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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
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avec ses premiers fuseaux.
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[Maël Theirmall]

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[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Les Eaux Noires.

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Azalée S. Proserpina

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MessageSujet: Les Eaux Noires.   Jeu 7 Juin - 16:46


Les Eaux Noires.


Chapitre I.

Heathcliff.
Contemplations nocturnes.

Une des nuits les plus froides qu'il n'ait jamais connu. Les yeux perdus dans la contemplations des vagues qui s'élevaient et mourraient, au loin, d'une teinte sombre. La lune projetant son reflet blafard sur cette immense mer qui ne cessait de tarauder la ville, ramenant son froid glacial, des montagnes invisibles desquelles elle venait. Le corps raidi, par ce vent sifflant qui passait dans n'importe quelle ouverture. Les lèvres, les yeux, ou entre les murs de pierre, entre les vieilles portes aux vitres de verre. Le seul fléau en cette nuit d'automne, c'était le vent. Pourtant, aussi douloureux soit-il, il n'empêchait pas Cliff de rester immobile, sur le port, à contempler la mer sombre. Les lampadaires éclairaient mal le port, mais on pouvait clairement distinguer sa stature de colosse. Il portait un vulgaire tricot noir, tâché, assorti d'un pantalon rapiécé et sale. Les bras le long du corps, les mains mortes, il n'oscillait pas, il restait là, immobile. Sa poitrine, épaisse et solide se soulevait au rythme de sa respiration chaude et calme. Derrière, il entendait le bruit titanesque que faisait la taverne de la Sirène, entre le crissement que faisait les verres qui cassent, les cris, les bruits de coups, il y avait de quoi maintenir tout le quartier en éveil. Mais seul la mer sombre intéressait le regard morne de Cliff, le colosse aux larges mains, qui passait son temps à flâner sur le port, entre les caisses et les tonneaux. Qui donnait du pain aux pigeons et s'occupait des chats et des cabots errants. Sinon, comme tous les autres, il passait son temps à la Sirène. Pas de travail, pas de famille. Juste une minuscule maison parmi les autres, miteuse, sans rien d'autre qu'un vieux divan et quelques provisions à moitié moisies. Enfin, il bougea. Poussant un long soupir, il entreprit de marcher un peu. Il avait les jambes engourdies par le froid, sa carcasse était lourde à soulever cette nuit, tant le froid gelait tout. Tandis qu'il avançait d'un pas lourd, sur le port grinçant, il passa une main dans ses cheveux longs à l'épaule, mal noués en queue de rat ridicule, et gras. Il n'avait rien d'attirant, Cliff. Pourtant, ses yeux n'effrayaient personne, il avait le regard tendre. Dans l'obscurité, et l'éclairage sans vie des lampadaires, on ne discernait pas la teinte de ses iris. Mais elles étaient sombre. Ces dernières tournaient, dans tous les sens, alors qu'il continuait de marcher. Le bruit de la taverne s'éloignait, à son plus grand plaisir. Plus loin, là-bas, quatre bonhommes déchargeaient des caisses d'un bateau à moitié fracassé. De la nourriture sûrement, des légumes ou des fruits. Ou bien du vin. C'était toujours la même chose. Il escomptait les ignorer, mais leur agitation soudaine l'intrigua. Cliff s'avança, si bien qu'il distingua mieux ce qu'ils se disaient.

- C'est une gamine.. R'garde, toute frêle la p'tite.. Mais j'la vois qui respire, elle est vivante.
Ils étaient penché sur une chose au sol, de là où il était, Cliff ne voyait qu'un gros manteau noir.
- Une fille de Debra p'têtre ? Qu'est-ce qu'une mioche 'vec un minois pareil fich'rait ici sinon ?
- On en fait quoi ? Faut qu'on finisse de d'charger les gars.. Et 'vec le froid qu'fait, on va qu'même pas la laisser geler là... Il y eut un blanc. Alors ?

Quand les pas de Cliff se firent entendre, les quatre hommes se tournèrent. Ils le reconnurent tout de suite, tout le monde se connaissait ici. C'était toujours les même gars qui venaient livrer les marchandises, ou qui partaient les chercher. Toujours les même gars qui traînaient seuls la nuit, ou qui titubaient ivres morts en harcelant les catins. Alors tout le monde savait que Cliff ne laissait jamais personne dans une situation dangereuse, ou embêtante. Mais ce n'était pas pour les quatre marins qu'il vint récupérer la fille évanouie, dans son grand manteau noir. C'était pour la fille qu'il le faisait. Il n'avait entendu que trop d'histoires sur ce genre de gamine perdue. Qui finissaient mutilées et jetées dans l'eau, ou qui se faisaient attraper par les mauvais types pour finir putain. Pas comme les filles de Debra, non. Elles, elles étaient toutes heureuses parce que Debra était une femme bien. Mais dans ces quartiers de la ville, il y avait des hommes comme Fitcher, qui ramassaient les égarées. On ne savait jamais ce qu'il leur faisait, mais pas du bien en tout cas. Ainsi, au grand bonheur des quatre types, Cliff partit avec la fille dans ses bras. Une plume, pour lui qui était si grand et costaud. Il observait son visage, à dissimulé par sa chevelure de jais, longue et raide. Sa peau était pâle, mais elle était sale la petite. Des marques de griffures aussi, et les traits figés dans une expression de mal-être. Où pouvait-il bien l'emmener ? Il fallait qu'elle se réveille et se réchauffe, peut-être qu'elle habitait quelque part par ici. Pourtant, Cliff avait une sensation étrange. Comme un mauvais pressentiment. Une espèce de petit mal-être désagréable, qui lui faisait froid dans le dos. C'était ce genre de filles que ramassait Fitcher, après tout. Le colosse secoua la tête pour chasser le visage de Fitcher. Désormais, c'était lui qui avait la gamine. Elle ne risquait rien pour le moment, et c'était le principal. Déterminé, serrant le corps frêle dans le manteau contre lui pour le préserver du froid, il entra dans la Sirène, et se dirigea vers l'escalier. La fumée et le bruit envahissaient la pièce, une odeur d'alcool et de sueur infestaient les murs. Quel endroit sordide. Quand on pense que c'était le lieu de rassemblement de quasiment tout le quartier. Il y avait de quoi se poser des questions. Dans un coin, des types jouaient aux cartes en fumant, plus loin, un marmot ivre tentait de ramener une serveuse sur ses genoux sans succès, et puis, tout au fond, des hommes commencèrent à se frapper dessus. Tout le reste du monde s'en fichait. Cliff esquissa un sourire désespéré tandis qu'il gagnait la porte de l'étage. La petite commençait à s'agiter dans ses bras.


Note pour la suite:
 

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Azalée S. Proserpina

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MessageSujet: Re: Les Eaux Noires.   Jeu 7 Juin - 18:55

Debra.
Tendres viscères.

Une vieille lampe à pétrole éclairait toute la vaste pièce. D'une lumière abîmée et chaude, elle recouvrait les murs faiblement, rappelant l'usure des tapisseries jaunies. Le dos appuyé contre le buffet, qui servait autrefois de comptoir, Debra avait les doigts crispés sur une vieille feuille de papier froissée et gribouillée d'une écriture en pâtes de mouche. Une écriture sans douceur, une écriture déplaisante, tout comme les nouvelles qu'elle annonçait. Ho, Debra n'avait pas la larme facile, mais quand elle recevait ce genre de lettres, elle était tentée de redevenir une petite fillette sensible et pleurnicharde. C'était une belle femme, d'une cinquantaine d'année, mais très bien gardée des signes de la vieillesse. Elle portait une robe d'un bleu très foncé, rehaussée d'un corsage brun lacé sur le devant. C'était un signe distinctif. Les corsets attachés par devant étaient significatifs des filles de joie. Contrairement aux femmes dîtes distinguées qui faisaient tresser leur corset par d'autres femmes, dans leur dos. Mais les catins n'avaient pas le temps de prendre autant de manières avec elles. C'est de cette façon qu'on les reconnaissait dans la ville. Même si dans le fond, celles qui s'encombraient de corsages pour leur travail étaient rares. Seules les plus coquètes le faisait. Peu importait. Debra se retint de déchirer la lettre, mais elle préféra la conserver, la fourrant dans un tiroir avec d'autres vieux papiers entassés. Une des filles avaient été retrouvée au coin d'une ruelle, morte. La seule chose qui pouvait provoquer les larmes de Debra, c'était de perdre une de ses filles. Pourtant, elle lutta contre les sanglots, fixant la nuit par la fenêtre. Qui étendait son règne sombre, que la misère des quartiers. Comme toujours. Comme chaque nuits. Elle ne savait même pas laquelle des filles étaient mortes. Vous croyez que les hommes prenaient la peine de retenir leurs noms ? Bien sûr que non, d'autant plus qu'elles utilisaient toutes des surnoms. Mais Debra connaissait leurs véritables identités, à chacune d'entre elles. Oui, elles étaient ses filles, ses enfants. Même si elles ne les avaient pas porté. Quelle mère ne se souvient pas du prénom de sa fille ? Aucune. Et quelle mère apprend que l'on a retrouvé sa fille morte dans la rue ? Les remords tombèrent sur ses épaules d'un seul coup. Elle n'avait pas bien veillé, elle avait trop négligé. Voilà le résultat. Cependant, il ne fallait plus y penser. Sinon, d'autres seraient victimes de la négligence, et il y aurait d'avantage de remords. C'est pourquoi, quand on frappa à sa porte, Debra n'envoya pas balader l'inconnu, mais alla ouvrir. Elle reconnut le colosse du quartier, et son air presque constamment triste. Tristesse de fond, comme un masque qui arracherait la peau si l'on tentait de le retirer. Il tenait contre lui un manteau noir tellement long et grand qu'il en paraissait informe. Elle fronça les sourcils. Aussi rare que les putains en corsets, étaient les visites inutiles de Heathcliff. Que tout le monde appelait Cliff. Ce dernier ne pipait mot, attendant une réaction de Debra. Subtile galanterie. Elle sourit malgré le chagrin qui chatouillait l'intérieur de son ventre.

- Qu'est-ce que c'est Heathcliff ?... S'enquit-elle, s'écartant de l'embrasure pour l'inviter à entrer.

Le géant passa la porte de profil, et pendant que Debra verrouillait l'entrée, s'agenouilla au sol pour découvrir la chose qu'il tenait dans ses bras. Se retournant, elle vit ce visage, qui ressemblait à un masque de porcelaine, sortir du néant noir de tissu. Une gamine. La femme resta un instant figée, à se perdre dans ce paysage de chair, puis finit par rejoindre Cliff au sol. Elle ne reconnaissait pas le visage de la fille, il lui était totalement inconnu. Des traits fins, une peau si pâle et clair qu'elle en paraissait laiteuse. Bien qu'elle fusse recouverte de tâches, de crasses et de petites plaies. Retirant un peu le manteau, Debra se mordit la langue en voyant les vêtements qu'elle portait. Une robe noire en lambeaux qui laissaient deviner des parties de son corps, comme sa poitrine, tant elle était déchirée. De temps en temps, elle remuait dans l'étoffe noire, elle ne tarderait pas à reprendre conscience. De sa voix posée et sereine, Cliff lui expliqua qu'avant d'être ramenée ici, elle était inconsciente sur le port, emmitouflée dans ce même manteau. Dans les yeux de la femme, se lisait l'anxiété. Ce genre de découvertes ne finissaient jamais bien, surtout après la mort d'une des filles. Les coïncidences n'annonçaient jamais rien de bon ici. Jamais. En bas, il y avait les bruits sourds de la Sirène. Ici, il n'y avait que le silence pesant, lourd de secrets dissimulés sous les paupières closes de l'inconnue toujours endormie. Debra soupira, et s'empara du corps inerte de l'adolescente, puis lança un faible sourire à Heathcliff, qui se releva.

- Je vais attendre son réveil et m'occuper d'elle...
Elle parlait d'une voix presque inaudible. Triste, et inquiète.
- Debra, j'aimerai la voir, la gosse, quand elle aura ouvert ses pupilles.. Tu.. ?
Son sourire s'élargit. Elle laissa le trésor humain sur son divan, et posa une main sur l'épaule du colosse.
- Dès qu'elle sera réveillée et consciente, je viendrai te trouver.

Il partit lui aussi d'un sourire, et se dirigea vers la porte. En bas, toujours les même bruits. En bas, la réalité n'était plus. Elle se perdait à travers les haleines nauséabondes et les coups furieux. Tout le monde voulait oublié. Oublié la ville, oublié la misère. Oublié les visages de ceux qui crevaient lamentablement dans les ruelles, ceux qui se faisaient tuer dans les pires douleurs. Debra voulait oublié les lettres qui annonçaient la mort de ses filles. Debra voulait d'avance oublié l'histoire sordide que lui raconterait ce petit ange aux cheveux noirs quand elle reprendrait enfin conscience. Debra sentait le poids s'alourdir sur ses épaules, le poids du chagrin, de la peur, des responsabilités qu'elle avait décidé d'endosser pour aider une partie de la ville à s'en sortir. Pour s'en sortir elle aussi. Personne ne les aidait. Le centre de cette ville de crasse, regorgeait de nobles, d'artisans, de médecins, qui vivaient bien. Mais personne ne les aidait eux. Ils étaient seuls, endurant le froid que la mer apportait des montagnes. Debra sentait toute cette amertume lui écraser le dos, et lorsque Heathcliff allait partir, elle attrapa son poignet, larmes sur le point de franchir la porte invisible de ses yeux. Il la regarda, de ses iris noires.

- Merci de l'avoir amené ici... Merci d'être là Heathcliff...
Encore une fois, il sourit. Ce sourire de père oublié, d'époux effacé, d'homme brisé.
- Merci à toi Debra. A bientôt j'espère, prend soin de toi, Belle.
Puis il partit.

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Azalée S. Proserpina

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MessageSujet: Re: Les Eaux Noires.   Ven 8 Juin - 14:57

Erzebeth.
L'horloge humaine.

Quelque part. Au Fond de son ventre. Une douleur. Lancinante. Violente. Une déchirure. Un brasier. Quelque part, là, juste sous la chair, au fond de son ventre, elle avait mal. Sans répit, la douleur, toujours. Acharnée, infatigable. Dans le néant de son corps inerte et sans maux, il y avait cette semi-entité qui la taraudait. Creusait en elle, de ses griffes tranchantes. Provoquant le malaise, les tremblements de chaque parcelles de son corps. Le sommeil la préservait, pauvre petite chose. Mais déjà, ses paupières, moins lourdes, commencèrent à trembler. Proche du réveil. De la lumière. De ce qui faisait la vie. Respiration inaudible. Elle ne dormait plus vraiment, et elle n'était pas vraiment morte. Les deux à la fois. Léthargie poisseuse. Tandis que son ventre meurtri répandait la douleur dans tout son corps. Petit à petit, les aiguilles se déclenchèrent. Lentes, d'abord. Presque douces. De simples aiguilles qui tournaient. Mais même dans son sommeil proche de la mort, elle le reconnaissait. Tic. Tac. Inlassable. Accélérant, doucement. Désormais ses paupières étaient légères, comme si on lui avait arraché les coutures invisibles. Qui l'empêchait d'ouvrir les yeux. Mais elle ne voulait pas les ouvrir. Elle savait qu'il serait là. Il était déjà là. Avec son chant mécanique. Sans souffle, sans odeur. Juste sa mélodie. Mécanique intérieure. Elle souffrait tellement. Dans son bas-ventre, la douleur ne faisait qu'accroître. Tic. Tac.
La lumière chaude caressait son visage. Le froid mordant n'était plus là. Il n'y avait plus de bruits. Seulement son chant. Puis, les souffles infimes, qui s'élevaient dans la pièce et retournaient sous terre. Ils avaient peur. Peur de lui. Tic. Tac. Elle aussi, avait peur. Peur et mal. Toujours mal. Tant et si bien que son corps ne pouvait plus demeurer immobile. Tic. Tac. Elle voulait bouger, faire cesser la douleur. Tic. Tac. Hystérie silencieuse. Sauvez-là. Aidez-là. Rien ne venait. Elle convulsait, cherchait son souffle. Tellement mal. Tic. Tac. Tic. Tac. Ouvre les yeux. Reprend la réalité au creux de ton cœur. Ouvre les yeux. Tic. Tac. Reprend la réalité, tu le dois.
Alors, ses paupières se relevèrent, lentement. La lumière, bien que faible, lui parut aveuglante. Elle était éblouie. Dans l'infime ouverture de ses yeux, elle l'aperçut. Tic. Tac. Clignant des yeux, espérant qu'il disparaîtrait, il n'en fut rien. Il était là. Il la regardait. Tic. Tac. Son chant mécanique lui vrillait le crâne. Ses aiguilles tournaient, tournaient. Et elle, elle avait mal. Plus les aiguilles tournaient, plus la douleur s'exacerbait. Bientôt, des larmes vinrent noyer ses iris. Sous elle, c'était doux, elle était allongée. Mais toute sérénité avait disparu. Tant qu'il serait là, à la regarder, de ses aiguilles qui tournaient. Tic. Tac. La réalité était revenue. La douleur était bien là. Lui, aussi. Tout était là. Fatalité. Tic. Tac.

- Vas t-en... Pars...
Ses moments étaient brisés. Supplique vaine. Les larmes coulèrent, entraînant les sanglots.

Lui, continuait de chanter. Tic. Tac. Son requiem mécanique. Ses aiguilles tournaient. Sa tête ronde était penchée sur elle. Elle pleurait. Et alors, les aiguilles se figèrent un instant. Espoir désespéré, elle cessa de respirer, attendant de voir s'il partirait en fumée. La douleur se taisait, elle aussi. Tellement qu'elle n'avait plus mal, et que les aiguilles ne tournaient plus, ne chantaient plus. Mais après un répit trop fugace, elle sentit la chaleur écœurante si familière se répandre entre ses cuisses. C'était à la fois tiède et humide. Dégoûtant. Les sanglots explosèrent dans sa gorge, quand le chant reprit. Et, fendant le spectre aux aiguilles, une silhouette apparut.

- Non !... N..Non...
Elle s'étranglait dans ses pleurs.

La silhouette tomba à genoux près d'elle, faisant siffler l'air entre ses dents. Ses bras se tendirent, prenant son buste secoué de sanglots contre elle. Silhouette bienfaisante. Criant presque, elle agrippa ses bras au corps de la silhouette. Enfouissant son visage baigné de larmes dans son cou. Des mots, égarés, maladroits lui échappaient. Des prières sans réponses, des suppliques encore.

- Chut, c'est fini maintenant, calme toi ma chérie, prononça calmement la silhouette féminine, berçant son corps et caressant ses cheveux emmêlés.
- Mécanique ...du sang... ...J'ai mal..

Tournant la tête, Debra aperçut la grande tâche qui s'étendait sur la robe noire. Elle comprit. Mais elle ne bougea pas tout de suite. Continuant de bercer la petite, qui pleurait à s'en arracher la gorge. Elle la berçait, et lentement, sûrement, elle se calmait. Respirait moins vite, reniflant, alors que les larmes cessaient de baigner ses yeux. Des yeux qu'elle avait gris. Un gris métallique, presque translucide. Quelle magnifique petite chose. Ses cheveux étaient longs, d'un touché doux, bien qu'ils fussent déracinés par les nœuds, et pourvu d'une odeur de sel. Une tristesse sans nom émanait d'elle, comme une seconde peau, qui ne pouvait manquer de serrer le cœur de ceux qui la voyait. Une détresse fulgurante foudroyait ses yeux miroirs. Les minutes passaient, et la petite s'apaisait de plus en plus. Sa douleur semblait d'être assoupie, elle ne remuait plus. Les yeux clos à nouveau, elle était comme à nouveau endormie. Debra passait sa main de son front jusqu'à l'arrière de son crâne, de manière successive, doucement, avec un geste lent.

- Comment t'appelles-tu, petite fleur ?
L'interrogée releva la tête, les pupilles rivés sur le sol. Elle déglutit.
- J'ai perdu Carole.

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Azalée S. Proserpina

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MessageSujet: Re: Les Eaux Noires.   Lun 11 Juin - 7:43

Carole.
Poupée carbonisée.

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Énième craquements. Un monceau du sol s'écroulait. Tout était en ruines. Les murs, noirs de suie, pleuraient des larmes de cendres. Là, se dressait la maison, complètement détruite. La fumée, sombre et opaque commençait tout juste à se dissiper dans les nuages grisâtres. Une odeur de braises hantaient l'air. Elle n'était pas seule. D'infimes effluves, macabres, de chairs brûlées se mélangeaient. Le spectacle était morne, triste et dérangeant. Les fleurs alentours s'étaient flétries sous les sanglots gris. L'herbe était devenue noire elle aussi. Le temps s'était figé, sur cette image de brûlure, de plaie calcinée, qui déchirait le paysage. Une tâche immonde, répandant ses odeurs de morts et de carnage partout. Le vent sifflait, comme pour chasser ces parfums morbides, mais il ne faisait sur les réveiller, les élever. Les grandir pour étendre leur règne sombre.
Si l'on plongeait dans les entrailles de cette ruine, par les fenêtres brisées, on y voyait qu'une désolation encore plus grande. Tapissant les murs, le noir, encore et encore. Pourtant, malgré la haine des flammes qui avaient dévoré la bâtisse, il ne restait qu'une profonde tristesse. Une peine fantomatique, qui se fondait dans les fumées diaphane, une peine aux lèvres cousues qui ne pouvait hurler sa douleur. Alors elle filait, entre les décombres, traçant un chemin invisible jusqu'à ce son, qui déchirait le silence et se battait contre lui. Une porte entre-ouverte, en haut de l'escalier brisé, noircie, comme tout. De l'ouverture, s'échappait cette petite mélodie agonisante, qui combattait avec tout l'acharnement du monde, le silence mortuaire. Spectre s'y glissait, découvrait cette petite boîte à musique abîmée, cassée, mais qui chantait toujours. Comme si elle sanglotait, la musique sautait parfois, s'arrêtait mais reprenait. Jusqu'à ce que la manivelle fasse taire le chant à jamais.
Tout près de ce dernier monceau de vie, il y avait une petite masse. Malgré la brûlure viscérale, des traces de blancheur s'échappait encore, laissant deviner cette robe qu'elle avait porté. Petite masse, n'était qu'une petite fille. Désormais, les os nécrosés, elle jonchait le sol, complètement rongée. Sous elle, seule la petite poupée avait été sauvée. S'écrasant sous la poitrine de la masse, qui contenait ce cœur mort. Elle était là, à peine blessée par la suie. Mais l'autre était bien morte. Peinture froissée, ravagée, odieuse, immonde, et pourtant, ce n'était que réalité. Dure réalité que le feu n'avait qu'aider à raviver. Maintenant, la réalité s'imposait, cruelle et douloureuse. Tandis que le spectre s'aventurait plus loin dans les couloirs. Découvrant une salle aux livres, donnant sur un néant de savoir. Toujours, toujours la désolation, et le ravage. Là, sur le fauteuil squelettique, se dressait un autre corps inerte. La bouche ouverture, dans une expression d'effroi, de souffrance, de haine. Les orbites vides, les yeux avaient coulé, complètement fondus. Ses mains crispées dans l'air, sa mâchoire écartelée, ses dents encore présentes. Il n'était plus qu'une statut d'infamie, pourrissant dans le néant de savoir. Le spectre s'enfuit, l'âme tordue de douleur, et pourtant, il n'était encore qu'une fumée qui voletait dans la maison détruite. Une course fluide causée par le vent salé qui se glissait dans les ouvertures. Mais bientôt, il fut chassé. Sa place n'était plus là. Parmi la mort, car la musique s'était tue désormais. Elle ne chanterait plus. Il n'y avait plus de vie. Ainsi, il s'échappa, toujours aussi blafard, et se fondit dans l'air pur du dehors. Oubliant la petite masse, oubliant la statut d'infamie. Le néant au savoir, la chambre à la poupée. Tout. Jusqu'à la dernière mélodie. La vie n'était plus ici désormais. Elle avait fuit, tout comme lui.
Là-bas, plus loin, derrière le champ mort que le feu avait laissé, des silhouettes apparurent. La mine grave, les yeux éteints. Dépourvu du moindre entrain. Légitime après tout. Quand ils pensaient au massacre qui les attendait, dans les décombres d'une vie passée, ils n'avaient qu'une envie, partir à toutes jambes. Mais non, ils avançaient, se lançant parfois des regards entre eux. Plus ils se rapprochaient de la bâtisse noire, plus l'odeur les frappait de plein fouet. Leur teint blêmissait, le vent partait se cacher. Il laissait flotter le parfum de la mort. Seul. Dans l'air chaud et salé. Dégoût. Haut le cœur. Mais ils avançaient. Sans se retourner, sans quitter la maison des yeux. Bientôt, ils y entrèrent, découvrant l'horreur la plus profonde et écœurante. Leur devoir les obligèrent à se saisir des corps figés et brûlés, les obligèrent à regarder leur visage cramé, sans détourner les yeux. De contempler cette petite masse qui avait subi le feu, alors que devant elle s'était dessinée une vie. Maintenant, les médecins avaient rejoint le désastre, récupérant les deux momies. Alors, les deux hommes se regardèrent. Ils pensaient à la même chose. A la même personne. Au même visage. Ils attendirent le départ du convoi médical, le bruit du moteur s'éloignait petit à petit. L'odeur demeurait, mais ils ne bougèrent pas d'un pouce. La gorge nouée dans l'appréhension. Le silence se fissurait, se craquelait, apportant l'évidence sur un cadre photo tout juste intact. Une silhouette avait quitté le monde il y a déjà nombres d'années. Mais il y en avait une autre, qui n'avait pas brûlé et qui pourtant, n'était pas là. Nulle part, évaporée. Les deux autres visages sur l'image cendrée étaient partis dans des sachets avec les médecins. Un des hommes contemplait le seul visage vivant qu'il restait de cette famille. Vivant oui, c'était certain. Il le savait, il en était persuadé.

- Il faut la retrouver...
Il déglutit, et releva les yeux vers son compagnon.
- Comment s'appelait-elle déjà ?
Un léger silence plana avant que l'autre ne réponde.
- Erzebeth.. Erzebeth Marechal.


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Dernière édition par Azalée S. Proserpina le Mer 13 Juin - 13:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Eaux Noires.   Mer 13 Juin - 13:16

Chapitre II.

Heathcliff.
Trop grand pour elle.

Nulle lumière. Seulement les lueurs faibles de l'aube, passant à travers le verre sale de la fenêtre. La pièce était plongée dans la pénombre. Une obscurité qui cachait, enfouissant la tristesse derrière les murs, aux teintes jaunies. Par le temps, par l'abandon. Il était là, presque comme toujours, assis sur le sofa abîmé. Les étoffes fleuries étaient déchirées, le tissu, noirci et poussiéreux. Tout semblait avoir été laissé là, destiné à mourir dans les ténèbres. Bercé par les vagues qui s'écrasaient non loin, contre les bateaux fracassés. Mais il arrivait, oui, qu'une présence survienne. Revienne, s'imprégner des souvenirs qui longeaient la pièce, comme une bise froide. Voilà pourquoi, il se tenait là, assis et droit, les mains sur les cuisses, le regard dans le vide. Il ne contemplait plus la Mer, il ne l'écoutait plus. Son esprit fatigué ne faisait que s'obstiner à raviver les souvenirs. Lui ne cherchait pas à l'en empêcher. Il se laissait aller, de temps en temps, à cette mélancolie amer qui poussait même des larmes aux coins de ses yeux sombres. Ses iris, on ne les discernait toujours pas. Rivées sur le vide, encore. Elles semblaient noires, éternellement. Heathcliff avait la gorge nouée. Sans pouvoir refouler, ni luter, il ne parvenait pas à faire face. Dans sa poitrine, il avait l'impression que ses côtes, meurtrières, tentaient d'étouffer son cœur en se pressant contre lui. Sa respiration état obstruée, par le poids de ce chagrin qu'il gardait au fond de lui, toujours. S'acharnant, pour que jamais il ne sorte. Mais c'était inévitable, lorsqu'il revenait dans cette petite maison, autrefois si resplendissante, il était assailli par tant de souvenirs, de voix, de rires murmurés, de mots perdus. Alors il avait mal. Il avait mal, horriblement mal. Dans le silence, il s'asseyait là, sur cette causeuse, à fixer le vide, à attendre que la douleur se calme, que les souvenirs se taisent et repartent sommeiller sous terre. C'était long. Quand il dormait ici, avant même que le jour pointe, la souffrance le réveillait, l'arrachant à ses nuits sans rêves. Il se réveillait, le cœur et le corps aussi lourd que du plomb, et il se laissait atteindre par l'aube, qui, tout comme lui, se battait chaque jour. Mais l'aube se battait pour baigner la vieille maison de son manteau de douce chaleur et de lumière. Elle s'attelait, tous les matins, à cette tâche difficile. Comme pour sauver Heathcliff du noir total, de la souffrance trop brûlante, du sommeil sans réveil. C'était le courage qu'il fallait au grand homme pour réussir à se lever, tous les matins, de ce vieux sofa, et d'affronter les journées. Ainsi, tandis que l'aube menait sa bataille contre la pénombre, tandis que le colosse fermait les yeux, et tentait d'inspirer le plus d'air possible, des coups se firent entendre contre la porte. Trois ou quatre petits coups timides, qui le surprirent plus que de raison. Il releva les paupières, ses yeux encore scintillants de larmes, et se tourna vers cette fameuse porte. Qui ne s'ouvrait, grinçante, que pour lui maintenant. Uniquement pour lui. Qui pouvait bien venir le voir ici ? Ce serait sûrement une erreur, un gamin perdu, ou une farce peut-être. Bien qu'il fusse tôt, mais Cliff n'y pensait plus. Las, il s'appuya sur l'accoudoir de sa large main et se leva. Il était si grand, et la maison, si petite, que sa tête touchait presque le plafond. Il s'imposait, comme un géant de mélancolie, et d'un geste lent, presque hésitant il poussa la poignet et ouvrit la porte. D'abord, seules les lueurs éclatantes du soleil levant le frappèrent. L'aveuglant, de leur bain de tendre chaleur, de réconfort, contre le vent gelé qui sifflait déjà. Derrière, il discernait tout juste l'océan, les bateaux si familiers. Puis, quand ses yeux s'étaient faits à la lumière vive, il la vit enfin. Cette petite chose, là, juste sur le perron, le regard levé vers lui. Deux iris transparentes, soulignés par des cernes violacées, descendant sur son corps frêle et extrêmement pâle. C'était la gosse. Aussitôt, un sourire à la fois ému et triste déchira ses lèvres, ses sourcils s'arquèrent, et les larmes se bousculèrent. Le soleil éclairant désormais son être, on pouvait voir la teinte brune de ses yeux à lui. Mais cette lueur salvatrice les rendaient mielleux, mélangeant les teintes chaudes. Elle le regardait, souriant aussi, d'une risette plus timide, plus retenue. Ses cheveux étaient raides, et brossés, glissant sur ses minces épaules, entourant son visage aux traits tellement fins. Elle avait l'air tellement fragile, et elle lui ressemblait. C'était presque inquiétant, tant elle lui ressemblait. Il avait la sensation de La revoir, quand ils avaient été plus jeunes. Mais son souvenir lui était trop douloureux, et la gosse se mordit la lèvre, comme effrayée. Reprenant son souffle, il contempla encore un peu cette toute petite silhouette, qui laissait passer les rayons du soleil de part et d'autre de son corps. Enfin, sa voix rauque s'éleva, sereine comme toujours, alors que son sourire si rare, s'effaçait petit à petit.

- C'est Debra qui t'envoie, la gosse ?
Elle hocha la tête avec un sourire.
- Je m'appelle Erzebeth. Elle m'a dit de venir vous voir..
Son regard s'assombrit de gêne, elle cherchait son prénom. Il lui avait échappé.
- Heathcliff, mais tu peux m’appeler Cliff. Entre petite, j'ai quelque chose pour toi.

Erzebeth. En retard, le prénom le frappa. C'était la première fois qu'il l'entendait. Cela ressemblait à Élisabeth. Un très beau prénom. Mais Erzebeth lui allait mieux. Elle entra, et il s'excusa brièvement pour l'état de la maison. Peu importait, il avait préparé ce présent depuis quelques jours. Il avait oublié la gosse, il avait oublié la découvert sur le quais, avant qu'elle n'arrive à sa porte. Mais le cadeau, il était là, enveloppé dans une étoffe. Cliff l'avait méticuleusement préparé, l'avait lavé, nettoyé pour retirer les marques de poussières, les marques du temps. L'avait étendu, à la lumière du jour, pour en ôter les effluves de moisissure. Désormais, le tissu qu'il retira de l'emballage aurait presque resplendi. Un tricot, noir et blanc rayé. Comme un tricot de marin, mais tissé pour un corps de femme. Jadis, quand Elle l'avait pu, Elle l'avait porté. Pour lui faire plaisir, lui faire un clin d'oeil sans même ciller. Il avait toujours été leur tricot. Avant. Cliff l'offrait volontiers à la gosse, il n'avait pas remarqué, lorsqu'elle était inconsciente, qu'elle Lui ressemblait tant. Le présent n'était alors que plus justifié. Voilà, il se retourna vers elle, remarquant qu'elle portait un pantalon rappelant les culottes de cheval, avec un tissu gris, qui noyait son buste. Erzebeth attendait, avait laissé la porte ouverte pour éclairer la pièce, le regardant, calme et silencieuse. Il s'approcha d'elle, le vêtement dans les mains, de façon à lui faire comprendre qu'il voulait lui enfiler. Toujours avec ce minuscule sourire discret, elle tendit les bras, et ajusta le tricot. Il était grand, glissait jusqu'au milieu de ses cuisses, dissimulait légèrement ses mains, et laissait voir le haut de sa poitrine. A son cou, il y avait une chaîne noire, et un pendentif gris, qui représentait une clé. Le vêtement lui allait bien. Et Heathcliff, revoyait celle de ses souvenirs, dont les cheveux volaient avec le vent. Il la revoyait en elle, en Erzebeth. D'un revers de la main vif, il essuya les traces de ses larmes et posa son autre main sur l'épaule de la gamine. Cette dernière baissa les yeux sur le tricot, puis le regarda à nouveau.

- Merci, il est très joli.
Même s'il était trop grand pour elle.

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