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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

Ils me reprochent d’abuser de la crédulité des gens.
Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
[Ometeotl Jahar]

Il vaut mieux se retrouver devant des Orcs en colère plutôt que devant des nobles
et des politiciens.
Quand un Orc veut te tuer, il le fait savoir clairement
et, généralement, sous tes yeux.
[Barry Toothpick]

Miséricordieux, j’avalerai vos supplications, délices de ma victoire !
[Rubis Solime De Babaux]


Le proverbe "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud" marche aussi avec les elfes...
[Walgrim Grindal]

Litanie de larmes, symphonie en pleurs majeurs.
Rater une mesure, repartir à zéro. Mélodie funeste.
Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
Seul.
[Sheren]

Il suffit d’un seul regard
entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

Ma soif de vengeance s’est tue dans un murmure :

Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 L'hantise d'antan

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Cronose

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MessageSujet: L'hantise d'antan   Jeu 29 Mar - 22:02

L'hantise d'antan



Passé, vengeance…variables qui ne cessent de ronger mon esprit tourmenté. Mes années de sévices, à baigner dans la luxure du pouvoir et d’une liberté transitoire, me contraignaient à souffrir d’une monotonie sans saveur. Je prenais tout pour acquis et d’une certaine façon, les récurrences d’autrefois me poussait à le croire. Tout cela bien sûr, c’était avant la guerre, avant les ravages de nos appréhensions, vérifiés sur le champ de bataille, négociant désespoir et désolation. Ce n’était pas utile de réfléchir, il fallait juste agir, ma lame tranchait dans le vif, mon esprit lorgnait le péril. L’ennui qui m’accaparait autrefois, laissait place à l’amertume, et l’amertume laissa place au regret. En effet, je prenais tout pour acquis mais ce dont je ne disposais pas c’était le temps.
Du temps pour les miens, du temps pour autrui, du temps à leur consacrer.
Je baignais dans une solitude telle, que je ne réalisais pas ce besoin qui pourfendait mon âme, nimbant mon cœur d’une paroi inconsistante de réalité.
La guerre m’avait pris ce qu’il me restait. Mes amis, mes frères,…
La douleur intangible d’antan, bien avant la guerre, provenait de cette même source, la perte de tout ceux que j’affectionnais.
Aujourd’hui après des heures interminables de réflexions, recroquevillé dans cette cellule sombre, j’en saisissais le sens profond. Mais trop tard, je n’avais plus d’être à chérir ni la volonté de renouer des liens. Je ne désirai plus qu’assouvir ma vengeance, l’étendre sur mes ennemis, bref je patientai mon heure.

L’attende se faisait longue, mais je n’avais pas les moyens de parvenir à mes fins, j’avais besoin de temps, d’organisation. J’avais donc fuis la sylve de l’erreur, aidé par quelques individus, m’ayant réclamés tribut en échange. Trois mercenaires, appartenant à une confrérie secrète. Ils patientaient mon retour à Louise, le butin devait être à la hauteur de ma mise en liberté, soit une somme astronomique où un service des plus rigoureux. J’avais accepté, car rien ne pouvait arriver de pire que croupir davantage dans cette cellule qui me rongeait la raison.
Les veinards… ils seraient les derniers arpentant cette plaine à jouir de ma gratitude, non pas seulement pou ma liberté mais pour le don qu’il m’offrait, celui d’abattre mon courroux, dernière volonté d’une essence déchainée.

Après un vague détour à L’Endiablée, où je récupérai mon attirail, étalé comme les merveilles d’une légende perdue à jamais. Ok j’exagère un peu, mais c’était presque le cas. J’avais donc fuis la capitale, considéré comme un pillard. J’étais donc accusé du larcin de mes propres affaires, ironique non ? Evidemment, il m’était impossible d’enquêter davantage sur les Narkanns, activement recherché, je quittai donc Emeodia, traversai la frontière d’Utope et m’engouffrai dans les plaines de Nastre.
Là, un semblant de liberté…Illusion placide causée par la beauté de ces contrées, contrastant de mon univers glauque et sinistre. Je redécouvrais la bise frappant mon visage, la subtilité des parfums de la faune et la flore et la saveur d’un astre éclairant mon sillage. Pourtant, au fond de moi, le sang bouillonnait de rage, la haine sommeillait, bruissant d’un famélique besoin viscéral.

Après m’être repu d’un marchand itinérant, j’abordai Evasion, où je récupérai quelques objets de valeurs, dans une résidence que j’avais négocier à bon prix il y avait de cela plusieurs longues années. Le lieu manquait d’entretien mais dans la cave, sous une trappe fichtrement bien dissimulée, j’avais récupéré des pierres précieuses d’une valeur inestimables. Ces gemmes uniques allaient enfin servir, dépassant ma simple convoitise, me permettant d’en finir avec la dette qui pesait sur mes épaules. Une dernière compassion à donner, une dernière faiblesse du passé. Voilà où j’en étais quand je repris la route pour Louise, la citée des hommes.

Après deux jours à galoper frénétiquement au dos de ma monture, je campai dans une tranchée, me rappelant le siège de Noire-Frondaison, un triomphe éphémère qui nous regorgeait d’une confiance aveugle. Mais j’étais las du passé et davantage de mon impuissance qui se raillait de moi, m’accablant de la solitude de la nuit. Un soupir, je m’endors.
Le lendemain, je m’éveil dans un bain de trip et de boyau, ma monture éventrée, étendue sur un flanc, me laissai une vague idée sur l’issue de ma conscience. C’était la première fois depuis des lustres, que je perdais le contrôle de ma mutation… Mais c’était normal, je venais de me rappeler qu’hier, l’astre dévoilait toute sa splendeur, une simple erreur de calcul…

Je reprenais donc ma route, englué par les fluides vitaux de cette pauvre créature. Elle n’était pas tombée sur le bon cavalier, voilà tout. Etrangement, je ne me sentais guère rassasié, toujours cette nauséeuse et instable envie de pourfendre la chair et répandre le mal. Ce mal qui ronge tout être investi par la soif de vengeance, foisonnant de haine, dans les profondeurs de son être…

Après trois jours de marches intensives, je pu contempler la lisière des bois, m’apaisant d’un certain réconfort. Un milieu que je chérissais mais qui ne m’appartenait pas, je n’avais plus de territoire, pas plus que de raison.
M’engouffrant dans cet écrin, Louise ne devait plus se trouver très loin, à quelques lieux tout au plus. Mais en vue du conflit céleste, débordant d’un litige climatique, je n’y serai qu’à la nuit suivante. Me permettant de souffler un peu et de succomber à l’instinct féroce qui me rongeait.

J’étais déjà dévêtu et installé près de ma couche quand je pu flairer des proies de premiers choix. Un humain… l’autre parfum, n’était pas identifiable, peut-être en dehors de mon champ olfactif… Pour y remédier, je ployai sous l’astre d’argent, qui filtrait les frondaisons pour m’éblouir de sa fine clarté. L’instant suivant je me métamorphosai, ma douleur s’éclipsant dans la rage, je devins hâtivement la bête qui admonestait mon esprit. Enfin délivrer elle déployait toute sa fougue, analysant la seconde proie qui m’apporta une vague d’effroi. Un lycanthrope ?! Non…. Une Lycan… la chair plus suave me permettait d’identifier cette différence. Elle ne rentrait évidemment pas en ligne de compte, les lycans ne se bouffaient pas entre eux, du moins, pas littéralement. Elle appartenait peut-être au clan des parias, banni depuis près d’un demi siècle, moins nombreux, ils avaient cependant pu échapper aux griffes de la guerre. Cela n’empêchait pas une chose, elle n’était pas une alliée et c’était peut-être son territoire que j’empiétai en cet instant.
Bien évidemment, elle ne pouvait pas me flairer, du moins tant que je préservai cette forme et cette distance. Je n’avais plus qu’une chose à faire, patienter le moment où je frapperai…


Dernière édition par Cronose le Ven 5 Oct - 6:25, édité 3 fois
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Ven 30 Mar - 17:16

Port Écume, jour du départ.


Port Ecume. Idriale s'était habituée à l'animation de la ville, à ses marchands répétant inlassablement les même discours, à son bruit ambiant, à ses querelles nocturne s'achevant avec le soleil levant mais elle s'ennuyait. Zael tardait à réclamer son dû et l'elfe lycanthrope n'était définitivement pas de ces personnes pouvant regarder le temps s'écouler sans rien faire. Elle avait eu ce qu'elle voulait de la part du magicien. Elle contrôlerait mieux ses sautes d'humeurs, éviterait les transformations dues à sa seule instabilité. Elle ne voulait plus être ce danger permanent pour qui voyagerait à ses côtés, ni pour elle même. Le vieillard avait répondu à ses vœux et elle sentait à présent le sceau peser sur son être, formant comme un rempart invisible la séparant en deux. Désagréable sensation. Le vieillard l'avait prévenu que l'enchantement puiserait dans son énergie proportionnellement à la puissance que le sort devait déployer pour la contenir mais il avait omis le fait que là ne serait pas le seul contrecoup qu'elle aurait à supporter. Son odorat s'était amoindri et toute nourriture lui paraissait fade une fois mise au contact de ses lèvres. Il lui avait fallut du temps pour s'en accommoder et ne plus se sentir totalement démunie.. Sans doute son sens touché restait-il légèrement supérieur à celui d'un humain, mais pour une elfe, pour un lycanthrope, il n'en était pas moins devenu faible.
Son instabilité contenue, elle repensait à toute ses choses qu'elle avait mise de côté après avoir éliminé son dernier ancrage affectif. Quelle idée torturée avait eu cet homme en allant s’attacher à elle. Il avait pourtant une famille. Une femme et surtout une petite fille, qui l'attendaient à Louise. Et il ne le lui avait pas caché, pauvre fou. Elle se demandait réellement ce qu'elles allaient pouvoir devenir sans lui, lui qui était pourtant prêt à les laisser pour elle. Stupide. Tellement stupide et désespéré. Les gens comme lui ne méritaient aucun bonheur.

Elle sortit de ses affaires un anneau d'or. Sûrement une alliance. Elle l'avait récupéré une fois le corps refroidis sans vraiment savoir pourquoi. Une nouvelle faiblesse face à cet homme, la dernière puisqu'elle l'avait tué. Elle ne savait que trop bien ce que signifiait vivre dans l'attente d'un être aimé. Elle aurait elle même attendu toujours, si elle avait eu un espoir quelconque qu'une de ces personnes ayant marqué sa vie revienne. Encore que toujours lui paraissait trop long, vu les années qu'il pouvait lui rester à vivre. Un humain était-il capable de patienter jusqu'à sa fin ? Elle l'ignorait mais sentait que la question ne se poserait pas car elle se ferai l’exceptionnelle messagère de sombres nouvelles. La difficulté s'était montrée lorsqu'elle s'était aperçu qu'on retrouvait difficilement des humain avec leur simple prénom mais elle avait finis par faire une rencontre inattendue. Quelqu'un qui la mènerait à cette famille, quelqu'un qui les connaissait et qui avait été envoyé pour chercher celui à qui elle avait pris la vie. Jamais plus elle n'aurait eu une telle chance et c'était naturellement qu'elle avait choisis de la saisir. Il ne lui restait qu'à informer Zael, le mage, de son départ.

Chose faite, elle sortit du bâtiment où vivait ce dernier. En regardant mieux l'endroit qu'elle espérait ne pas retrouver de si tôt, elle songeait qu'il avait dû être témoin de bien des années. La façade était délavée par le soleil et était d'un gris qui avait trop vécu. Déchirée par des dizaines d'importante fissure, même certaines planches manquaient aux volets. Peut-être avaient-elle été arrachée par le vent, privée de leur unique ancrage elles seraient allé se perdre jusqu'à la mer pour y être oubliées. Il était également possible que le vieux fou vivant à l'intérieur les ai lui même ôtés. Dans tout les cas, il s'était sans doute agis d'une belle maison à l'époque, maison à laquelle le temps avait réclamé son due. Il le faisait toujours. Pour le moment l'elfe n'en voyait pas les effets, paraissant toujours avoir vingt cinq ans là où elle avait cinquante années de plus mais cela viendrait. Ses cheveux ébènes perdraient sûrement de leur éclat pour s'éclaircir un peu trop jusqu'à une teinte argentée en accord avec cet astre qu'elle admirait aussi sûrement qu'elle le haïssait, puis elle abandonnerait peut-être Enfer Noir pour aller mourir dans sa forêt bien aimée. Soudainement elle se mit à rire seule de cette idée ridicule ce qui provoqua quelques regards en sa direction. Elle les ignora. Non, elle, elle s'écroulerait au combat dans la souffrance et le sang, de la même façon dont elle avait toujours vécu mais l'heure n'était pas à la mort. Non, elle était aux promesses.


En route vers Louise, quelque part dans la forêt.

Ils tournaient en rond depuis des heures. C'était une certitude pour l'elfe, ce n'était pas la première fois qu'ils passaient à cet endroit précis. En y pensant quelques instants, elle n'avait pas été la fidèle illustration des proverbes communs disant que la patience se développait avec le temps. Elle conservait cette même impatience qu'à ses premières années et elle venait d'atteindre ses limites. Pourquoi cet homme ne l'écoutait-il pas ? Certes ils étaient en territoire humain et il avait fait la route en sens aller mais des deux, elle était la plus susceptible de pouvoir se repérer dans une forêt maintenant qu'il les avait perdus. Zael lui avait conseillé de longer la Catiope jusqu'à Louise. « Le chemin est facile et le voyage en sera tout de même rapide. Je saurai te contacter lorsque j'aurai besoin de toi», avait-il dit. Ne s'étant jamais rendue à la capitale par ce côté ci de Nastre, la lycanthrope aurait bien évidemment suivis les indications si l'autre humanoïde à la capacité intellectuelle digne d'un troll n'avait pas insisté aussi lourdement pour prendre un raccourci. Elle avait été trop bête de céder à cet homme qui malgré sa vingtaine d'année n'agissait encore qu'à son gré, comme un enfant ne voulant pas avoir tord et refusant son erreur. Hélas elle avait besoin de lui. Il n'avait pas voulu lui donner le nom de la femme qu'elle cherchait ni lui dire plus précisément où elle vivait, par crainte que l'elfe ne leur veuille du mal car elle n'avait pas souhaité dévoilé ses intentions. Pourtant et bien qu'elle se fit passer pour inoffensive, si son but avait été de laisser de nouveaux cadavres derrière elle, elle ne voyait pas comment il aurait pu l'en empêcher.

Lassée par ce comportement puéril, elle se décida à mettre pied à terre en ignorant les protestations trop bruyante de l'humain. Les yeux vert de la femme se portèrent sur la végétation et l'espace d'une fraction de seconde, elle parut avoir tout oublié de leur problème. Les arbres plongeaient sous terre grâce à leurs racines profondes, les laissant s’enchevêtrer en surface, véritable piège pour les maladroits, réel refuge pour les petits animaux, témoin de la perfection de la nature pour l'elfe. La plupart des troncs, fort de nombreux siècles se dressaient fièrement autours des voyageurs, montant sur une bonne longueur avant de déployer leurs épais branchages couvert de feuilles aux teintes multiples en direction du ciel et du soleil salvateur. Leur stature provoquait chez elle un sentiment d'apaisement, comme à chaque fois qu'elle se rendait en des lieux semblables. Les battements de son cœur précédemment accélérés par l’énervement revenaient à la normale, lui permettant d'abandonner l'idée qui lui murmurait futilement d'abandonner le dénommé Odéric. Le vent ne passait pas jusqu'ici et il y régnait une fraîcheur agréable, entretenue par la terre humide. Après avoir intimée le silence d'un regard noir, elle put entendre des créatures s'agiter plus ou moins loin d'eux. Elle aimait ressentir la vie dans de tel lieu et se disait parfois qu'avoir dû quitter Mëandor si jeune avait été le début de sa décadence. Privée de ses parents elle s'était également privée d'un endroit de paix. Cela n'avait pourtant été que le commencement d'une longue série de perte qu'elle préférait ne plus compter.
Redressant la tête pour plonger son regard dans celui bleuâtre du jeune homme elle prit finalement la parole d'un ton n'admettant pas d'objection :

« A présent, c'est à ma façon que nous ferons jusqu'à Louise. Tiens toi tranquille et reste ici pendant que je repère les alentours.»

Retournant vers son cheval qui s'était innocemment éloigné, elle vérifia que son épée enveloppée dans un linge noir destiné à la dissimuler était toujours à sa place puis elle se remit en selle. Si elle ne prenait pas les choses en main, ils ne sortiraient pas de cette forêt avant des semaines, si toutefois ils en sortaient. Lançant Horus dans un trot cadencé, elle disparue à travers les arbres, bien decidée à retrouver une direction à suivre.

_________________
Attendant la faucheuse au détour d'un chemin,
J'avance en mémoire de ceux qui par ma lame ont péri.

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Cronose

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Sam 31 Mar - 13:52

Me frissonnant l’échine, l’inhalation du parfum féminin suffisait à me dispenser de l’ennui. Ce parfum délectable envahissait mes sens, filtrant mes pensées, me projetant dans quelques songes oubliés. Les femmes. Un plaisir que je n’avais plus eu la chance de contempler depuis ma récente captivité. Ce besoin de séduire, critère propre à ma personnalité, n’avait plus fait surface depuis plusieurs années. Mes intentions demeuraient pourtant stables et inébranlables, je saignerai l’humain dés que j’en aurai l’opportunité, souffrant de l’intrigue de cette rencontre, qui ne sera jamais assouvie.

Son parfum familier, m’évoquait quelque-chose, un semblant de nostalgie dans les recoins de mon esprit, mais ce n’était qu’un mirage, la fabulation d’un souvenir mystifié par la solitude. Convaincu par cette réflexion, je tardai encore un peu, persuadé qu’une ouverture s’offrirait à moi. Après un court instant, cette évidence se vérifia, lorsque la femelle échappa à mon champ olfactif, me libérant d’une entrave motrice.

Ma langue, prise de protubérance, pendouillait par l’embrasure de ma gueule, j’allai enfin me délecter, vaincre mes viles pulsions dans une violence malsaine et obscure.
Bandant mes muscles, je traversai le pan de sylve qui me séparait de l’humain. Appuyé sur mes pattes antérieures, je gagnai toujours plus de vitesse, ployant la surface mousseuse du terrain, contournant les racines défilantes sous mon passage effréné.
Je ne cherchai pas à dissimuler mes pas, chargeant droit sur ma cible. Celle-ci eu le temps de m’apercevoir, dégainant une épée, dans une défense déstabilisé par la terreur qui figeait ses traits. Il balbutia, avant d’hurler, alertant certainement sa compagne.
Frustré, il m’enlevait le plaisir de jouer avec lui, je devais abrégé au plus vite le combat sous peine d’affronter une congénère, dans un duel à mort.

Je n’étais plus qu’à trois rames de lui, il sautillait, dépensant son stresse et décuplant sa mobilité. Pas bête, mais insuffisant. Je bondissais, prévisible, il m’évita en se jetant sur un flan, gagnant du temps, il venait cependant de commettre une erreur. A terre, il ne pourrait pas esquiver ma prochaine attaque, qui, j’en étais convaincu, en viendrait à bout. Arrachant une branche qui s’élevait à ma mi-hauteur, je vins la planter dans sa direction dans l’espoir de lui perforer le cœur. Il administra un coup, qui brisa la branche, mais voilà que ma gueule surgissait par-delà son assaut, accueillant le contact de sa chair tendre. Je secouai la tête de droite à gauche, déchirant par lambeau son cou, répandant des éclats écarlates sur les écorces. Inerte, ses yeux témoignaient cependant d’une souffrance manifeste, il s’étouffait dans son propre sang, gargouillant par la remontée de son hémorragie. Je le délaissai à son triste sort, empoignant son bide pour l’arracher en deux, dévoilant ses tripes que je dévorai goulument.
Hélas, mon flair analysa l’approche du danger, je ne pouvais poursuivre mon festin. Abandonnant la carcasse, je pris la fuite pour rejoindre mon campement. Défilant à toute vitesse, ma course s’acheva sur un plan d’eau, où je me rinçai du sang qui trahissait ma position. J’en profitai pour reprendre forme humaine, m’écroulant sous l’effort, la mutation suivait son court.

Dés lors, je ne flairai plus la lycan, ce qui me certifiait le triomphe de mon escapade.
J’en vins à retrouver mon campement, tant bien que mal. L’adrénaline me maintenant en ébullition, ce qui m’empêchait de fermer l’œil de la nuit. J’entrepris la confection d’un feu. Les flammes dansaient sur mon visage, réchauffant ma peau tandis qu’une nausée me fit perdre toute notion de temps. Je m’étais adossé contre un tronc, face aux lumières dansantes qui se jouait de ma situation. Je venais de tuer de sang froid et pourtant, je ne ressentais aucun regret. Enfin, jusqu’au moment où je pu entendre un craquement non loin, sitôt, mon sens olfactif se mit en alerte et je pu identifier la présence féminine.
Dégainant mon épée, je la figeai le long de ma jambe, scrutant les ténèbres tout en maudissant mon manque d’attention…
Un voile de pénombre dissimulait mes traits, j’en profitai pour prendre la parole, elle ne pouvait pas me prendre à revers, je la percevais droit devant moi.

-Inutile de vous cacher, je peux vous sentir… sifflé-je en guise d’avertissement. Je patientai une réaction, la main engourdie sur mon épée.
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Mer 4 Avr - 19:37

Odérick les avaient vraiment conduit n'importe où. Elle avait beau tourner, elle ne trouvait pas de trace de la Catiope et elle ne voulait pas trop s'éloigner de l'humain. Avec la pénombre et l'absence de l'astre solaire elle ne pouvait pas dire de se repérer en fonction de sa position. Ils n'avaient plus qu'à attendre que la nuit passe et s'ils parvenaient à garder une même direction ils retomberaient sur le bon chemin, cela ne faisait aucun doute. Ne pensant pas pouvoir trouver mieux même en allant plus loin, elle resta sur ce pseudo échec. Si nécessaire le lendemain elle s'arrêterait régulièrement pour vérifier leur trajectoire, le tout pour le moment étant de se reposer même si elle même n'en ressentait pas le besoin immédiat.
Demandant à l'étalon noir de revenir sur leur pas, ils n'avaient pas fait plus d'une trentaine de mètre que l'animal s'énerva. Il se mit à souffler bruyamment et l'elfe sentait sa crainte d'avancer : il faisait presque du sur place, cherchant où poser ses sabots, faisant mine de se retourner à chaque foulée. Il avait relevé sa tête libre de tout enrênements et ses naseaux dilatés humaient l'air tandis qu'il roulait des yeux effrayés, hennissant faiblement. Il ne pouvait prendre peur en vain. Horus était avec l'elfe depuis des années, comme ses ancêtres sur trois générations avant lui. Sa réaction indiquait un danger certain, un avertissement qu'Idriale ne pouvait ignorer. Elle maudit l'altération de ses sens, n'étant pas capable de sentir ce que même son cheval humait. Ce dernier tremblait et lorsqu'un cri terrifié parvint à ses oreilles, l'elfe abandonna l'idée de pousser l'animal en avant. Elle sauta à terre, récupéra ses armes en vitesse tout en lâchant un ordre franc à l'équidé qui pivota et détala en sens inverse, slalomant avec dextérité à travers la végétation. La lycanthrope le suivit du regard un court instant avant de s'élancer elle même en direction d'Odérick. Ses pensées quittèrent l'étalon noir qu'elle savait presque incapable à rattraper même pour quelqu'un comme elle et se tournèrent vers l'humain. Libérant Enfer noir de son entrave d’étoffe, elle se maudit de son manque de prudence. Elle le sentait à présent, le sang. Cette odeur âcre et métallique qui faisait resurgir de sombres envies et vibrer son côté animal. Plus gênant encore, elle sentait l'odeur d'un autre lycanthrope. L'effluve était faible comme si la source s'était déjà éloignée et qu'il ne subsistait que son passage. C'était bel et bien le cas. Débouchant sur le lieu, ses yeux vert impérial se figèrent sur le corps vers lequel elle se rua. Bien entendu, il était trop tard, aucun souffle n'aurait pu persister au milieu d'un tel carnage. Elle observa les blessures qui confirmèrent la présence d'un de ses semblables et elle sentit monter un grondement dans sa gorge sans qu'il puisse passer la barrière de ses lèvres.
L'humain ne la mènerait plus nulle part. Les cadavres ne se réanimaient pas sur une simple exigence de sa part. De rage, elle envoya son épée se planter dans les reste de la carcasse encore chaude. Comment allait-elle faire à présent ! Cet idiot était mort, c'était terminé ! Elle n'avait qu'une certitude, laisser cet acte impuni n'était pas une option envisageable, pas plus que de rester ici.

Récupérant son arme, elle fit courir ses doigts sur le liquide et les porta à ses lèvres, dessinant un sillon ensanglanté sur celles-ci. Elle passa sa langue dessus puis réitéra son geste précédent, s'imprégnant du goût et de l'odeur. Chose faite elle acheva d'essuyer son arme pour faire apparaître sa couleur d'origine, pourtant proche de celle de la lame ensanglanté. Un joli rouge qui faisait penser aux entrailles et à la violence aussi sûrement qu’elle y voyait les reflets d’un lever de soleil écarlate. Sans perdre un instant de plus, elle rangea l'épée et prit garde à ce que son arc ne la gêne pas dans ses mouvements. Impossible pour elle de se transformer, elle ne pouvait pas laisser ses affaires maintenant qu'Horus était loin et elle refusait de céder à son envie. Le corps trop près risquait de la détourner de son but. Elle ferait autrement, elle le devait quitte à perdre la trace de l'autre. Son regard perçant scruta les alentours sans être gêné par la pénombre. Même sous forme lycanthrope un individu laissait toujours des marques. La courbure de quelques herbes au sol, les craquelures sur les feuilles mortes et les résidu olfactif. Bien entendu elle ne pouvait pas affirmer de façon certaines que ces marques avaient bien été provoquée par l'individu mais elle était par contre sûre qu'elle ne venait ni d'Odérik, ni d'elle.
Elle s'élança sans plus attendre, aussi rapidement que le lui permettait sa forme elfique et que son regard pouvait observer les témoignages de passage qui la conduisait bien plus loin que ce à quoi elle s'était attendu. Le tueur avait vraiment dû s'enfuir en vitesse mais elle n'avait pas mis longtemps à revenir près du corps, il ne pouvait pas l'avoir distancé de façon trop conséquente. Soudainement, le bruit d'un cours d'eau se fit entendre. Elle s'inquiéta. Si la personne avait décidé de traverser vers une autre rive il n'y avait aucune chance pour qu'elle puisse le rattraper. Une fois de plus elle s’énerva contre elle même et accéléra sa course jusqu'au bord de l'eau. D'ici, plus rien. Le peu d'odeur restante avait disparue et l'elfe haletait en maudissant le poids d'Enfer Noir. Quelle plaie. Il lui était pourtant impossible de renoncer. Quelqu'un venait de se permettre de tuer son guide, son unique chance d'honorer sa dernière promesse et il l'avait sans doute fait en sachant qu'elle était dans les environ. C'était une réelle insulte. Une provocation à ses yeux. Cette idée la mettait encore plus en rage, elle sentait son sang bouillir dans ses veines, tapant sur ses tempes, lui criant de muter pour retrouver ce chien, car c'était là le seul qualificatif que méritait le coupable. Et diantre, pourquoi était-elle si fatiguée ? Le sort dont elle était la consentante victime était-il à l'origine de cela ? Il lui fallait se calmer. Elle ne pourrait retrouver personne dans cet état d'énervement. Profitant de l'eau pour effacer le sang séché sur ses lèvres, elle ferma les yeux l'espace de quelques secondes pour retrouver un semblant de calme. Réfléchissant, elle tenta de se mettre à la place de l'autre lycanthrope. Il aurait été ridicule qu'il retourne vers le lieu où elle s'était tenue. Soit il avait traversé l'eau et dans ces cas là, elle n'aurait plus rien à faire, soit il l'avait longé. Elle choisit de poursuivre sur quelques mètres et constata de nouvelles empreintes, humaine cette fois. Elle n'y prêta pas attention. Pourquoi l'autre aurait-il repris sa forme habituelle en se sachant suivis ? Non, ce n'était sans doute que celles d'un voyageur et elle continua de marcher. Finalement, c'est une quinzaine de minutes plus tard que ses sens se remirent en alerte. Il y avait dans l'air quelque chose d'anormal, qui dénotait avec les senteurs de la forêt. Quelque chose qui en cette saison ne devait signifier qu'une chose : la présence d'un humain. Reprenant sa course, elle fit abstraction des bruits nocturnes pour se concentrer sur un son différent. Celui d'un crépitement. Un idiot était-il vraiment entrain de faire brûler du bois dans un endroit comme celui-ci ? Se rapprochant jusqu'à entendre clairement le bruit de la combustion, elle abandonna sa cape, son arc et son carquois au sol pour que rien ne la gêne puis elle reprit une démarche lente et prudente. Le terrain ne se prêtant pas vraiment à sa magie, Enfer-Noir avait reprise place dans sa main droite, comme une présence rassurante à laquelle ses doigts s'agrippaient.
Elle était sûre de l'identité de la personne à présent. Il n'avait pas traversé, il s'était arrêté. Se jouait-il vraiment d'elle ou avait-il trop confiance en lui ? Qu'importait, elle était en colère et il allait lui payer cet affront. L'idée qu'il puisse être d'une force supérieure ne lui effleura pas même l'esprit, pas plus le fait qu'elle puisse s'en tirer en mauvais état, voir y rester. Aveuglée par l'idée qu'on se moquait d'elle et par son besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un, elle continua d'avancer jusqu'à distinguer une silhouette dissimulée par les ombres. Alors elle s'arrêta. Parce qu'il ne pourrait pas fuir à nouveau.

-Inutile de vous cacher, je peux vous sentir…

Les paroles troublèrent le silence et provoquèrent une étrange sensation chez la lycanthrope. Elle avait l'impression que cette voix lui était familière tout en étant étrangère. Les jointures de ses doigts blanchirent par la pression exercée sur la garde de son arme. Elle ne parvenait pas à trancher sur la question. Son corps avait une réaction bien plus inquiétante que ce que lui dictait ses pensées. La vague d'angoisse contre laquelle elle luttait prenait sûrement possession d'elle. Ses abdominaux s'étaient contracté à l'en faire souffrir, lui donnant envie de régurgiter le contenu de son estomac, sa gorge se nouait comme si des mains invisibles étaient venues l'étrangler, sans qu'elle comprenne pourquoi. Pourquoi. Elle n'arrivait pas à répondre à sa question, pas plus qu'elle ne parvenait à rétorquer à l'autre lycan. Elle fit un pas en avant. Elle ne se cachait pas. Il était impossible que l'autre ressente sa réaction. Elle ne fuyait pas même si son corps lui dictait de le faire. De s'éloigner. Cours, Idriale. Cours avant que le passé ne te rattrape. Certaines personnes ne valent pas la peine d'être trouvées. Tu le sens au fond de toi, non, que tu es sur une mauvaise voie ?

La femme fit un nouveau pas en avant, se forçant à évacuer son mal être inexpliqué, elle se concentra sur la vengeance sans que son état ne s'en améliore. Elle avait l'impression que son épée se faisait lourde. Un dernier pas et elle pourrait voir celui sur qui elle se jetterait l'instant d'après. Un seul pas.
Leur proximité devint suffisante pour que l’apparence de l’inconnu fut dévoilée à la lycanthrope. Quel ne fut pas le choc qu’elle éprouva lorsque ce ne fut pas le visage d’un assassin qui lui apparu mais celui d’un être aimé jadis. Malgré les années qui avaient modulés son visage, il restait reconnaissable. Ces yeux, ces même yeux dans lesquels elle ne pouvait plus lire. Ces traits sévères qu’un sourire avait pu éclipsé, encadré par des cheveux sombre dans lequel elle avait glissé ses doigts, et ces lèvres… Ces lèvres qui avaient provoqués chez elle par le passé milles envies inassouvies. L’aura qu’il diffusait lié à la voix résonnant grâce aux mots prononcés expliquaient sa réaction précédente. Son corps avait réagit avant qu’elle ne comprenne et cela n’aurait pas dû l’étonner. Elle avait tant perdu et abandonné que même si elle se faisait imperméable à tout amour nouveau, elle était terriblement vulnérable aux fantômes du passé. A ses erreurs à elle, qu'elle refusait de regarder. Elle ne craignait pas de revoir cet homme, elle était terrifiée par ce qu'elle pourrait penser d'elle même. Elle qui se tenait droite et fière tant qu’elle pouvait avancer en portant son regard au loin n'était rien si surgissaient les ombres…

Et elle se souvint. La première fois où elle l’avait vu puis perdu, celle où elle l’avait retrouvé. Les images du passé envahirent ses pensées, limpide comme de l’eau de roche et tout aussi insaisissable, instopable. Elle voulait arrêter ce flot de pensée qui la mettait dans une situation dangereuse mais elle ne pouvait les empêcher de s’insinuer dans sa tête tout comme elle fut impuissance lorsque le souvenir de leur ultime séparation vint s’animer. Chaque seconde fidèlement mémorisée lui étaient restitués et elle ne pouvait que les revivre, spectatrice d’une pièce trop bien jouée, avec un jeu d’acteur trop ressemblant. Son jeu. Son jeu qu'elle avait perdu.

An 985.

Il revenait d'un combat. Le combien était-ce ? Elle l'ignorait, n'ayant pas même assisté à tout les duels. Il revenait et elle ne voulait plus qu'il parte. Elle avait ses raisons, il refusait de les entendre. Elle avait lâché ces mots, encore gravé en elle. « Je refuses que vous vous affrontiez. Je ne resterai pas ici en attendant que l'un d'entre vous s'éteigne. Tu n'ira pas. Tu n'ira pas car si tu le fais, je ne serai plus là ni pour t’acclamer ni pour te pleurer. »
Il s'agissait d'une de ces menaces comme elle en faisait peu. Trop sérieuse, elle avait parié avec elle même. Et il avait choisis. Il avait préféré le sang qu'il pouvait verser à l'amour qu'elle pouvait donner. Hélas, de telles paroles pesaient leur importance pour l'elfe et trop fière pour s'attarder auprès d'un homme qui ne la plaçait pas dans ses priorités, elle était partie. Sous la colère et la déception, cet acte avait été si simple...

 
Les douleurs qu’elle était parvenu à dominer la minute précédente l’assaillir à nouveau, lui donnant l’impression qu’elle ne parviendrait qu’à tomber à terre. Tomber. L’idée sonnait douce à ses oreilles et tentante. Ce serait si simple. Ses genoux tremblaient déjà, elle n’avait qu’à fléchir d’un millimètre pour être emportée par le poids du passé.
Tomber. Ne serait-ce pas la plus préférables des solutions face à toute cette douleur ? Si au moins elle n’avait plus à lutter contre elle, si elle pouvait s’y abandonner…
Tomber. En finir tout simplement. Elle serait si bien étendue sur ce sol frais. C’était un bel endroit pour mourir finalement.
Parce qu’elle ne pouvait qu’en finir devant cette lumière qui mettait en avant son erreur. Elle ne pouvait plus regarder à côté. Parce qu'il était devant elle. Elle avait joué oui. Mais en pariant seule, n'aurait-elle pas perdu dans les deux cas? Son cœur était à deux doigts d’exploser sous la déception qu'elle se provoquait elle même.

Le regard de l’elfe ne parvenait plus à dissimuler sa panique intérieure. Elle sentait son sentiment de colère prendre la place sur le reste. Cette dernière dévorait toute autre émotion. Idriale savait qu'à attendre elle finirait par faire un acte regrettable, guidée par ce semblant de folie qui s'éveillait en elle. Elle devait agir contre, de l’unique façon qu'il lui restait pour survivre, par instinct. Son instinct qui la poussa en avant lorsque son corps voulut se lancer dans un assaut bien trop risqué, son instinct qui la fit bondir en lâchant son épée qui rencontra le sol dans un fracas métallique, son instinct qui provoqua une mutation plus rapide que toute celle effectuée par la lycanthrope jusqu’alors, son instinct qui enfin lui permis d’atterrir entière et vivante sur Cronose. Oubliés les regrets, sa lucide folie avait pris le pas sur le reste, lui permettant de donner libre cours à sa haine. Haine pour cette vieille amulette dérobée, haine pour ce choix destructeur, haine pour la vie volée. Elle grogna. Crocs en avant, elle faisait peser sur lui tout un poids de menace et de colère soigneusement entretenu par treize année d'absence.
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Cronose

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Jeu 5 Avr - 18:16

L’absence de réactions courbait le silence sous le tapage nocturne, nuancé par les différentes espèces qui cohabitaient en ce même lieu. Les flammes parsemaient l’ombre du guerrier, l’ondulant dans une danse macabre.

Je ne lâchai pas des yeux cette zone de danger où je ne pouvais identifier clairement la menace. Mon don olfactif me restituait l’erreur de ma précédente offensive, je n’avais pas employé les moyens nécessaires pour semer la prédatrice. Voilà qu’elle se présentait à moi, de quelques foulées, soigneusement contenues.
Sa fragrance suave me parvenait comme un murmure soufflé de tendresse. Elle me ramenait à une nostalgie prisonnière d’un corps éteint de lumière. Un frisson, le trouble. Les muscles de mon visage se figèrent, ce n’était pas… possible.
Encore un pas et je pouvais désormais contemplé ses traits. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, rongé par la défiance d’une émotion égarée. Elle se tenait face à moi, après treize années de silence et de souffrance, j’en perdais la raison. Ce n’était pas possible…

Tel un mirage, je la scrutai envahi d’incertitudes et d’effroi. Décontenancé, elle partageait mon amertume, je le lisais dans son regard. Chimère d’émeraude me déliant de la réalité. Le temps en avait perdu le souffle. Je contemplai sa beauté, demeuré intact, sa longévité en était la cause et me provoquai une douleur tue depuis des lustres.
Son visage pourvu de délicatesse me hélait ses caresses d’autrefois, noyées par la rancœur de son départ. Elle était pourtant là et je n’arrivai toujours pas à le concevoir, épris d’un songe qui ne cessait de se répéter, me torturant jours après jours, dans la noirceur d’un monde baigné de chagrins et de peines.
Je désirai tant l’atteindre, la prendre dans mes bras et tout oublié mais ce n’était plus possible. Les années m’avaient dévastées, dépouillées de mes émotions. Elle revenait d’entre les morts, alors que moi, j’y empruntai la voie.

Je demeurai interdit, complètement subjugué par sa projection. Les souvenirs défilaient dans mon esprit, lorsque je l’avais rencontré, jeune et innocente, pleine d’ambitions, fougueuse et mystérieuse.
Notre premier baiser, échangé sous les lueurs de l’astre, traversant les frondaisons du bosquet pour graver à jamais cet instant plein de tendresse.
Notre rupture, liée à l’orgueil et à notre instinct dominant, lorsque prit d’impulsivité, j’avais dérobé un objet qu’elle chérissait tant.
Nos retrouvailles dans ce tournoi où nous avions vaincu nos différents pour nous brûler à nouveau dans ce feu qui nous unissait.
Enfin, notre séparation où elle m’avait piégé d’un ultimatum qui remettait en question ma fierté où son amour. J’avais tranché, persuadé qu’elle ne prendrait pas une décision aussi radical mais les choses c’étaient déroulées trop rapidement… je n’avais rien vu venir…

985 après le syncrétisme

Les blessures s’estompaient mais ne guérissaient pas complètement, à force de combat, j’avais épuisé ma capacité à régénérer. Le sang perlait le long de mon front et le moindre mouvement me causait des douleurs que j’ignorai dans un grincement de dent. Soulevant mon épée, triomphant d’un sourire que trop peu outrancier, je m’avançai auprès de ma dulcinée. En tant que jeune lycan, j’étais fier de démontrer ma puissance à ma partenaire qui excellait déjà dans l’art de l’épée. Elle me dévisageait d’un regard sévère et ne semblait pas apte à tolérer mes prises de danger. Ce que je n’étais pas en mesure de comprendre, j’avais toujours fonctionné comme ça et rien ni personne n’allait changer ma nature rebelle. Depuis mon plus jeune âge on m’avait poussé jusqu’à mes derniers retranchements à tel point que je me délectais de cette sensation, de cette adrénaline qui me gonflait le cœur chaque fois que j’arpentai un champ de bataille. Après une brève dispute, j’avais insisté pour continuer cette ascension pour la gloire. J’allais défié un bretteur d’exception qui me mènerait à la final, à ce combat que je désirai tant affranchir, combattre le légendaire Vamp dit Lamenoire, confronté le fer d’un même forgeron dans un duel épique jusqu’au seuil de la mort.
Bien sûr, elle ne voulait rien savoir, persuadé que j’y laisserai la vie ou que je blesserai cet adversaire pour qui elle semblait éprise d’affection. Cet étrange énergumène aux cheveux blancs.

« Je refuses que vous vous affrontiez. Je ne resterai pas ici en attendant que l'un d'entre vous s'éteigne. Tu n'ira pas. Tu n'ira pas car si tu le fais, je ne serai plus là ni pour t’acclamer ni pour te pleurer. »

Je ne la croyais pas, car même si elle ne brandissait jamais de telles paroles, elle ne pourrait pas m’empêcher de battre le fer, je n’avais pas accompli toutes ces victoires pour m’arrêter en si bon chemin. Elle le comprendrai quitte à m’en vouloir pendant plusieurs nuits.
Je l’avais prise dans mes bras, lui déposant un baiser dans le cou. Ensuite, j’avais capté ses prunelles d’émeraude pour lui émettre la passion qui animait mon regard.


« Tu n’as rien à craindre. Je ne le tuerai pas et il ne pourra pas me vaincre. Comprends moi… Après lui, j’atteins Lamenoire et je pourrai enfin obtenir ma revanche, lui rendre la monnaie de sa pièce ! C’est important pour moi Idri... Alors s’il te plait, attend moi, sois patiente et nous pourrons ensuite penser à nous, bâtir l’avenir que nous avons toujours rêver de construire. »

Je lisais la fureur dans son regard, mais je ne pouvais aller à l’encontre de mes principes. J’avais rêvé cet instant, défié Lamenoire et on m’avait consacré le bonheur de retrouver ma lycan, mon âme sœur… Je n’avais pas à trancher, rien ne m’empêchait de choisir ces deux destins..

La suite, c’était déroulé dans une horreur sans nom. La malédiction des lieux s’était éveillée, suite à l’offense d’un seul homme qui demeurait encore inconnu. Alors que je me tenais face à mon adversaire, fouillant la détermination de son regard, la terre trembla, la pluie corrosive brûla les spectateurs, créant un tumulte apocalyptique. Le duel interrompu, j’avais foncé dans l’auberge où patientait mon amour, je la savais assez débrouillarde pour s’en sortir mais je ne voulais pas risquer de la perdre une seconde fois. J’avais atteint l’établissement déchiré par la terre qui l’avait ouvert en deux. Fouillant les décombres j’avais retrouvé notre chambre aussi vide que la mort elle-même. Alors, pendant que le monde s’écroulait autour de moi, j’avais compris. Tombant à genou, je frappai le sol épris de rage et de frustration. Elle n’était plus là, c’était fini…


Revenant au présent, je ne discernais plus en elle qu’une inimité limpide et profonde. Elle m’avait donné le bonheur pour ensuite me l’arracher sans compassion. Elle partageait mon aversion, devenue une louve atrabilaire. Rongé de dédain, elle m’écrasa au sol, sa violence m’empêchai d’agir, ma lame m’échappa alors que je retenais ses crocs à distance. Ses griffes me lacéraient le poitrail, le sang fusait dans une douleur noir et corrosive. Elle dominait la lutte par sa métamorphose, si je ne trouvai pas rapidement une solution, elle me déchiquetterait comme une feuille de papier.
J’en vins à lui asséner un coup de tête qui la déstabilisa en suffisance pour me permettre une brèche, j’y enfonçai une dague en argent qui calma sa férocité pendant un court instant. Un brin de répit que j’exploitai pour rouler sur un pan et à mon tour laisser la lune prendre possession de mon être.

En à peine quelques secondes, je devenais ce qui me différenciait d’un homme, une créature malveillante, au pelage d’ébène et aux griffes affilées. En position d’attaque, j’analysai nerveusement les déplacements de ma semblable, elle effectuait une offensive des plus primaires, bondissant, elle atterri brutalement sur mon buste nous faisant basculer en arrière, balancé en roulé boulée sur plusieurs toises. Toujours au dessus de moi elle enfonça ses crocs dans l’épaule m’arrachant chair et touffe de poiles. Je lui assénai alors une baffe qui la dégagea sur un flan, me donnant la possibilité de riposter. Sans détour, je me ruai sur elle, lui infligeant quelques coups de pattes qui l’énervèrent davantage. Le duel se poursuivait sauvagement, parcourant nos corps musculeux de plusieurs plaies béantes et autres éraflures. Lors d’une charge qui déterminerait l’issue de cet affront, un énorme voile nous percuta de plein fouet, nous clouant au sol. Un filet… un piège tout juste bon pour du gibier, hautement renforcé pour la captivité de grands prédateurs tel que nous l’étions. Après un bref délai, emplit de grognements féroces, à nous débattre inutilement, des silhouettes nous encerclèrent. Une meute, des loups parias de la sylve de l’erreur, exilé pour ne pas subir le courroux de leurs semblables. Il ne pouvait pas arrivé pire en ce moment, où j’allais mettre un terme avec mon passé, pour toujours.

L’un d’entre eux, que je ne pus identifier dans l’obscurité environnante, transmettait quelques directives aux autres qui se précipitèrent à ramasser mon attirail alors que d’autres, se chargèrent de nous transporter comme de vulgaires pièces de viandes, sans nous laisser l’occasion de nous défendre. Ils nous amenaient au cœur de leur territoire où je savais que nous passerions un mauvais quart d’heure…
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Ven 6 Avr - 22:08

La douleur n'existait pas réellement, il fallait s'en convaincre. Elle surgissait à chaque occasion, attaquait de toute part motivée par la violence, moqueuse face à ces créatures nerveuses. Qu'ils se battent ! Encore  et encore ! Elle répondait à chaque appel ! Elle était reine ! Le rouge du liquide vital était sa couleur, la sienne ! Alors pourquoi ne semblait pas même les influencer ? Un voile de folie faisait barrière à sa présence, l'empêchant d'être sentie comme elle l'aurait dû. La démence s'opposait à sa grandeur, faisant d'elle l'ignorée de la nuit, la risée du combat. Elle aurait dû en être l'héroïne omniprésente grâce aux assauts meurtriers que s'assénaient les lycanthropes mais ils étaient dictés par plus fort qu'elle. Ils l'ignoraient malgré le sang et la gêne causée par les plaies dans une affolante ironie. Elle en venait presque à douter de sa présence, elle, la fameuse. Et elle avait raison de le faire car non, la douleur n'existait pas !

Se laisser guider par ses sens était tout ce qu'Idriale avait à faire à présent. Elle avait attaqué la première et en subissait les conséquences comme si son adversaire avait exaucé un vœux qui lui était cher. Elle n'aurait pas aimé le tuer alors qu'il était sous forme humaine. Cela aurait été trop simple et elle s'en serait sentie coupable une fois redevenue calme. Elle avait souhaité cet affrontement presque égal et le savourait comme une liberté retrouvée. Chaque blessure, reçue et rendue, l'aidait à évacuer son trop pleins d'émotion. Elle en avait besoin. C'était l'unique façon acceptable pour célébrer leurs retrouvailles. Une fête sanglante et macabre où les impacts de leur masse sur le sol était la musique et où le déchirement soyeux de leurs chairs étaient le chant. Un festin où le sang envahissait sa gorge comme un mets délicat qu'elle savourait avec l'envie d'en avoir d'avantage. Ses prunelles brillaient d'un éclat étranger, ravagées de pulsions sadiques jusqu'à ce que des inconscients mettent fin aux festivités. Elle rua dans tout les sens, s’arquant pour tenter de briser le filet sous l'effort. Cette sensation d'enfermement était insupportable, pire que le reste. Plus intolérable que la présence de Cronose à côté d'elle. Elle tenta de passer ses crocs pour réduire cette prison en morceau, en vain. Elle ne pouvait pas rester la dedans. Elle était Idriale Êlenaur, née de l'union d'une elfe et d'un lycanthrope, héritière du gêne de son père, détentrice de la magie de glace, on ne pouvait la retenir prisonnière. Des dizaines de scénario défilèrent dans son esprit, mettant en image ce qu'elle ferait subir à ces fous lorsqu'elle serait libre de ses mouvements. Lacérer la chair, plus vite, plus profond ! Mais tout ce à quoi elle parvint dans ses gesticulations fut de percuter son adversaire à nouveau, sans parvenir à s'en éloigner. Il ne manquait plus que cela ! Si encore elle avait pu tourner la tête pour le mordre au passage, mais même cela n'était pas possible. Elle dû se résoudre avant que ses forces ne l'abandonnent. Elle cessa de bouger. Mauvaise idée.

Ces vermines qu’elle ne voulait pas même appeler lycanthrope les déplaçaient, traînant les proies qu’ils étaient devenus au sol comme l’elfe aurait traîné le cadavre d’un vulgaire orc avant de le jeter quelque part hors de sa vue. Prise dans cet étau et trimbalée ainsi, elle se sentait gauche et bafouée. Elle qui avait, ses premières années mise à part, presque toujours vécue sans clan ne comprenait pas ce que ceux-ci pouvaient bien leur vouloir mais étant donné le traitement ce ne pouvait être pour les inviter à une partie de chasse. Tout du moins n’y participeraient-ils pas du bon côté. Dans leur malchance, ils eurent au moins le privilège d’un terrain peu rocailleux et d’un court trajet… Encore que ce n’était peut-être qu’une impression causée par la déconnexion qu’avait opérée Idriale pour préserver ses forces, concentrées uniquement sur elle-même pour tenir sa transformation car elle se refusait à reprendre sa vulnérable apparence. Chose qu'il faudrait pourtant bien faire, elle n’aurait bientôt plus le choix. Un soupir contrarié sortit de sa gorge comme un gémissement de lassitude tandis qu’avec brutalité leurs bourreaux ôtaient le filet pour mieux les saisir. Elle ne tint plus et se transforma entre leurs mains rugueuses. Malgré l’épuisement que lui avait coûté sa trop longue mutation, elle redressa la tête. Jamais elle ne ploierait face à des gens comme eux même si elle n’avait strictement aucune chance de leur échapper dans l’immédiat, n’ayant pas même la force de se défendre sous cette forme dans l’instant. L’un de ceux non occupés à la maintenir vint accrocher une couverture autours de son buste, non sans l’avoir détaillée auparavant. A croire que la vision qu’elle offrait risquait de perturber ces hommes. Elle en rit intérieurement et se moqua de leurs regards. Cela serait juste un élément de plus à mettre sur la liste des choses à leur faire payer dès que possible. Parce qu’elle ne doutait pas qu’elle en aurait l’occasion. Éternelle hôte d’un orgueil démesurée, mourir ou dépérir devant ces chiens de basse cours n’était pas ses plans. Elle leur arracherait leurs jolis petits yeux emplit de crétinerie pour avoir oser se poser sur elle et les jetteraient en pâture aux corneilles. Ensuite, elle irait clouer leur corps partiellement dépecé mais toujours vibrant de vie face au soleil et aux même charognards si elle en avait le temps, car choisir d’en gâcher pour eux dépendrait bien de son humeur. Chose faite il ne resterait plus que le problème de Cronose mais une seule chose à la fois.

Elle devait observer les lieux pour y trouver les failles. On ne lui en laissa guère l’occasion. Quelques secondes et de solides liens vinrent remplacer ses entraves précédente. Elle détestait ces méthodes barbares d’autant plus que la corde était si serrée qu’elle lui entamait les poignets, là où ils avaient le plus insisté. Quelles plaies que ces personnes.

« Vilaines blessures, elles ne se referment pas ? »

Quelles blessures ? Ce n’étaient que les marques des étapes qu’elle remportait. La vie était une bataille du premier jour au dernier. Si les humanoïdes l’avait oublié ce n’était pas son cas et elle se formalisait bien peu des zébrures parsemant son corps et du sang déjà sec. Bien entendu qu’il fallait du temps pour qu’elles se referment. Elle était une hybride et la Nature, unique déesse aux yeux de l’elfe, lui avait déjà offert bien des dons, elle ne pouvait exiger que tous valent celui d’un être pur. Son port de tête toujours fièrement maintenu, elle plongea son regard impassible dans le sombre océan constitué par les yeux de l’autre, puis en profita pour le détailler à son tour. Elle lui donnait près de cinquante année bien qu'il ne dû pas les avoir tout à fait. Ses cheveux coupés court paraissaient d’un blond foncé et contrastaient avec le teint halé par le soleil qu’il arborait. Les lèvres de la femme bougèrent avec lenteur, prenant le soin d'articuler chaque mot :

« Je ne connais ni l’identité de ceux que j’honore par ma présence, ni leurs motivations pour avoir interrompu mon combat. Pourquoi donc répondrai-je à vos questions surtout quand elles sont aussi inutile que la tienne ? »

Elle avait volontairement employé le tutoiement, témoin de l’absence totale de respect qu’elle lui témoignait. Téméraire, inconsciente, on pouvait bien lui attribuer l’adjectif qu’on voulait mais malgré les circonstances toute son attitude suintait le mépris qu’elle dissimulait mal derrière son ironie. Si son apparence était une invitation au plaisir charnel, son attitude l’était au défi. L’inconnu s’approcha d’elle et fit courir des doigts -elle les jugea trop sale pour se permettre cela- jusqu’à une griffure sur son épaule dont les chairs s’étaient déjà bien rapprochées. Lentement, il y introduisit son index, rouvrant la plaie à son état initial. Le sang vint maculer les liens et la couverture comme une paisible cascade rougeâtre.

« Je ne suis pas ton ami, alors ne t’empresses pas trop de l’ouvrir avec moi car parler tu va le faire, mais quand on te le dira et pour les questions qu’on te posera »

Les lèvres de l’elfe s’étirèrent dans un rictus provocateur malgré la douleur qui cette fois était totalement libre de circuler en elle et de se montrer efficace. Ces gens là étaient tous les même comme si la violence résolvait tout. Deux des lycan rejoignirent l’imprudent et se mirent à la questionner. Sur elle, un peu. Sur Cronose, beaucoup. Elle nia totalement le connaître ni même avoir reconnu son appartenance à un quelconque clan. Elle n’était pas très observatrice, voyez vous, ce n’était tout de même pas sa faute… Comme s’ils s’étaient battu de la sorte pour rien, avaient rétorqué les autres. Elle les laissa insister volontairement malgré leurs méthodes qui engendraient de délicates traces mauve sur la peau claire de son visage. Contrairement à des blessures ouvertes, celle-ci ne seraient que de mauvais souvenirs dans une heure ou deux. Lorsqu’elle jugea qu’ils avaient suffisamment tapé pour qu’ils pensent l’avoir convaincu de dire la vérité, elle prit la parole. Elle lâcha qu’il n’était qu’un fou s’étant mis sur sa route quelques heures auparavant. Qu'ils ne pensaient tout de même pas qu’elle aurait dû le laisser la provoquer de la sorte, si ? Elle ajouta que s’il voulait tout savoir, il avait osé attaquer son compagnon. Elle qui aimait tellement cet homme avait naturellement souhaité le venger ! Comportement légitime et elle se moquait bien du clan auquel pouvait appartenir le meurtrier ! Elle même ne s'était jamais souciés de tout ceci.
Cela en fit sourire un, sourire agrémenté d’une remarque insinuant qu'elle était bien une femelle, faible dès qu’il s’agissait de sentiment. L’autre trouva bien risible que leur second détenu n’ait pas su contenir une femme comme elle plus rapidement. La suite se déroula plus ou moins pareillement. Certaines questions n’évoquaient réellement rien pour Idriale, d’autre lui permettaient de montrer ses talents pour le mensonge mais il ne la laissèrent que lorsque le soleil se leva, l'abandonnant sous surveillance d’un seul homme armé. Peu importait, elle avait enfin un temps de répit pour vraiment récupérer ses forces. Elle savait parfaitement comment sortir d’ici, il ne lui fallait que plus d’énergie. Malgré elle, l’ennuie de l’attente fit que ses pensées se dirigèrent vers Cronose qu'elle n'entendait pas plus qu'elle ne le voyait, se demandant si le traitement avait été aussi cordial ou si les autres s’étaient d’avantage laissé allé à leurs pulsions face à lui. A moins qu’il ne fasse partie intégrante de cette meute et que ceci ne fut qu’une mise en scène, ce dont elle douta aussitôt qu’elle songea à la curiosité dont les autres avaient fait preuve pour ce fantôme du passé, ils ne l’avaient sans doute pas ménagé. Au fond d’elle, elle espéra qu’ils ne l’aient pas tué, justifiant cette crainte par le fait que c’était là son rôle et non le leur, et ce bien qu’elle n’en sentit plus le besoin maintenant le choc passé.

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Attendant la faucheuse au détour d'un chemin,
J'avance en mémoire de ceux qui par ma lame ont péri.

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Sam 7 Avr - 15:23

L'irritation me rendait presque fiévreux, m’inhibant tout instinct de survie. La terre défilait sous mes yeux, narguant mon impuissance de ronces transitoires, m’amenant sur le pilori où je subirai ma sentence. Situation grotesque que je n’avais que trop de fois vécue. L’ironie d’une malchance surabondante. La colère céda peu à peu à l’indifférence qui s’agenouilla devant l’hilarité. Fixé au poteau, les liens noués en suffisance pour me rompre les ligaments, j’explosai d’un rire qui ne fit qu’accroître l’excitation de mes bourreaux. Me ruant de plusieurs coups, la douleur fusait comme une délectable sensation. Je n’aimai pas la souffrance mais je ne pouvais plus m’empêcher de rire, c’était grotesque, j’avais plusieurs fois été mi sur un lieu d’exécution, torturé, pendu, j’avais plus ou moins frôlé la mort à ces quelques reprises mais j’étais toujours là, des années plus tard dans ce même pétrin qui m’octroyait l’indifférence des coups reçus.
La tête penchée, complètement submergé par la contenance de mon rire, le sang dégoulinait de mon arcade sourcilière qui je n’en doutai pas était complètement boursouflée. L’un de mes tortionnaires semblait irrité, sachant qu’il n’obtiendrait aucune coopération de ma part.

-Mais tu es complètement fou ! Collabore et nous mettrons un terme à ton calvaire. Je sais que tu bluff, tu fais ça pour nous décontenancer mais ça ne marche pas avec nous !

Un autre coup de poing vrilla pour s’enfoncer dans ma mâchoire, délogeant celle-ci de son axe dans un craquement retentissant. D’un mouvement de la bouche, je remis celle-ci en place, m’autorisant à prolonger mon rire qui repartait de plus belle.

-Ce type est cinglé… mais puisque t’aime la douleur, je vais t’en donner, mécréant !

Et c’était reparti pour un tour, sauf que cette fois, il ne lésinait pas sur l’originalité, me brisant les côtes, opprimant ma cage thoracique, déboitant mon épaule. Cette fois, je cessai de rire. Inerte et silencieux, ma vue s’embrumait, me laissant pour spectacle, un voile brunâtre, celle de la terre à mes pieds, tachetée de sang. Un bref silence s’établit, alors qu’un bruit imperceptible traversa ma gorge, mourant dans un murmure.

-Enfin, il commence à comprendre. Tu vas nous dire ce que tu viens faire sur notre territoire, dans notre sylve et tout de suite !

Je relevai la tête, détaillant le visage farouche de cet imbécile. Ses yeux sombres étaient rembrunis par ses sourcils d’un noir opaque. Me raclant la gorge, noyée par mon fluide vital, je bredouillai des mots insondables, obligeant le lycan à se pencher pour entendre mes dires.

-Che keyai ghé pohm pourckr tgha mhre !

-Quoi ? Je comprends rien sombre imbécile !

Sitôt, je lui crachai mon sang au visage avant de reprendre, le ton volontairement insolent. « Je cueillais des pommes pour ta mère ! »
Une étrange grimace brouilla les traits de cet énergumène qui virait au rouge. Sans plus se contenir, il me tabassa comme jamais, n’hésitant plus à mettre le paquet, sans doute désirait-il me tuer. Je finissai par m’accommoder davantage à la douleur, si ce fut possible, pour finalement ne plus rien sentir. Vacillant, le monde tournait autour de moi alors que je demeurai immobile. L’homme continuait de me frapper, sans vergogne quand l’un de ses partenaires le stoppa pour lui lancer une remarque qui résonna dans mon crâne à plusieurs reprises.

-Arrête tu vas le tuer, on doit encore le questionner, ques…tionner, ques….tionner, ques…tionner…

Je ne parvenais même plus à les provoquer baignant dans mon sang, n’empêchant de correctement respirée, le nez brisé, la bouche ensevelie d’un liquide âcre. Je n’étais plus qu’à deux doigts de m’évanouir mais la régénération procédait, mes précédentes chasses décuplaient ma capacité à refermer les plaies, à ressouder les os… Je me savais capable de grande chose, la puissance se déchainait dans mes veines, ma férocité n’avait jamais eu de si grande envergure. Dans un élan de sauvagerie brute je redevenais un loup, un monstre. Abasourdi, ils cessèrent leur chamaillerie pour constater avec effroi le déchainement de ma mutation, la croissance qui ne cessait de gonflées ma musculature.

-Mais… mais… bredouilla l’un d’entre eux… ce ... ce n’est pas possible !!

Un hybride au pelage noir, regorgeant de haine se tenait face à eux. Ils finirent par se transformer, dépité par la rage dont je faisais preuve. Pendant leurs processus de transformation, lente en vue de l’aube naissante, j’extirpai le pilier du sol et me ruait sur mon bourreau, gueule plongeante, je lui lacérai le visage. Il hurlait de souffrance, démunit de son sort, figé dans une mutation qui ne prenait plus effet. Luttant contre mes entraves, je les déchirais, projetant sur plusieurs toises les cordes qui contenaient ma haine. D’un mouvement brutal, je lui enfonçai une patte dans le ventre lui traversant plusieurs organes avant d’en extraire les tripes. Un de moins. Les autres parvenaient à la fin de leur évolution, j’en profitai pour bondir sur un second, plusieurs coups de griffes le mirent en charpie. Je l’achevai en lui brisant la nuque parvenant presque à lui arracher la tête. D’autres s’interposèrent, je les repoussai de violents coups de pattes, revenant à la charge, l’un me fit rouler au sol. Alors qu’un autre me déchirait les flans d’une violente morsure. De mes crocs, je l’attrapai par la peau du cou et le secouait rageusement, déchirant sa jugulaire et lui rendant sa forme humaine alors qu’il se fracassait contre un tronc d’arbre. Il ne restait plus que deux adversaires, mais prudent, ils patientèrent mon offensive. Je fini par chargé un premier, suivit par le second qui comptait me prendre en tenaille. Le premier se souleva sur ses pattes postérieurs, me déchainant des coups superficiels qui ne m’empêcha point de le renverser. Celui en retrait m’empêcha de l’achever en me tirant par les pattes me griffant frénétiquement le dos de plusieurs zébrures. Je tentai de me relever mais les deux me clouèrent au sol, me labourant les chairs, telles des charognards avides de carcasses. Un hurlement me brisa la voix, non pas de douleur mais de colère, rage contre mon infortune qui était parvenu à bout de ma volonté. Je cédai la place au silence, le silence m’abandonna à la nuit…

Le réveil… Gonflée de fièvre et complètement endolori, je constatai les alentours… Fixée sur un pilier, retour à la case départ… alors que les rayons de l’astre m’occultaient mes cibles, je pouvais cependant entendre leurs voix, ils n’étaient plus que deux, tout ceci avait bien eu lieu.

-Il a survécu, tant mieux. La mort de nos confrères n’aura pas été vaine, on finira par découvrir les plans de ce scélérat ! Ensuite nous le tuerons ! S’exclamai l’un des survivants, hargneux de ne pouvoir me détruire à l’instant même.

Je tremblais nerveusement, affaibli par mes efforts de supplices et de survies. Relevant les yeux, bridés par mes paupières qui se bardaient du soleil, j’entrepris d’apercevoir les deux individus. La gorge enflammée, je n’avais plus la force de parlementer ou encore une fois, de les provoquer. Je pouvais cependant flairer une autre présence, indistincte, le sang m’empêchant d’analyser sa profondeur. Je pus toutefois entendre les jurons de mes bourreaux qui semblaient décontenancé, à nouveau.

Me forçant à suivre le rebondissement, je remarquai Idriale, battant le fer avec les deux vermines, avant de les envoyer dans l’oubli. J’ignorai comment elle s’était détachée, mais ça ne m’étonnait pas vraiment, elle avait l’art d’apparaître dans les moments les plus inattendus, comme toujours…

Constatant qu’elle porta son regard d’émeraude en ma direction, je la méprisai de mes yeux gris, nimbées de sang, dernière provocation qu’il me restait avant de sombrer dans la mort. Cependant, elle fit demi-tour, m’abandonnant à mon triste sort… Pourquoi ne m’achevait-elle pas ? Je fis des efforts pour prendre la parole, chaque mots me coutait une brûlure du gosier, enrouant ma voix d’un ton pimenté.

-Alors c’est comme ça… Tu fuis comme une lâche… Ca ne m’étonne pas de toi, après tout tu l’as déjà fait par le passé…

Elle se stoppa net, j’ignorai si elle allait se retourner, mais je sentais que la fin approchait pour moi. Sa poigne se referma sur son épée, je préludai mon destin dans un sourire mesquin, rien ne me retenait en ce monde de toute façon, j’affronterai la mort bravement, tout comme j’avais vécu, dans l’honneur…
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Sam 7 Avr - 17:52

La sensation tant attendue revint, faible tout d'abord puis de plus en plus insistante. Les picotements dans ses paumes la rendirent d'humeur légère, elle n'avait pas patienté en vain. Il fallait qu'elle parvienne à concentrer sa magie sans avoir l'air de faiblir sans raisons nouvelles aux yeux du gardien présent. Les dieux en soient remerciés, les lycanthropes avaient noué les mains de l'elfe dans son dos et de ce que lui dictait son ouïe personne ne se trouvait de ce côté-ci. Elle resta silencieuse le temps de s'assurer qu'il n'y avait réellement aucun ennemi qui empruntait le passage derrière elle puis dirigea ses forces sur la concentration de l'humidité du sol dont elle avait requerrait l'aide pour combler à son manque d'énergie. Quelques instants et elle se mit à lâcher un léger soupir résigné, ce qui lui octroya l'attention de l'homme chargé de sa surveillance.

« D'où viens votre clan ? Je ne pensais vraiment pas en rencontrer un dans ce royaume ! Ce n'est pourtant pas faute d'avoir voyagé, vois-tu. »

Il ne répondit pas. L'elfe avait besoin de rompre le silence afin qu'il n'entende pas les cristaux se former. Ce qui habituellement ne lui prenait que quelques secondes se révélait plus compliqué puisqu'étant immobilisée, elle éprouvait des difficultés à moduler sa création.

« Je ne vois vraiment pas comment je pourrai fuir face au nombre des tiens... C'est quand même bête, de me laisser ici. Je pourrai être autrement utile... »

Elle détestait avoir à gaspiller sa salive pour ne rien dire mais cela marchait. Même si elle semblait l'énerver quelque peu, il n'entendait plus que le son de sa voix cristalline. Elle continua son monologue jusqu'à ce qu'elle sente la glace mordre dans sa chair, tranchante. La forme était parfaite mais l'elfe devait se hâter : la partie acérée ne tiendrait pas longtemps face au soleil. Tandis que l'élément grandissait en rompant la corde, elle dirigea une vague glaciale vers le lycan qui eu tôt fait de s'agiter en regardant autours de lui. Sentant les derniers fils de résistance céder face à l'alliance de la pression qu'elle imposait en tirant et à l'attaque gelée, Idriale plongea sur l'homme qui n'eut guère le temps de réagir et lui planta le cristal en pleine gorge tout en laissant son autre main se plaquer sur sa bouche pour étouffer tout bruit. Elle retint le corps pour qu'il ne chute pas bruyamment et le dénuda avec rapidité de la chemise noire qu'il portait. Déjà trop ample pour son propriétaire d'origine, elle l'était d'autant plus pour l'elfe. Lui arrivant à mi cuisse, elle couvrait le principal de son corps et elle lui permettait une meilleure liberté de mouvement que la pesante couverture. Se hâtant, elle se saisit de l'épée que portait le défunt. Elle ne valait certes pas Enfer-Noir mais lui permettrait de la retrouver. Ayant déjà perdu son arc en chemin, il était simplement hors de question qu'elle abandonne sa précieuse épée à ces rustres. Son arme avait une signification bien particulière et elle n'en retrouverait jamais d'une si belle qualité. Et puis son rouge était unique, pour lui, elle ferait bien l'effort de chercher.

La roue de la chance s'était finalement décidée à tourner en sa faveur. Trois cadavres plus loin, elle tomba sur ce qu'elle cherchait au milieu d'affaires devant appartenir à Cronose, vu la même odeur qui en émanait. Elle hésita mais se saisit finalement des deux épées après avoir enveloppé celle qui n'était pas la sienne d'un tissus - au cas où -. Ses pas l'éloignaient prudemment de ce lieux. Finalement, elle n'allait peut-être pas d'attaquer à la totalité de ces idiots. Un petit échantillon de plus ferait l'affaire et cela tombait vraiment bien puisque deux vinrent apparaître à sa vue. Bien, ce n'était pas non plus ceux à qui elle avait eu l'honneur mais ils paieraient de la même façon que les précédents. Et puis, n'était-ce pas sa proie antérieure qui était attachée derrière ? Quelques secondes et elle fut sur les bourreaux, laissant tomber l'arme du fils Heart pour ne conserver en main que la sienne. Quelques autres et ils rencontrèrent la mort. Alors qu'elle relevait son regard des corps inanimés, elle croisa celui de son ancien amant. Il avait l'air bien amoché, elle n'aurait rien à gagner de s'y acharner derrière. Cela ne remplacerait pas la promesse qu'elle ne pouvait plus tenir et elle n'avait vraiment plus envie de jouer avec les loups aujourd'hui. Elle pivota, le passé devant rester à sa place et se dirigea en opposée direction du territoire du clan. Le tout était de s'éloigner maintenant.


-Alors c’est comme ça… Tu fuis comme une lâche… Ça ne m’étonne pas de toi, après tout tu l’as déjà fait par le passé…

L'elfe cessa son avancée. Comment pouvait-il dire une telle chose alors qu'elle lui avait laissé le choix ! S'il lui avait répondu autrement... Si. Elle pensait être passée au dessus de ça. Si. Ce maudit si qui avait hanté des mois de sa vie. Si elle n'avait pas posé cet ultimatum. S'il l'avait prise au sérieux. Et s'ils ne s'étaient pas rencontrés. Cette voix dans sa tête devait se taire. Il n'y en avait pas, de si. On ne refaisait pas le passé, il était gravé dans l'espace. Il s'achevait à l'instant où il commençait. Elle serra la garde d'Enfer Noir à s'en provoquer des douleurs puis se tourna lentement , se remit en marche jusqu'à n'être plus qu'à une poignée de centimètre de Cronose. Elle se hissa sur la pointe des pieds et susurra doucement à son oreille.

«Ce n'est pas toi que j'ai quitté il y a des années. Cet homme aurait fait en sorte de n'être déjà plus ici. Et ce n'est pas lui que j'ai fuis car je n'ai fuis personne. J'ai peut-être fais une erreur en le forçant à choisir mais il en a fait une en continuant d'agir dans ce tournois. »

Elle glissa sa main glaciale sur la joue de l'homme. Face à sa froideur constante, la peau lui parut brûlante. Elle rit faiblement pour elle même. Qu'aurait-il pu faire ? Il était là face à elle, entravé, immobilisé, elle en ferait ce qu'elle voudrait. Elle le regarderait agoniser de loin sous les coups des autres qui arriveraient sûrement bientôt, si elle le souhaitait. Elle l'achèverait pour mettre un terme à ses regrets, si l'envie la prenait. Il faisait jour et il était en si mauvais état. Il ne pouvait s'opposer à elle, à son contact, à son souffle. Alors qu'elle laissait retomber sa main gauche contre son flanc, Enfer-Noir approcha l'estomac du lycanthrope comme pour une ultime caresse.

« Tu n'as pas idée de toute la pitié que tu m'inspires. »

Elle recula sensiblement et d'un geste, sa tâche accomplie, l'épée retrouva sa position initiale, lame inclinée vers le sol. Les cordes se détendirent, rendant sa liberté à l'humain. Idriale prit un peu plus de distance.

«Je n'aurai aucun mérite à t'achever ici. »

Le mérite, elle s'en moquait bien. Son cœur s'était réellement serré lorsqu'elle avait voulu l'éventrer, déviant sa main suffisamment pour n'entailler que faiblement la chair. Elle n'avait pas la force de le faire. Décevante, une fois de plus. Cet homme avait vécu plus d'une dizaine d'année dans un recoin de ses souvenirs, de sa peine et de sa haine, il pouvait bien y demeurer encore peu. Elle n'avait pas vraiment le choix de toute façon puisqu'elle ne pouvait le tuer. Si elle s'en était pensée capable, elle s'était trompée. Pas de la sorte, de sang froid, alors qu'il n'était même pas capable de se défendre.

«Dis moi, comment se sent-on, lorsque la personne qui vous hait le plus ne vous accorde toutefois pas assez d'importance pour en finir ? »

Elle le provoquait. Parce qu'elle se sentait mieux à le faire. Si la réponse était évidente, elle n'était pourtant ni capable, ni prête à l'entendre. Il ne pouvait y avoir une telle haine que lorsqu'il y avait eu trop d'amour. Alors qu'elle entendait venir des individus -peu, au bruit peut-être cinq ou moins- un regard sur Cronose confirma sa crainte.
« Bien, je suppose que tu ne pourra pas courir assez vite n'est ce pas ? 
Elle désigna d'un mouvement de tête l'épée de l'autre qui jonchait la terre à quelques mètres.  Je pensais la balancer dans une rivière histoire que tu ne la retrouves jamais. Mais bon. Je n'ai pas envie de faire tout le travail à ta place. Montre donc que tu n'en as pas finis avec ta vie ridicule. »
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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Mer 11 Avr - 14:47

Humant son parfum suave, lorsqu’elle se penchait, foudroyant ma nuque de sa toison d’ébène, les mots qu’elle soufflait me noua les tripes, me foudroyant d’une colère tempérée.

«Ce n'est pas toi que j'ai quitté il y a des années. Cet homme aurait fait en sorte de n'être déjà plus ici. Et ce n'est pas lui que j'ai fuis car je n'ai fuis personne. J'ai peut-être fais une erreur en le forçant à choisir mais il en a fait une en continuant d'agir dans ce tournois. »

Je n’avais rien à dire, le silence préserverait mes mots, lui projetant la meilleure des injures. Lui prouver une indifférence, était la façon la plus directe de remporter la joute verbale. Je me contentai d’une neutralité contenue, le visage de marbre, dissimulant mes émotions dévastatrices.
Soudain, elle glissa une main sur ma joue, le contact de sa peau que je pouvais presque différencier d’une autre, me déstabilisa quelque-peu, je n’en fis mot et poursuivait mon absence de réaction alors qu’elle pointait son épée contre mon ventre, où je patientai l’heure, comme prévu, sans l’ombre d’une angoisse. Après tout, la mort, je l’avais déjà conquise à plusieurs reprises, ce n’était pas maintenant qu’elle me ferait tressaillir. Je l’invitai même à me retirer de ce monde, la facilité étant parfois le plus judicieux des choix. Seulement, mon dernier souffle ne venait pas, la lame resta figée pus se retira sensiblement sans même me coûter… à l’exception d’une chose, une chose qu’elle n’aurait jamais dû se permettre de braver, mon orgueil.

« Tu n'as pas idée de toute la pitié que tu m'inspires. »

Cette phrase propageait en moi une montée de nerf qui de toute évidence se divulguait par la fermeté de mes traits, devenu presque lugubre j’en étai prêt à parier. Alors que j’allais rétorquer, elle dénoua mes attaches ce qui de nouveau m’hébétai stupidement dans l’attente d’une suite, qui me demeurai confuse et insondable.

«Je n'aurai aucun mérite à t'achever ici. »

Ben voyons, manquait plus que ça, sans attendre, je lui balançai une réplique cinglante, histoire de calmer son complexe de supériorité.

-Pff.. Tu parles de mérite ?! Tu n’as jamais eu le mérite que de tes petites fesses. Pour le reste, tu n’es même pas foutue d’avoir un but. Une pauvre égarée, comme toujours…

Elle m’analysait tristement en silence alors que je détournai les yeux de son regard, je ne voulais pas qu’elle m’envoute, elle en était capable. Les circonstances me peinaient mais je tenais parfaitement les fondations en place, les apparences demeurant trompeuses. D’ailleurs, elle ignora superbement ma remarque pour me jeter une nouvelle pique, qui ne manquait pas de mordant, comme à chaque fois.

«Dis moi, comment se sent-on, lorsque la personne qui vous hait le plus ne vous accorde toutefois pas assez d'importance pour en finir ? »

Sur cette provocation, je ne pu m’empêcher de rire dans ma barbe, la menaçant d’un regard meurtrier tout en la méprisant d’un vil sourire. Ma main avait déjà entreprit un chemin à l’écart de son regard, fouillant la terre à la recherche d’un morceau de bois pointu. Elle reprit rapidement la parole mais je ne l’écoutais plus, j’avais trouvé mon salut et sans attendre je me ruai sur elle. Prise au dépourvu, elle ne fit que trébucher en arrière j’insistai sur la chute qui m’amena droit au dessus d’elle. Le morceau de bois vint lui clouer la main, l’autre était retenu par ma poigne, qui en dépit des apparences, pouvait encore contenir ce morceau de femme. Je libérai donc l’une de mes mains, pour l’amener à son cou. Mon regard plongé dans le sien, je fus investi d’une malveillance profonde.

-Ce qui t’empêche de me tuer, c’est les émotions qui affaiblissent ton esprit. Pour ma part, je suis passé bien au delà de ça. Il n’y a rien d’autres à comprendre… J’ai le dessus, comme je l’ai toujours eu avec toi…

Alors qu’elle tentait de se débattre, allant jusqu’à extraire sa main du morceau de bois, je m’assurai de la renfoncer pour ensuite lui porter une main au menton lui tournant le visage sur un flanc pour lui murmurer à l’oreille.

-Tu m’as épargné pour ce que tu ressens pour moi, espérant peut-être ma gratitude… mais tu es loin du compte, comme tu l’as dis, l’homme que tu as connu est mort, et ce depuis longtemps, alors crois-tu qu’il y ait une chance pour que je t’épargne ?


Elle était mitigée entre la rage et la réflexion, je le lisais dans son regard, me jugeait-elle capable de l’anéantir ? Je ne le savais pas moi-même, il n’y avait qu’une seule façon de le savoir, d’essayer…

Ma main libre se porta à son cou, mes doigts vinrent happer sa peau blême. Je scrutais ses lèvres tremblantes, à la recherche d’un son qui ne franchirait jamais les barrières de sa voix. Quand d’un seul coup, je fus renversé violemment sur un flanc, roulant sur la terre sèche avant d’apercevoir un autre lycan, bien plus musculeux que ses sbires. Je n’avais même pas flairé ces ennemis, trop ramené à l’animosité qu’Idriale avait provoqué en moi. C’était sans importance, car je me sentais envahi d’une force nouvelle en mesure de pourfendre mes adversaires. Ils n’étaient que cinq en plus du chef qui par son regard torve, laissait deviner ses vils intensions.
Ni une, ni deux, j’écartais la distance qui me séparait de mon épée. Plongeant tête en avant, je parvins à m’armer alors que deux adversaires me chargeaient. Libérant mon sang froid, je me contentais de parer leurs attaques, avant de briser leurs gardes pour ensuite leurs assener le coup de grâce. Quand ils chutèrent sur un tapis de feuilles mortes, dans un bruit sourd, ils libérèrent ma vue qui fut confrontée à Idriale, en proie au surnombre de ses assaillants. Elle prenait ses distances, mais je pouvais déjà constater l’inéluctabilité de la situation, car en effet, derrière elle, se trouvait un tronc d’arbre qui mettrait un terme à ses velléités.

Singulièrement, une boule me nouait les entrailles à l’idée de sa mort. Me confrontant à mes propres faiblesses, qui visiblement refaisaient surface.
En conflit avec mes intentions, je laissais mon instinct dicter mes actes, m’évertuant à la rejoindre dans une course effrénée.
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Idriale Êlenaur

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Mer 11 Avr - 19:00

Ce qu'il s'était passé, elle n'en était pas sûre. Elle avait raté quelque chose. Elle et son orgueil avait sûrement sous estimé le lycanthrope. Elle n'avait pas relevé sa pique, pas en totalité tout du moins. Elle laissa la phrase se nicher dans un recoin de son esprit où elle devrait patienter. Idri le regardait encore quand il se mit à rire. Ce bruit n'avait rien de plaisant. Il heurtait son ouïe comme un grondement brut dérangeant, se frottait à elle comme l'insecte qu'on chasse d'un revers de main. Mais comment repousser un son ? Un soudain impact la fit basculer au sol pendant que la douleur vicieuse reprenait sa morsure au creux de sa main. Le sang se mit à couvrir la peau blanchâtre, apportant une chaleur inhabituelle sur cet endroit toujours froid. Moins chaud que la peau de son ancien compagnon, malgré tout. La femme s'échina à se contorsionner en vain face à celui qui semblait avoir recouvré ses forces l'espace d'un battement de cœur. Et le sien tonitruait contre sa poitrine.

-Ce qui t’empêche de me tuer, c’est les émotions qui affaiblissent ton esprit. Pour ma part, je suis passé bien au delà de ça. Il n’y a rien d’autres à comprendre… J’ai le dessus, comme je l’ai toujours eu avec toi…


Ferme la donc. Tu n'es qu'un idiot. Dans tes propos tu te targue de me connaître mais comme les précédents tu n'as jamais vu qu'une image, tu as pris ce que j'ai bien voulu donner de moi, des illusions. Il faut tellement de chose pour faire un être, comme les autres avant toi tu ne m'aura qu'effleurée un instant. Un instant prolongé mais qui garde son caractère cruellement éphémère. Lâche moi, maintenant. Je n'ai plus envie d'avoir mal !


Elle rua, assez pour bouger, trop peu pour s'enfuir. La tornade de souffrance reprit de plus belle.

-Tu m’as épargné pour ce que tu ressens pour moi, espérant peut-être ma gratitude… mais tu es loin du compte, comme tu l’as dis, l’homme que tu as connu est mort, et ce depuis longtemps, alors crois-tu qu’il y ait une chance pour que je t’épargne ?


De la gratitude, dis-tu ? Et que ferai-je de cela, éclaire moi. J'avance depuis bien longtemps sans me soucier de ce que les autres peuvent penser. Bien sûr que je suis égoïste, qui mériterai ce que j'avais à donner ? Essais de me tuer, si cela t'aide à te sentir mieux. Pour ma part, tu n'aurai été qu'un cadavre de plus -certes aimé mais pas moins mort- parmi tout ceux qui m'ont précédé. Si je dois être le suivant alors soit. Mais pas par toi. Je ne veux pas que ce soit toi. Tu le mérites moins que les autres. Moins qu'eux.

C'est le regard pleins de haine qu'elle vint accueillir la pression sur sa gorge. Ce n'était pas à lui de faire cela. Mais qu'aurait-elle pu faire ? Elle ne pouvait se concentrer pour en appeler à sa magie même s'il lui avait inconsciemment offert l'occasion d'invoquer sa plus meurtrière attaque. Elle était chahutée par ses émotions et le doux oiseau aurait requis un sang froid des plus complet même s'il s'agissait d'une ironie en soi. Elle ne pouvait pas bouger. Elle n'avait qu'à attendre qu'il arrête, en ressassant les derniers mots qu'elle aurait entendu. Même si la sensation d'étouffement engendrait une panique instinctive, elle n'avait pas peur. Elle aurait simplement aimé lui dire que non, elle ne l'avait pas épargné pour ce qu'elle ressentait mais pour ce qu'elle avait ressenti cependant aucune parole n'aurait pu franchir ses lèvres écarlates. Il ne l'entendrait pas mais ça n'aurait guère eu d'importance pour lui puisqu'il était capable d'aller jusque là, elle en était certaine. Après tout, voilà bien longtemps qu'elle côtoyait la faucheuse et...

..la belle à la faux devrait attendre encore un peu. L'étreinte mortelle disparue de façon aussi fulgurante qu'elle était arrivée. Sans perdre un instant, Idriale arracha le morceau de bois qui la maintenait encore dans un geste brutal. Le frottement de la matière sur sa peau la poussa à étouffer un cri, laissant un nouveau filet rouge perler le long de ses lèvres abîmées. Les autres étaient là. Ces idiots auraient pu attendre que les fuyards se soient battus à mort avant d'intervenir mais elle venait de les nommer justement. Un geste et elle fut debout, récupérant Enfer Noir de sa main non blessée. L'autre enflure avait abîmé celle qu'elle utilisait habituellement et c'est donc dans la gauche que l'épée vint trouver refuge. Sitôt fait, l'elfe dû parer aux attaques affirmées. A peine avait-elle reculé d'un bond que deux autres avaient rejoint leur camarade. Le sort s'acharnait sur elle : tout en lui laissant la vie sauve il la servait à ses bourreaux sur un plateau argenté. Ne s'offrait à elle aucune ouverture et son arme lui pesait. Elle se sentait maladroite en l'usant de la sorte et même si elle restait capable de s'en servir, elle perdait grandement au change, se voyant encore réduite à aller en arrière. Même si elle avait montré plus de force que ce qu'il lui restait réellement, elle avait été affaiblie par les dernières heures. Une épée vint mordre sa cuisse gauche. Elle fléchit imperceptiblement. Il n'y avait que la magie pour la sortir de la situation. Elle sentit monter l’excitation et la douceâtre folie en elle. Son corps vibrait sous l'émotion, sous le poids de la dernière chance. Alors qu'elle bloquait une nouvelle attaque, sa paume droite vint rencontrer le tranchant d'une épée ennemie pour faire affluer d'avantage le liquide vital à la surface dans un râle qu'elle ne pu retenir. Elle passa outre, si elle pouvait juste les distancer deux secondes, elle parviendrait à enclencher le processus. Un large sourire provocateur se dessina sur son visage encore si serein malgré l'enjeu. Elle puisa au fond d'elle pour effectuer un blocage gorgé de puissance qui força les autres à reprendre leur équilibre. Cet instant suffit. Elle envoya Enfer-Noir se planter dans la gorge de celui le plus à droite - obligeant celui d'à côté à s'éloigner d'un saut pour ne pas se prendre le corps- tandis qu'elle plongeait en arrière, mettant une faible distance entre eux. Son dos heurta une masse dure alors que ses mains se joignaient.

Le sang afflua d'avantage, attiré par le sort utilisé. Se cristallisant, il gelait dans ses mains, grandissait à une vitesse foudroyante. Fier d'une coudée et demie, la masse se détacha de la lycanthrope en déployant des ailes rubis. L'effet de surprise face à cette magie barbare permit à l'aigle de s'élever pour piquer sur l'ennemi le plus proche. Tête en bas, les serres vinrent crocheter les yeux de l'homme tandis que le bec se plongeait dans la bouche qui s'était ouverte pour laisser passer le hurlement. Langue broyée, plus jamais il ne crierait. Sa première tâche accomplie, le sanglant animal pivota vers les deux restant et repartit à l'assaut. Il acheva sa course dans une liquéfaction mortelle. L'elfe n'avait pas la force de maintenir le flux de magie en elle et s'il était habituellement concentré dans le fluide vital qu'elle transmettait, elle l'avait déjà trop puisé auparavant. Drainée d'une grande partie de son sang, elle hoqueta douloureusement. Ils étaient encore deux et plus rien ne pourrait venir s'interposer entre son corps et leur acier. Elle s'était peut-être trop surestimée cette fois-ci, en pensant pouvoir faire appel à cette attaque dans son état. La flamme impériale dans son regard vert cessa sa danse lorsqu'elle vit Cronose foncer sur elle. Alors elle en était là ? Des inconnus et lui jouaient de vitesse pour l'achever en premier ? Tout cela était d'un ridicule...

«La peur sera toujours une alliée, Idriale. Tant que tu la ressentira, tu sera en mesure d'éviter les situations t'y menant. Il n'y a qu'une émotion dont tu dusses te méfier. L'orgueil. Voilà la seule chose qui pour moi peut détruire le plus puissant des guerriers. Il annihile tout le reste.»

Une main de fer vint enserrer ses poumons, l'étouffant à demi. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ces mots lui revenaient-ils ? Cette voix n'avait pas raisonnée en elle depuis soixante année. La mort se jouait d'elle, éveillant des souvenirs dont elle avait oublié la simple existence. L'espace d'une seconde, envolés furent les sentiments qui se battaient en elle jusqu'à alors. Son père avait raison. Ce n'était pas les personnes présentent qui étaient sur le point de l'achever même si c'était eux qui portaient l'acier. Non, il ne s'agissait que de son orgueil qui avait programmé ce jour depuis des décennies. Il l'avait guidé pas à pas à faire des choix qui eux même la mettait dans sa position actuelle. L'orgueil encore, était celui qui l'avait empêché de partir de ce lieu alors qu'elle aurait pu être loin et entière. Elle avait causée sa propre perte. Elle en rit faiblement pendant que les propos de Cronose sortaient de leur prison pour se moquer d'elle. « Une pauvre égarée, comme toujours… » Comme elle détestait entendre ce ton qui à lui seul lui remuait les tripes. Elle haïssait plus encore y reconnaître la vérité. Elle n'avait jamais marché que pour ceux qui ne le pouvaient plus. Elle errait de part et d'autre du monde, plus douée pour se torturer elle même et pour blesser la poignée de gens aimé que pour agir dans le sens de conviction n’existant que dans son mirage soigneusement créé.

Et alors !
lui cria encore cette voix familière en elle. Le tout est d'être encore là! Là ? Elle n'avait même plus la force de se relever, bien que l'envie demeurait. Parce que ce n'était pas si grave, qu'elle soit perdue. Mieux valait être perdue et vivante que de se trouver morte... Mais non, son corps ne la suivrait plus là où elle voulait aller. Alors peu importait ce qui comptait et ce qui était futile.

Elle ne releva la tête que pour voir le fier lycanthrope seul survivant au milieu des cadavres. Dès lors, elle ne détourna pas le regard un instant. Elle ne le ferait jamais plus, même si elle se prit à espérer que son affaiblissement la porterait à perdre connaissance.
Elle lui sourit, douce mais encore fière malgré sa position. De cette esquisse qui résumait tout ce qu'elle aurait du avouer il y a longtemps. Je n'aurai jamais dû partir mais je ne te demanderai nul pardon. Et j'ai mentis, tu sais sûrement plus de moi que je n'ai voulu en voir moi même. Bien sûr, que je suis perdue. Je l'étais avant que tu ne me trouves et je le suis redevenue après tu vois ?

Oui, ce sourire voulait tout dire et pourtant, consciente que l'homme à qui elle aurait dû l'adresser n'était plus présent, elle ne put que lâcher ces mots.

« Je me le suis toujours dis, que je finirai de la façon dont j'ai vécu. Dans la douleur et dans le sang. Même si je reconnais que j'aurai aimé avoir tué plus d'orc avant et surtout, j'aurai préféré que tu ne me souilles pas plus avec tes sales pattes.»


Alors, Cronose, aura-tu la force que je n'ai pas eu?

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MessageSujet: Re: L'hantise d'antan   Sam 14 Avr - 19:46

Je ne pouvais la perdre… Ces mots résonnaient en écho, fracassant mon épuisement pour me pourvoir d’une force nouvelle. Idriale… mes foulées brulèrent mes chevilles par secousse mais j’arrivais, alors qu’elle dominait ses cibles, bien que mordue par l’acier. Encore un peu… Je sentais mon cœur tambouriner contre ma poitrine, excédant mon essence vitale dans une réserve d’énergie pratiquement écoulée. Elle fut martelée d’un coup de masse, les blessures s’enchainèrent m’extirpant quelques lésions, me ramenant à ce que j’étais, à ce que je suis, peut-être encore, quelque-part…
Elle choya contre l’arbre, l’écorce dessinant son passage dans une trace rougeoyante, diffuse. Ses opposants déployaient son destin, brandissant épée, marquant l’action décisive. Je ne pouvais la perdre… Non… je ne pouvais pas… Je m’interposais sans même m’en rendre compte, l’allonge de mon arme écarta le danger alors que je demeurais submergé dans cette transe nostalgique ou rien ne pouvait m’arrêter, sinon la mort.
Un premier corps tomba, en deux sons distincts, l’un après l’autre. Les étincelles écarlates maculèrent mon visage et brouillèrent ma vue, un second souffle, une résistance physique, un acier détourné, une lame qui vrille et mes mains se foisonnent de ma cible. J’ai fais mouche, j’entend une plainte, la plaie rutilante s'accroît et la mort emporte sa mélodie, dans les feuillages de la sylve.

Mon arme pénètre la terre, mes coudes s’écrasent sur sa garde. Penché, mon souffle renvoi la brûlure de mes battements, ma poitrine est martelé, je récupère, un brin de répit interminable.
Mon souffle s’apaise, mon corps n’est plus accablé de saccade. Mon regard se perd dans les yeux émeraude de ma belle. J’y discerne les souvenirs, la souffrance et le désir. Mais les émotions s’étouffent dans les ombres de ma cellule, cette boite métallique reprend le dessus. L’obscurité vient renforcer mon esprit, je demeure insondable, redevenu pierre.
Les verrous ne sont pas immuable, le sourire me ramène à une ouverture, un soupçon de lumière, qui me brûle la rétine, me réchauffe le corps de sa complaisante chaleur.

Idriale… Murmure qui franchit mes lèvres, délivrant une promesse, un mirage.
Je la contemple et j’entrevois ses pensées, l’amertume des circonstances. La prison ne révèle pas mes émotions, muré par mon esprit torturé. Néanmoins, je ne me las pas de sa présence, tumulte de plaisir et de souffrance. Elle parvient à inhiber mes réflexions dans une constante à laquelle je ne peux me soustraire. Elle est la lumière, elle est mon astre. Pourtant, je demeure lacéré par mes appréhensions, figé par des années de solitude. L’engeance d’un virulent désir de vengeance, l’engeance d’une noirceur, corruptrice d'arrogance.

« Je me le suis toujours dis, que je finirai de la façon dont j'ai vécu. Dans la douleur et dans le sang. Même si je reconnais que j'aurai aimé avoir tué plus d'orc avant et surtout, j'aurai préféré que tu ne me souilles pas plus avec tes sales pattes.»

Alors, Cronose, aura-tu la force que je n'ai pas eu?



Je n’avais plus la prétention de rétorquer, si bien, que je préservais l’usage de ma langue, me contentant de ramasser Enfer-Noire, que j’inspectais un court instant avant de la ceinturée à ma taille, plongeant également mon épée dans son fourreau. Je me retournais ensuite, comblant la distance qui me séparait d’Idriale avant de me pencher, plantant un genou sous terre, me retrouvant presque à sa hauteur. Mes yeux croisèrent ses prunelles mitigées, je pris enfin le ton, d’une voix tempérée, presque éreintée par l’effort.

« Je n’ai plus de rancœur, plus à t’en donner. Je ne me sens pas d’attaque à poursuivre cette lutte, mais je vais en effet te souiller une dernière fois, mais pas dans le sens où tu l’entends, car je n’ai pas la force de te défier à nouveau. » Un trouble figea ses traits, elle ne s’attendait certainement pas à ce changement d’attitude bien qu’elle fut un peu moins surprise lorsque j’ajoutais, avec un peu plus de mordant dans la voix.. « Du moins, pas pour le moment ». Une promesse qui ne pouvait qu’être accomplie, ce n’était que partie remise, assurant un retour des choses. Je la « souillais » une ultime fois en l’aidant à se relever, les mains sur la taille alors que ses bras s’aidèrent de mes épaules.
Une fois redressé, je pris conscience de notre proximité, je demeurai interdit plongé dans l’émeraude de ses iris, dans la finesse de ses pupilles qui me troublèrent, me déchirant d’une sensation enfouie depuis trop longtemps. Ses lèvres m’apparaissaient comme une délivrance suave, je m’en détournais, tâchant d’occulter mes émotions, affranchie d’une violence passée.

Je ne croisais pas son regard, jetant un œil à la monture de jais qui s’avançait dans notre direction, un étalon noble et majestueux qui retrouvait les pas de sa maîtresse.

-J’ignore quel chemin tu comptes emprunter, mais peut-être nous recroiserons nous un jour… Tâche de rester en vie, qu’à jamais nous puissions vaincre nos différents, dans le sang, comme nous avons toujours vécu…

Je récupérais Enfer-Noire, plongeant sa tête sous terre afin de prouver mes intentions. Jamais je ne serais libre, notre rencontre devait s’achever d’une conclusion, il ne pouvait en être autrement.

Que les jours, les semaines ou les mois s’écoulent… je te retrouverai, je ne laisserai pas les années nous séparer à nouveau. Je te prouverai la force que je n’ai pas eue aujourd’hui…

Cette pensée vint accentuer le dernier sourire que je lui concédais, alors que je reprenais la route en direction du Nord. Vers Blanche, où je retrouverai Ron Berku, qui parviendrait peut-être à élucider mon avenir sombre, à me mettre sur le chemin de la raison, de la vérité…
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