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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

Ils me reprochent d’abuser de la crédulité des gens.
Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
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et, généralement, sous tes yeux.
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Le proverbe "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud" marche aussi avec les elfes...
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Litanie de larmes, symphonie en pleurs majeurs.
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Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
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Il suffit d’un seul regard
entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

Ma soif de vengeance s’est tue dans un murmure :

Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Le Sang est Puissance

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Louise Abraham

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Messages : 35
Date d'inscription : 02/03/2012
Age : 1055

MessageSujet: Le Sang est Puissance   Dim 29 Avr - 19:08

22e jour du Mois des Semences
En l’an 998 après le Syncrétisme
Palais Royal de la Capitale de Louise
Royaume de Nastre


    « Vous boirez bien un peu de vin, exarque Théobald ? proposa Louise dans un sourire. Il n’y a pas meilleur cru dans tout Nastre que celui du duché d’Evasion. » Le religieux répondit alors d’une voix posée, teintée d’un léger amusement : « Un homme d’Eglise tel que moi ne devrait pas se laisser tenter par une coupe, mais comment pourrais-je refuser lorsque c’est votre Majesté qui la propose ? » Louise pinça encore un peu plus son sourire, faisant un signe bref au domestique qui patientait au bout de la pièce. Ce dernier vint les servir, prenant soin d’offrir les premières gouttes pourpres à Merridan, illustre figure religieuse de Nastre. La bouteille était poussiéreuse, habillée de quelques toiles d’araignées décousues. Sa robe de vieillesse était parfaite, attestant de son ancienneté et, de ce fait, de son inestimable valeur. Il fallait montrer à l’Exarque Théobald qu’il était un invité de marque. L’invité de la reine.

    Les appartements de Louise, dans lesquels se tenait ce dîner des plus privés, avaient été intelligemment décorés. Des statuettes d’angelots, normalement absentes, se dressaient sur des colonnes de marbre aux quatre coins de la pièce. De grands cierges vous offraient ces lueurs chaleureuses qui accompagnaient normalement les prières pendant les messes. De grands rideaux d’un blanc immaculé couvraient les fenêtres, comme des barrières face aux noirceurs de la nuit. L’âtre de la cheminée crépitait d’un feu qui bataillait contre l’humidité des pluies torrentielles sévissant au dehors. Louise avait longuement hésité sur le fait de louer les services du musicien royal pour qu’il accompagne leur entrevue de musiques religieuses. La décision avait finalement été prise lorsque sa voix intérieure lui avait murmuré : Les mots échangés ce soir devront rester secrets. Alors, dans le même esprit, elle congédia le domestique lorsque celui-ci eut fini de les servir. « J’utiliserai la cloche pour que vous nous apportiez la suite du repas, déclara-t-elle.
    - Bien, ma reine. »

    Chacun à son bout de table, les regards de la reine et de l’exarque se lièrent le temps de quelques vacillements de flamme. Louise leva la coupe en l’honneur de son invité, l’invitant à goûter le fameux alcool. Merridan émit un petit bruit de gorge, témoin indéniable de sa satisfaction, lorsque le vin, fruité et caractériel, effleura sa langue. « Vous savez gâter vos convives, Votre Majesté.
    - Vous m’en voyez ravie, exarque.
    - Vous savez également décoré vos appartements avec goût. »

    Cette phrase resta en suspens, sans réponse. Louise douta d’y déceler l’ombre d’un sarcasme. Préférant l’ignorer, elle se contenta d’un sourire poli, s’offrant une seconde gorgée afin de laisser un léger temps s’écouler.

    Ce soir-là, c’était l’habit de reine de Nastre qu’elle arborait, non pas celui de présidente de l’Ultime Alliance. Ce dernier lui avait lentement valu les critiques de plus en plus affirmées des gens d’Eglise, sous-entendant presque que son but de réconciliation ethnique la détournait de la ferveur religieuse. Ferveur à laquelle devait s’adonner sans conteste l’épouse du roi, élu divin. D’aucuns fanatiques hurlaient à l’hérésie, d’aucuns plus tempérés murmuraient simplement leur désaccord. Aujourd’hui, il était primordial de renouer avec l’Eglise. D’autant plus qu’une menace d’un tout autre type poignait le bout de son nez.

    Frôlant de ses doigts poudrés la couronne qui ceignait son front, elle dit d’une voix douce : « Vous souvenez-vous du jour où vous avez posé la couronne de Nastre sur ma tête, exarque Théobald ?
    - Parfaitement ma reine. Je ne saurai oublier le jour le plus important que Dieu m’ait permis de vivre. Célébrer le mariage de Leur Majesté a été pour moi le plus grand des honneurs.
    - L’année 973 après le Syncrétisme, dit-elle dans un souffle de nostalgie. Il y a maintenant 25 années. Savez-vous que c’est aussi l’âge de ce cru ?
    - Vous me l’apprenez, Votre Majesté, lui répondit-il dans un sourire ravi. Et que me vaut ce privilège ?
    - Voyons, exarque Théobald, vous avez fait de moi une reine. Une reine qui a pu mettre un terme à la Guerre de Mille Ans. Cette bouteille n’est pas un privilège, c’est un témoignage de ma gratitude.
    - Votre gratitude a une saveur excellente, laissez-moi vous le dire, affirma-t-il en trempant une nouvelle fois ses lèvres dans sa coupe. Ce vin s’est bonifié avec le temps, c’est indéniable. Tout comme la Plaine de Céleste depuis que cette couronne ceint votre front, Votre Majesté. »

    Louise sourit.
    Elle sourit d’un sourire qui en disait long. D’un côté, ses lèvres s’étiraient comme une réponse à la flatterie de Merridan. De l’autre, elles se pinçaient de satisfaction. Le dialogue prenait le tournant qu’elle souhaitait. Les flagorneries d’abord, l’égo flatté ensuite, le vif du sujet enfin. D’une voix presque attristée, elle dit alors : « J’ai bien peur que Céleste ne cesse de se bonifier d’ici peu malheureusement. » A ces mots, l’exarque Théobald abaissa sa coupe, fronçant légèrement les sourcils. Il s’enquit : « Que voulez-vous dire, ma reine ?
    - S’il y a bien une ombre à mon tableau, c’est bel et bien celle qui couvre l’héritier que je me dois de donner au roi.
    - Votre Grâce, murmura Merridan, l’Histoire recense quelques reines qui n’ont enfanté que tardivement. Laissez au Créateur le soin de décider du moment opportun. Ayez la foi.
    - Certes, exarque. Je prie chaque jour que Dieu fait, mentit-elle. Mais un détail m’inquiète cependant.
    - Et quel est-il ? »

    Louise hésita un instant. Une fallacieuse hésitation, évidemment, qui ne servait qu’à ajouter une promiscuité entre elle et son invité. Elle but une nouvelle gorgée de ce fameux vin d’Evasion avant de répondre d’une voix basse : « Desmond m’a confié vouloir légitimer Feodor Dusk…
    - Oh, souffla Merridan. Je vois…
    - Comprenez alors mon désarroi. Permettre à un… enfant hors mariage de prétendre à sa succession, c’est quelque chose que l’Eglise n’apprécierait sans doute pas je présume.
    - Eh bien… ma reine… fit l’exarque dont le timbre de sa voix était courbé par des inflexions peu rassurantes, si l’ensemble des ducs de Nastre ne s’y oppose pas, je pense très franchement que l’Eglise acceptera également cette initiative. »

    Louise écarquilla les yeux d’une imperceptible manière, déroutée par l’aveu de l’exarque Théobald Merridan. Les rumeurs prenaient un goût de cruel réalisme. L’Eglise tenait donc vraiment Louise Abraham, reine de Nastre, présidente de l’Ultime Alliance, fille du duc de Lysimaque, dans sa ligne de mire. Les tentatives de réconciliations ethniques et d’acceptation des éméodiens comme des êtres égaux et non maléfiques, avaient bel et bien mis l’épouse du roi dans les disgrâces des dirigeants de l’Eglise. Alors si Merridan, en cet instant précis, acceptait les flagorneries, ce n’était que par pure politesse. Ce n’était rien d’autre qu’un échange complètement creux entre reine et exarque. Ce dernier, de son timbre de velours, poursuivit : « D’autant plus que le dénommé Feodor Dusk a reçu la même éducation que l’on pourrait attendre d’un enfant légitime. Il est familiarisé avec la vie politique de ce royaume. Il connaît les figures importantes de la cour. Sans compter sur le fait qu’il est largement en âge de gouverner. Ce n’est là qu’une infâme supposition de ma part, mais si le roi Desmond Ier venait à périr, le royaume, dans ce climat de paix fragile, aurait besoin d’un roi sur le champ. Nous ne pourrions mettre sur le trône un enfant qui mettrait des années avant de gouverner de son propre chef, si tant est que vous offriez d’ici peu un héritier à Sa Majesté le roi de Nastre. »

    Et ce serait un parfait moyen de m’évincer, moi et mes idées prétendument hérétiques, répondit Louise en pensées avec une acidité qui lui était rare.

    Elle fit en sorte néanmoins de toujours afficher un léger sourire sur ses lèvres effilées. D’une main, elle saisit la cloche qui se dressait non loin de son assiette vide. Le tintement retentit, et le domestique ne tarda pas. Elle lui enjoignit ceci : « Veuillez nous porter ce vin de cette petite bourgade, Poirmonée. Je pense que l’exarque Théobald serait ravi d’y goûter. » L’échanson acquiesça, tournant déjà des talons. « Je comprends votre logique, exarque Théobald, reprit Louise. Il me semblait simplement que le mariage avait une valeur sacrée pour l’Eglise. De ce fait, accorder la légitimation d’un bâtard bafoue les préceptes religieux. Feodor Dusk n’est pas issu de deux sangs nobles. Certes le sang royal coule dans ses veines pour moitié, mais il ne faut pas non plus oublier le sang de cette éméodienne de basse extraction.
    - Certes ma reine, mais le dénommé Feodor est l’unique enfant de sa Majesté le roi. Ce n’est pas comme si nous avions une profusion d’héritiers à ne pas savoir qui choisir. Il me semble judicieux d’assurer dès maintenant une pérennité à la famille royale. »

    La reine ne répondit rien.
    Le domestique revint avec une bouteille sur un plateau d’argent. Une bouteille vulgaire, sans ornement aucun, issue sans doute de la première taverne de Poirmonée. Louise ordonna : « Emplissez la coupe de l’exarque de ce vin je vous prie.
    - Mais… protesta vainement Merridan. Ma coupe est déjà emplie pour moitié de votre cru d’Evasion !
    - En effet, exarque Théobald. Voyez-vous, comme disait mon père, le duc de Lysimaque, le vin est la parfaite métaphore du sang. En cela, je vous conseillerai de goûter dès à présent ce mélange entre le crû d’Evasion et cette vinasse de Poirmonée, car c’est là un goût qui risque fort, et pour longtemps, de gouverner vos papilles. »

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Feodor Dusk

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MessageSujet: Re: Le Sang est Puissance   Lun 4 Juin - 9:45



23e jour du Mois des Semences
En l’an 998 après le Syncrétisme
Palais Royal de la Capitale de Louise
Royaume de Nastre






Son père lui manque – Il sombre peu à peu dans la folie – L'enfant ne mange pas à sa faim – Elle est si ivre de colère qu'elle le tuerait – La peur des orques le pousse à partir – Elle pense qu'il se rapproche – Il l'observe – Il aimerait que le roi lui donne raison – Elle pleure en silence chaque soir dans les cuisines – Les dieux l'entendent-ils ? - Il ne déclarera pas sa flamme, son père refuserait - « Messire ? » - Les eaux entrent dans sa maison – Il vient de tout perdre – C'est son dernier repas – La maladie l'afflige beaucoup – Elle vous souhaite du mal – Elle a connaissance des galeries – Il commence à comprendre quelque chose - « Messire... Réveillez-vous. » - Le mariage de sa fille approche. « Messire... »

Je m'éveillais.

Les nouvelles de Chado cessèrent au moment ou j'ouvrais les yeux. C'était la même chose chaque nuit, et au matin il partait, en quête de chose qu'il pourrait murmurer la nuit suivante. Taya, ma servante, se tenait proche du lit. C'était son travail, me sortir du pouvoir attractif de mes soies avant le lever du soleil. Une fois la tâche accomplit, elle restait silencieuse, respectant par là mon envie de tranquillité, et surtout m'épargnait de son haleine puant le pot de chambre. La première rouste fut aussi la dernière. J'aimais les gens qui comprenaient vite les interdits.

Je croisais du regard la reliure de cuir présente sur la commode, mince ouvrage qui représentait l'intégral de mes notes. Le poison fonctionnait mal, les deux derniers sujets l'avaient bien démontrés. Peut-être était-ce dû à une trop grande fragilité de leurs corps, la faiblesse de leurs sangs, où que sais-je encore. Toujours était-il que la mort par empoisonnement était trop évidente. L'impression d'avoir gâché deux jouets m'était insupportable. Combien de temps durerait encore la mascarade d'Abraham ? Il fallait simplement être patient, oui, être patient. Je poussais les rideaux.

La première goulée d'air emplissant mes poumons à cette hauteur m'arracha une grimace. Les bruits qui m'entouraient été tous particulier, j'entendais les cuisinières s'affairant dans les cuisines. Les chiens de la garde ronflant tranquillement, les bruits de course dans les couloirs, le piaillement des derniers oiseaux qui se hâtaient de sortir de leurs nids. Le spectacle des jardins au-delà desquels surgissaient les Bois d'Avant était d’une beauté indicible. Les premiers rayons du soleil teignaient de rose et d’or les chaumières en contre bas.

Taya vint poser un manteau d'hermine sur mes épaules nues. Dans le même temps, deux coups secs claquèrent sur l'immense porte de bois qui gardait la chambre. « De si bonne heure, qui est-ce ? ». Fjola était seul, les paupières encore collées entre elles. « La reine vous fait savoir qu'elle attend votre visite. Souhaitant s'entretenir au plus vite avec vous. ». Au plus vite ? Voilà qui me laissait tout mon temps. « Soit, charge quelqu'un d'apporter des raisins, une corne de bière ainsi qu'un bac et de l'eau. ». Sans d'autres mots, il hocha la tête. S'effaçant aussitôt dans l'embrasure de la porte.

Les heures s'égrenèrent à mesure que je me préparais, je prenais mon temps, la tête emplis de songe qu'il me fallait éclaircir avant la fin de la journée. C'était la fin d'une journée à se prélasser dans un bac d'eau chaude qui ne l'était plus tellement. Je choisis de prendre mon repas avant de monter dans la suite royal. Il valait mieux affronter cette femme le ventre plein, un peu de vin liant le tout fermement à l'intérieur de mes tripes.

Le dédale de couloir qu'offrait le palais de Louise était impressionnant. À mon arrivée, j'avais d'abord cru qu'il me faudrait des années pour me retrouver dans cette fourmilière, puis j'avais découvert la galerie des ombres...
Mes étoffes alourdissaient la marche rapide que je m'étais imposé. J'avais peur qu'elle soupçonne une mauvaise volonté de ma part si je n'arrivais pas avant que le soleil se couche à nouveau. C'est alors que je croisais Théodorus, un éminent homme d'église. Sa moue perpétuellement dédaigneuse, ses mains blanches et son embonpoint d'homme qui festoie bien plus souvent qu'il jeune rendaient impossible de le confondre avec un autre.

« Frère Théodorus, quel bon plaisir de vous voir entre mes murs. » mentis-je excellemment. Il arrangea un rictus. «Messire Dusk, plaisir partagé. » avant d'improviser un geste de tête, qui se voulait surement respectueux, le résultat n'en était que plus déplorable. Mais il avait la qualité de ne pas avoir la reine en amour, pour ça il était un homme fréquentable. « Que faite vous dans ces couloirs, attendriez vous que la reine passe ? » - « Pour sûr non, l'Exarque Théobald a passé la nuit avec elle, et croyez moi ou non, mais ce ne fût pas une bonne soirée pour lui. » Tiens donc, qu'avait-il pu se passer pour que je ne sois pas au courant plus tôt. Chado n'avait fait mention de rien de tout ça. Je sentis son spectre nouant mes entrailles, m'obligeant à cette sensation de froideur implacable. Il me faudrait avoir une discussion avec lui au plus vite. « Nuit désagréable ? C'est bien mieux que je ne souhaiterais l'imaginer avec pareille compagnie. » dis-je avec un sourire franc qui ne manqua pas de le gagner. « Vous ne pensez pas si bien dire. Figurez vous qu'elle s'oppose à une succession en votre faveur selon Exarque Théobald. » Ce n'était pas une nouvelle, voilà bien des années que la question était claire. « Soit, suivez moi au moins jusqu'à ses appartements. Nous parlerons en chemin. ». Il emboita mon pas, aussi prestement que lui permit sa grosse carcasse. « Elle s'opposerait donc à ça ? Bien, qu'elle fasse, il y a bien longtemps qu'elle a perdue les faveurs de père pour la couche. Je suis donc seul héritier et elle n'aura pas d'autre choix. » - « Certes messire, mais elle exerce tout de même un pouvoir, jamais nous n'avons eu meilleure reine. Le royaume est saint. » - « Quel pouvoir exerce cette reine sur les droits de successions ? Bonne reine, certes, mais personne ne bafoue les lois. Père remettra à sa place cette godiche dégingandée » Son couloir se profilait à vue, je voyais la porte qui m'attendait, un de ses gardes se tenait là en sentinelle. Slorak, si mes souvenirs étaient bons. « Vos paroles manquent de miel, messire Dusk. » J'eus l'intime conviction qu'à ce moment, il s'offusqua vraiment. « De miel ? Il aurait fallût pour ça que je naisse « abeille » or c'est un grand paon que j'arbore, père est un hibou. Vous ne trouvez rien de drôle dans ceci ? » - « J'ai du mal à comprendre ce qu'il y a de risible, en effet. »

Je m'arrêtais, faisant face à la porte, frôlant presque le garde.

« Abeille, Papillon, Hibou... Il faut croire que la Renarde manquait cruellement d'ailes pour plaire au Roi. »

La porte s'ouvrit sur mon visage hilare.
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Louise Abraham

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MessageSujet: Re: Le Sang est Puissance   Sam 13 Oct - 1:06

    « Plaire au roi est une chose, je ne suis pas sure en revanche que le reste de la cour fasse grand cas des insectes. »

    Le sourire de la reine s’aiguisa telle la lame d’un assassin, furtif et implacable.
    Même si cela faisait des années que le roi ne l’avait plus honorée, elle ne laisserait pas pour autant le demi-gueux plaisanter avec ses facéties qui ne faisaient rire que lui. C’est pourquoi, sur ce même timbre d’une voluptueuse acidité, elle poursuivit :

    « D’autant que les hautes figures du palais se plaisent à tisser des toiles gigantesques qui pourraient s’avérer par trop traîtresses pour un paon de nuit, aussi royal soit-il. J’ai d’ailleurs cru que vos dites ailes s’y étaient laissées prendre tant j’attendais votre venue. J’ai bien failli m’inquiéter. »

    L’ironie lancée, elle s’avança encore de quelques pas en direction de la porte, s’arrêtant à une distance dont la signification était des plus ambiguës. Le milieu de ses chaussures se plaçaient sur la jointure entre deux dalles, tels les pieds de ces fameux funambules des cirques éméodiens qui, l’air de rien, souriaient et saluaient les badauds. Si Louise faisait un pas de plus, elle marquerait une proximité qui pourrait être interprétée comme une marque de défi dont Feodor, elle le savait, se jouerait indéniablement, instaurant alors un jeu entre elle et lui qui n’amènerait rien d’autre que des phrases toutes plus piquantes les unes que les autres. Si, par contre, elle se tenait trop éloignée, cette distance avouerait comme une certaine forme de crainte et de retenue qu’elle ne voulait pas inspirée. Laissant alors planer l’ombre de son sourire, elle fit un vague mouvement vers l’intérieur de ses appartements, invitant le bâtard à entrer.

    A sa pique, elle ne lui permit nullement d’y répondre car, sans attendre davantage, elle s’adressa au chef de sa garde personnelle, Slorak, qui se tenait au pas de la porte, droit telle une hallebarde. « Veuillez raccompagner Frère… » Elle se tut quelques secondes, laissant l’implicite question en suspens. « Théodorus, ma reine, lui répondit l’homme d’Eglise. Je suis Frère Théodorus.
    - Bien. Slorak, veuillez donc raccompagner Frère Théodorus à l’endroit qui lui siéra le mieux. »

    Essayez les caves,
    siffla-t-elle en pensées. Peut-être que l’exarque Théobald s’y trouve, donnant lieu à un fabuleux miracle dans lequel ses larmes se changent en vin…

    L’homme de foi n’avait nul besoin d’être raccompagné. C’était simplement là une manière qu’elle avait de congédier sa garde et ainsi se retrouver seule avec le bâtard. Ce fut donc dans un léger bruissement de soyeuses étoffes qu’elle fit demi-tour et s’enfonça dans ses appartements, ses talons claquant chaque dalle comme les trois coups annonçaient le début d’une pièce de théâtre. Car, dans ces lieux transpirant la royauté nastrienne, le jeu commençait : un jeu d’équilibriste, un jeu d’acteur, un jeu d’échec.

    Bien vite, le dallage de ses appartements lui apparut comme un gigantesque damier sur lequel ses bottines se posaient avec une réflexion préalable. Évidemment, les années aidant, ce genre de jeu n’était plus un secret pour la reine de Nastre qui, comme à son habitude, arborait une expression des plus sereines, toujours ce même pincement au bout des lèvres.

    Elle resserra le col de son manteau, sentant la caresse rassurante de sa fourrure de renard contre la peau diaphane de son cou. L'atmosphère, même au sein du château, n'était pas des plus chaleureuses, les pluies démentielles qui sévissaient au dehors y contribuant assurément. Louise entraîna finalement Feodor bien après le hall, jusque dans son salon. Les statuettes d'angelots, qu'elles trouvaient ridicules au possible et qui n'avaient été amenées que pour plaire à l'exarque, avaient été ôtées dans la journée car, même si le bâtard avait été convoqué dés la matinée, elle connaissait assez l'énergumène pour prévoir qu'il n'arriverait que bien plus tard, laissant un temps plus que confortable à ses domestiques pour enlever ces décorations grotesques. D'autant que le demi-gueux ne goûtait pas ce genre d'attentions hypocrites, les pratiquant sans doute lui-même avec tout autant, si ce n'était peut-être même plus, de dextérité.

    Près de la cheminée qui crépitait joyeusement, elle tira une chaise et s'y assit, invitant d'un geste son invité à faire de même avec la chaise d'en face. Entre les deux, une table d'échec patientait, étalant ses carreaux comme tant de prairies composant un futur champ de bataille. La reine s'était volontairement octroyée les pions blancs, laissant au bâtard le soin d'en interpréter le message qu'il souhaitait. Les deux armées se toisaient, immobiles, n'attendant plus que l'ordre de leurs généraux. Louise parla finalement :

    « J'ose espérer qu'une partie en ma compagnie vous distraira. Il me semble me souvenir que vous affectionnez ce jeu. »

    En prononçant ces mots, elle braqua son regard dans celui de Feodor, étirant encore un peu plus son sourire sur le coin de ses lèvres rosées.
    Il était temps.
    Il était grand temps de savoir avec quel genre de personnage elle jouait au jeu des trônes.
    Était-ce le roi ? Était-ce le fou ?

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