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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

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Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
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et des politiciens.
Quand un Orc veut te tuer, il le fait savoir clairement
et, généralement, sous tes yeux.
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Miséricordieux, j’avalerai vos supplications, délices de ma victoire !
[Rubis Solime De Babaux]


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[Walgrim Grindal]

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Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
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entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

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Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Enfants des Glaces

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Cronose

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MessageSujet: Enfants des Glaces    Lun 26 Mar - 14:50

Enfants des Glaces


Le Désert au Miroir… sa signification me devint lucide lorsque je contemplai sa splendeur, mêlée entre l’indomptable mère nature qui me projetait ses fibres cristallines en plein visage, tout en maculant mon enveloppe d’un froid mordant. Les surfaces glacières qui réverbéraient ma silhouette, enveloppée de fourrures, déployaient ma méfiance à sombrer dans les eaux inertes enfouies d’une nappe d’ombres blanches. Les vents balayaient la poudre limpide, recouvrant mes cils d’une fine constellation lactée.

Dans le sifflement des terres libres, la nuit primait sur le jour, recouvrant de son voile fuligineux, une voûte miroitante d’astres et d’ondes boréals. Un spectacle grandiose que je prisai à maintes reprises sans pouvoir m’en délecter. La violence des temps, ne m'allouant pas cette peine, je devais poursuivre mon ascension, en quête de Blanche où je trouverai mon salut.

Pour en arriver là, j’avais emprunté une galère à Lysimaque, pour atteindre les lèvres du monde, voguant sur la surface grenelée de la mer Songeuse. Disposant d’un éperon, notre Birème avait fracassé la glace immergée, bardant notre proue d’une éventuelle saillie. Le capitaine toujours en mouvement, n’avait cessé d’examiner la globalité du château ainsi que des cales, certifiant que nous n’étions guère à l’abri d’une fragilisation de la coque. Il avait également spécifié qu’heurter un iceberg serait préjudiciable, car il nous serait impossible de survivre au froid mordant des marées de l’oubli.
Malgré ses appréhensions et à force de directives rigoureuses, il était parvenu à nous guider sur les côtes des Cinq Etoiles sans la moindre encombre.
Après de brefs adieux, j’avais quitté les matelots pour disparaître dans les limbes du Grand Nord, m’incombant d’une virée aux issues incertaines.


Blanche, tel un mirage, m’apparût comme un supplice rebutant. Je n’espérai plus y accéder, persuadé que ses fortifications ne fussent le fruit que d’un vil mensonge. Pourtant, j’y parvenais, sans que l’once d’un soulagement lénifie mon âme. Frôler les chutes de la raison nuisait à mon enthousiasme qui pourtant, j’en fus convaincu, jubilait au fond de mon âme.
Passant le contrôle local de la milice, les sentinelles me jetaient quelques coups d’oeil suspicieux. En effet, ma langue si couramment allègre, n’allongeait plus que des bredouillements, celle d’un homme affaibli par les intempéries d’un long voyage. Rien de plus. Ils finirent par comprendre, se montrant enfin compatissant, à défaut d’analyser mes intentions transitives.

Je préludais une visite laconique, dans le seul but d’humer un fumet, l’hantise d’une situation famélique. La prééminence de mon flair me guidait jusqu’à l’auberge, m’extirpant de la torpeur qui me tenaillait. Vidant mon soul et quelques peu ragaillardi, je souffrais encore d’épuisement, la chambre sommaire que je louais parvins à me soustraire de cette impotence. A mon réveil, dans le milieu de la nuit, mon crâne bourdonnait d’une migraine insoutenable, mes muscles atrophiés me causèrent une grande difficulté à me redresser, puis à me relever. Je vains à bout de mes maux pour me retrouver nez à nez avec l’aubergiste, lorsque je descendais les marches menant au rez-de-chaussée. Il me réclamait la somme de trois jours de gîtes, j’en vins à connaître la durée de ma convalescence. Sans perdre un instant avec ces broutilles de passage, je payais le tenancier qui cessa de geindre après son dû.

M’éclipsant dans une ruelle investie par les rayons du clair de lune, mon corps vibrait d’une vile détermination. Tuer… La seule chose qui pouvait me remettre d’aplomb de manière significative, fût l’accomplissement du vice qui grondait en moi.

J’abdiquais donc à mon supplice, vadrouillant dans les recoins reculés de la citée afin d’y déceler une proie de choix. A mon grand attrait pour la chasse, je discernais deux voyageurs, prenant justement le départ pour se diriger, torche à la main, en direction des monts qui surplombaient Blanche. Qu’allaient-ils braver en des heures si incongrues de la nuit ? Je l’ignorais, mais la curiosité dont je fis preuve ne suffisait pas à étancher ma soif prédatrice. Je les pistais donc, déliant les liens qui stabilisaient ma tunique. Otant mes couches de tissus, cuirs et fourrures, je tâchais de ne guère les perdre de vue. Au pire, mon odorat se chargerait du reste…

Une fois plongé dans la nudité la plus insalubre, le froid environnant hérissait mes poils et rongeait mon épiderme d’un baiser corrosif. Je n’en tins rigueur, mes bas instincts primant sur la douleur. L’astre guettait mes déplacements furtifs, me guidant jusqu’à mes cibles qui s’enfonçaient dans un milieu boisé, me donnant l’avantage des lieux.
Conservant une bonne distance, je redressais la nuque, délivrant mon enveloppe à la nuit, à la lune…

Je pouvais sentir l’étirement de mes os, déchirant ma substance corporelle…
Un Hurlement m’étreignis.
Le tourment me plantait les genoux sous terres, gonflant brutalement ma musculature…
Des hoquets de douleur me pris.
Mes poignes dégradaient la couche verglacée, permutant mes ongles en griffes…
Un excès de rage, je ris.
Mon corps devint toison de jais, ma mâchoire quant à elle, mutait…
Un grondement retenti…


Je me redressai, flairant la peur de mes proies, rembrunies par les bruits que je n’avais pu contenir. Hélas pour les malheureux, je n’étais plus qu’une ombre dans la nuit, un démon aux chaînes déliées qui répandrait leur contenance.
Bandant mes muscles, je m’enfonçai dans le bosquet, mes pas tût par une souplesse affermie. Je pouvais enfin les apercevoir, brandissant leurs torches à maintes directions dans l’espoir d’appréhender le danger, cimeterre dans l’autre main. Des cure-dents insignifiants à mon égard, ils n’étaient que deux brebis égarées. Pauvres créatures éphémères… Ils proféraient des injures, dépités par l’impuissance de leurs recherches, inhibé de toute rationalité causée par la panique virulent leurs cinq sens. Alors que je m’apprêtai à bondir, lacérer leurs tripes, l’ainé prit la parole, attisant ma réflexion.

-Grant… Tu penses que c’est celui qu’on cherche ? Celui qui a enlevé mon enfant ?

L’autre, prit la parole, sa voix vibrant d’un trouble manifeste.

-P..Possible. En tout cas, r…res…restons sur nos gardes, il est su…su…sûrement plus proche qu’on ne le pense..

Les ignares, pour être proche je l’étais, bien qu’ils semblaient redouter une menace d’une teneur inférieure. Je leur accordai toutefois un brin de répit, pris d’une grande curiosité à l’égard de cet enlèvement d’enfant.

-Si on le voit, qui que ce soit, n’hésite pas et frappe ! Fit l’aînée, brassant l’air de sa lame, d’un mouvement révélant une certaine adresse. (Je découvrais par la même occasion ma première cible, préférant éliminer le plus dangereux des deux).
Mais toujours tapis dans les fourrées, j’écoutais la conversation, spectateur de mon festin.

-On… on ferait mieux de déguerpir, ce n’était pas une bonne idée Bunyan… En plus l’Ultime Alliance va s’en mêler, il paraît… Autant se fier à eux… souffla le plus jeune, se décomposant au fil des secondes.

-Non ! Hors de question ! Grant, comprend moi bien, je veux que ce porc crève de ma lame, tu m’entends ? l’ainée s’approchait de son comparse et le tint par le col. « Qui sait ce qu’il à fait de mon fils ?! Et n’oublie pas que ta petite sœur a également disparue, tu préfères te défiler comme un lâche et attendre des secours qui interviendront que dans plusieurs jours ?! Quand il n’y aura plus d’espoir de les retrouver en vie ou pire, que ce monstre s’échappe dans la nature ?! Hein, c’est ça que tu veux ? la colère du plus vieux se dévoilait sur son visage, coloré d’une teinte pourpre, le regard envenimée.
Le plus jeune baissait les yeux, capitulant d’un hochement de tête.

Je compatissais pour ces braves gens, en particulier l’ainée qui faisait preuve de bravoure. Mais je ne pouvais aller à l’encontre de mon instinct. Bien que je dictais mes actes, je ne faisais plus preuve de clémence, la gentillesse n’existait plus en moi, ce n’était qu’une faiblesse qui m’avait brisé par le passé. Dorénavant, je suivrai mes pulsions, elles demeuraient plus fiable qu’une simple valeur morale.
Une remise à neuf, un nouveau départ, je pouvais appelé ça comme je veux, plus rien ne soulagerait ma conscience, dépouillés des miens et de ma propre existence, je n’avais que faire d’autrui. J’abandonnai donc ma raison au loup qui bouillonnait en moi, brutalisant mon âme d’un désir sanglant, remémorant les cauchemars de la guerre, je n’étais plus que le pantin d’une vengeance inassouvie. A défaut des responsables, ces gens allaient périr sauvagement…

Jaillissant des fourrées, je parvins d’un bond sur le dénommé Bunyan. Celui-ci intercepta que trop tard mon mouvement, l’allonge de son épée ne lui permettait pas d’attaquer efficacement. Pour preuve, je refermai déjà ma mâchoire sur sa jugulaire, lui labourant la gorge et l’épaule dans une même morsure. Secouant la tête, je le déchiquetai, palpait le sang chaud sur ma langue et balançai ses restes contre un tronc, où son crâne se fracassa violemment. Le jeune homme était tombé sur ses fesses, complètement apeuré, incapable de déglutir le moindre son. Il brandissait sa lame sans grande conviction, valsant d’un coté, puis de l’autre. Une garde défensive des plus déplorables…
Mon regard soutint le sien, ses pupilles éclairées par un pan de lumière, occupait la majeure partie de son iris. pauvre enfant… je m’avançai sur quatre pattes, alors qu’il reculait en battant des jambes. D’une poigne féroce, j’attrapai sa cheville, de l’autre patte, alors que je le ramenai à moi, j’écartai brutalement sa lame, m’ouvrant la voie à la faiblesse de son corps. Me penchant davantage, je vins enfoncé mes crocs, labourant son bide comme on chiffonne une boulle de papier. Balloté dans tous les sens, il poussa quelques plaintes de souffrances, des cris d’enfants opprimés par les secousses de ma férocité. Dans un clappement, il cessa d’exister, la bouche inondée par son propre sang. Ensuite, le silence…

De retour à Blanche, repût et revigoré de ma pleine vitalité, personnes ne m’accorda un regard. J’arrivai dans la mâtiné, insoupçonnable, immaculé de mon massacre. La neige m’avait lavé de mon péché, j’étais de nouveau vêtu et j’arpentai le chemin qui me guida jusqu'à l’auberge. Retrouvant le confort sommaire de ma chambre, j’y pris un bain, me décrassant définitivement du méfait que je venais de perpétrer.
M’allongeant dans mes draps, après un court instant, je me penchai d’un flan, puis, me mis à vomir.

Les mains tremblantes, je pris mes cheveux par poignées, me balançant d’avant en arrière, j’avais perdu mon humanité, je n’étais plus qu’un loup gonflé de rancoeurs. Puis, j’esquissai un sourire avant d’éclater d’un rire nerveux, plus rien ne viendrait à bout de ma volonté, pas même la pitié...
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Trucid

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Ven 30 Mar - 7:09

La galère fendait les eaux avec précision, laissant un simple sillon d’écume comme seule trace de son passage. Ils avaient vogué toute la nuit durant, accompagnant la course de la lune jusqu’aux confins du monde, l’astre du jour dardant depuis quelques minutes seulement ses pâles rayons au-delà de la Muraille des Temps. La chaîne de montagnes était visible à présent, éveillée au même instant que la première lueur du soleil sur les glaces éternelles du Nord. La cité de Blanche accueillerait bientôt en son sein les envoyés de l’Ultime Alliance. Mais pour l’heure, il fallait que la galère arrive jusqu’au Désert aux Miroirs sans encombre et en un seul morceau. Et la fin du voyage serait compliquée, la glace étant à même de rompre la coque à n’importe quel moment. Ils y étaient presque... L’homme serra les poings. Ses yeux d’un rubis écarlate, glacial en cette heure, fixaient l’horizon et les petites rides plissant le coin de son regard trahissaient son inquiétude. Il n’avait jamais beaucoup aimé la mer, et entreprendre voyage si dangereux n’était pas dans ses habitudes. Le Désert était en vue, encore quelques minutes, et il leur faudrait éperonner l’épaisse couche de glace pour s’enfoncer encore un peu dans les terres avant d’y poser le pied. Les poings refermés sur le bois du bastingage, il posa une main sur la garde de son épée courte, et tourna la tête vers un autre envoyé de la Reine. Ce dernier ne pouvait se départir d’un petit sourire en coin qui surprit le jeune homme inquiet. Haussant un sourcil, il posa la question qui lui brûlait les lèvres :

“- Pourquoi est-ce que tu as l’air si heureux ?
- Je suis amusé de te voir si perturbé. Il répondit d’un ton léger, ses iris bleues ne cessant de fixer celles de son interlocuteur. Je n’avais pas l’impression que tu étais quelqu’un qui se laissait impressionner par quelques flocons de neige.

Il se contenta de hausser les épaules en réponse, jetant de nouveau un oeil sur l’horizon. Avisant ensuite les matelots s’affairant autour de lui, et le capitaine hurlant des ordres de sa puissante voix pour couvrir le murmure insidieux du vent, il revint sur son vis-à-vis.

“- Les autres sont prêts ?
- Je crois, oui. Ils ont l’air pressé d’arriver. Tu n’es pas le seul à redouter les glaces.
- Je sais. Tu devrais toi-même être plus prudent. Ou en tout cas le prendre avec moins d’insouciance.

Lui aussi haussa les épaules après la remarque. Ce qui arracha un soupir de dépit au premier, la chaleur froide de son regard rougeoyant détaillant le visage de son compagnon d‘armes.

Je sais que je ne devrais pas m’inquiéter tant que ça, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai un mauvais pressentiment, et même si je n’en fais pas grand cas d’habitude, j’ai l’impression que l’atmosphère se refroidit de plus en plus... Mon corps me hurle de rester sur mes gardes, et il est souvent de bon conseil. Quand nous heurterons la glace, il faudra être prêt... Et elle arrive...

Il serra son col autour de son cou, nouant un peu plus la corde de son manteau de fourrure autour de ses épaules. La galère fusait en direction de la glace, et il ne faudrait plus que quelques secondes avant qu’elle ne la percute. Il s’accrocha à la rambarde, avant de jeter un coup d’oeil à côté de lui, arborant un petit sourire.

“- Tu devrais te tenir à quelque chose, le choc risque d’être violent.

Et à nouveau, son interlocuteur haussa les épaules, avant d’ouvrir la bouche pour répondre. Il fut interrompu par un craquement effroyable. Le bateau venait de toucher la glace, craquelant la couche gelée dans un grondement sourd. La proue frappa sèchement, rompant l’immaculée pureté du Désert. Des cris d’effroi se firent entendre, les matelots se cramponnant de toutes leurs forces où ils le pouvaient. Le jeune homme aux cheveux blancs étouffa un grognement de douleur. Il avait pris tout le choc dans les épaules, mais était resté sur ses pieds, ne bougeant qu’à peine de sa position.

Soudain, ses yeux s’écarquillèrent. Son compagnon avait fait un bond en avant sous la force du coup que la nature venait de leur asséner. Il se cogna contre la rambarde, sa hanche claquant contre le bois. Ses bras battaient l’air sans réussir à s’accrocher, et son regard bleuté croisa un instant le rouge de celui du jeune épéiste. Un regard empli d’incompréhension, de résignation, et, pour finir, de peur panique. Il bascula par-dessus le bastingage, et commença à chuter. Ses doigts se raccrochèrent une seconde au bois, lui accordant un répit de courte durée. Mais son corps frappa le flanc de la galère, et il lâcha.

Trucid se jeta en avant. Il se pencha au-dessus de la rambarde, lançant son bras en direction de celui de son camarade. L’espace d’un battement de cils, il crut qu’il l’avait sauvé, ses doigts effleurant la main tendue vers le haut... Mais il referma sa prise sur le vide. Avant que ses yeux ne suivent la chute de l’insouciant. Ce dernier resta une poignée de seconde en l’air avant de s’écraser sur la glace, faisant mourir son hurlement aussi sûrement que son corps. Sa tête heurta le sol, éclatant dans une explosion de sang. Et son cadavre fut aspiré sous le navire, englouti par les eaux.

“- Non !

La galère continuait à se frayer un chemin à travers la glace, indifférente à la tragédie qui venait de se jouer, ou au cri du maudit qui se perdit dans le lointain alors qu’ils avançaient.

Je lui avais dit d’être plus prudent... L’imbécile... Un mort déjà, et nous ne sommes même pas arrivés à Blanche. Quel crétin ! Cette mission revêt trop d’importance pour se permettre ce genre d’erreurs ! Comme je me haïrais de mourir si bêtement... Oublions ça. Je ne pleurerai pas cet homme, et nous avons quelque chose à faire ici. Il ne faut pas regarder en arrière. Nous devrions bientôt débarquer, et la traversée du Désert aux Miroirs ne sera pas une partie de plaisir...

Il remisa l’incident au fond de son esprit pour l’oublier rapidement. Après tout, ce n’était qu’un homme, et il y en avait encore trois avec lui. La galère s’arrêta après de longues minutes, lorsque Trucid fit remarquer au capitaine que s’ils s’enfonçaient plus encore dans les terres, ils ne pourraient pas repartir. L’homme hocha la tête et donna ses ordres, alors que les trois autres missionnaires rejoignaient le pont. Le maudit les informa de la tragique disparition de leur camarade, et ils réagirent comme lui. Quelques secondes de silence pour l’honorer, puis l’oubli pur et simple pour se concentrer sur leur but.

Chacun à leur tour, ils descendirent du navire, posant leur premier pied dans le désert blanc. Le vent soufflait plus fort encore ici, et la tempête de neige redoublait de puissance. Ils s’accordèrent un regard, et après un hochement de tête, ils se mirent à marcher en direction de Blanche, luttant contre le froid dans leurs manteaux de fourrure, leurs pantalons doublés et leurs bottes de neige. L’équipement leur avait été fourni à Lysimaque, aux frais du Royaume, juste avant qu’ils ne partent, et ils le remerciaient à l’heure actuelle. Parce que même si le froid les gelait jusqu’aux os, sans ces oripeaux, ce serait encore pire.

Un temps infini plus tard, ou tout du moins c’est ce qu’ils avaient cru, ils furent en vue de la ville blanche. Le soleil devait être levé depuis un moment maintenant, mais la tempête hurlait toujours. Trucid tourna la tête pour observer ses compagnons. Ses iris rouges, plus glaciales encore qu’auparavant, se plissèrent avant qu’il ne murmure quelques encouragements à ses compagnons. Ses cheveux blancs étaient couverts d’une légère couche de glace à présent, donnant l’impression qu’il portait une étrange coiffe aux allures menaçantes. L’un des autres hommes, un guerrier costaud et imposant, avait même quelques stalactites pendouillant au bout de sa longue barbe noire. Il portait dans son dos une hache à double tranchant, une arme qu’il maniait avec efficacité, comme avait pu le constater Trucid lorsqu’il avait été attaqué par des loups dans les Bois d’Avant.
Le deuxième était à l’opposé. Silhouette longiligne et presque squelettique, il était armé d’un arc. Son visage dur, semblait taillé à la serpe, un nez crochu et de petits yeux perçants. Il était d’une précision redoutable avec son arme. À chaque fois que le maudit l’observait, il lui faisait penser à un oiseau de proie, tant son profil ressemblait à celui d’un aigle.
Le troisième, quant à lui, était habillé d’une robe de fourrure grise. Il ressemblait à un chérubin, tant son visage était enfantin, et tant sa taille petite. Il ne possédait aucune arme avec lui. Il savait les manier, à ce qu’il disait, mais préférait se battre avec la magie. Il contrôlait la terre, de ce qu’en avait pu en voir Trucid.

Ils entrèrent finalement en ville, tremblants et éreintés. La fatigue se lisait sur leurs visages et ils savaient tous qu’avant de mener à bien leur mission, il leur faudrait un bon repas et un bon lit. Après une dizaine de minutes, ils trouvèrent l’auberge, y entrant comme un seul homme. Le barbare à la hache se dirigea vers le comptoir pour aller voir le tenancier, les annoncer, et lui demander de quoi manger et un toit pour la nuit prochaine.
Pendant que ce dernier acquiesçait et s’affairait à les contenter, Trucid avisa la pièce d’un regard. Il n’y avait que peu de clients. Un couple dans le fond, un homme au bar. Il le détailla un instant. De courts cheveux noirs, penché au-dessus d’une assiette qui contenaient Dieu seul savait quoi. Il semblait légèrement malade.

Étant donné le climat qui règne ici, ce n’est pas étonnant de trouver quelqu’un dans cet état. Je ne vais pas m’approcher, il serait idiot d’attraper le mal alors que j’ai résisté jusque là. Bon. Je crois que nous commencerons notre enquête demain matin. En attendant, les boissons arrivent. Quatre bières, excellent choix... Il va tout faire tomber s’il prend tout, tout seul. Je vais lui filer un coup de maAAAAAA...

“- ... AAAIIINAAAAaaaargh ?!

Il s’était élancé en direction du bar pour aider son compagnon, et, dans sa précipitation, oublia que la semelle de ses bottes était encore couverte de neige. Et par conséquent, excessivement glissante. Ainsi, dès que son pied se posa au sol, sa malchance légendaire prit acte et il partit en avant, fusant à toute vitesse à travers la salle sans pouvoir se retenir... Droit en direction de l’homme malade. Il essaya de s’accrocher à quelque chose pour se ralentir, mais à part une bordée d’injures toutes plus fleuries les unes que les autres, rien ne sortit de cette tentative désespérée. Il ne fit que perdre l’équilibre, et plonger en avant. Sa tête heurta l’arrière du crâne de l’homme, et le visage de ce dernier plongea dans son assiette en envoyant valser quelques morceaux de nourriture aux alentours.

Se redressant brusquement en se tenant le front, Trucid tendit la main vers l’autre en signe d’excuses.

“- Je suis désolé, pardonnez-moOOOOOIIII !

C’était parti pour un deuxième tour. Ses pieds glissèrent à nouveau pendant qu’il parlait, et il tomba en arrière. Mais cette fois-ci, il réussit à accrocher quelque chose avec sa main droite. La barbe de son compagnon. Qui cria de douleur et de surprise sous l’assaut involontaire et foudroyant. Il sursauta, lâchant les quatre bières pour porter les mains sur son menton et calmer la douleur. Bières qui s’écrasèrent sur Trucid, le maculant des pieds à la tête alors qu’il était à nouveau allongé par terre, les fesses douloureuses.

J’en ai assez...

Il soupira, accablé, avant de lancer un regard gêné au barbare à ses côtés.

“- Excuse-moi, Marduk... Il se tourna ensuite vers l’aubergiste sans se relever, souriant d’un air candide. Pourrions-nous avoir quatre autres bières, et un bon repas, s’il-vous-plaît ?... Et un endroit où je puisse me... changer ?...
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Camelle Elwhang

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Ven 30 Mar - 20:19

Crissement de porte inquiétant et noir persistant. Perdue. Perdue dans cet univers de songes sans fin et méprisant. Perdue entre les ombres traitresses , des fantômes que je ne connaissais que trop bien. Le temps passait lentement. Lentement passait le temps. En effet, les nuages gris et menaçants planaient, planaient si haut, si haut, si gros les vilains nuages… Ils ne bougeaient pas, immobiles comme tout le reste. Pas de vent, pas de bruit. Juste une pente rocailleuse et moi, si petite face à l’immensité. En bas de la Chute, on ne voyait rien. C’était un vide infini et pesant. Pourtant, les nuages m’y pressaient. Un escalier serpentait sur la droite, taillé dans la roche rouge, oxydée par la pluie qui grondait au dessus de moi. Mes mains parcouraient silencieusement mon corps nu, à la recherche d’on ne sait trop quoi. D’on ne sait trop qui… Sileeeeence… Murmure tût dans la seconde effroyable, beaucoup trop longue. Ici, dans cette vallée déserte, tout prenait des proportions démesurés tant et si bien que mes propres pulsions devenaient vite insoutenable. Nul n’aurait pu résister à un assaut aussi puissant d’envie, de curiosité morne et de folie perverse. Alors, comme un ordre soufflé à mon oreille, j’empruntais ce sentier descendant vers les Lugubres. Mes pieds écorchés foulaient avec dextérité le sol froid, les cailloux attaquant ma peau comme des bout de verres. A trop côtoyer la douleur, on en oublie sa signification. Lors de ma longue et ennuyante fuite vers le Fond, les fantômes m’embêtaient. Ils me frôlaient d’abord et puis, après quelques heures, quelques jours peut-être, ils commençaient à me frôler et à souffler mon nom dans cette pesante quiétude à laquelle je m’habituais. Un pas et une ombre. Cette fois, le corps décharné m’apparut nettement. Le teint blafard du fantôme se matérialisa puis se muta dans un gris maladif. Et les yeux devinrent bleus. Et les cheveux, noirs. Peu à peu, la Créature muta en une jeune fille quasi squelettique. Elle sourit et se n’ai pas sa bouche étonnamment longue du côté droit qui m’interpela mais son effarante beauté. Oui, cette petite était d’une laideur parfaite. Une laideur si belle et si macabre qu’on ne pouvait en détourner les yeux. Putride. Mes pieds s’arrêtèrent malgré moi.

- …Réveille…Toi…


Une voix inhumaine, bien trop aigüe. Tessiture de cordes vocales plus habituées aux cris qu’à la discussion. Je n’ouvrais pas la bouche, bien trop obnubilée par l’étrange Créature. Mes yeux se perdaient dans la longueur de ses cheveux de jais, dans la courbe de ses épaules saillantes, de ses seins naissant et de ses cuisses parsemées de bleus violacés.

- Qui… Qui tu es ?

J’avais réussit à balbutier ces trois mots, absorbée dans ma découverte toujours plus étrange de la jeune fille. Si je devais lui donner un âge, je ne dirais pas plus de quinze hivers. Puis, rompant le calme de nouveau installé, un rire méchant et horrible éclata de la gorge de la Créature. Un long sourire s’étira sur ses lèvres et sa joue, dévoilant des dents cariées et une plaie encore purulente. Le bleu pourtant si prospère et profond de ses minois vira dans une couleur assombrit par la démence, grands ouverts, faisant ressortir les immenses cernes sous-eux. Soudain, quelque chose mua dans mon cœur, comme une force extrêmement puissante. Une volonté qui m’intimais de courir, de remonter quoique cela me coute. Instinct de survis. Mais j’étais totalement impuissante, pétrifiée face à une Créature inquisitrice. Elle bougea puis se transforma de nouveau. Alors, tout bougea comme une seule entité et le décor vibra jusqu’à disparaitre comme des grains de sable portés au vent du Sud. Terrorisée et anéantit, je ne savais pas à quoi s’attendre à présent… Et mieux aurait-il valu qu’il en reste ainsi. Je fermai les yeux forts, très forts, attendant que le vrombissement se taise. Quand se fut chose faite, j’ouvrai prudemment un œil et je reconnus. Une larme coula instantanément sur ma joue et une main poisseuse de substance inconnue normalement par une petite fille de mon âge s’empressa de l’écraser

- Ne pleure pas, j’ai finit. Tu sais pourquoi je fais ça n’ai-ce pas ?, je sentais son souffle alerte et chaud sur la peau sensible de mon cou.

- Il… Il… Il faut que j’apprenne à être une… une… une gentille fille…

C’était rituel. Habituel. Cette phrase était la mienne et il aimait ça, quand je lui disais, je le sentais comme une évidence. Mais il ne bougeait pas. Non… Non. NON ! La faute était faite.

- Je savais qu’en étant si gentil avec toi aujourd’hui tu ne m’apporterais aucune fierté… Tu me déçois Camelle, tu me déçois vraiment beaucoup. Dorénavant, tu n’obtiendras aucun répits. Peut-être un jour mesureras-tu l’étendue de ma bonté.

Cette fois-ci, les larmes coulèrent abondamment, j’avais échoué. Le calvaire continuerait encore et encore. Jusqu’à ce que mon corps ne puisse plus, comme avant. Pourquoi étais-je si méchante ? Monsieur m’aidait et moi, je le trahissais. Mais ça fait si mal… Une fois, je lui avais dit. Je l’avais supplier de rendre plus légère ma peine car ainsi j’apprendrais mieux. La première fois que je lui ai dit ça, je me souviens du contact froid de la lame à la place de son arme à lui. Puis aussi, je me rappelle très clairement le déchirement affreux et de ma perte de conscience après un cri tellement fort qu’il m’avait brisé les cordes vocales, et ce, pour toujours. Tout mon corps tremblait, assaillit par la peur d’un nouvel assaut. Le temps coula. Une minute… Deux, trois… Dix et toujours rien. C’est alors qu’il m’attaqua. Fort et puissant. Il avait attendu le moment où j’aurais cessé de patienter. Il m’avait eu par surprise et un hurlement douloureux s’échappa de mes lèvres. REVEILLE-TOI !

-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Un cri rompant le silence froid et humide. Le froid… Je tremblais comme une feuille, et tentais vainement de me réchauffer, recroquevillée sur moi-même. Mon esprit sortait très doucement des limbes et j’étais un peu désorientée. Voir carrément perdue. Mes yeux cherchèrent un point, un indice qui pourrait me mettre sur la piste de mon passé récent. Mais en cherchant, tout les souvenirs de ce rêve effroyable me hantaient. Complètement déboussolée. J’avais froid. Très froid… Et une envie de dormir me tiraillait, cependant, dans un effort surhumain je luttais. Je luttais contre cette envie irrépressible de fermer les yeux et de me laisser partir sur un air doux et mystérieux comme l’hiver de mon cœur. Soudain, mes yeux s’habituant sans trop de mal à la pénombre que j’avais fait mienne depuis longtemps, une lueur éblouissante m’interpella, loin mais proche à la fois. Complètement transit et sans force, je rampai néanmoins sur quelques mètres, suant à grosse gouttes, mon corps entier s’égratignant contre les parois rugueuses. J’étais morte de fatigue et le moindre effort me coutait de vitale secondes. Et enfin, tout me revient en mémoire. Ma sortie de la maison de Monsieur, mon errance puis finalement, ma surprise lorsque j’ai atteint les contrées froides, près d’une haute et grande montagne dont j’ignorais le nom. Je comprenais alors le froid que je ressentais et mes maigres vêtements ne suffisaient pas pour me tenir au chaud. Mes pieds commençaient à virer au bleu à certains endroit et mes doigts, de plus en plus douloureux. J’avais par chance trouvé une grotte pas trop loin d’un sentier assez large mais recouvert d’une petite couche d’eau dure et froide .

Dans un effort qui me couterait grandement, j’atteignais l’entrée de la faille rocheuse. Encore une fois, je contemplais ce magnifique spectacle. Vaste étendue blanche et fraiche. Les arbres nus mais non pas morts. Le soleil du matin levant faisait déjà briller de ses pâles rayons la poudre comme des millions et des millions de pierres précieuses. Si je devais mourir ici, je ne regretterais pas ma sépulture. En même temps, que pourrais-je regretter ? Monsieur… N’avoir jamais compris qu’il avait toujours fait ça pour m’aider… Qu’il m’avait sauvé de l’infamie et de l’abjection de tous. J’étais trop stupide pour le comprendre, pour apprendre de lui et de ses mélanges corporelles violents. C’est aussi lui qui m’avait appris à expier mes pêchés. A manier le couteau pour de chastes saignées. Lavement et absolution de tout. Exténuée. Un geste machinal et mon couteau impropre trouva sa place dans ma paume. Posément, ma lame glissa sans incident sur celle-ci, laissant derrière son passage une trainée rougeoyante qui gouttait sur le sol dans des petits flocs dérangeants. Un petit rire m’échappa. Ô Monsieur, sois sans crainte, je laverais chacun de mes pêchés et j’aiderais des personnes à trouver La Voie.

Chancelante, il fallait que je trouve un abris sinon je terminerais ma vie ici même. Je repris donc le chemin de la veille, hésitante et tombant régulièrement. Ma tête tournait et mes doigts restaient crispés par la température ambiante. Je ne portais sur moi qu’un pantalon trop grand et sale, deux tuniques superposées avec de longues manches bien trop longue pour mes petits bras maigres. Pathétique. Voilà ce que j’étais, une pauvre fillette déambulant comme un soulard sur un sentier qu’elle ne connait pas, habillé avec les vêtement souillées de sang, de repas et de terre, formant ainsi des croutes de malpropre qui ne partiraient jamais, même avec la meilleure lavandière du monde. Des traits salin coulaient dans un trait noirâtre sur mes joues. J’avais mal et froid. Dormir… Voilà ce que je voulais… Dormir encore, dormir paisiblement. Je marchais alors depuis une heure, peut-être un peu plus. Soudain, sortit de presque nulle part, la silhouette figée d’une ville se dessina sur mon horizon, comme un but. Là bas, j’étais sûre de trouver un toit et de quoi me réchauffer. Je ne pouvais donc pas abandonner comme ça…

LE NOIR.

Lorsque mes yeux papillonnèrent, une douleur fulgurante attaquait ma tête. Comme si mon intérieur allait exploser. Où étais-je ? Je regardais vaguement les formes indistinctes autour de moi. J’étais… Un lit ? Je serrais doucement mes mains sur un tissus pas très riche mais du tissus quand même. Une vraie couche avec de vrai draps. Ma surprise aurait pu se lire sur mon faciès. C’était modeste et un peu sale mais en comparaison avec moi, c’était presque rutilent. En effet, je n’avais le droit qu’à un seul bain dans le mois chez Monsieur. Se laver était une commodité réservé au gentille fille… Mais rester sale enfermait mes mauvaises habitudes alors j’étais contrainte à me plier à cette règle un peu contradictoire. Surement mais lentement, je me relevai, distinguant un peu mieux les détails et surtout les affaires soigneusement pliés près de mon lit. Mes affaires… Elles sentaient bon. Sans attendre plus, un peu ensommeillée mais plus en forme, je sortais de la pièce. Depuis combien de temps y étais-je ? Comment avais-je atterrit dans cet endroit étrange aux accents plutôt prononcé d’alcool ? Je descendais prudemment un escalier grinçant, puis j’entendis du bruit alors, je me terrais sans bruit dans une ombre en observant ce qui se déroulait. Un homme aux cheveux blanc se retrouva sur le derrière deux fois et je me retenais tant bien que mal de rire. Je ne devais pas attirer l’attention, il fallait que l’on s’intéresse à moi avait dit Monsieur. Mais c’était tellement drôle ! L’homme à la barbe avait fait une drôle de tête quand le Maladroit s’était rattrapé sur son excroissance de poils.


Excuse-moi, Marduk... Pourrions-nous avoir quatre autres bières, et un bon repas, s’il-vous-plaît ?... Et un endroit où je puisse me... changer ?... “

A ce moment là, je ne pouvais plus me retenir de rire. C’était tellement drôle qu’il m’était impossible de retenir mon hilarité. Puis une poigne forte m’attrapa l’épaule et me poussa dans la salle. Je me débattais mais ma force de jeune fille maigrelette ne permettez rien. C’est à ce moment là que je remarquais ma nudité. Je n’en avais pas grand-chose à faire, mais par principe. Je laissais ainsi, à la vu de tous, les différentes plaies et cicatrices qui zébraient l’intégralité de mon corps. De mes pieds à ma tête. D’ailleurs, lorsque j’ouvrais la bouche en signe de protestation, l’homme qui me tenait eu une lueur de surprise et de dégout, fixant la plaie qui agrandissait mes lèvres. Il faut dire que plutôt récente, elle n’était pas jolie à voir…

-LA…LA…LÂCHEZ MOI !, criai-je de ma voix brisée, suraigüe.


Spoiler:
 

_________________

Ce cénacle suce et gratte mes phalanges.
Comme une nourriture des anges.
Je ne veux pas partir seule...


Dernière édition par Camelle Elwhang le Ven 4 Mai - 12:42, édité 2 fois
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Lusitane d'Akiléon

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Sam 31 Mar - 11:02

" Par Lusitane d'Akiléon, lieutenant d'Ether ".
Je posai la plume de laquelle je venais de signer mon rapport, avant de sceller ce manuscrit hautement confidentiel. Me laissant aller contre le dossier du fauteuil, je poussai un soupir de lassitude en levant les yeux vers les rideaux de velours bordeaux, pompeux et étouffants, à l'image du reste du mobilier qui ornait mes appartements provisoires.
Même le somptueux décor du consulat n'était parvenu à balayer mon humeur maussade. En dépit de toutes les dorures éclatantes, étoffes brillantes, glaces étincelantes et subtiles senteurs parfumées, je voyais la pièce fade, terne et sans saveur.

Je fis venir un garde afin qu'il porte mes écrits au bureau de l'ambassadeur Calel. Notre bref échange me sembla être d'une incroyable distraction comparé à l'ennui qui me pesait depuis mon arrivée à Blanche. Mes instructions dispensées, le jeune homme partit avec mes écrits, refermant délicatement derrière lui la porte de ma cage dorée. Et maintenant ...
Et maintenant ?

Je me levai et écartai d'une main la lourde étoffe qui me masquait le spectacle monotone du paysage monochrome de la région. Le jour déclinait déjà, mais encore trop lentement à mon goût.

Un mois.
Cela faisait un mois que j'avais quitté Firmament, sur ordre de l'archange qui m'avait chargée d'une mission singulière. Le lendemain des meurtres que j'avais perpetrés et de l'assombrissement de mes ailes, j'étais déjà sur la route de Saphir où un navire m'attendait, prêt à m'emmener aussi loin que possible d'Ether pour une durée aussi longue que nécessaire. Une habile manière de me tenir à l'écart de la tempête le temps que le déchainement du scandale s'épuise.
Ma tâche consistait à établir un rapport sur l'organisation militaire des cinq nations qui administraient sous la forme d'une alliance cette glaciale contrée. A présent que cette étude était transmise à l'ambassadeur, je devais rester à sa disposition jusqu'à la tenue du conseil, afin de l'éclairer sur les points que mes écrits n'auraient permis de trancher.
Conseil qui se tiendrait dans un mois...
Un mois de peine à purger dans cette prison blanche.

Les rideaux se refermèrent sur la vue fade de l'extérieur alors que je les lachais d'un geste las.

Je me décidai à sortir pour briser la monotonie de mon quotidien au beau milieu du désert immaculé. Un long manteau de velours noir ainsi qu'une lourde cape de fourrure tachetée d'anthracite m'enveloppèrent, couvrant ma délicate robe d'intérieur pour me protéger des assauts du froid mordant qui sévissait de l'autre côté des murs. Armée de ma curiosité pour tuer l'ennui, je descendis les marches de l'ambassade et m'enfonçais dans les rues de la ville.

Blanche était peu animée à la tombée du jour. Ne sachant guère trop où aller, j'errais sans destination précise, observant les passants, écoutant leurs histoires, scrutant les expressions sur leurs visages. La plupart me détaillaient avec intérêt, en raison de la noirceur de mes ailes, de ma riche tenue, ou de ma démarche calme et assurée. Le regard de certains était empli de révérence. D'autres, en revanche, me toisaient d'une manière désapprobatrice, avec des yeux laissant transparaitre toute leur crainte et leur aversion à mon égard.
Leur attention m'était agréable. Je me sentais à nouveau exister à travers les sentiments que je suscitais en eux, après avoir passé près d'une dizaine de jours enfermée dans mes appartements, absorbée par la rédaction de mon dossier.

" Il y a de plus en plus de personnes douteuses ici, regarde cet ange noir... Et après, ils s'étonnent des disparitions mystérieuses d'enfants ! Il est là votre mystère, juste sous vos yeux, croyez m'en... "

Je tournais discrètement la tête en direction de la provenance de la voix, faisant mine de réajuster ma cape de fourrure sur mon épaule droite. Deux femmes, d'un âge légèrement plus avancé que le mien, me fixaient de manière éhontée, sans paraitre conscientes que le vent m'avait porté leurs propos.
" Je ne suis pas un ange noir, pauvres sottes ", murmurais-je tout bas.
Donner des leçons me manquait. Une réflexion incendiaire serait une interlude distrayante dans ce froid engourdissant et ce paysage morose. Aussi, je fis volte-face, brandissant mon aigreur et mon irritation pour que ce quotidien monotone éclate en une altercation houleuse.

Elles entrèrent dans l'auberge devant laquelle je venais de passer. Je les y suivis.
La porte s'ouvrit sur une grande salle aux nombreuses tables qui demeuraient vacantes pour la plupart. J'embrassai la pièce d'un regard, constatant à mon grand désarroi que les deux ignorantes avaient déjà disparu dans l'escalier qui semblait mener aux chambres, à l'étage. Ma remarque cinglante quant à ma réelle appartenance raciale ne leur serait donc jamais adressée, et les précisions sur ces préoccupantes disparitions d'enfants resteraient une attente inassouvie. Le récit d'une histoire sordide m'aurait pourtant grandement divertie.
" Quelle déception ", pensais-je avec amertume.

La survenance d'une scène ridicule me tira de ma contrariété. Je me laissais aller contre l'embrasure de la porte, observant ses protagonistes maladroits d'un regard méprisant et amusé.
Un sourire narquois se dessina sur mes lèvres.

" LA…LA…LÂCHEZ MOI ! "

Un hurlement strident figea la séquence. Mon insatiable curiosité, bien davantage que mon altruisme mesuré, me poussa en direction de l'escalier d'où provenait le cri.
Que de progrès. En quelques tours de cadran, j'étais successivement passée de mon enfermement studieux dans mes appartements étouffants de l'ambassade à une errance insouciante et revigorante dans les ruelles de la ville, puis au spectacle d'une pièce truculente pour enfin assister à ce que je pensais encore être une tentative d'agression.
" Puis-je avoir un grand verre d'eau, s'il vous plait ? ", demandais-je d'une voix douce et polie en passant sans m'arrêter à hauteur du comptoir.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant une fille d'une quinzaine de printemps, entièrement nue, au corps horriblement balafré, au regard dément, affolé et effrayé, qu'un homme maintenait fermement par les épaules. Il la précipita dans la salle du restaurant, ses pieds raclant frénétiquement le sol à quelques empans de moi.

Le Créateur était miséricordieux et charitable, n'est ce pas ? Aussi devions nous agir en suivant le modèle de vertu qu'il nous imposait.
" Il prohibe également l'excessivité, tempérais-je immédiatement. La vertu, certes, mais par intermittence seulement ..."

Alors que je m'approchais lentement, en arborant une expression bienveillante et en me défaisant de ma lourde cape de fourrure afin d'en couvrir l'enfant, de violentes exclamations fusèrent, interrompant mon geste. Je reconnus les voix des deux idiotes croisées à l'entrée de l'établissement, qui dévalaient les escaliers, attirées par les cris aigus de la jeune fille au corps mutilé.

" Ne la laissez pas s'approcher, cet ange noir va l'enlever ! "

Un sourire carnassier se dessina sur mes lèvres. La nuit promettait d'être longue et animée.
Enfin.
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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Dim 1 Avr - 19:43

_ C'est bon vous pouvez entrer.

Le lycan récupéra la missive royale qu'il avait dû présenter au garde afin de pouvoir entrer dans blanche. Il chiffonna rageusement le papier une fois que celui eu atteint sa main. Il ne voulait pas être là alors que Sergueï était laissé sans protection, les bleus qui lui servaient d'équipiers n'étaient même pas capables de tenir une épée sans se blesser. Layde se massa longuement les tempes en repensant aux longues heures de parlementations qui avaient été nécessaire à l'émissaire pour le convaincre de le laisser seul pour gérer cette mission. Ses canines affûtées vinrent percer sa lèvre inférieurs tellement il se la mordait nerveusement. L'ancien capitaine n'était toujours pas rassuré, il ne l'était jamais quand Sergueï était à plus de dix toises de lui.

Il leva les yeux au ciel et contempla la nuit noire, l'absence de la lune ne fit qu'augmenter sa nervosité, l'astre manquant était la seule chose capable d'occuper ses pensées en cet instant.

Il caressa machinalement la gueule de loup qui ornait l'extrémité de la poignée de son épée avant de s'asseoir. Attendant que la lumière argentée projetée par les rayons lunaires perce les nuages. Le temps passa, une seconde, une minute ou une heure, il lui était impossible de le savoir, mais il ne cessa de ruminer son inquiétude. *Il me faut vite boucler cette mission, sans quoi il risque de lui arriver quelque chose*. À sa plus grande surprise, la mère-lune ne se présenta pas, il avait certes déjà entendu parler de nuit sans lune, mais il ne s'attendait pas à en voir ce soir même. Alors qu'il avait besoin plus que tout de la voir.


Vivement, il se mit sur ses pieds et marcha, sa qualité d'envoyé royal lui procurait le droit d'être logé dans une des meilleures auberges du coin, mais elle était aussi située à l'autre bout de la cité. On lui avait donné une bourse garnies pour les frais de voyages mais il n'avait pas eu à l'utiliser. Sitôt pénétré dans le bois d'avant, il avait cédé malgré les interdictions qu'il s'était imposé. Sergueï lui-même se devait de laisser sortir son instinct bestial par moments, même s'il le faisait de moins en moins ces derniers temps.

Le plaisir de retrouver sa forme animal avait été tel qu'il n'avait pas voulu la quitter avant d'atteindre Lusymaque. Toute sa panoplie fermement rangée dans une sorte de bandoulière qu'il avait spécialement faite faire dans le cas où il devrait voyager. Ces quelques 5 jours avaient été les meilleurs qu'il avait connu depuis longtemps, notamment la rencontre avec cette louve sauvage l'après-midi du 3em. Un sourire amusé décora son visage au souvenir de ce moment. Cette aventure mise à part, le voyage avait été des plus calme et rapide, ne cessant de courir, il avait atteint la ville côtière 2 jours plus tôt que si il y avait été sous forme humaine.
La traversée avait été tout aussi rapide, un bateau s'apprêtait à partir pour blanche à peine avait-il pénétré dans le port. Le seul prix que lui avait demandé le capitaine était la force de ses bras pour manier la barre.

Quoi qu'il en soit, cet excès de chance qu'il semblait avoir reçu était à présent soldé par 3 jours d'avance et des ambassadeurs encore à Darn Abbart. Il avait bien tenté d'en discuter avec le capitaine de la garde mais celui-ci ne semblait n'être intéressé par rien d'autre que l'enflement de sa bedaine et la prochaine pute dans laquelle il allait fourrer sa queue. On n'a rien sans rien comme disent certains humains.


Il avait tenté de mener sa petite enquête en dehors de la cité, mais sans informations autre que les rumeurs des voyageurs, il n'avait pu aller bien loin. Bien sur, cela n'aidait en rien avec la garde qui se méfiait de lui comme de la peste, ces bouseux semblaient croire que le lycan avait pour but de leur voler leur travail.
La fatigue l'arrache à ses pensées qui devenaient de plus en plus confuse. Il n'avait que très peu dormi ce jour. Il ne lui en restait qu'un avant d'être '' officiellement '' arrivé. Il se dirigea donc d'un pas lourd et lent vers la plus proche taverne qui portait un nom des plus ''attrayants ''. « Au rat d'égout lubrique... charmant. », une fois les quelques mètres qui le séparaient de la taverne avalés, il poussa mollement la porte. L'homme derrière le comptoir était si gros que la tunique de laine qu'il portait recouvrait avec peine son nombril. Erwan le soupçonna un moment d'être le frère du capitaine de la garde. Il jeta à ce simili d'aubergiste quelques mots pour lui faire comprendre qu'il souhaitait une chambre, son bras épais pointa les escaliers en signifiant un quatre avec ses doigts alors que ses yeux porcins lorgnaient l'arme qui ballottait à sa taille.
Il grimpa quatre à quatre les marches et s'affala sur le lit sitôt qu'il eut pénétré dans la pièce. Il ne tarda pas à s'endormir en repensant à cette louve et au daim qu'ils avaient attrapé ensemble.


***

Le réveil aurait pu être plaisant malgré la puanteur de l'endroit si ce Ser Goret d'aubergiste n'avait tambouriné à sa porte pour lui réclamer sa note alors que le coque venait seulement de terminer sa chanson. L'esprit encore embrumé, il jeta une pièce d'or à l'homme qui, le regard exorbité, regarda longuement la monnaie. Se demandant sûrement si c'était du vrai, il rangea vivement ce qui semblait être à présent un trésor pour lui dans son tablier avant de se retourner et de commencer à fermer la porte quand la voix du lycan l'interpella « La collation du matin est comprise dedans. ». Un éclair de malice brilla dans les yeux du tenancier qu'il éleva la voix pour dire « Dans ce cas, ça sera une autre pièce S... », Layde plongea son regard azur dans les petits yeux de son interlocuteur « Deux pièces d'or pour une nuit dans une auberge minable et un repas qui ne risque pas d'être plus garni qu'une tranche de pain, de fromage et un verre de lait de chèvre ? Vous vous foutez de moi ? ». Dans sa dernière phrase avait résonné un infime intonation d'Alpha, le pouvoir des dominants. Si il ne marchait pas aussi bien sur les humains que sur les loups-garous, il ne manqua pas de faire compisser ses chausses à l'obèse apeuré qui partit en ''courant'' si un être aussi gros en était capable.

Layde se releva et prit le temps de sortir de la torpeur dans laquelle l'avait plongé le sommeil avant de descendre. En bas l'attendait comme il l'avait dit une tranche de pain, de fromage et un verre de lait. A l'exception près que c'était celui provenant d'une vache et non d'une chèvre comme il l'avait demandé, mais il ignora ce détail. L'aubergiste le regardait apeuré depuis le comptoir et ne semblait pas avoir changé de tenue, ce qui fit imaginer à Layde l'état des autres, si il en avait. Il commença à manger, un repas frugal qu'il avala bien vite, puis s'assit plus confortablement et, tout sens aux aguets, attendit. Il attendit les ragots et les rumeurs qui se colportaient dans ce genre d'endroit, il ne comptait aller voir les ambassadeurs qu'une fois la soirée venue, préférant d'abord en apprendre un peu plus sur sa mission.

Le temps passa, lentement, très lentement, mais comme il l'avait prédit, les rumeurs allaient de bons trains, pas toutes des plus importantes, mais il réussit à en connaître suffisamment pour établir sa propre piste. Selon certains, des enfants étaient enlevés par un terrible démon, pour d'autres c'était juste des fugues qui se terminaient mal et qu'une bête terrible rodait dans la forêt, et pour d'autres encore les marmots réalisaient des rituels sataniques et réalisaient d'horribles sacrifice pour invoquer Satan sur Céleste, théorie fort abracadabrante selon le lycan. Sa récolte d'information aurait pu continuer de se passer en toute tranquillité si une suite d'événements les plus étonnants les un que les autres n'était pas venu accaparer l'attention de toute la salle.

Un type au cheveu blanc s'était retrouvé cul sur le sol par deux fois, manquant d'arracher la pilosité faciale d'un homme qui semblait être son compagnon. Il bredouilla quelques excuses alors que toute la salle s'esclaffait de rire devant la mine ahurie de l'homme et la bière qui coulait le long de son visage. L'instant d'après, une jeune fille entièrement nue et le corps bardé de cicatrice se dévoilait, elle semblait être là depuis longtemps, mais pourtant le lycan ne l'avait pas remarqué. Par un incroyable coup du destin, juste après entrait une femme qui invectivait à un homme de lâcher cette pauvre chose dénudée. La cape de la ''sauveuse'' glissa et dévoila des plumes sombres. Le silence regagna la salle à cette vue alors que deux gueuses entraient et semblait dire que l'ange noir était là pour enlever l'enfant.

Déjà des types se levaient, Layde trouva leur regard si malsain qu'il se demanda si ils ne voulaient pas plutôt violer la gamine que de la sauver. La garde ne semblait pas rappliquer malgré les hurlements que produisait les deux mégères qui avaient lancé l'action. En tant qu'envoyé royal à Blanche, il ne pouvait laisser cette situation empirer, il puisa au plus profond de lui-même, saisissant les cordes vocales de la bête qui vivait en lui et prononça un mot. « ARRÊTEZ ! ». Les quelques loups-garous qu'Erwan avait repéré dans la salle réagirent automatiquement, s'asseyant à même le sol. L'aubergiste s'urina une nouvelle fois dessus, et les autres personnes qui s'apprêtaient à passer à l'action lâchèrent les cuillères et autres armes factices dont ils s'étaient saisis. La puissance de la voix des puissants loups dominants pouvait transcender les barrières des races, comme le faisait Sergueï lors de ses discours, mais Erwan lui ne contrôlait pas suffisamment sa bête pour y arriver parfaitement.


Il se leva et se saisit de la cape d'un client qui n'avait pas bougé, mettant termes à ses protestations d'un simple regard. Ses longues jambes avalant la distance entre lui et la jeune fille, il la déposa le morceau de tissu sur ses frêles épaules avant de s'approcher des deux roturières qui semblaient avoir eu la même réaction que le tenancier. « Avez-vous déjà vu un ange noir mesdames ? J'imagine à votre tête que non, vous avez seulement dû en apprendre sur eux dans des livres. Sachez chères amies, que si les anges noirs étaient si vils que vous le pensiez, cette jeune fille se serait déjà faite enlevée. Mais ils sont exactement comme vous ou moi, même si la plus grande partie de leur population se terre dans leur cité. Mais passons, pourriez-vous m'en dire un peu plus sur ses fameux''enlèvements'' ? »
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Cronose

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Lun 2 Avr - 18:59

Les éclats flamboyants vacillaient dans l’âtre de pierres grisâtres et poussiéreuses. Sa chaleur dulcifiait mon impatience, figée dans l’attende d’une requête exclamée plus tôt.
Dans le sillage mordoré de cette flambée, les minutes s’étouffèrent dans un flot de pensées, qu’attendais-je réellement de cette entrée au bord du monde ?
J’avais fuis Noire-Frondaison, traversé les contrées de Nastre pour rejoindre Lysimaque et entreprendre ce voyage laborieux dans la simple intention de revoir le légendaire Forgeron Ron Berku. Au fond de moi, je n’avais pas fais tout ça que pour vérifier l’équilibre de mon épée, ce n’était que dans l’espoir d’obtenir des réponses et peut-être me fournir de l’aide quant à mes intentions fugitives. Ron Berku était un sage, mais plus encore, un esprit muré d’horreur, il ne s’en lamentait pas et ne souffrait d’aucun trouble vis à vis de ses erreurs passée, il pourrait me fournir une voie à suivre, une piste qui m’extirperait de mon instabilité.

J’attendais donc sa venue dans l’auberge infâme où la diversité battait son comble. Me relevant du siège en velours d’un confort notoire, je m’approchai de l’aubergiste, m’installant sur un tabouret où je pourrai prendre mon repas. Oui, j’avais peut-être dévoré la chair de deux innocents dans les bois, mais ce n’était pas mon estomac de loup qui parlait mais bien mon appétit d’homme qui grondait rageusement.
En manque de saveur depuis mes piètres repas en cellule, constitué d’eau de pluie et de pain rance, je lui réclamai son meilleur cru tout en m’attardant sur un assortiment de viandes, de pommes fourrées et d’autres mets en mesure d’épanouir mes papilles gustatives.

J’entamai à peine mon soûl quand des étrangers franchirent le seuil d’entrée. Des mercenaires, des voyageurs, peut importai, je ne m’attardai pas sur leur ethnie et poursuivait ma dégustation. Jusqu’au moment où une douleur fulgurante me frappa à l’arrière du crâne, projetant mon front en plein dans mon assiette. Un soupir d’agacement, suivit d’une montée de nerf. Qui que ce soit, il allait regretter sévèrement son affront. Je me relevai, époussetant la crasse qui maculait mon visage, personne ne prêtait attention à mon égard, focalisé sur l’imbécile qui gisait à terre, beuglant des excuses alors qu’il trébucha une seconde fois, prenant appui sur la barbe d’un autre individu, recevant en pleine figure un plateau de bière. Malgré sa maladresse et ses politesses de rigueurs, je n’étais pas clément au pardon. La pitié, qu’était-ce ? Sinon une faiblesse déplorable… Je me sentais couvert, non pas de ridicule mais d’injure. L’injustice ne se contenterait pas d’une indulgence, l’idiot payerait son effronterie involontaire. Déjà désintéressé par ma présence, il interpellait le barbu, insistant encore sur son embarra. ET PUIS QUOI ENCORE ?! Je quittai mon tabouret, prenait mon plat avec ce qu’il restait de nourriture. M’approchant de l’énergumène, je l’empoignai par la toison et d’un mouvement sec enfonça son crâne contre le comptoir, où ses dents vinrent accueillir le bois dans un craquement. La mâchoire, les incisives ? J’ignore ce qui avait vibré si violemment mais j’en avais cure, j’avais aboli ma barrière de civilité, la haine grondait en moi. Alors qu’il se débattait d’une force jusque là non soupçonné, je parvenais à prendre le devant par la férocité dont je faisais preuve. Un croche pied plus tard et il s’écroula, la bouche ensanglantée. Le barbu tenta de s’interposer mais sans même le regarder, je lui propulsai un coup de coude qui le mit hors de portée.
L’albinos se raccrochait à moi et vint même m’infliger un coup de tête dans l’estomac. Douloureux, j’en vins à perdre le souffle mais point ma détermination. M’appuyant au comptoir, je ruai le malheureux de plusieurs coups de genou, avant de prendre mon assiette et de lui déverser sur la figure. Ma semelle vint cueillir l’embrasure de sa bouche, j’appuyai lourdement du pied afin de lui faire bouffer les restes. Là, sa patience céda également, il me fit une clé à la jambe qui me projeta à terre dans un bruit sourd. Alors qu’il tentait de monter sur moi pour me ruer de coups, mes jambes le repoussèrent contre le comptoir où son crâne vint frapper la pierre une seconde fois. Hors de moi, je me relevai, dégageant les quelques spectateurs qui osèrent s’interposer de quelques coups puis dans un élan de folie, j’arrachai le pied du tabouret, à présent armé d’un pieu tandis que l’albinos désemparé par cette manœuvre excessive, recula. J’allai lui enfoncer le morceau de bois dans l’orbite, qu’il crève à jamais, lorsque ce maudit parvint à esquiver le coup au dernier moment, dégainant son cimeterre. A faute d’une épée, je pris une dague et la brandissait, menaçant mon adversaire de sa fin imminente. Nos regards brûlant de haine se contemplèrent, les siens d’un rouge sanglant étaient marqués par un certain désarroi, il ne désirait pas en arriver là quand soudain, je fus balayé sur le côté. Les compagnons de mon adversaire s’interposaient, m’immobilisant et calmant mon ardeur.

Le barbu me murmura quelques phrases qui tempérèrent mon indignation. En effet, comme il le disait, c’était suffisant, pas besoin d’aller plus loin. Ce déchet, vivrait mieux dans la honte que dans la mort. Cette pensée, que bien seul je partageai m’amena à considérer son point de vue. Ils me relâchèrent, je rangeai les armes. Jetant un regard plus serein à ce maudit qui me rappelait quelqu’un.

* Cheveux blancs, yeux rouges… Ca me dit quelque-chose…* une courte période de pensée plus tard et un sourire narquois étira mes lèvres * Mais oui.. C’est ce vaurien que Lamenoire à maltraiter il y a de cela plusieurs années. *

J’en vins à glousser dans ma barbe, puis me retournai en direction du lycan qui, juste avant la bagarre avait instauré le silence dans l’établissement. J’ignorai de quel clan il appartenait, mais ce n’était guère futé de révéler une marque dominante dans l’établissement, d’autres loups se calmèrent prouvant une faible importance dans l’histoire des meutes. S’il savait, qu’à quelques mètres de lui, se trouvait un ancien loup régnant sur l’un des territoires de la sylve de l’Erreur et ancien vétéran de guerre, il ferait preuve d’une certaine discrétion. Mais je n’étais plus un leader et les clans soufflés par les Narkanns ne me permettaient pas d’insuffler ma supériorité, je n’en avais même pas l’envie.
Au lieu de ça, je pris ma bouteille, trônant sur le comptoir et l’emporta d’une démarche placide. Rejoignant mon siège en face de l’âtre, où un homme me céda la place poliment, je me débarbouillai le visage à l’aide d’un vieux chiffon, trainant dans l’une de mes poches. Fermant les yeux, je pouvais flairer la moindre présence, laissant la caresse des flammes m’emporter dans l’apaisement tandis qu’une gorgée de vin balaya définitivement mon agacement.
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Trucid

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Lun 16 Avr - 1:50

Il s’était à peine relevé que les événements se succédèrent sans qu’il ne puisse y parer. Il sentit ses cheveux empoignés avec force, et le temps qu’il se rende compte de ce qui lui arrivait, la douleur fut son seul horizon. Son visage frappa le comptoir, son crâne heurta le bois et ses dents s’enfoncèrent férocement dans le bar dans un craquement effroyable. Le goût du sang se mêla à celui de la surprise alors qu’il essaya malgré tout de se défaire de l’emprise de son agresseur, qu’il n’avait pas encore identifié. Il se retrouva assis par terre à la seconde suivante, balayé par un croche-pied rageur. Ses yeux rouges fixèrent l’importun violent, et il s’avéra que c’était l’homme qu’il avait humilié en tombant, quelques secondes plus tôt. Marduk, son barbare de compagnon, tenta de s’interposer, mais il fut éloigné d’un coup de coude bien placé. Visiblement, l’homme n’en avait pas fini. Il fallait agir, malgré la douleur qu’il s’efforça d’oublier. Il devait se défendre, sous peine d’être malmené jusqu’à un point qu’il n’osait imaginer.

Se remettant sur ses appuis, il saisit la jambe de l’inconnu et projeta sa tête contre l’estomac de l’homme, lui coupant le souffle un instant. Et s’en suivit un échange de coups dénué de toute clémence, entre les deux combattants.

Une poignée de secondes plus tard, ils se regardaient tout deux en chiens de faïence, lames dégainées. Et le sang aurait coulé, si les membres de l’expédition ne s’étaient interposés pour calmer le forcené. Encore une fois, ce fut Marduk, en fer de lance du bon sens, qui murmura quelques mots à l’homme. Etrangement, malgré la dureté de ses traits, sa carrure menaçante et l’impressionnante taille de son arme, le barbare était prompt à la diplomatie.

Trucid tourna les talons, rengainant son épée alors que l’autre s’éloignait avec une bouteille à la main. Le maudit saisit un chiffon que lui tendait Sovengard, l’archer au visage de rapace. Il le plaça sur son visage, qui saignait par endroits, avant de se pencher vers son vis-à-vis.

“- Il faut que je prenne l’air, ou il y aura un mort dans cette taverne ce soir. Tâche de tempérer tout ce beau monde, et renseigne-toi un peu sur notre mission.

Il désigna un homme qui avait appelé au silence, d’un mouvement d‘épaules. Ce dernier venait parler d’enlèvements, et c’était forcément une référence à l’affaire qui les menait tous ici. Sovengard répondit par un hochement de tête, alors que le jeune épéiste aux yeux rubis posa finalement la main sur la poignée de la porte, pour sortir à l’extérieur de la taverne.
Il remonta sa cape sur les épaules. La tempête de neige hurlait toujours à Blanche, mais le froid faisait du bien aux plaies qui suppuraient sur le visage du maudit. Il s’éloigna dans la nuit, préférant chercher des informations du côté des autres bâtiments de la ville. Il ne devait pas y avoir qu’une seule auberge ici...

Dans la taverne, ses compagnons parcouraient la salle pour apaiser les esprits.

Sovengard, Marduk, et le troisième homme, le mage rougeaud qui répondait au nom de Mercurio, se concertèrent un instant, avant que le deuxième ne prenne la parole d’une voix grave. Il héla les oreilles de tout le monde, parlant d’un ton ferme, apaisant, exhortant au calme.

“- Bien le bonsoir, messeigneurs, gente dames ! Nous sommes des fantassins de l’Ultime Alliance, venus à Blanche en mission pour la Reine Louise. Nous sommes ici pour en apprendre plus sur les événements tragiques qui touchent votre cité en ce moment. Il serait bon d’oublier ces dernières minutes pour se concentrer sur cette affaire. Je suis conscient qu’en temps qu’habitant de cette terre glacée, vous devez être touchés au coeur par cette histoire horrible, et je vous en conjure, si un seul d’entre vous a des informations sur les enlèvements d’enfants qui sévissent dans les environs, qu’ils viennent nous en faire part. Nous sommes là pour vous aider, et pour régler ce problème le plus vite possible pour que la ville puisse retrouver la paix.

Il avait écarté les bras pendant son discours, posant ses yeux marrons sur toutes les personnes présentes, notamment celles qui s’étaient le plus faites remarquées. L’ange aux ailes noires, la petite fille à moitié nue, les deux mégères, l’homme qui avait agressé Trucid, celui qui avait appelé au calme un peu plus tôt, et bien entendu le tavernier.

Pendant ce temps, le mage s’était rapproché de la petite fille susnommée, s’agenouillant près d’elle en souriant. Son visage innocent et sa bouille d’homme bon vivant appelaient à la sérénité et à la paix, et il déposa une main sur l’épaule couverte de la demoiselle. Il planta ses yeux verts dans les siens, faisant passer dans son regard la plus sincère expression de pureté, parlant d’une voix basse et excessivement douce.

“- Ma petite, tu as de bien beaux yeux. Que dirais-tu de manger quelque chose ?

Il souriait toujours, effaré par les blessures de la frêle donzelle, mais le cachant admirablement bien. Elle devait se sentir bien seule en compagnie de tous ces adultes pantagruellement grands par rapport à elle, et menaçant pour son regard d’enfant, par-dessus tout. Il voulait l’amener à se rassurer. Peut-être se méprenait-il, mais il fallait de toute façon faire quelque chose, et rapidement.

“- Ou simplement de boire un peu de lait ou d’eau. Qu’en dis-tu ? Je m’appelle Mercurio. Tu peux me faire confiance, tu sais. Je vais te trouver des vêtements pour que tu n’aies pas froid.

Il adressa un regard plein de sous-entendus à la belle demoiselle aux ailes d’ébène. Hochant la tête, il se redressa un peu pour lui adresser quelques mots.

“- Excusez-moi, mademoiselle, auriez-vous quelque chose pour habiller plus convenablement la jeune fille que voilà ? Il ne sied guère à une enfant de se promener dans une tenue si... indécente, vous en conviendrez !

Pendant ce temps, Sovengard faisait un tour de table pour rassurer les convives quant à l’échauffourée ayant eu lieu un peu plus tôt. Il se dirigea ensuite vers l’homme aux cheveux de jais, qui sirotait son vin devant le feu. Il s’assit non loin de lui et lui adressa un regard de connivence en soupirant en désignant la salle.

“- Messire, bonsoir. Je venais m’excuser pour mon collègue. Il lui arrive d’être excessivement maladroit. Vous aviez tout droit de réagir comme vous l’avez fait pour conserver votre honneur, mais vous comprendrez que nous ne pouvions pas vous laisser le malmener plus que ça. D’autant plus qu'étonnamment, il est vraiment doué avec une lame dans les mains, même s’il perd ce talent d’habileté au moment précis où il rengaine son arme...

Il eut un petit rire, avant d’afficher une mine plus sombre.

“- De plus, nous ne sommes qu’une petite troupe, et nous avons déjà perdu un de nos compagnons en arrivant sur les terres gelées... L’enquête et la mission qui nous mènent ici vont déjà être assez compliquées à remplir pour que nous nous permettions de perdre quelqu’un d’autre...

Il soupira, laissant passer quelques secondes en observant le feu d’un regard émeraude. Il revint sur l’homme, qui buvait toujours la liqueur de raisin.

“- D’ailleurs, auriez-vous par hasard entendu parler de ces enlèvements d’enfants ? Nous n’avons encore aucune piste, et nous venons à peine d’arriver, mais il faut que tout cela soit réglé au plus vite... L’Alliance nous paie pour l’efficacité, après tout...
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Camelle Elwhang

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Jeu 26 Avr - 13:06

Les yeux. Tout ces yeux braqués sur moi. Je ne voyais qu’eux alors qu’ils ne percevaient que moi. Triste ironie. Je les dévisageai un par un, observant leur forme, leur couleur, leur attitude. Tantôt hostile tantôt apitoyé, j’éveillais chez ces gens une impression malsaine, une gangrène profonde, l’hypocrisie. Car si certains adoptaient une volontaire condescendance, nul ne pouvait me leurrer. Immondice devant leur jugement implacable, je n’attendais que ma sentence. Tête baissée, mes cris s’étouffèrent, mon cœur compressé par leurs regards inquisiteurs. Ô Monsieur, si seulement j’avais écouté ! Si seulement, j’avais entendu votre leçon. Le Monde n’est pour moi que vaste Désolation, je me suis égarée, j’ai perdu. Je donnerais tout de moi pour retrouver la morne fraicheur des pierres de ma cellule, les maigres râles de Monsieur et la résonance exacerbé de ma douleur. Là bas, c’était le seul lieu que je connaissais, le seul lieu que j’appréhendais et pourtant, le seul lieu qui me rendait cette étrange sécurité. Ces murs en pierres sommairement taillés et la fraicheur constante avait sur moi l’effet d’un feu de cheminé. Là bas, au moins, je savais ce qui m’attendait. Ne pourrais-je jamais y retourner ? Je ne savais où aller… Retourner sur mes pas ? Impossible, j’avais trop erré pour ça. Enfant de Nulle part je demeure et dans son sombre idéal mortifié, je deviens macchabée de l’Horreur et de l’Amertume.

J’en avais oublié de respirer. Le souffle coupé par la Justice de ces manants, poivrots et catins toutes ouvertes. Je les méprisais. Je les détestais tous, tous autant qu’ils étaient. Mes yeux aveugles ne voyaient plus que la fureur et la folie. Je bavais, je tremblais et me débattais espérant vainement que l’homme lâcherait prise. Mais en quoi une brindille peut-elle rivaliser avec le chêne ? Espoir d’une délivrance qui jamais ne viendrait.
« Les rêves et les espoirs sont aussi fugace que le temps ». Tais toi. Mal de crâne. Pourquoi me parles-tu ? Toi, misérable, bonne qu’à donné des leçons. Toi qui m’a conduit au précipice pour mieux me voir mourir. Monsieur m’avait dit, il m’avait chuchoté de ne jamais écouté. Menteuse !] « Tu délires ». Je regardais autour de moi. J’étais seule, seule dans un champs fleurit. Les rêves sont volatiles… C’est toi, c’est de ta faute ! Jamais autant de haine n’avais afflué en moi. Je me détestais, je me haïssais au point de vouloir me saigner. Ma main glissa sur tout mon corps dans l’espoir de retrouver le couteau rouillé mais les espoirs sont fugaces. Nul n’arrête le temps pourtant alors les desseins jamais ne meurent vraiment. Sorcière, tu mens. Tes escobarderies ne touchent plus personne. Vas-t-en ! TAIS TOI ! TAIS TOI DONC ! Je tombai à genoux sur le parterre de fleurs odorantes, la tête entre mes mains. Une larme roula sur ma joue, seule expression de mon désarroi. Seule, traçant un chemin sinueux dans la crasse de ma joue. J’étais sale, vide et pourtant, bien en vie. Ô Monsieur, si seulement j’avais écouté !

Puis la salle réapparut comme par miracle. Un miracle quelconque mais qui me ramenait à la dure réalité. Les songes aussi sont éphémères… Les yeux avaient presque arrêtés de me fixer, un homme, un grand homme se tenait près de moi. Il avait posé dans un geste souple un tissus sur mes épaules. J’étais donc nue. Nue et écorchée. Ou bien écorchée de nudité. Je ne savais pas vraiment. J’aurais voulu m’esquiver, partir en courant, rejoindre tout là-bas Monsieur mais je ne le pouvais. Quelque chose, quelqu’un en moi m’en empêchait, me l’interdisait. Je savais très bien qui se chargeait de me retenir mais je n’avais pas la force de me battre contre Elle non plus. J’étais sale, vide mais en encore bien en vie. Pour combien de temps ? Combien de temps donneriez-vous à une agonisante ? Le corps maigre et décharné, je ne savais même plus compter les minutes placides qui me séparaient encore de l’Heure Fatidique. Et là, à ce moment là, je serais heureuse, heureuse pour la première fois de toute ma misérable et courte vie. Mais le temps n’était pas aux rêvasseries et aux espérances. Trop courtes, trop chimérique. Je levais les yeux vers le plafond en bois crasseux. Même le ciel était caché, pour dire la peur des Hommes de l’inconnu. Moi, j’avais appris à aimer l’Inconnu. Monsieur de son doux prénom. Oh oui, j’avais bien appris.
« Tu penses trop, que dirait ton Monsieur ? ». Ferme là ! Puis, un homme, pas beau, oh non, pas beau du tout pris la parole.

- Bien le bonsoir, messeigneurs, gente dames ! Nous sommes des fantassins de l’Ultime Alliance, venus à Blanche en mission pour la Reine Louise. Nous sommes ici pour en apprendre plus sur les événements tragiques qui touchent votre cité en ce moment. Il serait bon d’oublier ces dernières minutes pour se concentrer sur cette affaire. Je suis conscient qu’en temps qu’habitant de cette terre glacée, vous devez être touchés au coeur par cette histoire horrible, et je vous en conjure, si un seul d’entre vous a des informations sur les enlèvements d’enfants qui sévissent dans les environs, qu’ils viennent nous en faire part. Nous sommes là pour vous aider, et pour régler ce problème le plus vite possible pour que la ville puisse retrouver la paix.

Puis un second Monsieur s’approcha de moi. Il me parlait d’une voix douce et rassurante, il me disait de gentilles choses mais ces yeux le trahissaient. Pourtant, ce n’était pas la même chose que tout les autres, non, lui avait dans ce regard distant de la pitié, du dégout certes mais aussi une étrange affection. La même qui se lisait dans les yeux de Monsieur. La même que je recherchais, inlassablement. Mes lèvres se délièrent lentement mais aucun son ne sortait. Aucune résonance. Le Vide. Le Néant parfait. Il s’était déjà éloigné et parlait à voix basse à une dame… Bizarre. Vraiment horrible. Alors, prise d’un élan de courage, je me lançais entre eux et m’accrochais à sa jambe avec autant de force que mon pauvre petit corps pouvait me donner. Je lançais une menace silencieuse à la grande femme emplumée. Non, je ne rigolais pas. Je ne voulais pas qu’elle fasse de mal à Monsieur, JAMAIS !

-So’….cière ! Toi vile ! PARTEZ ! Monsieur a moi ! Moi savoir des choseeeeees sur les enfants ! MOI SAVOIR ET PAS TOI !

La colère s’était transformé en tempête, et je ne la lâchais pas des yeux. Ô Monsieur, donnez moi une leçon, rien qu’une dernière, je suis à vous.


_________________

Ce cénacle suce et gratte mes phalanges.
Comme une nourriture des anges.
Je ne veux pas partir seule...


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Lusitane d'Akiléon

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Ven 27 Avr - 10:57

Bien que mes pas m’aient conduit en ce lieu afin de briser la monotonie de mon quotidien à Blanche, jamais je n'aurais envisagé trouver un tel divertissement au terme de mes errances incertaines. Aussi, c'est avec une délectation malsaine que j'assistai à l'exacerbation des tensions avivées par les éclats de voix et la fougue des gestes des clients.

Je demeurai alors contemplative, dos au comptoir, cape en main, en arborant une expression impassible, trahie par l'excitation qui luisait à travers mon regard. L'intervention du jeune homme ayant pris ma défense m'avait permis de me dégager du cœur de l'échauffourée, que je continuai de suivre avec le plus vif intérêt.




L'interpellation d'un des quidams qui s'étaient annoncés en mission pour le compte de l'Ultime Alliance me tira finalement de mon repli inquisiteur.

- Excusez-moi, mademoiselle, auriez-vous quelque chose pour habiller plus convenablement la jeune fille que voilà ? Il ne sied guère à une enfant de se promener dans une tenue si... indécente, vous en conviendrez !

Son ton trop familier et ses expressions avenantes à l’excès m'irritèrent. Je lui adressai un sourire ironique, et tout en le toisant avec condescendance, répliquai amèrement :
- Que voulez-vous que je lui mette de plus que l'étoffe qui lui couvre déjà les épaules ? Attendez-vous que je me dévêtisse entièrement pour la draper de mes atours ? Faites-le donc vous-même. Ou peut-être me suggérez-vous de rejoindre mes appartements à l'ambassade afin de lui trouver meilleur accoutrement ? Demandez-le donc à l'une des clientes de l'auberge.

Cet indice sur ma condition, sciemment glissé dans mes propos, suffit à rétablir la distance qu'il lui revenait d'observer.

Je fis un pas vers lui et poursuivis plus bas, afin de ne pas être entendue par le tenancier :
- Ne me laissez pas croire qu'un envoyé de l'Ultime Alliance puisse raisonnablement penser, au regard de ma tenue et de mon attitude, que ma chambre se trouve ici. N'importe quel homme ayant un tant soit peu foulé la Plaine n'aurait jamais commis une telle méprise...

Sur son visage transparaissait la gêne que mes paroles semblaient avoir suscité. Je percevais également une pointe de colère derrière ses traits qui trahissaient l'irritation d’un homme blessé dans son orgueil.
Aussi, j'adoptai une voix mielleuse tendant à éluder le conflit naissant, pour excuser le piètre observateur par la faible expérience que je lui prêtais.

Mon interlocuteur n'eut guère le temps de rétorquer, interrompu par les cris de la démente qui s'était soudainement jeté sur moi avec virulence.

- So’….cière ! Toi vile ! PARTEZ ! Monsieur à moi ! Moi savoir des choseeeeees sur les enfants ! MOI SAVOIR ET PAS TOI !

Je masquai ma surprise et mon indignation en me retournant pour aviser l'enfant.
Garde ton calme… Après tout tu as raison, ce n'est qu'un enfant.

Depuis que j'avais surpris la conversation des deux femmes me mêlant aux mystérieuses disparitions, cette affaire m'intriguait et tout élément susceptible de s'y rattacher m'intéressait au plus haut point.

Je balayai d'emblée l'hypothèse d'un mensonge de la jeune-fille qui prétendait en savoir davantage que nous sur les enlèvements occultes perpétrés en ce désert glacial. Elle était trop impulsive, et ne contrôlait pas assez ses émotions ni sa personne pour chercher et parvenir à nous induire ainsi en erreur. L'animosité à mon égard qui emplissait son regard acheva de m'en convaincre.

Compte tenu de son jeune âge et de la folie qui l’accablait, je tempérai mon courroux et ne lui tins pas rigueur de son affront. Ce n'était en effet guère en rudoyant davantage cet être que la vie semblait cruellement malmener que je parviendrais à obtenir ce que je souhaitais.

En dépit de la force avec laquelle elle s'agrippait à ma jambe, je n'eus aucun mal à me défaire de son étreinte. Je posai mes mains de part et d'autre de ses frêles épaules encore légèrement tremblantes, m'agenouillai tout en la maintenant fermement face à moi, et inclinai la tête de côté pour lui murmurer d'une voix doucereuse :
- Oui, tu as raison, on peut dire que je suis en quelque sorte une sorcière. Tu es une fille intelligente ... Qui, comme tu le dis si bien, sait beaucoup de choses que j'ignore ...

Derrière moi, je sentis que le dénommé Mercurio s'apprêtait à intervenir.
Aussi, je lui adressai un regard entendu tout en poursuivant :
- Je serai très honorée que tu nous les confies.

J'avais sciemment employé cette expression afin de parler au nom de l'ensemble des clients et non simplement en mon nom propre. En entendant mes propos, l'homme se ravisa et recula d'un pas, m'accordant ainsi tacitement toute liberté pour faire parler l'enfant.

En posant mes yeux sur la jeune-fille, je basculai trois décennies en arrière.
Je me revis, les traits de mon visage enfantin exprimant mon mécontentement en une moue revêche, fermement décidée à ne pas céder. Et pourtant, à la vue de l'univers onirique qui se dessinait autours de moi, j'en oubliais inéluctablement mes convictions, et un rire tendre finissait par briser le silence et l'illusion. Quelques sortilèges suffisaient toujours à mon père pour avoir raison de mon opiniâtreté.
Alors que les adultes craignaient tout chose qui les dépassait, les enfants en étaient fascinés. J'avais appris à mes dépens à quel point il était aisé de perturber leurs esprits versatiles pour en abattre la détermination.

Je repris la parole, prête à faire céder la résistance que m'opposait ce petit être tremblant par un envoutant spectacle chimérique.

- Est-ce ta tenue qui t'embarrasses ?

L'étoffe fauve qui couvrait l'enfant se teinta de pourpre et se fondit en une sobre robe mate. Elle ne conserva cette forme que quelques instants, avant de s'assombrir pour constituer une combinaison de travail cobalte. Puis le tissu tournoya une nouvelle fois pour créer une magnifique tenue faite de dentelle écarlate. Cette dernière se densifia et s'éclaircit lentement pour laisser place à un épais manteau de fourrure argentée.
Je souris et la cape fauve réapparut.

- Est-ce leurs regards qui t'oppressent ?

Le bois des lourdes poutres se décolora, et une myriade de rubans immaculés s'en décolla pour se poser sur les yeux de l'ensemble des clients de la taverne. Certains demeurèrent figés, hypnotisés par le spectacle, tandis que d'autres essayaient désespérément d'arracher les bandelettes blanches immatérielles que leurs doigts fébriles traversaient sans parvenir à saisir.

Quelques instants plus tard, l'illusion se dissipa alors que je reprenais la parole :
- Ou peut-être est-ce mon apparence qui te déplait ?

Tout en prononçant ces mots, je me relevai doucement.
Mes plumes noires se décrochèrent une à une en un fascinant tourbillon ébène, alors que mes ailes tombèrent en une pluie de cendres.
D'un geste gracieux, je lançai ma cape au-dessus de moi, tout en maintenant mon emprise sur l'enfant de ma seconde main. A son point culminant, l'étoffe se déplia lentement, comme si le temps s'était figé, et la fourrure se changea en un léger tissu noir vaporeux. Ce sombre linceul se posa délicatement sur moi en retombant et m'enveloppa pour dissimuler tout mon corps jusqu'à mon visage.
Je réajustai la capuche qui masquait en son ombre chacun de mes traits, relâchai mon étreinte et laissai courir mes doigts le long de ses épaules.

- Maintenant, je te prie de m'imaginer comme tu voudrais que je sois, et si tu le souhaites, je semblerai ce que tu désires.

Le silence s'était fait dans la salle, et tous semblaient attendre les révélations de l'enfant dément.
L'étoffe noire qui m'enveloppait se dissipa en de subtiles volutes de fumée sombre, et les innombrables plumes qui jonchaient le sol s'en élevèrent en un obscur ballet, reconstituant mes ailes dans mon dos.
Ayant recouvré ma véritable apparence, je plongeai mon regard dans celui de la jeune-fille, et lui posai la question qui brûlait sur toutes les lèvres.

- Que sais-tu ?
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Camelle Elwhang

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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Jeu 17 Mai - 12:15

La respiration cadencée. Un. Deux. Un. Deux. Ses yeux, ses yeux se fondaient dans les miens comme une harmonie. Symphonie parfaite. La clé de sol jonchait le parquet craquant de la vieille auberge pourrie et odorante, effluves puissantes de liquide chaud en gorge, effluves surprenantes de sueur et de désirs sauvages. Dégoutant petit paradis. Paradis des musiciens qui, dans le silences des capons endormis vomissaient leurs paroles insensées. Pas de sens, pas d’espoir. Juste un rythme qui subsiste, qui persiste. Dans la tête, il vous bat contre les tempes, frénésie suicidaire de notes absurdes. Qu’as-tu fait ? Pourquoi ? Pourquoi… Les gens, autour, sourds et sots ne comprenaient guère. Mais c’est de l’art. L’Art des Fous. La musique crissa. Mes mains contre mes oreilles, je regardai ses yeux fixés sur moi. Ces deux prunelles magnifiques qui trahissait leur porteur. Sous le masque froid d’un calme sans égal, dans ses yeux se déchainaient des océans, des vagues puissantes qui engloutissaient tout sur leur passage. Et les Vents jouaient leur mélodieux atout, séduisant les femmes comme un appel irrévocable. Instant de pulsion qui du haut de la falaise poussait vers le bas, vers le Grave, là où la terreur avait laissé place à la mélancolie des jours oubliés. N’y-a-t-il personne pour sauver ? Sauver cette cacophonie subtile qui battait, battait, battait encore et toujours. Puis la fausse note. L’instant où le jeune Monsieur voulait s’avancer. Mais la femme, avide de musique, l’en empêcha. Sauvez moi ! La Musique me tue. Son arme, la musique de l’Art des Fous. Envoutement sonore ne fonctionnant que chez les cinoques faibles. Suis-je faible ? Tout Art s’accompagne de folie. J’avais fait de mon corps et de l’œuvre de Lui une virtuosité sans pareil. Nul ne surpassera jamais l’inventeur si ce n’est l’élève. L’Elève de la Peur et de la Misère, accorde-moi une danse dans les temps, à contre temps car plus rien n’est important. Seul reste le bruit de l’arme, la succion de la plaie et le fracas de la Mort sur le sol. La Triple Symphonie du Fer, du sang et de l’Adieu. Les muets n’ont pas de chance, jamais ils ne la connaitront, cette douce, douce musique. Car l’Adieu leur est impossible. Même la mort se lasse de prendre leur corps en décomposition. Leur dernier souffle reste silencieux. Je vous le rappel, seul les fous peuvent entendre la chanson. Seuls les fous peuvent la reproduire. Ainsi, concluez. Étiez-vous plus fous que moi deux minutes plus tôt ?

Un vague sourire sur les lèvres fines. Ce n’était plus moi, c’était la Folie. La musique accélérait encore un peu. Je me sentais petite, petite et faible. Elle battait dans ma tête comme un tambour et mes yeux, tellement ouverts, auraient pu sortir de leurs orbites. Je fixais sans la voir, la femme de Plumes accroupis face à moi. Je ne voyez plus rien. Seul le fantôme de l’illusion restait dans mon esprit. Plus rien n’avait de matière, je vivais dans l’hyper irréel. Je n’étais plus dans la salle, nue, face une inconnue, face à des yeux accusateurs sagement masqués par du papier. Non, tout ça n’avait plus de sens. J’étais pieds nus sur le pavés dans le matin froid que les sabots faisaient chanter en cadence. Il n’y avait personne et tout le monde se gardait de venir. Là, face à mon être, la Potence. Et les pendus faisaient en écho aux pas glacials des équidés un étrange son. Ils jouaient de leurs cordes tendus par le poids dans la légère bise, une complainte morbide et délicieuse. Entêtante. Les bruissement savoureux se muaient en psaume indécis. Les craquements des os se transformaient en chœur. Et enfin, la chanson prenait un sens. La quantique irréfléchi de l’esprit trompé.


« La Mort est le triomphe.
Tout homme éternel est vaincu
Et que son corps traine dans les Rues.
« De la volonté de s’expier tout être,
Dans sa Mort et dans sa vie doit se pourvoir.
« S’amuser de la Mort est un tort
Car nul ne doit se rire de la Mort
Mais avec elle sympathiser.
« Lors de la Funeste Apparition, nul ne doit la craindre :
Car seul les Perpétuels peuvent s’en plaindre.
« Ainsi, la Mort n’est jamais douce :
L’homme soit apprendre qu’elle est juste
Car ce n’est pas involontairement qu’elle courrouce. »

Le bruit des Océans qui s’estompent et laissent place à la Pourriture. Les pavés redevenaient peu à peu le plancher détruit. Les odeurs de putréfactions, sueur et alcool fort. Les rires de gorges reprenaient place dans la chaleur suffocante de la pièce. Les cordes, cordes vocales, vibraient, vibraient, vibraient jusqu’à ce rompre. Se tordre. Le rythme changeait. La fascination. Je regardais sans voir la belle dame devant moi user de charmes. Sorcière ! Sorcière ! Brulez là ! Pourtant, j’étais incapable d’esquisser un geste. J’avais trop peur. La frénétique musique venait à présent des battements irraisonné de mon cœur affolé. Bam. Bam. Bam. Calme-toi petit ! Calme toi, il en va de ma survie. J’étais sciée. Les plumes volaient autour de moi, légère, tellement légère par rapport au vacarme de ma tête. J’essayais vainement d’en attraper une, mais c’est l’air que je saisis. A moins que mes bras n’ai pas bougé… Je n’aurais su le dire. Le tempo se calmer, j’étais charmé. La Sorcière m’avait eu, elle et ses envoutements. Vous me demanderez certainement comment je savais. Et bien, une petite fille ne sait-elle pas plus de chose que les adultes ? Ces mêmes gens tellement crédules qu’ils se faisaient plumer à la crié des marchés. Non, une petite fille ne se faisait jamais avoir. Jamais. Elle préférait voler que se faire voler. Jusque là, vous maintiendrez que c’est une logique irréfutable. Alors, comment se fait-il qu’une main se glisse dans votre poche ? Il est trop tard. Volé. Un rire puissant s’échappa de ma bouche, un rire strident venant se fondre parfaitement avec l’air glauque. Je riais de la crédulité. Je riais de ma propre candeur. Dieu que j’en avais vu des choses ! Mais comme je ne le comprenais pas toujours… La belle Dame qui voulait voler le jeune Monsieur me fixait. Sa voix douce chantait sur la mélopée comme les oiseaux chantent au matin levant. Tout rimait. Dans ma tête, charmée. Je ne pouvais me défaire de ses lèvres fines qui bougeait avec délicatesse. Pourtant, son ton restait sec. Toujours froid et distant, malgré les efforts impressionnant qu’elle faisait.

- Que sais-tu ?

J’en savais des choses. Plus que tout ce que ces envoyés empotés savaient. Plus que quiconque se doutait. Je jeter un regard circulaire. Tout les yeux étaient encore braqués vers moi, comme si mon témoignage avait une quiconque importance. Comme s’ils s’apprêtaient tous à se rire de moi. Ces soulards que j’entendais déjà pouffer. Que j’entendais déjà murmurer. « Elle est folle. » « Elle ne sait rien ». « Ce n’est ni plus ni moins qu’une fille de catin. ». Et un autre répondait aussitôt : « Normal, l’ami, c’qui fait froid dans c’te pays ! Les gens co’ moi cherchent un peu d’chaleur Tudieu ! ». De la chaleur… Je me retournais prestement et regardais l’homme. Il n’était pas très grand et sa circonférence devait plus ou moins approcher de sa toise. Il était gras, si gras… Trop même. Comment voulait-il apprendre quoi que ce soit à une femme ? Démesurément gros, arrivait-il seulement à la voir ? Un rire moqueur se dessina sur mes lèvres, laissant largement apparaitre mes dents crasseuses où l’on pouvait très distinctement remarquer le dernier repas en date. Le Gros ficha ses yeux dans les miens, il semblait furieux d’être ainsi raillé par une fillette chétive. Dans un mouvement de tête, il leva sa grosse tête, son gros cou bougeant sous l’action sans me lâcher des yeux.

« -Qu’est ce’ tu m’veux p’tite ?

-Toi être gras ! Toi pas savoir apprendre à une femme !, cette fois-ci, le petit rire se mua en une profonde marrade qui fit rouler quelques larmes sur mes joues. L’Autre devenait rouge, si rouge qu’on aurait dit que le sang ne passait plus que par son faciès énorme. Et plus je le voyais, plus je riais. Alors qu’il se levait, fou de rage, le gentil monsieur intervient.

-Petite, si tu veux, on peut aller dans un endroit plus calme…, il observa la dame toujours près de moi qui hocha imperceptiblement de la tête. Je fis de même, non pas que la vue hilarante du Gros me déplaisait mais je ne me sentais pas très à l’aise, avec tant d’oreilles à mon écoute.

La dame monta avec moi dans la petite chambre qui avait été mise à ma disposition, le temps de m’habiller et de me couvrir un peu plus chaudement puis nous nous dirigeâmes vers la porte. A ce moment là, le gentil monsieur se retourna pour faire face à la salle qui avait retrouver la joie de l’ivresse, plus tôt interrompu.


-Ceux qui ont quelconques informations ou qui souhaiterait nous parler n’auront qu’à se rendre dehors, je ne doute pas que la ville murmure notre lieu de résidence provisoire. Sur ceux, messieurs, mesdames, bonne soirée.

Il me prit par les épaules et fit un signe de tête à ses collègues. En peu de temps, nous étions dehors et j’étais prête à parler…


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MessageSujet: Re: Enfants des Glaces    Jeu 31 Mai - 20:14

L’ultime-Alliance n’avait pas tardé à capter mon attention. M’appuyant sur un flan, coude prostré contre accoudoir, je contemplais un instant les traits de l’individu, un moment déjà trop long pour l’estime que j’accordais à ces piailleurs. Ils avaient beau brandir de belles paroles, je n’avais jamais pu attester de leur savoir-faire, qui pour moi ne dépassait pas le statut politique. Unifier les peuples sous le même étendard ? Rallier les engeances de l’enfer à celle du paradis ? Grotesque utopie gouvernée par la naïveté outrancière d’une pathétique ahurie.
Ses propos des plus machinaux, m’ennuyait, à tel point que je pus enfin distinguer une fillette des plus singulières. Elle n’inspirait nulle innocence et j’étais le seul à m’en rendre compte, car plusieurs adultes se prenaient d’affections pour elle, jouant la carte du parent qu’ils ne pourront jamais devenir. Des comédiens figés dans une hypocrisie croissante, car après tout, qu’en avaient-ils réellement à faire ?
La preuve grotesque de ce penchant pour la longanimité mécanique, c’est qu’une créature se plaisait à jouer les anges noirs. Depuis quand les races usurpaient-elles leur identité ? L’ultime-Alliance rongeait la diversité et ramenait les populaces à convoiter la personnification de leur prochain.
Un procédé si peu naturel qu’il m’en donnait la nausée. Alors que mes prunelles s’enfonçaient dans la fusion ondulatoire de ma coupe de vin, je pus contempler un homme, hésitant qui vint à ma rencontre pour me présenter des excuses. Des politesses plates et sans valeurs pour un être dérisoire qu’était cet imbécile aux yeux rouges.


“- Messire, bonsoir. Je venais m’excuser pour mon collègue. Il lui arrive d’être excessivement maladroit. Vous aviez tout droit de réagir comme vous l’avez fait pour conserver votre honneur, mais vous comprendrez que nous ne pouvions pas vous laisser le malmener plus que ça. D’autant plus qu'étonnamment, il est vraiment doué avec une lame dans les mains, même s’il perd ce talent d’habileté au moment précis où il rengaine son arme... “


Je soupirais, cherchant à travers les impulsions aléatoires de l’âtre, un moyen de ne point considérer la teneur dégarnie de son monologue.

“- De plus, nous ne sommes qu’une petite troupe, et nous avons déjà perdu un de nos compagnons en arrivant sur les terres gelées... L’enquête et la mission qui nous mènent ici vont déjà être assez compliquées à remplir pour que nous nous permettions de perdre quelqu’un d’autre... “

Une gorgée de vin plus tard et la pipelette m’assaillait encore, me délaissant pleinement à l’irritation. De toute façon, je n’avais plus la patience d’attendre le forgeron, il ne viendrait pas et les occupants de cette auberge, plus inutiles les un que les autres, commençaient à me peser sur le haricot.

“- D’ailleurs, auriez-vous par hasard entendu parler de ces enlèvements d’enfants ? Nous n’avons encore aucune piste, et nous venons à peine d’arriver, mais il faut que tout cela soit réglé au plus vite... L’Alliance nous paie pour l’efficacité, après tout... “

-L’efficacité ? Vous me faites marrer… j’ai une gueule à pleurer la disparition d’un môme ? J’crois pas. Alors ouvrez vos yeux et allez directement demander aux victimes. C’est ce qu’on appel dans ma langue des témoins.

Mon ton sec avait mis un terme à la conversation, je devinais qu’il contenait sa rage, mais il ne fit rien, accordant un répit à sa dérisoire existence. Je me prélassais encore un peu de mon siège quand le vacarme vint à bout de ma tempérance. Sitôt, je me redressais pour rejoindre le seuil, que je franchissais sans même déposer un regard en arrière.
De la vermine, il n’y avait que ça dans ces frontières gelées, il ne me restait plus qu’à rentrer, encore fallait-il que je trouve un marin assez fou pour me ramener sur les terres de Nastre. Mais alors que je pus sentir le froid mordant effleurer mon épiderme dans une caresse inflexible, un enfant vint à moi. Pas plus âgé que la gamine de l’établissement, celui-ci portait des haillons en guise d’accoutrements. Son regard était froid et n’avait rien de commun pour un bambin de cet âge. Une soif de pouvoir se lisait dans son visage, un désir farouche qui déformait ses traits dans une cruauté non feinte.

-Barre-toi le môme… » le menaçais-je, mais il poussa un ricanement, un rire effroyable qui ne semblait pas provenir de cette enveloppe chétive.

-Ne soit pas si présomptueux… Les apparences sont trompeuses, tu devrais le savoir toi qui est une Lame Noire… »

Mon cœur manqua un battement, comment pouvait-il connaître la nature de mon pouvoir ? Ce titre honorifique n’était pas à la portée du commun des mortels… Cet enfant me semblait menaçant, alors que je tentais de percer à jour son visage, enfoui sous un voile d’obscurité.

-Qui es-tu ? réclamais-je, de plus en plus méfiant.

-Mon nom importe peu… En revanche, je serais particulièrement réjoui de faire ta connaissance… Ton pouvoir est un mystère que j’aimerais percer à jour. D’ailleurs, ton prédécesseur, le forgeron drushii m’a filé entre les doigts, plus coriace qu’il n’en avait l’air ! Je suis même prêt à parier qu’il me vaincrait sans mal, mais dans ton cas, je suis certain que tu n’aurais pas la moindre chance !

Il commençait à me taper sur les nerfs, d’ailleurs j’ignorais comment il manipulait l’esprit de cet enfant, mais c’était un détail sans importance, il me provoquait dans la simple intention que je relève son défi. Sur ce point, il avait fait preuve de perspicacité.

-J’ignore où tu as obtenu ces informations, mais sache que tu les emportera dans ta tombe. Puisque tu as tant besoin de me rencontrer et bien soit, dis moi où te caches et je te ferais bouffer ton insolence !

-Ne t’inquiète pas pour ça, les membres de l’Ultime-Alliance sont à mes trousses, tu n’as qu’a les accompagner, ils finiront bien par me trouver ! Sauf si bien entendu, tu préfères t’enfuir comme un lâche ! » Il poussa un nouveau rire de gorge qui eut le don de m’irriter. Puis dans un éclat foudroyant, le corps de l’enfant explosa littéralement, dans un jaillissement de poussières fumantes.

A la simple pensée de ses propos, mon sang bouillait en moi d’une impétueuse acrimonie. Puisqu’il désirait tant mourir, j’accompagnerais cette troupe de demeuré, si c’était ma seule chance de le débusquer de son terrier. D’ailleurs, en parlant d’imbécile, voilà que l’albinos revenait d’une ruelle éloignée, pendant que des occupants de l’auberge se rassemblait à l’extérieur, prêt à débattre d’un sujet alarmant. Soudainement concerné, je m’appuyais contre un pan de mur, pipe au bec, je murais mes réflexions pour écouter le discours accablant qui s’en suivrait…

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