains appuyées contre le sol, celles-ci formaient un étau autour de l’elfe. Elle lui parut si fragile entre ses deux bras. Ce qui lui fit une drôle d’impression, la sachant bien plus forte qu’elle ne le paraissait. Ensuite, à l'incompréhension de sa bien-aimée, il vint planter ses crocs dans son poignet jusqu'à sang, qu'il porta au flanc blessé de l'elfe avant de lui dérober une dernière fois l'amulette pour l'y a poser. Presque instantanément, la plaie se referma, ne laissant plus qu'une tache de sang en souvenir d'une blessure déjà révolue. Ses mains vinrent ensuite se joindre à celles de l'elfe pour y déposer l'artefact.  
Un petit échange de regard nocturne s’en suivit, dans un silence savoureux, s’imprégnant d’une retrouvaille qu’aucun mot n’aurait pu décrire. Il glissa une main sur sa joue avant d’incliner son corps pour goûter encore à ses lèvres. Puis, accueillant l’expression dubitative de sa compagne, il écarta son visage et fut pris d’un rire spontané. Une fois qu’il fut remis de son amusement, il lui souffla, le ton encore trahi par l’euphorie.

-Dire qu’il y a quelques mois, nous avons manqué de nous étriper. Ca me fait juste… bizarre, et redevenu sérieux, il rejoua avec une mèche d’Idriale. « Enfin je suis content d’avoir éviter le pire… » puis, comme pris par une confession qu’il hésitait à avouer, il mordilla ses lèvres en affichant un sourire espiègle. « je m’en serais voulu… de t’avoir tuer… » et il lui afficha le sourire le plus provocateur qui soit. Le sous-entendu plutôt clair, comme quoi elle n’avait aucune chance de le battre mit en éveil la fierté de l’elfe. C’est du moins ce qu’il put en déduire par la baffe qu’elle lui administra. Se laissant choir sur son flanc, il se mit à rire comme il ne l’avait plus fait depuis longtemps, alors qu’elle lui mettait des petits coups sur la poitrine. Ceci ne fit qu’accroître son rire, fier de l’avoir piqué au vif avec sa boutade puérile. Quand enfin, il l’emprisonna entre ses bras pour l’empêcher de se défouler. Esquissant toujours un sourire malicieux, elle tentait de s’écarter mais il la retenait toujours entre ses muscles saillants. Et alors qu’elle se débâtait sans relâche, il lui fit un bisou « forcer » pour l’enquiquiner davantage. Tournant le visage, elle échappait à ses lèvres, faussement indignée. Quand à plusieurs reprises, recouvrant leur sérieux, il l’a fit céder pour une étreinte sauvage. Ses caresses de plus en plus aguicheuses étaient assez révélatrices quant à son attention de rattraper son « offense ».
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Sam 25 Jan - 21:55

Elle était elfe et elle était lycan, elle était guerrière et elle était âme errante, elle avait été maintes choses et en serait encore autant. Malgré tout, jamais elle ne serait aussi femme que ce soir là. Libérée d'un poids dont elle n'avait plus conscience, elle s'adonnait avec Cronose à un comportement qui ne lui était guère familier. Elle était légère et elle était heureuse, elle était éphémèrement ancrée dans cette étrange réalité. Elle n'avait plus cette sensation de se regarder d'un point de vue extérieur outrepassant ses émotions, simplement celle de pouvoir se fondre enfin dans les rêves d'un avenir aux allures de possible.
Elle aurait pu refaire le monde, ici. Dans le jeu et la moquerie s'il le voulait, dans des contrées désertes ou des demeures seigneuriale s'il lui seyait, dans l'anonymat ou dans la gloire elle n'en avait cure. Elle aurait pu...

« je m’en serais voulu… de t’avoir tuer… »


… elle le pouvait. Seulement il lui fallait d'abord des excuses, et dignes de son nom, s'il vous plaît. Servis sur un plateau d'argent, au moins. Pour qui se prenait-il encore? Devait-elle lui rappeler que celle qui aurait pu tuer en premier, c'était elle? Elle prit le plus sérieux de ses airs vexés et tint son rôle quelques instants, jusqu'à aborder une nouvelle tactique. Elle lui retourna ses caresses, son désir, son ardente douceur, puis cessa à l'instant culminant du jeu. Elle saisit doucement le visage de son amant pour scruter le fond de ses yeux de la façon la plus langoureuse et la plus attendrissante à la fois, avant de murmurer :

« Dis-le.  Dis moi que tu m'aimes... »

Quelle vengeance plus douce pourrait-elle prendre, que celle où elle n'aurait besoin d'aucune arme et d'aucune parole blessante ? Juste une question, une demande qui le forcerait à deux possibles, trouver un autre moyen de s'excuser pour que la tension sexuelle ne les rendent pas fou d'ici la fin de la nuit, ou accéder à la demande de l'elfe... Elle se moquait bien de ce genre de futilité, elle n'aurait jamais pensé sérieusement à ce genre de question mais pour l'occasion, elle était parfaite. Il s'agissait d'une interrogation si ridicule une fois remise en contexte de leur monde, de leur passé et de leur relation. Pourtant, imaginer Cronose prononcer ces mots là serait une jolie revanche aux provocations précédentes et il pouvait bien penser ce qu'il voulait, elle restait intimement persuadée qu'avec les hommes, quand il était question de charme et de consommation, elle était celle qui menait la danse.

* Et ne crois pas que ton charme sera la solution de ton problème...*

«...Mon indomptable loup.»

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J'avance en mémoire de ceux qui par ma lame ont péri.

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Cronose

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MessageSujet: Re: Trouver la glace qui éteindra les flammes   Dim 23 Fév - 16:30

Kleyd posa son regard de glace sur l’encolure du destrier avant d’y joindre une paume lénifiante. En vain. L’animal insensible au réconfort gesticulait sans raison, épris d’une singulière frénésie. « Ron tu ne peux pas faire quelque-chose ?  Il est de plus en plus instable. »

Le forgeron ne laissa filtrer que ses lèvres à travers la capuche dissimulant son visage de marbre. « Hélas, mes talents d’herboriste n’y pourront rien. De plus, je n’ai guère prévu de concoction adaptée à ce genre de réaction. »

Kleyd tira violemment sur la longe de sa monture afin de la maintenir au trot. « J’ai un étrange pressentiment. »

-Que veux-tu dire ? fit le vieux mentor, zyeutant son frère d’arme tout en préservant tant bien que mal, la mobilité d’Enclume.

-Rappel-toi de la Vallée des Brumes. Lors de l’enlèvement de Chipp, j’ai ressenti une menace plus sombre que jamais. Comme si… les enfers c’étaient emparés de notre monde. Et cette sensation n’émanait en fait que d’un seul individu… »


Ron plissa ses paupières, couvrant ses iris mordorées d’un voile suspicieux. « L’assassin de Séphira.. » devina t’il. Kleyd vint croiser le regard de son camarade, acquiesçant du chef. « Précisément. Je pense qu’il est de retour...  notre récente altercation avec mon garçon suivi par cette menace qui plane dans l’air… ça ne peut être le fruit d’une coïncidence.»

Ron raffermit sa prise sur le cuir de sa selle. « Dans ce cas, nous allons le neutraliser. La dernière fois tu étais seul. A nous deux nous pourrons le vaincre. Il veille certainement sur ton fils. Ce qui prouve au moins qu’il nous considère assez dangereux pour contrecarrer ses plans. »

Kleyd vint porter une main à son front, secoué d’un rire nerveux. « Si seulement tu savais Ron… Cet homme dépasse tout ce que tu peux imaginer… Il m’a vaincu avec tant d’aisance… Il n’appartient pas à ce monde. De plus Raizen avait prédit ces évènements et m’avais mis en garde, il avait insisté sur le fait que Cronose jouerait un rôle de contre catalyseur. Il pourrait faire la différence, là où elle nous fait défaut. »

Ron scruta un instant l’horizon puis rebroussa chemin, contournant un Kleyd interloqué.

-Que fais-tu, vieil ami ? »

Ron lui délaissa ces mots sans prendre la peine de se retourner. « C’est pourtant évident, non ? Je vais donner raison aux propos de Raizen, en allant quérir notre coureur de jupon. »

***


A jouer avec le feu, on finit par se brûler. Cronose payait les frais de ses taquineries.

« Dis-le.  Dis moi que tu m'aimes... »

Le lycan peinait à formuler ce qu’il ressentait pour elle, même s’il avait déjà fait preuve d’humilité pour la conquérir à maintes reprises. Evidemment, il aimait Idriale. Elle hantait ses pensées à chaque instant où il avait frôlé la mort. A chaque fois qu’il regagnait sa solitude ou à de simples moments de nostalgies. Mais lui dire ouvertement -je t'aime- c'était plus difficile qu'il ne le pensait. Cronose aurait préféré dix fois la torture à cet ultimatum.
Comment pouvait-il contourner l’obstacle ? Du moins en réchapper sans froisser sa belle. Elle le chevauchait, nue et désirable tout en le toisant d’un regard embrasé. C’est bien la première fois qu’il avait envie de fuir alors qu’il se tenait entre ses cuisses.

-Heu…. » dit-il bêtement avant de lui dévoiler son sourire de charmeur, essayant de balader ses mains à quelques endroits coquins pour détourner son attention. Mais elle lui tint les poignets pour l’empêcher d’échapper au piège qu’elle lui avait si cruellement tendu. En bref, il était contraint de prendre la parole là où il aurait préféré agir dans l'action.

-« Je… » le regard d’Idriale pétillait de triomphe, elle patientait la suite en savourant la résignation de son amant. Ce qui était intolérable aux yeux de Cronose. « Je…. Hmm.. » il esquissa un sourire, « je… te supporte. ». Conclut-il en guise de réponse. Forcément, elle n’était pas ravie, il fallait s’y attendre. Le problème c’est que le lycan ne savait pas où s’arrêtait la frontière entre le jeu et le sérieux. Lui en voulait-elle vraiment où simulait elle sa déception ? Au final, ça n’avait pas trop d’importance, il devait se rattraper pour ne pas bouder leur plaisir. Cronose la retint par le bras. « Attends ! ». Il en profita pour lui caresser la joue espérant que ça lui sauverait la mise, même s’il pouvait rêver pour que ça fasse une quelconque différence. « Je.. t’aime.. bien ? » Risqua t’il, mais elle n’était pas convaincue. Il lui releva le menton pénétrant son regard du sien avant de lui dérober un baiser. Puis lui pinça les lèvres, par simple intérêt ludique. « Beaucoup ? » Elle restait silencieuse, bien conscience de ce qu’elle désirait entendre. Le lycan vint alors enlacer sa compagne, pour l’empêcher de fuir. Mais la chaleur de son étreinte, la douceur de sa peau nue et son parfum enivrant le plongea dans une fièvre vorace. Une soif de désir indomptable. Elle aussi peinait à contenir la tension, il pouvait le sentir dans son souffle, à travers le regard fébrile qu’elle ne parvenait plus à contenir. La main du lycan vint se glisser dans une mèche ténébreuse de la belle, choyant tendrement jusqu’à sa nuque.

-Je te veux… » fit t’il dans un soupir,  épris par le supplice de la chair. Ses pulsions prenaient le dessus et l’affection qu’il lui portait laissa bientôt place au brasier qui les consumait. Le regard planté dans le sien, il ne put le soutenir et vint déposer ses lèvres sur son épaule. Il raffermit son emprise sur elle, comme pour s’assurer qu’ils partageaient vraiment ce moment de tendresse. Etait-elle vraiment là, était-ce seulement réelle ? Tous les évènements engendrés au cours des deux dernières décennies rendaient cet instant particulièrement intense car difficile à croire. Pour le vieux loup, revoir Idriale tenait de la fiction. S’il pensait un jour retrouver le confort de ses bras, ce n’était qu’en cheminant dans les confins de Morphée. Une raison suffisante pour laisser place au trouble. Il n’avait jamais été question de destin ou ce genre de conneries, mais bien de hasard. Ce qu’il vivait tenait simplement du miracle.
Elle avait toujours représenté l’unité à ses yeux, la seule source de félicité. C’est uniquement à travers elle qu’il pouvait se sentir vivre pleinement. Et pourtant, ses choix avaient mis en péril cette quiétude au point de la perdre à deux reprises sur des durées franchement intolérables.
A présent qu’il partageait son intimité, la protégeant de ses bras, elle lui paraissait plus fragile que le cristal, comme si elle risquait de disparaître à nouveau, pour toujours.  
Il s’arrêta malgré et contre l’excitation pour lui soulever le menton. Il la contempla un moment et puis sourit. C’était parfait,  elle était parfaite. Lui caressant les bras, il remonta sa main pour l’enfouir sous la chevelure d’ébène de sa bien-aimée, puis vint la déposer en douceur sur sa joue rougie par l’effort.  
«Tu es si belle…» souffla t’il. Non pas en guise de compliment mais bien pour lui notifier son humble admiration. Baissant les yeux, le lycan se mura au silence, comblé par le contentement.  « Je te remercie, pour m'avoir fait confiance, encore. Malgré mes négligences et mes choix stupides.. .» Il retrouva son regard d’émeraude, tandis que les siens flamboyaient d’une détermination nouvelle, à en faire pâlir les astres. « Je ne pourrais jamais réparer mes erreurs, tu le sais. Mais je voudrais rattraper le temps perdu. Partager ce qu'on a jamais pu faire ensemble.. Te donner ce que je n'ai pu être quand tu en avais besoin..»« Une épaule sur laquelle t’appuyer, un gardien…» il réprima un rictus amusé « pour veiller sur tes petites fesses. » il ne manqua pas d’y glisser une petite tape, histoire de l’embêter un peu et d’adoucir ses propos, quand bien même était-il sérieux à ce sujet. « Mais aussi ton confident. Et si tu le souhaites… » il soupira, pesant la promesse qu’il s’apprêtait à dire. « le père de tes enfants. » Il se mit à sourire comme un gamin. « Même si je doute que tu aspires  au dernier point. »  Il consulta un instant les mains d’Idriale, les recouvrant des siennes. « Voilà qui répond à ta question… même si au final, je n’aurais pas réussi à prononcer le mot que tu voulais. »
Il vint glisser ses yeux gris dans ceux de sa belle, un regard chaleureux, simple et honnête. «Quand bien même je le pense. De toutes mes tripes, jusqu’au tréfonds de mon âme. »

Il ignorait ce qu’elle en pensait, il patientait sa réponse lorsque son odorat put flairer une présence dissimulé par les fougères, un peu plus loin à l’est. Discrètement, sa main glissa dans ses affaires pour y saisir une dague. Mais il demeura insensible à la menace. Après tout, il n’avait aucune raison d’interrompre ce qu’il partageait avec l’elfe. Tant que le danger demeurait hors de portée…
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