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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
[Louise Abraham]

Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
l’Histoire ne retenait pas l’honneur.
L'Histoire retenait le vainqueur.

[Adriano Di Marechialo]

L'amer est l'écume du souvenir.
[Camiy Saint-Syr]

Ils me reprochent d’abuser de la crédulité des gens.
Pourtant, mon métier est semblable à celui du berger:
j’élève des moutons dans le but de les tondre…
[Ometeotl Jahar]

Il vaut mieux se retrouver devant des Orcs en colère plutôt que devant des nobles
et des politiciens.
Quand un Orc veut te tuer, il le fait savoir clairement
et, généralement, sous tes yeux.
[Barry Toothpick]

Miséricordieux, j’avalerai vos supplications, délices de ma victoire !
[Rubis Solime De Babaux]


Le proverbe "Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud" marche aussi avec les elfes...
[Walgrim Grindal]

Litanie de larmes, symphonie en pleurs majeurs.
Rater une mesure, repartir à zéro. Mélodie funeste.
Danse macabre, l’effleurer et puis s’en retourner pleurer.
Seul.
[Sheren]

Il suffit d’un seul regard
entre deux coups de hache et quelques têtes coupées
pour que leurs destins soient scellés à jamais.
[Kalea Grindal]

Ma soif de vengeance s’est tue dans un murmure :

Le silence…
[Cronose]

Le pire n'est pas de mourir, mais d'être oublié.

[Erwan D. Layde]

Il n'existe ni de mauvais, ni de bon,
Seulement des divergences d'opinion.
[Isarus]

La maîtrise d'une épée doit être apprise, exercée et maitrisée. Le jeune apprenti du forgeron ne commence pas
par forger une belle épée
pour le prince. L'apprentie tapissière ne tisse pas le tapis préféré de la reine
avec ses premiers fuseaux.
Ainsi, le rhéteur fait ses premiers discours à son miroir et le soldat se bat d'abord
contre un mannequin, et non contre son ennemi mortel.

[Maël Theirmall]

L'Harmonie passe aussi par la Diversité,
tel le ciel embrasé d'une soirée d'été.
[Laranith]

Un par un, il traîna les corps jusqu’à la falaise et les jeta à la mer afin de leur offrir une sépulture rapide...

Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Bataille navale

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Tridd

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Messages : 18
Date d'inscription : 29/03/2012

MessageSujet: Bataille navale   Dim 1 Avr - 16:53

Archipel des Îles Sauvages,
île Désolation,
an 998 après le Sycrétisme , mois des Semences.


    Que faire ?

    Il savait ce qu'il faisait là pourtant, il n'y avait pas de doutes à avoir. Il devait en être ainsi. Il le savait depuis longtemps déjà. Les temps changent. Rien ne reste fixé indéfiniment. Tout était si facile avant. Il se rappelait. Les ancêtres lui avaient raconté tout cela. La situation s'aggravait pour eux de jours en jours. La pression s'intensifiait. On les obligeait à arrêter leurs activités. On leur demandait avec insistance de cesser. Diplomates après diplomates, lettres après lettres, ils avaient repoussé et refusé de s'aligner sur ce système. Mais aujourd'hui, tout un peuple devait faire un choix. Et quel choix …

    Tridd faisait les cents pas dans sa tente. Autour de lui, tout semblait immobile, comme si on attendait une réponse de lui. Une réponse qu'il n'avait pour l'instant pas. Il paraissait calme vu de l'extérieur mais à l'intérieur, une véritable tempête était en marche et détruisait tout ce qu'il y avait de rationnel en lui. Il fallait qu'il exprime tout ça. Il fallait que tout cela sorte de sa tête avant qu'il n'explose littéralement. Mais il ne pouvait pas. Pas tout de suite.

    La situation géopolitique était plus que préoccupante. Tridd en était informé presque en temps réel. Les informations allaient vite, surtout en ce moment, en ces temps de grand changement. Il repensa aux dernières nouvelles qu'il avait reçu. Il cracha par terre de dégoût. Ces anciens ennemis qui aujourd'hui faisaient comme si. Comme si rien de tout ça n'était arrivé. Comme si le passé pouvait être effacé comme cela. Comme si ils étaient alliés à présent.


      « QUELLE BANDE DE TRAÎTRES, D'IMMONDES BÂTARDS ! » vociféra Tridd. « ILS NE MÉRITENT MÊME PAS DE VIVRE ! »


    Comme pour appuyer ses propos, il mit un violent coup de pied dans un rat ayant eu le malheur de passer devant sa botte à cet instant. L'animal fut projeté contre la toile tendue de la tente mais ne mourra pas sur le coup. Peut-être aurait-il mieux fallu pour lui. Tridd contempla l'animal qui couinait et qui apparemment souffrait. Cela le fascinait et le faisait oublier pour un temps la réalité. Le rat se débattait pour se raccrocher à la vie, pour tenter de respirer. Toutes ses côtes étaient brisées et sa cage thoracique complètement écrasée. Et pourtant, il luttait de toutes ses forces. Même à l'agonie, il ne perdait pas l'espoir. Cet animal représentait parfaitement leur situation. Tridd s'approcha de lui, tout en continuant à le fixer, à essayer de le comprendre, à essayer de voir s'il pourrait s'en sortir et comment il le ferait. Prendre exemple sur de la vermine. Voilà en quoi il en était réduit ? Certainement pas ! Obnubilé par cette bestiole qui oscillait entre la vie et la mort … Il approcha son pied botté de la tête du rat. Il l'écrasa lentement. Le rat couinait de plus en plus fort. Des cris de plus en plus strident. Tridd sentait les os du crâne craquer et exploser sous la pression. Sa mise était lente et douloureuse. Tridd ne semblait même pas s'en rendre compte. Enfin, la bête arrêta de se débattre. Elle était morte. Tridd enfonça sa botte jusqu'à l'aplatir totalement. La semelle recouverte de sang, il se reprit et se concentra à nouveau sur ses problèmes.

    Il retourna s'asseoir sur son trône en pierre. Il était plus calme à présent. Il pouvait analyser plus aisément la situation, réfléchir aux possibilités qui s'offraient à lui. Il n'y en avait pas tant que ça de toute façon. Abandonner ou lutter … Résister ou se plier … Tout comme ce rat, tenter de survivre, ou se faire écraser sous la botte de quelqu'un de plus fort, de plus puissant.

    Dehors, des centaines de personnes l'attendaient, attendaient son discours, sa décision. Ils s'impatientait. Tridd les entendait malgré la toile de la tente. Ils murmuraient entre eux. Ils s'interrogeaient, doutaient. Tridd devrait être leur sauveur, celui qui leur apporterait la réponse. Il tiendrait ce rôle, quoiqu'il lui en coûte.

    Un des proches conseillers de Tridd rentra dans la tente. Tridd le toisa d'un mauvais œil. Il était de mauvaise humeur et ne se laisserait pas déranger comme ça. Mais il avait des obligations.


      « Ne prononce pas même un mot ou tu ne pourras plus jamais en prononcer un seul. J'arrive tout de suite. »


    Le conseiller ne se fit pas prier et sortit immédiatement. Tridd n'était pas réputé pour être un tendre. Un coup d’œil à la tâche rouge de sang qui était autrefois un rat suffisait à le prouver. Il se leva lentement. Il ne savait pas encore ce qu'il allait dire. Il n'avait même pas encore fait son choix. Pourtant, le destin de son clan était entre ses mains. Tout reposait sur lui. Il s'approcha de la table, sans se précipiter. C'était là qu'étaient étalés tous les parchemins annonçant les dernières nouvelles. Il les avait relu, des dizaines de fois. À chaque fois, c'est avec le même dégoût qu'il les considérait. Il prit dans sa main son épée qui traînait là. Une lame longue, qui l'avait bien servie par le passé. Sa plus fidèle compagne. C'est grâce à elle qu'ils avaient autant vaincus, qu'ils étaient aussi fiers de leurs traditions et de leurs conquêtes. Il la mit machinalement à sa ceinture et sortit enfin de la tente.

    Il dut prendre plusieurs secondes pour s'habituer à l'extérieur. Le soleil tapait dur en ce début d'après-midi et quitter d'un coup l'obscurité rassurante de l'intérieur provoqua un très léger éblouissement qui l'aveugla durant ces quelques secondes. Mais il dut aussi se faire au bruit. Des centaines de personnes étaient là, dehors. Le silence lui manquait tout d'un coup. C'était un double choc. Visuel et sonore. Une fois passés, il put avancer à nouveau. Il devait se rendre sur une sorte d'estrade improvisée qui dominait la foule. C'est là qu'il devrait prononcer son discours dans quelques minutes. En attendant, il se frayait un chemin dans la foule. Les gens s'écartaient respectueusement lorsqu'ils le voyaient arriver. Il était craint en tant qu'ennemi mais encore plus en tant que chef. Il était exigeant avec ceux qu'il dirigeait. Au fur et à mesure de son passage au travers de la masse, le silence se faisait peu à peu. Tridd aimait ça. Ce pouvoir, cette peur et ce respect qu'il insufflait aux autres. Il l'avait travaillé, il l'avait mérité, celui ne lui était pas venu comme ça. Il se sentait fier de ce qu'il était devenu, de ce qu'il avait fait de son clan, de où ils en étaient actuellement. Mais aujourd'hui, c'était différent.

    Alors qu'il montait les marches qui le mèneraient à l'endroit où il était censé être, il regarda l'horizon. Il voyait la mer, leurs bateaux, avec lesquels ils étaient tous arrivés ici, avec lesquels ils avaient écumés les mers. Au loin, il apercevait même Caprice. L’Ardent Océan était calme aujourd'hui. C'était rare. Le vent marin empreint d'iode rafraîchissait l'air sec. Il se voyait déjà repartir, à la tête de tout son clan, à la recherche de nouvelles terrer à piller ou coloniser. Cette île sur laquelle ils étaient tous en ce moment n'étaient que provisoire. Une escale avant des terres plus fertiles, plus vertes.

    Il arriva enfin en haut. Il était à présent seul face à tous. Il voyait tous ces yeux tournés vers lui, plein d'attente et plein d'espoir. Il se sentait monter en lui une bouffée de fierté et sa volonté forte fit de nouveau surface. Il se sentait de nouveau d'attaque, prêt à tout. Le parcours de sa tente jusqu'à l'estrade lui avait redonné de l'inspiration. Il commença à clamer d'une voix forte, rugissant presque.


      « MES FRÈRES ! »


    La foule l'acclama à ces mots.

      « L'heure est grave ! »


    Le silence se refit aussitôt. Chacun avait saisi la gravité de ses mots.

      « L'heure est grave mais pas désespérée ! La plupart d'entre vous ignorent les événements mondiaux qui se déroulent en ce moment. Et c'est bien normal. Nous vivons hors de tout cela, hors de tout système. Mais ça, c'était avant ! La situation a beaucoup changé. Énormément de changements. Vous n'êtes pas sans savoir que nous partageons ce monde avec plusieurs autres races. Les elfes, les humains, les nains, et les autres. Nous avons déjà rencontré toutes ces ethnies. Et nous les avons toutes vaincues ! *acclamation de la foule* Mais tout cela est sur le point de changer. Je vous le dis, sans détours. Si nous parvenions à vaincre si aisément, c'est parce que toutes les autres ethnies étaient divisées ! Elles ne savaient se défendre efficacement avec tous les conflits qu'elles menaient à côté ! Mais tout cela est sur le point de changer. De nombreux rapports me parviennent des quatre coins du monde. Des messages bien inquiétants, pour nous. Il semblerait que … Qu'une paix générale soit en passe d'être signée par tous les chefs des ethnies et déclarée officielle. *brouhaha général* JE SAIS ! *silence de nouveau* Je sais que vous vous inquiétez, pour vos familles, pour nos vies aussi. Et moi aussi, je suis dans le même cas que vous ! Cela fait des jours que je ressasse ses informations, que je les analyse. Notre clan a également reçu des propositions … De paix. *Tridd crache par terre* VOILÀ CE QUE J'EN FAIS ! »


    À ce stade du discours, la foule était en délire. Les mots de Tridd avaient touché les gens. À présent, il savait ce qu'il avait à faire. Ça ne lui avait jamais paru aussi évident qu'à ce moment là. Il regardait toutes ces personnes, bras levés au ciel, en train de l'acclamer lui. Il ne pouvait les décevoir. Il attendit que la liesse générale se calme un peu et reprit son laïus.

      « Je comprends vos inquiétudes ! Mais sommes-nous prêts à abandonner notre mode de vie pour ça ? Juste parce qu'on nous menace ? Allons-nous nous laisser faire ? Nous laisser imposer cette paix dont nous ne profiterons pas ? Bien sur que non ! Nous avons notre fierté ! Nous avons notre dignité ! Nous nous défendrons ! Nous lutterons ! Nous sommes assez forts pour les repousser et continuer à vivre comme avant ! Je ne vous cache pas qu'il sera désormais plus dangereux d'agir. Ils seront tous plus ou moins alliés contre nous. Mais nous vaincrons comme nous l'avons toujours fait ! CAR NOUS SOMMES DES ORCS ! »


    Tridd leva alors son épée et toute la foule rugit comme une seule et même personne.
    Tridd sourit. Il avait réussi. Dès le lendemain, il retournerait à leurs navires et vogueraient à nouveau vers l'aventure et le combat.




    Le lendemain …


    Tridd s'était levé tôt, très tôt même. Ils devaient prendre la mer ce jour même. Lui et tout son clan. Cela faisait une bonne centaine de personnes à déplacer, à organiser. Coordonner tout un embarquement est une tâche assez compliquée quand on n'a pas l'habitude. Heureusement, le clan Soreghid était composé de grands navigateurs et de marins expérimentés. Mais toute cette opération nécessite néanmoins beaucoup de temps et une organisation sans faille. Et c'est Tridd qui devait diriger tout cela. Lui seul était en mesure de pouvoir donner les ordres et les faire appliquer correctement. Lui seul avait l'autorité nécessaire sur tout le reste du clan.

    Dès l'aube, il avait tout mis en œuvre pour que cela se passe bien. Après un réveil général à grand renfort de beuglements et de hurlements, Tridd avait laissé dix minutes à ses orcs pour se réveiller et se préparer. Dix minutes seulement, ils n'avaient pas besoin de beaucoup plus, juste de quoi engloutir un repas composé exclusivement de viande séchée et d'un peu de bouillon de la veille. Une des clés de la réussite d'une telle opération, c'était la rapidité. Les ordres doivent rapidement parvenir jusqu'à tout le monde. C'est pour cela que Tridd avait décidé de constituer des équipes auxquelles il avait affecté les diverses tâches nécessaires à l'embarquement. C'est donc tout naturellement qu'il avait convoqué les responsables d'équipe. Il devait mettre au clair les derniers petits détails.


      « Je ne tolérerai aucun incident ni aucun retard ! Si une équipe venait à faillir à cette mission le responsable se verra puni en conséquence ! Je me suis bien fait comprendre ? »


    Les orcs hochèrent la tête, n'osant contredire la moindre parole de leur chef. Tridd reprit alors la parole, rappelant les rôles, pour être sur que tout était bien enregistré. Il désigna alors successivement les différents responsables.

      « Toi, et ton équipe, vous vous occupez de mettre les navires à la flotte et de leur entretien. Si un des bateaux à une avarie pendant la traversée, c'est à toi que je m'en prendrai ! »


    L'orc partit aussitôt après. Sa tâche était la plus longue et la plus compliquée, autant commencer tout de suite et y mettre tous les orcs qu'il avait sous sa responsabilité à contribution. Une fois sorti de la tente, Tridd continua.

      « Toi, tu es en charge de la nourriture et du ravitaillement une fois en mer ! Si jamais je viens à manger de quelque chose, ce sera entièrement de ta faute, compris ? »


    Tout comme l'autre, il n'attendit même pas une autre remarque et alla s'atteler à sa tâche immédiatement, sans même prendre le temps d'acquiescer. Il restait alors deux orcs dans la tente, en plus de Tridd. Ils étaient assez nerveux car ils ne savaient pas à quoi s'attendre, même s'ils savaient à peu près ce qu'il restait à faire.

      « Vous deux. Je veux que les armes soient embarquées sur les navires. Vous mettrez de quoi se battre dans chacune des embarcations et le reste sera dans une de l'arrière. Il faut absolument que l'on soit à l'abri des pénuries de flèches et de lame ! »


    Les deux se mirent aussitôt au travail. Tridd se retrouva alors de nouveau seul dans sa tente. Seul avec ses réflexions. Son discours de la veille avait remotivé tout le monde, et même lui. Il se sentait bien, il se sentait d'attaque pour la longue traversée en mer qui les attendait. Rien ne pourrait l'effrayer ou lui faire peur. Ni cette fois, ni jamais. Lui-même avait encore quelque chose à faire, en plus de la surveillance des autres et vérifier que tout se passait bien. Il devait choisir la route qu'ils allaient emprunter, choisir vers quelle ville ils allaient se diriger, vers quels massacres et vers quelles pillages ils se destinaient. Ils se dirigea vers son espèce de bureau et regarda une nouvelle fois les cartes qu'il avait à sa disposition. Il devait aussi prendre en compte les armées et armements des différentes cibles potentielles, et leur possibilité de riposte. Il lui faut trouver le meilleur compromis entre le butin et le risque. C'était une équation très dur à équilibrer. La surprise et le hasard prenait vraiment beaucoup trop d'importance, il ne pouvait pas tout prévoir. Cela l'énervait un peu. Il voulait que tout se passe bien. Perdre trop d'orcs n'étaient pas envisageable. Son choix se porta sur les côtes du duché de Dune finalement. Proche et accessible, elle limiterait sûrement les morts inévitables dues à la longue traversée. Cela ne lui plaisait guère mais ce serait un bon début néanmoins.

    Il envoya alors valdinguer ses cartes et sortit de sa tente. Il avait perdu trop de temps avec ses réflexions. Dehors, tout avait l'air de bien avancer. Tout le camp était en effervescence, tout le monde était occupé. Tridd sourit. Si les Orcs avaient bien une qualité, c'était le respect des ordres qu'on leur donnait, le respect de l'autorité. C'est cela qui leur ferait atteindre des sommets. Avec un chef tel que lui, ils pourraient faire de grandes choses, ils feront des grandes choses même. Pourquoi en douter ? Tridd était sur d'y arriver.

    Alors que chacun vaquait à ses occupations, Tridd passait au milieu des allées, gueulant un ordre de temps en temps, motivant ses troupes et les poussant à se dépasser et à aller plus vite.


      « On se bouge les fesses ! L'heure du départ approche ! Tout doit être prêt pour bientôt ! »


    Il arriva alors au niveau de la plage où devait s'effectuer l'embarquement. D'une part, des orcs étaient en train de charger les embarcations, de l'autre, on mettait à l'eau les navires prêts. Tout avançait au rythme prévu, voire même un peu plus rapidement. Tridd était fier d'eux. Mais pas question de se relâcher maintenant. Il exhorta ses orcs à aller encore plus vite, leur promettant une double ration de rhum le soir venu.



    Quelques heures plus tard ...


    Enfin prêts. Ils allaient pouvoir se mettre en route. La matinée touchait presque à sa fin. Se lever tôt avait été une très bonne idée, les préparations demandaient toute la fraîcheur et toute la force qu'ils pouvaient avoir. Les charges à porter nécessitaient beaucoup de puissance physique parfois. Mais finalement, tout était terminé à l'heure. Ils pourraient partir bientôt. Tridd ne savait pas encore combien de temps durerait le voyage. Il ne savait rien des conditions de la mer. C'était un des points sur lequel le hasard serait encore très déterminant.

    Lorsque tous les navires furent prêt, Tridd accorda alors leur pause repas aux orcs fatigués. Il décida qu'ils partiraient juste après. Pas la peine de traîner ici plus longtemps, il n'y avait plus rien.



    Une dizaine de minutes plus tard ...


      « EMBARQUEMENT ! Chacun doit se rendre à son poste ! »


    Tout le monde savait où il devait aller et ce qu'il devait faire, heureusement. Plus d'une centaine d'orcs se mouvant et se dirigeant au même endroit aurait pu ressembler à une cohue générale et incontrôlable mais en fait non. Personne ne gênait l'autre, tout se passait très bien. L'habitude jouait beaucoup.

    Tridd embarqua le dernier. Il regarda avec une certaine fierté sa petite flotte. Dix vaisseaux affrétés et armés avec une douzaine d'orcs à bords sur chacun, plus deux vaisseaux qui resteraient en arrière avec les réserves de vivres et d'armes. Voilà la petite armada qu'il commandait. Ils s'élancèrent alors sur la mer calme. Tant qu'ils restaient dans l'archipel, le temps resterait ainsi et la navigation facile. Mais c'est une fois dépassée la dernière île que les problèmes commenceraient. Mais pour l'instant, ils voguaient tranquillement. Ils prirent la direction plein sud.

    Le vent leur était favorable, ils filaient bon train. Ils ne leur fallu pas beaucoup de temps pour croiser d'autres navires. De loin, Tridd ne pouvait pas vraiment voir précisément ni leur pavillon ni leur nombre. Tridd resta calme et souffla pour lui même.


      « On reste calme. Attendons de voir leurs intentions et leur armement. »


    Tridd ne put cependant s'empêcher de poser sa main sur la garde de son épée, sa fidèle compagne.
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Adriano Di Marechialo
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MessageSujet: Re: Bataille navale   Mar 10 Avr - 21:50

23e jour du Mois des Pluies
998 après le Syncrétisme
Dune, chef-lieu du duché de la Maison Di Marechialo


    « Le duc Giambatista Di Marechialo vous quémande dans la Grand-Salle de son château, messire. »

    Adriano fixa le lancier d’un œil sévère, comme si toute la colère qu’il ressentait contre son père s’apprêtait à se déverser sur cet homme qui n’était responsable de rien. Il retint le venin qui montait par vague dans sa bouche, calmant ses ardeurs avant de parler :

    « Je n’ai là aucune envie de voir le duc. Faites-lui savoir que je décline son invitation. Je suis à présent capitaine d’une caraque marchande, inutile donc de me couvrir de prédicats nobiliaires tous plus pompeux les uns que les autres. Ma vie n’est en aucune façon liée à la vie politique de ce duché, vous comprenez ? »

    Ces mots avaient certes été prononcés à l’adresse du lancier mais ils ne leurraient personne. Adriano comprit que pareil discours venait de franchir ses lèvres comme pour se convaincre que sa vie marchande valait mieux que sa vie de noble. Oh oui, ce n’étaient autres que des phrases prononcées comme des prières capables peut-être de l’exorciser d’un doute corrosif.

    Le vent brûlant souffla cette pensée déconcertante. Ses prunelles fixaient le messager qui se dressait juste devant lui, aussi rigide et tendu que ne l’était sa lance. Adriano était sur la passerelle qui reliait son navire aux quais du port. Ventre-Dieu ! Son pied n’avait pas encore touché ne serait-ce qu’un seul des foutus pavés de Dune qu’on lui sautait déjà dessus. Cela ne faisait aucun doute, son géniteur s’était renseigné sur ses voies marchandes, guettant l’arrivée de sa caraque comme l’on guette l’arrivée imminente d’un ennemi. Adriano bloqua ses mâchoires, jurant intérieurement tant le comportement de son père l’enrageait.
    Il dévisagea le lancier. Celui-ci était flanqué par une dizaine d’autres, tous vêtus d’une identique manière. Heaume sous le bras, lance dans une main, corps fourré dans un surcot ocre au blason arborant le scorpion du duché, chacun de ces hommes étaient une réplique de l’autre, comme tant de vulgaires pions d’échec.
    Puis le lancier, mal à l’aise, finit par répondre :

    « Messire Di Marechialo… Malheureusement… votre père, le duc Giambatista Di…
    - Oui je crois encore me souvenir de son nom, coupa-t-il sèchement. Abrégez.
    - Eh bien, c’est à dire que… mes hommes et moi devons vous mener à lui et ce, de gré ou de force, je le crains…
    - Tiens donc… souffla le capitaine dans un murmure qui aurait suffit à glacer l’ardente cité.
    - C’est en tant que duc, et non pas en tant que père, que Monseigneur Giambatista vous convoque. Il m’a ordonné de vous le spécifier.
    - Hum… »

    Adriano n’eut alors d’autre choix que d’accepter, se préparant déjà à un face à face dont il pressentait les émotions comme un marin pressent l’arrivée d’une tempête.



    La lourde porte s’ouvrit dans un grincement trahissant presque une supplication. A croire que les lieux eux-mêmes se souvenaient de la discorde entre père et fils, les suppliant de ne pas s’entredéchirer à nouveau.
    Pourtant, lorsque Adriano pénétra la Grand-Salle, les odeurs de son enfance l’accueillirent comme une multitude de caresses célébrant leurs retrouvailles. Une brève seconde, il lui parut n’avoir guère plus de dix étés, s’inventant des batailles avec son frère Giacomo, tous deux armés de rapières de bois. Mais les effluves sont ce qu’elles sont : vaporeuses, diffuses et fugaces… à la manière des souvenirs passés.

    Adriano prit une légère inspiration, presque par espoir de saisir une ultime particule parfumée. Celle qui pourrait lui donner le courage et l’innocence d’antan. C’était sans compter sur ces tentures aux teintes tapageuses, d’un pourpre n’exhibant que luxure et privilège, sur ces innombrables statuettes de buste à l’effigie de la fratrie Di Marchialo, sur ces tapis aux fils de rubis et d’or arborant l’arrogant Scorpion de Dune. Tant d’éléments dispendieux que n’auraient jamais permis Mère. Elle, qui n’avait prôné que la simplicité, la culture et l’altruisme. Bien loin de cette foutue Di Capistano, cette fourbe Vicomtesse Ottavia dont Père s’était entiché au nom de « la cohésion du Duché », avait-il dit.

    Adriano jura intérieurement, progressant d’un pas dur le long de la Grand-Salle. Celle-ci s’ouvrait sur la ville en contrebas par de grandes et hautes fenêtres, tant sur le mur droite que sur le mur de gauche. Le Donjon Ocre, dans lequel elle se logeait depuis des siècles et des siècles, dominait la cité, gouvernant les horizons septentrionaux et méridionaux de l’Ardent Océan.

    Le fils Di Marechialo s’arrêta au pied de l’imposante estrade taillée dans de gros blocs de calcaires aux couleurs de sable. Son père, assis derrière la table de bois qui y trônait, l’observa de ses yeux noirs, secs, sévères. Des yeux identiques aux siens.

    « Monseigneur Duc, commença Adriano, vous m’avez fait demander ? »

    Les hostilités étaient lancées.
    Adriano se présentait comme un sujet, non comme un fils. Une prise de distance qui fit serrer un peu plus les mâchoires de Giambatista Di Marechialo. Ce dernier, par un effort plus que louable, décida de ne pas relever la pique, répondant d’un ton presque conciliant.
    Presque.

    « En effet, Adriano. Il est temps que nous parlions.
    - Parler ? ironisa-t-il immédiatement. Et de quels sujets pourrions-nous bien parler, mon duc ?
    - Cesse donc ce ton insolent, Adriano. Ne pourrions-nous pas ouvrir un simple dialogue entre père et fils pour une fois ?
    - Père et fils ? Je pense dans ce cas m’être fortement mépris sur vos intentions lorsque votre messager a spécifié, je cite, que c’était en tant que duc, et non pas en tant que père que, vous-même, Monseigneur Giambatista, me convoquiez.
    - Certes, lança-t-il d’un ton brut. J’ai ordonné à sieur Rodrigo de te mander de cette manière, car c’était la seule qui t’obligeait véritablement à honorer mon invitation. Et te voilà, j’en suis ravi. Sache-le. »

    Ces derniers mots le prirent au dépourvu. Son front se plissa. Père, ravi de sa présence ? Que les Chutes s’arrêtent de couler sur le champ si cette affirmation était vraie, Mordiable !

    « Adriano, reprit le duc d’une voix qui semblait fatiguée, les mots que je vais t’offrir sont des mots difficiles à prononcer. La fierté du Scorpion est légendaire et, que Dieu me le pardonne, je n’y échappe pas. »

    Et dans un rire sans joie, il affirma :

    « Toi non plus d’ailleurs. »

    Le fils se taisait, trop curieux d’entendre ce que Père avait à dire. Des excuses ? Des aveux ? Non d’un chacal parfumé ! Ce serait bien une première.
    Un vent traversa la pièce de droite à gauche, pénétrant les fenêtres nord pour s’évader ensuite vers les fenêtres sud. Les rideaux pourpres ondulèrent, comme impatients.

    « Je veux que tu me succèdes en tant que duc de Dune, mon fils. »

    Les lèvres d’Adriano s’étirèrent dans un sourire impossible à retenir. Bien vite, elles s’entrouvrirent pour laisser apparaître ses dents tandis que sa gorge vibrait dans un grand éclat de rire. Un éclat de rire des plus goguenards, laissant exploser la nervosité qui l’enserrait.
    Un coup de tonnerre explosa dans la pièce, le faisant sursauter. Il comprit bien vite que ce n’était autre que Père qui, vexé, s’était redressé de sa chaise en claquant du poing sur la table. Le visage tiraillé par la colère, il vociféra :

    « Il suffit !
    - Mais, mon duc, glissa Adriano d’un ton sarcastique, dois-je vous rappeler que vous m’avez déshérité lors de notre dernière entrevue ?
    - Que nenni… siffla Giambatista en lançant sa main au-dessus de son épaule comme un vulgaire chiffon. Ce n’était que des menaces en l’air, proférées à haute voix certes, mais rien n’a été signé, ni même rédigé. Je te l’ai dit, la fierté du Scorpion est légendaire. Ces mots ont dépassé ma pensée. La colère, sans doute…
    - Vraiment ?
    - Oui, vraiment ! Et cesse donc tes airs de serpents ! Ça ne te réussit guère de trop commercer avec les indigents d’Utope.
    - C’est vous qui me parler de serpent alors que vous en hébergez un fameux entre vos murs ?
    - Laisse Ottavia en dehors de ça, veux-tu ?
    - Vous comprenez l’allusion avec une rapidité qui ne laisse aucun doute, Monseigneur duc.
    - Tu ne l’as jamais porté dans ton cœur, ce n’est un secret pour personne ici. Mais elle est ma femme, et ce depuis seize années ! Alors il serait grand temps que tu t’y fasses.
    - Mère n’aurait pas approuvé ce qu’elle fait de notre famille…
    - Ta mère n’aurait pas approuvé ce que tu fais vivre à notre famille, Adriano ! Tu fuis tes obligations comme la peste ! Tu plonges le nom de notre maison dans les dégueulis de pirates ivrognes ! Par tes marchandages et tes magouilles que tu as la niaiserie de croire discrets, tu balances tes frères et tes sœurs dans la merde que les bourgeois t’offrent comme monnaie d’échange ! Les nobles du royaume de Nastre, de l’autre côté de l’océan, nous pointent du doigt comme une famille de traîtres à cause de toutes ces armes d’Utope que tu refourgues à prix d’or à Port-Abysse ! Alors ne me parle pas de la prétendue fourberie d’Ottavia quand toi tu n’as qu’égoïsme et profit comme seuls crédos ! »

    Adriano s’apprêtait à répliquer d’une manière tout aussi cinglante jusqu’à ce que la scène qui se joua devant lui ne lui fasse l’effet d’un formidable soufflet. Dans les yeux de Père scintillaient des larmes qui s’interdisaient de couler, tels des cristaux de glace pure qui se seraient solidifiés avec la force des années et sous les coups puissants dont pouvait vous marteler cette chienne de vie. Père, les larmes aux yeux, le visage crispé dans un masque mêlé de peine et de haine. Adriano déglutit, le souffle coupé. Son monde vacilla brusquement. Un souvenir, comme une main glaciale, vint lui saisir le cœur, le tordre et le pétrir pour lui modeler les courbes indicibles d’une tristesse inavouée. Le seul jour où Père avait laissé les larmes glisser sur ses joues rêches était le jour où…

    Maman… songea Adriano.

    « Tu es mon fils. Tu es le fils de la duchesse Valentina Di Marechialo. Tu es le fruit de nos deux sangs mêlés. Si tu ne souhaites pas m’honorer, honore au moins la mémoire de ta mère, Adriano… »

    Le capitaine de la caraque La Rosa, habituellement fier, laissa son regard se perdre sur l’horizon sud de l’océan, au-delà des rideaux qui remuaient doucement. Il répondit alors d’une voix basse, emprunte de réflexions. Les mots du duc avait porté, pour sûr.

    « Mère voulait que ses enfants soient heureux. Et je suis heureux sur un navire, Père…
    - Aurais-tu oublié que notre duché possède trente-cinq galères de guerre ? Que Dune a un port d’importance pour lequel les commerçants ne cessent d’affluer ? Toi le premier… Le labeur d’un duc ne se limite pas à la vie de château. Capitaine de navire, tu es doué pour cela. C’est indéniable. Mais qui a dit qu’il fallait impérativement que tu mènes des vaisseaux marchands ? Notre armée se base autant sur les troupes terrestres que navales… Adriano, je veux que tu mènes mes navires comme ton frère, Giacomo, mène parfois ma cavalerie dans les provinces. Tu comprends ? »

    Giambatista Di Marechialo n’avait jamais parlé de cette manière à son fils. Les phrases étaient d’habitude plus véhémentes. Plus courtes aussi. Père et fils ne se perdaient jamais dans aucune explication, préférant se lancer au visage des mots toujours plus blessants les uns que les autres. Des mots qui, souvent, dépassaient de loin leur pensée première.

    Adriano en fut déstabilisé. Sa bouche demeura close, incapable de laisser le son de sa voix en émaner sous forme de phrases sensées. Négocier avec un commerçant véreux, il savait faire. Se confronter à l’amour d’un père, ça non. Giambatista poursuivit :

    « L’Archipel des Iles Sauvages, tout à fait au nord, est un territoire encore vierge. Quelques orcs y vivent très certainement. Selon certaines rumeurs, ces îles sont riches en minerai. De quoi y implanter des exploitations rentables. Sans compter sur le fait que le désert prend de l’ampleur. L’Île de Dune est soumise de plus en plus à ses humeurs brûlantes. Il serait bon de commencer à vouloir étendre notre Duché…
    - Et… ? demanda Adriano en fronçant les sourcils.
    - J’aimerais que tu conduises les navires éclaireurs, mon fils.

    Mon fils… Ces deux mots entrèrent en résonnance dans son crâne soudain trop lourd et trop léger à la fois.
    Mon fils…
    Le destin d’Adriano Di Marechialo, capitaine de la Rosa, en ce 23e jour du mois des floraisons 998, vira de bord. Il n’était autre que le premier enfant du duc Giambatista Di Marechialo, l’héritier légitime du titre, du duché, des armées, des navires. Il était…

    Le fils.


10e jour du Mois des Semences
998 après le Syncrétisme
Au large de l’île Désolation, Archipel des Iles Sauvages

    La mer était calme, d’un bleu sombre. Le ciel semblait dégagé, mais lorsqu’on naviguait si proche du Grand-Vide, rien n’était plus imprévisible que le temps, les vents et les courants. Les voiles latines des galères n’étaient pas d’une utilité notable, Adriano avait donc ordonné qu’on démâte les navires. Les galériens ramaient à vitesse régulière, préférant l’endurance à la vitesse. Ils avançaient alors à une allure satisfaisante. Ils atteindraient sans doute la première île dans une petite heure.
    Sur le fond de toile que formait le ciel d’azur, les iles s’y peignaient tantôt plates, tantôt montagneuses, tantôt parsemées de végétation, tantôt désertiques.

    Par où commencer ?

    Sept galères composaient la flotte du capitaine Di Marechialo. Celui-ci, dressé sur le gaillard d’arrière, embrassa du regard les navires qui entouraient le sien. Le pavillon du scorpion remuait timidement au vent, conscient sans doute de s’éloigner de ses terres chéries.

    « Navires droit devant ! Navires droit devant ! » hurla la vigie d’un bâtiment voisin.

    Son message fut relayé de vaisseau en vaisseau, comme un écho grandissant d’une crainte que l’on chercherait pourtant à taire.

    De sa ceinture, Adriano extirpa sa longue vue. Huit. Il voyait huit navires. Il considéra ce chiffe comme un minimum, certains bâtiments en cachant surement d’autres. A cette distance, peu de choses pouvaient être affirmées avec certitude. Sauf peut-être leur direction. Leurs proues pointaient vers le sud, comme tant de doigts accusateurs.

    « Vous pensez à quelles sortes de navires, messire ? » lui demanda le lieutenant en second.

    Question crétine. Adriano persifla :

    « Avez-vous souvent vu des navires marchands se déplacer de cette manière ? Ceci est une flotte, imbécile. Et je ne sais pas, d’ailleurs, quel genre de commerçants voudrait se rendre dans le coin ! Aucune ville à portée, si ce n’est cette ruine de Caprice. Non, nous avons affaire-là soit à des pirates, soit à un clan d’orcs. Dans les deux cas, rien de bien amical… »

    Des ordres furent beuglés sur chaque vaisseau. On fit attendre la plupart des hommes d’infanterie dans le pont de batterie de manière à ce qu’ils ne gênent pas les manœuvres des marins et les tirs d’archers.

    « Placez tous les hommes et les balistes sur les flancs bâbord de chaque navire, ordonna Adriano.
    - Bien, messire.
    - Jacquot ?
    - Oui, messire ?
    - Appelez-moi : Capitaine. »

    Le second hocha la tête d’un coup sec.

    « Il va falloir contourner leurs navires si l’on veut les prendre sur le flanc, capitaine.
    - Non, trancha Adriano le regard rivé sur la flotte ennemie. Gardez le cap. Droit devant. Foncez-leur dessus. »

    Les yeux de Jacquot s’écarquillèrent à en tomber au sol.

    « Mais… Capitaine… Les vaiss…
    - Tsss ! siffla-t-il. Ne discutez pas. On garde le cap ! »

    Adriano porta déjà le sifflet de marine sur le côté de sa bouche, le coinçant entre le pouce et l’index. Deux notes se succédèrent dépliées sur trois tons différents. Deux brefs, un long. Son plein, puis trille. Là où la voix ne portait pas, le sifflet s’en chargeait. Ainsi furent relayés les ordres de galère en galère.

    Le lieutenant les comprit bien mieux. Dans un sourire, il dit alors :

    « Le Capitaine aime les risques !
    - Un ami m’a un jour cité un dramaturge célèbre : A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Je lui fais honneur. »

    Les deux flottes se rapprochaient inévitablement.
    Il était aisé à présent de voir que les ennemis possédaient des drakkars orcs. Des navires bien plus petits mais, de fait, bien plus manœuvrables. Adriano observa ses propres vaisseaux. Ceux-ci s’étendaient peu à peu, formant une ligne de front terrifiante. Ils tranchaient l’eau de leur coque aiguisée, arrachant la surface dans une déchirure écumeuse.
    Chaque archer et chaque baliste se dressait sur la bordée bâbord, rendant la bordée tribord complètement perméable. Qu’importe ! Adriano priait les Chutes avec une conviction inébranlable. Les orcs ne pourraient aucunement s’attaquer à ce flanc, même mis à nu !

    Enfin, lorsque la distance fut jugée adéquate, Adriano hurla :

    - Galériens, halte !

    A cet ordre, il ajouta un coup de sifflet à vous en déchirer les entrailles. Comme les ailes d’immenses monstres de bois, les rames émanèrent de l’eau. Elles se figèrent finalement au-dessus de la surface, faisant planer les titans de bois sur l’océan. Ceux-ci emportés par leur formidable élan, poursuivirent leur course assaillante. Les tambours qui rythmaient naguère les coups de rames cessèrent en ce même instant et un silence funeste s’abattit sur la flotte. Seule une brise pernicieuse vint taquiner les soldats et marins immobiles, accompagnée de quelques vagues qui clapotaient comme pour avouer leur faim meurtrière.
    Les navires se rapprochèrent encore, encore et encore.
    Jusqu’au moment critique.

    - Galériens de tribord, souquez !

    Nouveau coup de sifflet. Adriano s’agrippa fermement au garde-fou, ainsi que chacun de ses membres d’équipage.

    Les rames de tribord plongèrent à nouveau dans l’eau et déchirèrent férocement les entrailles de l’océan. Chaque galère fit de même et, dans un mouvement identique, virèrent brusquement de bord. Elles pivotèrent sur elles-mêmes, s’inclinant dangereusement. Le pont se souleva sur bâbord et le bois du bordage se plaignit d’une voix grave et grinçante.
    Quelques instants auparavant, les galères pointaient leurs proues menaçantes droit sur la flotte ennemie, et voilà qu’en quelques battements de paupières c’était au tour des flancs bâbords de narguer les drakkars.
    Le corps d’Adriano, pendant cette inclinaison brutale du navire, fut attiré par l’appel de la mer qui tenta, opportuniste, de profiter de cette secousse pour les avaler tous. Mais il tint bon, déchirant ses poumons dans un ordre crucial :

    - Balistes, tirez !

    Les cordes de ces dernières claquèrent dans l’air quand les flèches giclèrent vers les cieux. Les vrombissements se succédèrent de navire en navire, fouettant les tympans comme une promesse de mort imminente. Le ciel se stria de sept traits mortels envoyés par les sept galères de guerre, tel le venin que le scorpion n’aurait su retenir davantage. Certains tirs furent trop longs, d’autres courts. L’un d’eux frappa un drakkar de plein fouet, l’enflammant avec une abominable rapidité.

    Adriano n’eut guère le loisir de faire un bilan plus approfondi, la bataille n’attendait pas. D'autant plus que l'effet de surprise était passée.

    - Archers, attendez que leurs navires soient à portée ! Vous-autres, rechargez-moi ces balistes, sur le champ !

    Il fallait faire vite. Les orcs ne se laisseraient pas malmener sans répondre.
    Adriano songea à son père, Giambatista. Il est fou de voir comme la rancœur pouvait être supplantée si facilement par le besoin de reconnaissance. Surtout lorsqu'il s'agissait de la famille...
    Père lui avait alors ordonné de partir en tant qu’éclaireur, mais il avait bien l’intention de revenir avec un statut bien différent.
    En purificateur.


Dernière édition par Adriano Di Marechialo le Ven 20 Avr - 23:07, édité 1 fois
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Tridd

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MessageSujet: Re: Bataille navale   Jeu 12 Avr - 15:36

    Les vaisseaux approchaient rapidement. Tridd les observait depuis la proue du navire sur lequel il était. Ils avaient démâté et avançaient sûrement à la force des bras des rameurs. Les orcs eux gardaient une bonne allure grâce au vent s'engouffrant dans les voiles, préférant garder leurs forces pour plus tard, comme pour combattre par exemple. Ils étaient très peu par navire et ne pouvaient se permettre d'avoir des personnes spécialement pour faire avancer les navires, qui de toute façon, étaient de bien trop petites tailles. Cette légèreté était à la fois une force et une faiblesse. Elle rendait les manœuvres bien plus faciles, bien plus envisageables. L'évolution dans l'eau était bien plus fluide, plus gracieuse presque. Ils pouvaient alors, en virant un peu, éviter les obstacles, les projectiles. Ils naviguaient aussi très bien en eau peu profonde, ce qui se relevait utile pour perdre un bâtiment trop imposant pour être abordé. Mais cette petite taille impliquait également une grande fragilité, aussi bien face aux intempéries qu'en situation de bataille navale.

    Et c'était apparemment ce qui se profilait à l'horizon. Tridd pouvait à présent voir plus précisément les ennemis. Il y avait apparemment plus d'une demi-douzaine de vaisseaux, des bâtiments plus gros que les leurs. Ils arboraient le Scorpion, traditionnel emblème du Duché de Dune. C'était donc réellement des ennemis. De toute façon, toutes les autres ethnies était ennemies avec les orcs, et mêmes les orcs étaient ennemis avec les orcs. Quelque soit le pavillon, ils devaient toujours se méfier. Seuls les drapeaux blancs ou ceux affichant pavillon commercial pouvait être sans danger et encore, certains s'imaginaient rusés de se dire commerçants et d'attaquer au dernier moment. Tridd n'avait jamais eu affaire à ce genre de plaisantins mais il avait entendu dire qu'une flottille s'était faite décimer comme ça. Depuis, il se méfiait fortement, plus que d'habitude encore.

    De toute façon, dans la situation présente, il n'y avait aucun doute à avoir. L'équipage de la flotte orque pouvait à présent distinguer le nombre de vaisseaux. Sept galères, alignées, couvrant une grande partie de l'horizon devant eux, s'avançaient encore. Bien avant de pouvoir voir les hommes sur les navires adverses et de constater leur nombre et leur force, Tridd put remarquer une bien étrange manœuvre. Au même moment, sur tous les bâtiments, les rames se levèrent, hors de l'eau. Il ne comprit pas tout de suite à quoi cela pouvait-il servir, mais la réponse lui vint quelques instant plus tard. Sur un seul des deux côtés, les rameurs se remirent au travail. Tridd sourit. La tactique du commandant en face de lui lui apparut claire à présent. Il fallait qu'il transmette ses ordres le plus rapidement possible. Si ce que son instinct lui disait était vrai, ils auraient des problèmes d'ici peu. Il les exprima alors au second du drakkar sur lequel il était pour qu'il fasse les signaux par drapeaux aux autres capitaines.


      « Faites passer. Que tous les navires commencent à s'éloigner les uns des autres. Chacun aura besoin d'un certain espace pour manœuvrer. Bientôt, des projectiles vont nous tomber dessus. J'en ignore la nature. Des boulets, des morceaux de falaise, des flèches, que sais-je. Il faut à tout prix les éviter. Les navigateurs vont devoir s'y employer avec toute l'attention et la concentration possible. J'ai bien peur que ceux qui n'y arrivent pas y laissent leur peau. Pendant ce temps-là, je veux que les autres membres de l'équipage sortent les armes lourdes, les ribaudequins volés lors du dernier gros pillage par exemple. Ils vont enfin pouvoir nous servir. Qu'on les armes et qu'on les dirige vers ces vaisseaux. Dès qu'ils seront à portées, je veux qu'ils regrettent de nous avoir approchés. »


    Aussitôt dictés, les ordres étaient envoyés. Le bougre agitait son drapeau dans tous les sens, histoire de pouvoir suivre le rythme des paroles du chef. Lui continuait d'observer les mouvements de l'armada adverse. Il avait vu juste concernant leur tactique. Tridd félicita intérieurement leur commandant, se disant qu'il était bien téméraire mais aussi intelligent. Il se demandait si les risques qu'ils prenaient allaient payer, mais, si ça marchait, ils auraient l'avantage sur les orcs, c'était sûr. Tridd espérait secrètement qu'un de ces vaisseaux se renversent mais malheureusement pour lui, tous réussirent. Ils s'étaient tous mis sur le côté. Ils étaient tous arrêtés, et les drakkars orcs étaient dans leurs lignes de mire. Tridd indiqua lui même à son navigateur qu'il fallait commencer à zigzaguer. Ce qu'il fit … Le temps sembla alors s'arrêter.

    Et soudain, l'attaque commença. Personne ne vit vraiment venir les projectiles. Des gerbes d'eau arrosaient les voiles et les matelots. Tant que ce n'était que de l'eau, personne ne s'inquiétait vraiment. Mais en fin de compte, une explosion retentit. Le navire juste à côté de celui dans lequel Tridd était venait d'être frappé de plein fouet. Il ne cilla même pas, gardant ses yeux rivés vers la flotte ennemie.
    « Ils n'avaient qu'à être plus prudents. » Voilà les seuls mots qui sortirent de sa bouche. Pendant ce temps-là, le bateau en question avait prit feu. En quelques secondes seulement, toute l'armature en bois était en proie aux flammes, elle se faisait littéralement dévorer. Sur la douzaine de membres de l'équipage, moins de la moitié moururent sur le coup. Les autres réussirent par chance à se jeter à l'eau. Les navires à l'arrière ralentirent leur rythme pour pouvoir les repêcher et les sauver. Le bateau touché sombra en à peine une minute mais personne ne resta pour constater cela car il fallait avancer vers l'ennemi pour ne pas rester à portée de leurs machines de mort. Foncer vers eux pour pouvoir les aborder ou les affronter à distance, cela était nécessaire.

    Même si les attitudes et le comportement de Tridd ne changèrent pas, quelque chose évolua en lui. Il était à présent plus que déterminé à détruire les adversaires. Dans sa tête, une véritable tempête de rage s'était levée. Il ne supportait pas qu'on tue son peuple comme cela, et encore moins les orcs de son clan. Il gardait son calme en apparence mais la soif de vengeance bouillonnait en lui. Son sourire d'apparat cachait sa colère. Il était l'heure de la contre-attaque.

    Ils étaient enfin arrivés à portée pour pouvoir déclencher eux même les feux de l'Enfer. Sans que Tridd n'eut rien à dire, tous les ribaudequins furent armés. Des pieux de bois de deux toises de long se terminant avec une pointe en fer au bout serviraient de projectiles. Ils étaient enduits d'un mélange de résine et de poix, et par un mécanisme spécialement mis en place sur ces arbalètes, les javelots géants s'enflammaient en fin de projection, avant de filer dans les airs. Ce dispositif expérimental avait donné de bons résultats à terre mais n'avait jamais été testé en conditions réelles en pleine mer. C'était le grand moment de vérité. Tout était enfin prêt. Tridd leva son épée au ciel, et l'abaissa d'un coup. Le signal était donné. Le bruit des cordes tendues claqua et rompit le silence qui s'était installé depuis les attaques ennemies. L'expérience des marins orcs se fit sentir à cet instant. Sur les cinq missiles, deux loupèrent complètement leurs cibles. Un frappa la coque d'un navire et d'après ce que Tridd put voir, un départ de feu se déclencha. Il serait vite maîtrisé si les marins d'en face s'organisaient. Un autre endommagea une autre coque mais rien ne s'enflamma. La mèche avait du s'éteindre avant, à cause d'une vague plus forte que les autres. Enfin, le dernier projectile frappa le pont d'une des galères. Celle-ci se transforma rapidement en un véritable brasier, tout comme le drakkar orc précédemment.
    « Un partout. » souffla Tridd pour lui-même.

    À peine la première volée envoyée, les orcs s'agitaient en tout sens pour recharger et pouvoir balancer une autre tournée avant de vraiment être trop près. Tridd continuait d'observer le spectacle de ce qu'il avait déclenché en face. Il regardait également les hommes qu'il voyait à présent plus distinctement encore. Ils étaient également en pleine action. Leurs balistes, beaucoup plus imposantes et plus efficaces, étaient également plus longues à recharger. Mais ils auraient bientôt terminé. Il fallait qu'ils se dépêchent s'ils voulaient tirer avant eux. Après cette dernière attaque lointaine, Tridd donnerait ses ordres pour la suite …

    Presque au même moment, les deux camps furent prêts. Tridd fendit l'air avec son épée pour la deuxième fois. Les javelots improvisés partirent et les projectiles ennemis arrivèrent aussitôt après. Cette fois, deux des drakkars furent touchés. Un explosa comme le premier en une gerbe de flammes et de bois brisé. L'autre réussit à esquiver au dernier moment et seul la voile et les rames furent emportées. Immobilisé, ce navire qui servait pour le ravitaillement devenait inutile, sauf si des survivants naufragés voulaient le rejoindre. Tridd ne prit même pas le temps de regarder les dégâts qu'il avait infligé. Il devait mettre au point les tactiques d'abordages à présent. La partie la plus importante de cette bataille navale qui ne tournait pas vraiment à son avantage pour l'instant.


      « Il nous reste dix navires pour les approcher. Sortez les arcs et arrosez-moi ces chiens dès qu'ils sont à portée. Et pensez à vous protéger aussi. Je ne veux pas de pertes inutiles. Nous sommes en infériorité numérique, nous devons nous servir de notre supériorité physique. Nous allons devoir les contourner, pour ne plus être dans leur ligne de mire, puis monter à bord et enfin, finir le travail à l'épée. À raison de deux de nos vaisseaux pour chacun des leurs, c'est jouable. Il est possible que certains d'entre nous meurent mais au final, nous vaincrons ! »


    Tridd termina son petit laïus et se retourna vers la bataille. Bientôt, ils allaient devoir croiser le fer. L'excitation montait encore plus en lui.
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Adriano Di Marechialo
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MessageSujet: Re: Bataille navale   Sam 21 Avr - 3:07




    « Ils cherchent à nous contourner, capitaine ! avertit Jacquot en désignant les drakkars du doigt.
    - Ne beuglez pas, crebleu ! Je suis juste à côté.
    - Oh… bien, mon capitaine.
    - Quoiqu’il en soit, vous avez foutrement raison... Ils ont compris que leur véritable force résidait dans un abordage rapide et brutal. Si ces porcs foulent nos ponts, nous sommes foutus. »

    Un pieu ennemi vint fracasser le bastingage, emportant un archer dans sa folie. Ce dernier, en plus de mourir sur le coup, se mit à rôtir comme un poulet. Adriano beugla des ordres d’une brutalité dont seules les batailles avaient le secret : « Agrippez-le par les pieds et balancez-le moi par-dessus bord avant qu’on ne crame avec lui, berniques !
    - Ils sont bien armés, capitaine, fit remarquer Jacquot.
    - En effet, des ribaudequins. Des armes terrestres. Ces rustres ne connaissent aucune règle de l’art militaire, bordel de Chutes ! Si seulement… hum…
    - Une idée, mon capitaine ?
    - Ils ne sont qu’une petite douzaine par navires. Ils utilisent les voiles et un vent provenant du nord pour se propulser. Si nous pouvions les forcer à utiliser leurs rames, moins nombreux seraient leurs tireurs. A part brûler leurs voiles, je ne vois pas comment… »

    D’une main, Adriano serra le pommeau de sa rapière, posant de l’autre un doigt sur ses lèvres craquelées par les embruns de l’océan. Son front se plissa, ondulé par les vagues d’idées qui déferlaient dans sa foutue caboche. « Capitaine, je crois avoir une idée…
    - Alors dégueulez-la bordel de merde ! C’est pas comme si nous étions en pleine bataille, cingla-t-il avec son ironie usuelle.
    - Myr Demias… »

    Ces deux mots bloquèrent le visage buriné du capitaine dans un étau de suspicion irréfutable. Myr Demias n’était autre que le mage que Giambatista Di Marechialo avait affecté au fils. Un mage sensé apporté ce qu’un homme de guerre ne pouvait apporter. « Foutu mysticisme. Tricherie diabolique. Enfant de putain démoniaque. » Adriano n’était incontestablement pas adepte des fourberies magiques. Ces pratiques auxquelles s’adonnaient ces paltoquets ridés et enfoncés dans leurs robes démodées de vieilles peaux prétendument bourgeoises. Des vieux en jupes pour lesquelles on balançait du mage ceci et du mage cela. Mais après tout, par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille, l’Histoire ne retenait pas l’honneur. L’Histoire retenait le vainqueur.

    On fit alors venir Myr Demias qui, bardé de tatouages tous plus obscurs les uns que les autres, qui enroulé dans une robe dont le rouge vous évoquait ostensiblement ce fameux liquide qui pulse dans vos organes étranglés, inclina sa trogne sarcastique devant le fils du duc. Dans un sourire que la sournoiserie pinçait de ses doigts invisibles, il souffla : « En quoi puis-je aider son altesse ? » Ce à quoi Adriano répondit brutalement : « Trouvez-moi une façon d’obliger ces porcs à user de leurs rames et non de leurs voiles. » Le sourire du vieux Demias, plaqué sur un visage au teint basané par les chaleurs du désert Chimérique, s’étira davantage. De sa manche, dont l’exubérante largeur pendait le long de ses bras, il extirpa une baguette d’un bois noir. Un bois sans nul doute issu des arbres mystiques et rarissimes que le désert savait si bien cacher. « Je peux créer un vent tournoyant, votre seigneurie. Un vent dont l’étendue ne sera pas des plus formidables, mais qui pourra néanmoins affecter la majorité de leurs drakkars.
    - Et pendant combien de temps ? lâcha Adriano.
    - Je ne saurais le dire, messire. Nous sommes prêts des Chutes et du Grand-Vide. Leurs puissances mêlées frôlent ma peau aussi surement que la caresse du soleil ne le fait en cette heure. Ces forces m’aideront indéniablement.
    - Bien, alors cessez de jacasser et faites… »

    La voix du capitaine chuta étrangement vers la fin, comme s’il se rendait compte que le fait d’user d’un ton si grossier avec un tel personnage était comme le fait de franchir un vide entre le mât d’artimon et le mât de misaine, debout, sur une corde raide, en pleine tempête. Alors il braqua de nouveau son regard sur la bataille qui se jouait autour de lui, portant déjà son sifflet de marine au coin de sa bouche. Un frisson lui parcourut l’échine. Était-ce le regard cupide du mage qui picotait son dos de mille aiguilles ? Ou n’était-ce qu’un effet grisant de la bataille ? Ventre-Dieu, rien à foutre ! Les sifflements aux notes tantôt longues, tantôt courtes, tantôt pleines, tantôt gazouillantes se succédèrent malgré ce vacarme de bois, de fers, de flammes, de vagues et de cris. Le capitaine Adriano Di Marechialo ordonna à sa flottille de s’éparpiller et de réorganiser ses ponts. Et, comme des centaines de corps gouvernés par une conscience unique, les hommes obéirent.

    A sa gauche, Adriano discernait les gestes gracieux, d’aucuns amples et d’aucuns resserrés, de myr Demias. Les lèvres rouges et boursouflées du mage s’agitaient dans des psalmodies insondables. Une étrange voix grave s’étalait tout autour d’eux, s’amplifiant dans une résonnance belle et bien irréelle. Alors la direction du vent, imperceptiblement, changea.

    « Capitaine ! prévint Jacquot. Un navire devant nous tente de nous contourner pour rejoindre le flanc tribord ! Ils vont chercher l’abordage !
    - La baliste ?
    - Hors de portée, capitaine ! Et leurs archers nous canardent de flèches embrasées ! Nos hommes sont trop occupés à éteindre les départs de feu ! La réplique est rendue impossible !
    - Vos vents myr Demias ?
    - Mes vents sont inefficaces contre les rames, messire.
    - Bien… Que la chiourme nous projette en passe-vogue !
    - Comm… Comment ?! s’écria Jacquot dans un cri strident. Mais capitaine, le drakkar est à une dizaine de toises de notre figure de proue. Nous allons le percuter ! »

    La main d’Adriano percuta la joue du lieutenant en second comme un fouet pouvait bien claquer sur la peau d’un galérien. Le regard d’une noirceur abyssale, le capitaine Di Marechialo persifla : « Discute encore une seule fois mes ordres, sombre fiente de mouette, et je te jure que je te balance aux porcs de mer ! »

    Encore une fois, les mots dépassaient les pensées avec une exagération des plus caractéristiques de la fratrie Di Marechialo. Détail qu’ignoraient sans nul doute les hommes qui entouraient Adriano en cette heure enflammée. Le Scorpion venait d’ouvrir ses pinces, redressant sa queue telle une rapière gorgée de venin. Une indicible colère galvanisée par la fureur de la bataille pulsait dans les veines ardentes du fils de Dune. S’accrochant avec une féroce rigidité au garde-fou du château d’arrière, Adriano fit claquer sa voix dans l’air comme un véritable coup de tonnerre : « Galériens, passe-vogue ! »

    Le tambour du garde-chiourme explosa de nouveau sous le pont, répercutant les ordres avec empressement.
    La galère entière frémit brusquement. D’une force de titan, elle s’ébranla. En temps normal, les rameurs de proue relayaient les rameurs de poupe, et réciproquement. Rares étaient les occasions où les deux quartiers étaient sollicités simultanément, sauf lors d’une fuite. Là, nulle question de fuir ! Le scorpion attaquait.
    Un poing invisible cogna la cage thoracique du capitaine lorsque le navire fut propulsé vers l’avant mais, agrippant le bastingage comme il l’agrippait, il ne céda pas. La proue de la galère se souleva, marquant l’accélération démentielle qui faisait grincer la carène. Maints hommes, ne s’attendant guère à une telle manœuvre, roulèrent sur le pont, emportés par la surprise de pareille impulsion. Le mât du drakkar, dépassant de quelques toises la hauteur du pont, grossissait à vue d’œil. Un marin sur la proue beugla : « Collision ! » Et cette dernière eut bel et bien lieu.

    Telle une vulgaire branche sèche écrasée par la botte massive d’un guerrier, le navire orc émit les craquements plaintifs d’un bois condamné. Des beuglements bestiaux y éclatèrent. Surprise, terreur ou rage, les cris étaient là. La coque aiguisée de la galère creva la bordée tribord du drakkar, enfonçant le bastingage, fissurant le pont avant de déchirer le vaisseau en deux blocs désespérés. Elle poursuivit sa route dans l’armature désossée de ce cadavre, à peine ébranlée. Pourtant ses plaintes avaient retenti dans une vibration qui avait secoué toute la coque. On entendait presque le calfat pester contre cet ordre qu’il qualifiait sans nul doute de suicidaire. La passe-vogue avait été arrêtée sur le champ, menaçant de faire céder la coque sous un rythme trop soutenue. Mordiable, peu importait ! La manœuvre avait fonctionné. Le drakkar était coulé et la galère, quoique affaiblie, flottait toujours !

    Cette insignifiante victoire fut balayée par Jacquot, le lieutenant en second qui, à-brûle-pourpoint, s’écria : « La Fiamma a été abordée ! Les orcs y sont montés ! » La tête d’Adriano fut comme montée sur pivot. D’un geste bref, elle obliqua en direction du navire en question, le cou tendu tel un axe d’acier. Il écarquilla les yeux d’effroi quand il découvrit le spectacle d’une brutalité sans pareille. Au loin, sur le navire en perdition, les grappins s’agrippaient au bastingage tels des serres de vautours, glissant leurs cordes le long de la coque jusqu’au drakkar parasite. Les orcs grimpaient un à un, ayant broyé les rames des galériens qui leur faisaient obstacles. Sur le pont, des archers passaient par-dessus bord, jetés par les envahisseurs à la musculature monstrueuse. Maints hommes s’écroulaient derrière le garde-fou pour ne jamais se relever, comme happés par un gouffre qu’on ne pouvait discerner. Un homme décapité continuait à marcher d’une marche à la fois saccadée et égarée avant de basculer, avalé par l’océan.

    Adriano déglutit avec peine, découvrant ses ennemis s’emparer peu à peu de La Fiamma, fière galère de Dune ornée du puissant pavillon du Scorpion. Mais celui-ci semblait s’affoler sous les vents tourbillonnants, conscient de son misérable sursis. Le capitaine Di Marechialo prononça les ordres qui lui brûlèrent la gorge : « Le feu grégeois, qu’on apporte les jattes de feu grégeois ! Arcs et balistes, enflammez-moi la Fiamma. Si les Chutes ont décidé que cette maudite galère ne devait plus être sous notre contrôle, alors elle ne sera pas non plus sous le contrôle de ces porcs !
    - Capitaine, murmura Jacquot. Il y a encore… il y a encore nos hommes à bord...
    - Je le sais, lieutenant. Je le sais. C’est là un sacrifice que je me dois de faire… »

    D’une voix tonitruante, levant la lame de sa rapière vers les cieux, il hurla :

    « Pour Dune ! »

    Et le cri de guerre fut répercuté par ses hommes, tels des échos respectueux, des hommages rendus aux martyrs. Des échos que le vrombissement de la baliste porta encore plus haut, lorsque le maillet tomba sur le mécanisme pour l’actionner, lorsque le boulet contenant le liquide incendiaire survola les eaux, lorsque les flammes purifièrent à jamais les corps et libérèrent les âmes.
    Oui…
    Pour Dune.
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Tridd

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MessageSujet: Re: Bataille navale   Dim 29 Avr - 16:30

    La bataille navale tournait fortement au désavantage des Orcs Soreghid. Ils avaient perdus beaucoup de marins et ce n'était pas encore terminé. Depuis le début, Tridd savait que ça allait être compliqué. Depuis qu'il avait vu le nombre de vaisseaux leur faisant face, il avait su que beaucoup allait mourir aujourd'hui. Il n'avait pas pu faire demi-tour alors, autant leur faire face et les affronter, comme les Orcs qu'ils étaient. Tridd aimait les challenges. Il espérait juste que ce ne serait pas le dernier qu'il aurait l'impudence d'affronter.

    Tridd regardait au loin sans vraiment rien regarder de particulier. Il était plongé dans ses pensées. Il avait donné ses ordres et il n'avait plus qu'à attendre. Attendre que ses guerriers rechargent les ribaudequins, attendre qu'ils prennent leurs arcs, attendre que les ennemis soient à portée et pendant tous ces instants, tous devaient encore faire attention à sa vie, à éviter les projectiles ennemis. La flotte des humains avançait, inexorablement. Tridd savait que le plus dur allait arriver. Pas le plus dur en tant que pertes mais le plus dur physiquement. L'abordage approchait.

    En face, les navires se réorganisèrent soudainement, sans doute sous les ordres de leur capitaine. Cela n'arrangeait pas du tout les affaires des orcs. Il aurait été plus facile pour eux s'ils étaient restés dans leur configuration précédente. Là, cela devenait carrément dangereux de foncer dans le tas, surtout qu'un d'entre eux semblait accélérer de manière non négligeable et se dirigeait droit vers un des drakkars orcs. Pire encore, sa vitesse semblait augmenter. Si ça continuait ainsi, la collision allait être inévitable et vu les tailles respectives des embarcations, le naufrage se ferait du côté orc et les humains s'en sortiraient sans trop de dégâts. Il fallait que Tridd intervienne rapidement pour empêcher cela. Il s'adressa directement à l'orc qui faisait passer ses ordres.


      « Dites leur d'immédiatement entamer les manœuvres pour esquiver le navire qui arrive en face d'eux ! Qu'ils passent sur la gauche et qu'ils se dirigent vers le prochain navire. L'abordage va commencer ... »


    Ces paroles furent immédiatement transmises au drakkar concerné. Tridd le vit changer de direction mais, ses voiles se dégonflèrent presque aussitôt. Le vent était retombé localement et les orcs n'avançaient plus beaucoup. Tridd se demandait comment ou pourquoi cela était arrivé. Il n'en revenait pas, il n'avait jamais vu un changement aussi rapide dans le temps. Un peu étonné au départ, il réagit vite, pour la survie de ces marins qui voyaient l'ennemi approcher à toute allure.

      « Qu'ils sortent les rames et s'échappent ! »


    Mais, il était trop tard. Le temps qu'ils prennent les rames et commencent à s'activer, l'autre serait déjà presque sur eux. Le drakkar était condamné, il ne s'en sortirait pas. Autant sauver le plus d'orcs possible alors.

      « Trop tard … Indique leur que maintenant, ils doivent essayer de sauver leurs vies coûte que coûte. Le navire est fichu, ils ne peuvent plus rien. »


    Ceux qui entendirent ces nouveaux ordres s'exécutèrent aussitôt. La plupart sautèrent à l'eau et commencèrent à nager vers d'autres vaisseaux afin d'être repêchés. Certaines n'eurent pas le temps de le faire et y restèrent au moment de la collision. Les cris de surprise et même de douleur parvinrent jusqu'aux oreilles de Tridd. Il en fut horrifié. Il n'avait jamais vu un tel spectacle. Il n'avait jamais vu de tels risques pris par un capitaine ennemi. Il se demandait même pourquoi en était-il arrivé jusque là. Pourquoi faisait-il cela au risque d'endommager son propre vaisseau ? C'était insensé. Tridd ne comprenait pas du tout cette logique et cette action pour le moins assez suicidaire à son goût. N'avait-il donc plus rien à perdre pour tenter quelque chose comme ça ? Tridd détourna son regard de ce spectacle en espérant que les autres s'en sortiraient et pourraient se raccrocher à quelque chose en attendant un sauvetage et se concentra de nouveau sur les navires ennemis encore devant lui. La bataille continuait.

    Les drakkars arrivaient enfin à portée des galères humaines. Et ils étaient également enfin trop proche pour que les balistes ennemies ne les atteignent. La nature des affrontements allait changer. Les orcs allaient enfin pouvoir avoir un avantage certain sur les hommes. Personne ne pouvait les égaler lorsqu'il s'agissait de manier l'épée ou n'importe quelle arme tranchante. Pour la première fois depuis le début des hostilités, Tridd voyait enfin une petite lueur d'espoir quant à la fin de ce combat entre les deux flottes.

    La tactique qu'il avait mis en place était appliquée à la lettre par les autres capitaines de la flotte orque. Les drakkars se séparaient et manœuvraient pour se placer sur les côtés des navires ennemis. Il fallait que les ponts soient côte à côte pour que les marins puissent aborder facilement. À cause des pertes précédentes, à cause des projectiles enflammés des hommes, il ne restait plus vraiment le même nombre de drakkars que Tridd l'aurait souhaité. Ils allaient être plus en sous-nombre que ce qu'il l'aurait voulu mais peu lui importait, il était sur de leur supériorité technique et de leur plus grande force.

    Les drakkars arrivèrent presque au niveau des galères et les voiles furent descendues pour qu'ils ralentissent et s'arrêtent presque près d'eux. Comme ils allaient dans l'autre sens, il était impossible pour eux de rester si longtemps juste à côté d'eux. Mais pour cela, Tridd avait aussi prévu une parade, une astuce. Il avait entraîné ses marins exprès pour cela. Leurs lancers de grappin étaient parfaitement maîtrisés, malgré le tangage et les vagues qui venaient s'écraser sur la coque. Mais il ne suffisait pas de les lancer comme ça sans viser, en espérant que la chance intervienne. Tout était calculé, tout était prévu, rien n'était laissé au hasard. L'entraînement avait été long mais il portait ses fruits à présent.

    Sur chaque drakkar qui allait aborder, les orcs préparaient deux longues cordes auxquelles ils accrochaient un lourd grappin. L'une des cordes étaient arrimée à la proue du navire et l'autre à la poupe. Ils avait également démâter. Lorsque les orcs dépassaient le navire, le grappin de la poupe était lancé à la proue du navire ennemi et celui de la proue à la poupe. Les orcs dans les drakkars se baissaient alors et s'accrochaient alors à des attaches spécialement installées aux planches de bois. Le claquement des cordes tendues se fit entendre et le navire soumis aux deux forces contraires se retourna pour se mettre dans le même sens. Cela était nécessaire. La coque à l'arrière n'était pas aussi solide qu'à l'avant et se laisser emporter ainsi à l'envers par l'autre vaisseau était dangereux, c'est pour cela que les orcs agissaient en inversant les points d'amarre.

    Une fois en position, les orcs tiraient encore sur les cordes pour s'approcher au maximum et ils lançaient d'autres grappins pour pouvoir aborder à plus que deux à la fois. Il fallait garder l'effet de surprise et l'utiliser. Et ça marchait très bien. Les orcs étaient sur un des navires humains. Le massacre commençait.

    Tridd était encore sur un des drakkars. Il observait le spectacle et voyait les corps d'humains passer par dessus bord. Il souriait car tout se passait comme prévu pour l'instant. Ces galères sombreraient bientôt ou passeraient en leur possession, bien qu'il ne sache pas vraiment ce qu'il pourrait en faire de beau.

    Mais alors qu'il voyait déjà la victoire lui tendre les bras, un autre événement vint tout perturber. Une explosion énorme ainsi qu'un incendie se déclenchèrent sur le pont du navire que les orcs venaient de prendre. Tridd n'aurait jamais cru ça possible. Le capitaine adverse était prêt à sacrifier ses hommes encore vivants et ses vaisseaux pour ne pas qu'ils tombent entre les mains des Orcs. Cela était juste inimaginable pour Tridd qui connaissait tous ses guerriers personnellement. Jamais il ne pourrait envisager de tuer l'un d'entre eux volontairement comme ça. La galère touché coula en moins de temps qu'il le faut pour le dire et il n'y eut que quelques rescapés parmi la vingtaine d'orcs étant à bord. C'était une perte énorme pour Tridd qui ne se pardonna pas cette erreur. Il avait sous estimé la détermination de son ennemi et elle lui faisait presque froid dans le dos. Son ennemi n'avait pas de cœur, il n'avait aucune considération pour ses hommes. C'est le genre de comportement qui dégoûtait Tridd et le poussait à se battre encore plus violemment et à remporter cette victoire. Il fallait qu'il donne de nouveaux ordres.


      « Indique à tous qu'ils ne doivent pas rester trop longtemps sur le pont des navires ennemis. Qu'ils tuent et les empêchent de repartir et sabordant le gouvernail par exemple, puis qu'ils repartent sur les drakkars et se détachent rapidement. L'ennemi n'a aucune pitié, même pour les siens. S'ils trouvent la capitaine de cette flotte, je veux qu'ils ne le tuent pas. Je veux avoir le plaisir de lui ôter moi-même la vie. Sinon, pas de quartiers ! »


    Le message à peine transmis, le drakkar dans lequel était Tridd disparut derrière la coque d'une galère. C'était à présent à leur tour. Ils répétèrent la même opération que précédemment. Elle fonctionnait bien et ils en avaient pas d'autres de toute façon. Tridd laissa une première vague d'orc monter puis les rejoignit juste après. Il sortit son épée immédiatement après être arrivé sur le pont. Il embrocha un archer humain qui passait en courant devant lui et balança son corps par dessus le bastingage. Il avança ainsi sur le navire en cherchant des yeux une personne se distinguant par ses vêtements ou ses attitudes mais personne ne correspondait au grade de capitaine de la flotte. Il y avait juste celui qui dirigeait le navire, mais qui ne paraissait pas contrôler du tout les événements. Il se défendait néanmoins à l'épée, plutôt bien même car il parvint à repousser un des orcs en le blessant légèrement à la joue. Tridd prit alors le relais et malgré un duel acharné, Tridd le remporta assez facilement et assez rapidement. En moins de cinq minutes, il n'y avait presque plus de survivants dans le camp des humains et du côté des orcs, il n'y avait que quelques blessés. Tridd mit en application son propre conseil et endommagea suffisamment le navire pour qu'il ne puisse plus repartir. Après cela, il exhorta tous ses guerriers à retourner aux drakkars et descendit lui-même. Au moment où son pied toucha le bois de son vaisseau, une autre explosion retentit. Ce n'était pas la galère qu'ils venaient de quitter qui se prit la nouvelle frappe mais un autre, plus loin à bâbord.

      « J'espère qu'ils m'ont écouté … On passe au navire suivant. On se désamarre, on donne quelques coups de rames pour passer devant cette galère et on se dirige vers celle à tribord ! On n'arrêtera pas avant d'avoir mis fin à cette bataille ! Pas question d'abandonner ! »


    Aussitôt dit, aussitôt fait. Le drakkar arriva bien vite auprès d'une autre galère mais cette fois, il était déjà dans le bon sens. Il fallait juste relancer les grappins et remonter. Qui sait ce qu'ils les attendraient là-haut ?
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Adriano Di Marechialo
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MessageSujet: Re: Bataille navale   Ven 8 Mar - 20:51

    - Nos rames de bâbord sont broyées, Capitaine ! Nous partons à la dérive !
    - Les nappes de feu grégeois se dirigent vers la proue !
    - Des sauts d’eau ! Apportez des sauts d’eau !
    - Capitaine, les porcs de mer abordent sur bâbord !
    - Les grappins ! Coupez les cordes des grappins !
    - Bordel de merde !

    L’héritier de Dune balaya du regard cette scène de cacophonie étonnante. Chaque homme y allait de ses appréciations. Appréciations des plus basiques aux plus épicées. On gueulait à tout rompre sur les ponts, que ce fût à la proue ou à la poupe. On courait. On chargeait les balistes. On tendait les arcs. On visait. On tirait. On crevait aussi. Celui-là par exemple s’était fait éclater l’estomac par un pieu de ribaudequin qui lui avait gentiment pénétré le fondement pour y ressortir par le nombril, explosant au passage les organes que le projectile lui avait chatouillé. Adriano sentit la bile lui taquiner la gorge, détournant les yeux de l’immuable poésie que possédait la mort en pareils moments. Par les Chutes, si je meurs aujourd’hui, faites que ce soit moins dégueulasse que ça…

    Le pont de sa foutue galère était en train de céder à la panique. Ah, on y était ! Les porcs de mer n’avaient qu’à poser les griffes acérées de leurs putains de grappins sur les bastingages pour que les soldats se mettent à brayer comme des pucelles. Evidemment, en tout bon capitaine qu’il était, il se devait de réagir à ça, tenter de ramener un peu d’ordre dans ce foutoir. Alors, usant de la puissance vocale qui caractérisait si bien les Di Marechialo, il cria :

    - Je veux tous les archers sur le gaillard d’arrière ! Que les hommes d’infanteries sortent du pont de batterie et se tiennent aligner sur la bordée tribord !

    Il n’eut pas à se répéter.
    Malgré le monstrueux charivari qui régnait sur cette infime partie d’océan, les hommes de Dune obéirent à la voix de leur chef comme s’il avait pu s’agir du Dieu Unique lui-même. Cette loyauté indéfectible électrisa le cœur d’Adriano beaucoup plus qu’il ne l’aurait cru. C’était donc ça être duc : tenir la vie de centaines d’hommes dans la paume d’une seule main.

    Bien vite, archers et fantassins furent en place. Une ligne de front s’alignait, immobile, sur la bordée tribord, fixant la bordée bâbord avec un mélange de rage et de terreur. Les archers, quant à eux, conformes aux ordres proférés, se tenaient en hauteur sur le gaillard d’arrière, tenant ainsi tout le navire dans leur champ de tir. Dès que le premier porc de mer poserait son panard boueux sur le bois du pont, une salve de traits lui perforerait la couenne de part en part. Puis, lorsque les assaillants se feraient trop nombreux pour être percés correctement par les flèches, les fantassins prendraient le relai, déferlant telle une vague sur les monstres.

    Adriano remercia son père en pensées pour lui avoir affilié les meilleurs hommes qu’il possédait sur son navire, ce qui tendait quelque peu à le rassurer. Il y avait aussi ce moricaud du désert, myr Demias. Ce bougre mystique, bardé de tous ces tatouages, avait une constante expression insondable sur le visage : un sourire légèrement étiré sur le coin de ses lèvres enflées doublé d’un regard d’une noirceur presque irréelle. Si l’envie vous prenait de deviner ses songes, c’était peine perdue. Sauf que là, à cet instant précis, à tout bien y réfléchir, Adriano aurait bien voulu être incapable de déchiffrer les pensées du sorcier. Car sans crier gare, myr Demias vous poussa un hoquet de stupeur à vous en décaper les tympans. Ses yeux devinrent ronds comme des queues de pelles comme si, justement, les dites pelles, vous n’alliez pas tarder à vous en servir pour creuser votre satané tombe. Le moricaud stoppa net ses gestes, immobilisant sa baguette fuligineuse en l’air. Ses manches exubérantes se mirent à claquer dans l’air, tel un pavillon en haut du grand-mât. Il braqua alors ses prunelles dans celles du capitaine avec un ahurissement tout bonnement terrifiant.

    - Vous avez entendu ? balança-t-il.

    Entendu ?
    Diantre ! Le charivari de la bataille était tellement inconcevable qu’Adriano ne comprit guère ce qu’il fallait y entendre de particulier. Etait-ce le sorcier qui, paniqué par l’arrivée des orcs, perdait l’esprit ?

    - Qu’y a-t-il ? lança Adriano.
    - Je… Je ne sais pas, bafouilla myr Demias. Un bruit sourd… Vous n’avez rien entendu ?
    - Mordiable ! gueula-t-il. Des navires sombrent de toute part. Des boulets de feu grégeois explosent sur les ponts. Des traits de balistes percent les coques. Bon sang ! Bien sûr que j’entends des bruits sourds ! C’est foutrement pas le moment de perdre la tête, myr ! Je vais avoir besoin de vous et de vos… talents. Alors ressaisissez-vous et plus vite que ça !

    Un sermon de ce genre aurait giflé les sangs de n’importe quel soldat. Mais myr Demias n’était pas un soldat. Les yeux du sorcier vagabondèrent sur l’eau enflammée, sur les morceaux de bois éclatés des vaigrages, des étambots ou des carènes. Une figure de proue flottait, à demi dévorée par les flammes verdoyantes qui couraient le long de la silhouette boisée. Des cadavres se mêlaient à cette tambouille sordide, qu’ils fussent humains ou orcs. Le regard du moricaud vogua ensuite vers les drakkars aux prises avec les galères, les voiles qui claquaient dans l’air, les pavillons qui s’agitaient sur les mâts, puis même au-delà. Il engloba de ses prunelles assombries l’archipel des Iles Sauvages au nord. Des collines se dessinaient sur l’horizon, immuables face à la barbarie des individus qui s’entretuaient non loin d’elles. Sur leurs formes généreuses, des arbres agitèrent leurs branches, frissonnant d’une étrange manière. Les feuilles se secouaient dans un frémissement annonciateur, comme un appel à la prudence. Une centaine d’outardes s’envola dans des piaillements affolés, tandis qu’un vent contraire se leva d’imperceptible façon. Au loin, tel un coup de tonnerre étouffé par une atmosphère trop lourde, un grondement sourd, à peine audible, fit onduler l’air.

    - Myr ! s’époumona Adriano. Les orcs sont sur nos ponts ! Cessez donc vos chiennes de rêvasseries !

    Le capitaine fit bondir la rapière de son fourreau, contemplant avec un espoir démesuré les traits des archers se flanquer dans le cuir verdâtre des ennemis. Pour la plupart d’entre eux, les flèches n’avaient guère plus d’effet qu’une piqure d’abeille, mais au moins servaient-elles à ralentir ces brutes tout en muscles. Ce fut, hélas ! bien plus vite qu’escompter qu’Adriano hurla :

    - Fantassins ! Chargez !

    S’adressant alors à myr Demias sans quitter la bataille du regard, il ordonna :

    - Trouvez-moi leur chef et jouez-lui un tour à votre façon. Il nous faut frapper le mâle dominant de ces foutus bestiaux !

    Le moricaud, engoncé dans sa ridicule robe rouge, quitta finalement des yeux les collines septentrionales. Il fit certainement un effort phénoménal pour se concentrer à nouveau sur la bataille, car son pincement sardonique qui lui servait de sourire s’en était allé, serrant plutôt ses mâchoires dans un formidable étau.

    - Là ! C’est très certainement lui ! beugla Adriano en désignant un orc de la pointe de sa rapière.

    En effet, c’était sans doute lui. Il vous envoyait valdinguer les soldats avec une sauvagerie qui ne pouvait être décrite. Les pauvres hommes qui avaient le malheur d’entrer en contact avec son cuir olivâtre semblaient purement et simplement montés sur de terrifiants ressorts, s’envolant après chaque mouvement de la bête. Non pas qu’il fût le plus impressionnant ou le plus musculeux de tous, mais sa silhouette relativement élancée permettait sans conteste de jouer avec les poids et contrepoids et ce, sans réelle difficulté. Ce charisme était indéniablement souligner par cette barbe et cette chevelure d’un blanc cendré qui accompagnaient chacun de ses gestes avec une fougue primitive.

    - Allez-y myr ! Arrêtez moi cette bête !

    Le sorcier hésita un infime instant, comme si son attention ne demandait qu’à se reporter sur les collines au nord. Il se lança finalement dans une litanie qui, peu à peu, se chargea d’échos ésotériques. Sa baguette décrivit des mouvements rapides et saccadés au bout de sa main, presque animée d’une vie propre. Adriano chercha du regard un indice attestant de la sorcellerie du moricaud. De prime abord, il ne vit rien. Le pont de la galère était certes le théâtre d’un massacre assourdissant, mais aucune manifestation surnaturelle ne venait troubler la scène. Adriano, impatient, s’apprêta à cracher une réplique gorgée de venin à l’encontre de myr Demias. Ce vieux charlatan ne servait donc à rien ! Mais, ce fut dans les coins les moins visibles de la galère que la puissance du sorcier prit forme. Les cordages inutilisés, tels les tentacules d’un monstre caché, s’animèrent dans des ondulations menaçantes. Ils s’insinuèrent entre les jambes des combattants, rampant sur le bois du pont dans des mouvements ralentis, comme s’ils s’effectuaient dans on ne savait quelle mélasse. Rares furent ceux qui y prêtèrent attention tant leurs yeux étaient rivés sur les lames, traitresses d’acier qui auraient très bien pu leur trancher la gorge sans qu’ils ne s’en aperçoivent.

    Le moricaud poussa un cri qu’un homme seul ne pouvait pousser. Il fit claquer sa baguette dans l’air comme il aurait pu le faire d’un fouet. Alors, portés par un puissant élan, les cordages foncèrent vers le chef ennemi. Ils s’enroulèrent autour de ses chevilles et de ses bras, l’enlaçant dans une promesse sadique. Un autre mouvement sec de la baguette et l’orc fut emporté, trainé sur le bois du pont. Quelques-uns de ses hommes tentèrent de couper les cordes par de forts coups de taille mais, par les Chutes ! comment voulez-vous tranchez tant de cordages de marine en une seule et même fois ? En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, le chef orc se retrouva littéralement hissé sur le gaillard d’arrière, unique lieu du navire encore sécurisé. Le porc tentait bien de se défaire de ses liens mystiques, mais rien n’y faisait. La voix de myr Demias rampait sur son corps musculeux comme tant de serpents affamés. Les ondulations de l’air en étaient presque visibles, Adriano l’aurait juré.

    Rapidement, l’héritier de Dune se plaça derrière le monstre. Aidés des cordages, il put saisir la chevelure cendrée du colosse et lui braquer le visage vers les cieux. Il glissa la lame de sa rapière sous sa gorge couenneuse et, dans une vague de rage et de satisfaction, le scorpion qui était en lui hurla ces mots :

    - Orcs ! Cessez toute folie ! Votre chef est à ma merci !

    Il baissa finalement le ton et murmura aux oreilles du captif :

    - Abandonne. Déclare forfait, ici et maintenant, avant que ce massacre ne fasse une triste entrée dans l’Histoire.

    La réponse ne lui parvint jamais.
    Le bruissement paniqué des ailes des outardes déchira le ciel juste au-dessus d’eux, accentués par leurs piaillements désespérés. Un coup de tonnerre claqua dans l’air malgré cette journée bombardée de soleil. Dans un mouvement de stupeur, Adriano braqua ses yeux sur le moricaud, myr Demias. Ce dernier avait cessé tout enchantement, tout aussi ahuri qu’il ne l’était, observant l’archipel des Iles Sauvages au loin. C’est alors qu’une des collines fut griffée par un titan invisible, se striant d’une faille improbable. Les arbres qui la surplombaient tanguèrent dangereusement. Certains finirent même par s’effondrer. Puis, comme un contrecoup à pareil cataclysme, l’océan s’affola.

    Le navire donna brusquement de la gîte, offrant sa bordée tribord aux profondeurs marines. La galère amirale perdit toute manœuvrabilité, ballotée brusquement par des courants incohérents. Nulle vague gigantesque ne déferla, pourtant maints courants sous-jacents secouèrent la coque, comme désireux d’aspirer les navires vers une destination unique.
    Le Grand-Vide.
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MessageSujet: Re: Bataille navale   Mar 12 Mar - 19:30

    Avant de monter dans la galère ennemi, Tridd fit le point sur les survivants et les orcs qui l'accompagnaient. Il aurait juré qu'ils étaient deux fois plus nombreux quand il avait quitté le port de Désolation, mais c'était sans doute à cause de l'agitation permanente de tous ses guerriers qu'il n'arrivait pas à se fixer correctement le nombre de marins qu'il avait à bord de son drakkar. Il préférait croire à cela plutôt que de penser qu'il avait eu autant de pertes, surtout qu'il ne lui avait pas semblé perdre autant d'homme que ça en haut. Certes, il y en avait beaucoup qui étaient blessés, voire même ensanglantés, mais il soupçonnait que ce n'était pas du sang orc. Finalement, il était assez confiant sur la suite des événements, sur le reste de cette bataille navale qui était pour l'instant un vrai massacre. Même s'il n'avait aucune nouvelle des autres drakkars et des ses lieutenants, il savait qu'ils s'en sortiraient bien tant qu'ils respectaient les conseils et les apprentissages de Tridd. Celui-ci n'était pas inquiet.

    Une fois le point fait sur la force armée qu'il lui restait, il put se reconcentrer sur la bataille à venir. Il ordonna le lancer des grappins, pour pouvoir aborder la galère à côté de laquelle ils étaient stationnés. Maintenant qu'il la regardait de plus près, il s'aperçut qu'elle avait quelque chose de plus, qu'elle était spéciale par rapport à celle qu'il venait de quitter. Elle n'était pas beaucoup plus grande ni plus majestueuse, mais Tridd sentait d'instinct qu'il allait se passer quelque chose. En fait, il savait. Il ne sentait pas la même terreur parmi les membres humains de l'équipage de cette galère que dans celle d'avant ou même que dans le reste du champ de bataille. La sérénité y était bien plus présente, comme le calme avant la tempête. Cela indiquait la présence d'une personne confiante, forte. Tridd sentait qu'il approchait du but. Il lança alors l'assaut sur ce navire.

    Dès les premiers instants, ses soupçons se confirmèrent. Dès qu'il posa le pied sur le bastingage ennemi, il se rendit compte de l'étendue de la différence d'organisation entre cette équipage et l'autre. Sur la précédente galère, il avait pu s'infiltrer lui et ses hommes et tout détruire en moins de cinq minutes. Là, ils étaient attendus et la résistance était acharnée, déterminée à survivre et même à tuer.

    Une première salve de flèches déstabilisa pas mal d'orcs qui venaient juste de monter à la corde. Certains retombèrent directement dans l'eau, une flèche plantée dans l'épaule ou le torse mais purent regagner le drakkar directement et sans mal. Beaucoup d'autres furent simplement arrêtés dans leur élan, leur peau épaisse ayant bloqué les projectiles. Tridd lui était resté debout, malgré le sifflement d'une flèche passée juste à côté de sa tête. D'un balayage du regard, il vit que rien ne serait facile sur le pont de ce navire. Les archers étaient loin. N'ayant aucun moyen de contrer les attaques à distance, il se lança dans une charge. Mais une ligne d'hommes armés pour le combat rapproché faisaient barrage. La mêlé était inévitable mais c'était le domaine de prédilection des guerriers orcs, cela tombait donc bien.

    Du coin de l'œil et malgré l'ardeur de la bataille, Tridd repéra deux hommes un peu à l'écart du reste qui détonnait un peu avec le reste de l'équipage du navire. Mais il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, deux humains lui fonçaient dessus, épées sorties. Tout en esquivant et en leur répondant, il essaya d'analyser la situation. Les hommes tenaient bon, ils arrivaient même à rivaliser avec les meilleurs guerriers orcs, ce qui ne manqua pas d'étonner et d'agacer un peu Tridd. Il se lança alors avec plus de hargne et de rage dans ses combats, mettant des coups avec sa fidèle épée à tout va, mais ratant toujours les points vitaux. Une égratignure par ci, le tintement du fer contre le fer par là, une esquive de l'autre côté. Il n'arrivait à rien, et dans l'état d'esprit dans lequel il était, ce la ne fit que l'énerver encore plus, augmentant son envie de tuer, mais faisant baisser encore sa précision. Au moins, il arrivait à les maintenir à distance et à en renverser certains. Autour de lui, ses guerriers s'en sortaient aussi bien. La situation n'évoluait pas beaucoup, les hommes ne tombaient pas aussi vite que Tridd l'aurait voulu.

    À un moment, il vit enfin une ouverture. Un de ses opposants avait fait l'erreur de baisser sa garde ! Il se précipita pour saisir l'occasion qui se présentait à lui. Il sentait monter en lui l'excitation, l'odeur du sang l'enivrait, encore mieux que le meilleur rhum du monde, sa soif de violence l'aveuglait totalement, son envie de tuer, il l'avait fait trop attendre. Il ne rata pas son coup. La lame de sa fidèle épée s'enfonça jusqu'à la garde dans le corps de son adversaire. Celui-ci lâcha son arme, porta les mains à sa blessure comme si il allait pouvoir retirer l'épée qui l'avait transpercé, soigner sa plaie et survivre. Du sang coula de sa bouche. La vie le quitta peu après. Surpris, les hommes autour de lui relâchèrent leur attention, ce qui n'échappa pas à Tridd. Ce premier meurtre sauvage était le déclic qu'il fallait pour débloquer la situation et lancer le vrai massacre. En moins d'une seconde, il délogea son épée et la dirigea vers le cou de sa nouvelle victime. Et pourtant, la tête ne roula pas sur le pont comme il s'y était attendu. Le coup n'était pas parti et il se sentait bizarre. Dans le feu de l'action, il mit deux secondes avant de se rendre compte qu'il ne pouvait plus bouger du tout. Ses poignets et ses chevilles étaient entravés, il ne savait comment, par des cordes qui n'étaient pas là il y a seulement cinq secondes. Il comprit de suite qu'il y avait quelque chose de magique là-dessous. Rien d'autre n'aurait pu avoir d'effet sur lui.

    Il se mit aussitôt à se débattre comme un fou, pour essayer de se libérer de ses liens mais rien n'y faisait. Il poussa alors un cri, mélange de frustration de ne pas pouvoir continuer le combat et de colère. Son esprit fit très rapidement le lien entre cette perfidie et les deux hommes étranges qu'il avait vu en retrait. Son épée glissa de ses mains et se planta dans le plancher du vaisseau. Mais avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, une autre force magique le mit à terre. Sa tête heurta durement le sol en bois du navire ce qui lui fit presque perdre connaissance. Il se sentit ensuite se faire traîner sur le sol et se déplacer sans savoir où il allait. Bien sûr, tous les orcs tentèrent de couper les cordes qui retenaient leur chef, mais ils n'étaient pas préparer à rompre des liens magiques, Tridd n'ayant jamais jugé nécessaire de le faire, privilégiant la force brute et l'entraînement militaire. Le contact rêche et douloureux du bois sur sa peau lui fit perdre sa confiance en lui dans cette bataille. Tout ne s'était pas passé comme prévu et il n'y pouvait plus rien. Il allait devoir payer ce manque de préparation et sa précipitation. Il n'était pas prêt à affronter seul les humains. Il ne supportait pas l'idée d'être tomber sur quelqu'un de plus fort que lui sur son domaine de prédilection, la mer.

    Le corps ligoté de Tridd traversa le champs de bataille qui ne s'était pas arrêté pour autant mais dont l'intensité avait grandement faibli. Les orcs suivaient d'un œil leur chef et de l'autre continuaient de repousser leurs adversaires tandis que les humains devaient déjà penser que la victoire était acquise.

    Tridd ferma les yeux. Pour lui, tout était perdu ou presque. Même si son esprit combatif n'abandonnait pas encore, son moral avait chuté et continuait de plonger. Même s'il s'en sortait vivant, lui et ses guerriers, l'humiliation qu'il était en train de subir à cause de la magie traîtresse des hommes le suivrait à son retour sur son île et il en subirait les conséquences. Il avait été capturé et mis hors d'état de se défendre.

    C'était les cordes qui décidaient du chemin que suivait Tridd et à un moment, elles le levèrent et le mirent en position verticale. Sa tête le faisait toujours souffrir mais il passa outre et rouvrit les yeux quand même. Il eut alors une vision globale sur le champ de bataille qu'était devenu le pont du navire depuis qu'il y avait débarqué. Les orcs s'étaient regroupés et ne faisaient plus que se défendre, parer et esquiver. Ils ne tentaient plus ni attaques ni contre-attaques. Ils attendaient en silence la suite des événements, les yeux fixés sur Tridd, guettant le moindre ordre de venir le libérer ou de tuer tous les humains présents. Mais ce dernier restait muet. Lui aussi redoutait ce qui l'attendait mais il ne cédait pas à la panique. Il sentit alors une main le tirer par les cheveux et il ne vit plus que le ciel. Aussitôt après, le froid d'une lame vint s'appuyer contre sa gorge. La situation devenait critique pour Tridd, à présent menacé de mort. Au fond de lui, il se demanda ce que lui voulait le chef ennemi, sa reddition ou sa mort.

    Que ce soit l'une ou l'autre de ces options, dans cette situation, Tridd savait qu'il ne s'en sortirait pas indemne. Il n'accepterait jamais de se rendre vivant. Tout indiquait qu'il se dirigeait vers la mort. C'est alors que celui qui le tenait sous son épée se mit à beugler aux orcs d'arrêter de se battre. Ceux-ci s'étaient déjà beaucoup calmés, dans leurs gestes seulement, car on pouvait toujours lire la rage et la soif de sang dans leurs yeux. Tridd était nerveux, mais il ne pouvait montrer le moindre signe de faiblesse. La nervosité laissa place à de l'hilarité quand l'homme chuchota à l'oreille de l'orc de déclarer forfait. Mais il n'eut pas le temps d'exprimer ce rire car à ce moment-là, le temps sembla s'arrêter. Au dessus de sa tête, les piaillements stridents d'échassiers affolés attirèrent son attention. Un grondement sourd et lointain se fit ensuite entendre, assez proche pour avoir recouvert tout le raffut de la bataille mais pas assez pour qu'il en fasse partie, de la bataille. Apparemment, le bruit avait déconcentré tout le monde car la magie cessa et Tridd put à nouveau bouger ses membres. Il se dégagea d'un coup de coude dans l'épaule de l'homme derrière lui puis en profita pour lui coller un coup de poing dans le ventre. Et alors qu'il allait sortir une réplique cinglante ainsi qu'une menace de mort à l'encontre de toute l'espèce humaine, il se retourna et s'arrêta devant la vision d'horreur qu'il avait devant les yeux.

    Un peu plus loin au sud, il avait une vue sur l'Archipel des Îles Sauvages auquel appartenait Désolation, l'île qui leur appartenait. Il ne savait pas laquelle était touchée mais l'une des îles venait de subir un violent tremblement de terre. Une faille l'avait déchirée en deux, créant un gouffre dans lequel tombaient les arbres, la terre et tout ce qui se trouvait à proximité. L'eau commençait à s'infiltrer et à remplir le trou laissé béant, créant ainsi deux plus petites îles à partir de la grande. Tridd ne pensait pas qu'il s'agissait de Désolation, qui se trouvait au sud de l'archipel, mais le séisme avait pu faire des dégâts dans un rayon assez grand pour l'endommager également. Pour une fois, il était inquiet, réellement. Toute sa famille se trouvait là-bas, tout son clan, tout ce qu'il avait jamais possédé. Toute sa vie était là-bas, toute son œuvre aussi, tout ce pourquoi il s'était battu. Il ne put alors retenir un cri venant du fond de son cœur.


      « NOOOOOOOOON ! »


    Un peu paniqué, l'orc ne prit même pas le temps de jeter un dernier coup d'œil aux deux humains qui l'avaient pourtant pris en otage. L'honneur n'avait aucune valeur comparé au sauvetage de son île. Les enjeux étaient beaucoup trop importants pour se laisser détourner par une histoire d'orgueil. Il se précipita sur le pont, en courant, et reprit d'une main assurée son épée. À l'attention de ses guerriers qui étaient encore vivants et qui avaient assisté tout aussi impuissant au terrible spectacle de destruction, il lança ses ordres.

      « On dégage d'ici ! Tous aux drakkars, on rentre à la maison ! »


      Plus bas, il ajouta pour lui-même. « Si jamais il en reste quelque chose ... »


    Mais Tridd n'était pas au bout de ses peines. Quand il allait quitter la galère, celle-ci se mit à tanguer dangereusement. D'instinct, il planta profondément son épée dans le bois et s'y accrocha fermement pour ne pas basculer par dessus bord. Ce ne fut malheureusement pas le cas de nombre d'orcs et d'hommes qui se retrouvèrent à l'eau. Le mouvement de balancier du gros vaisseau détruisit malheureusement tous les drakkars qui y étaient accrochés. Soulevés à cause des grappins et des cordes puis violemment reposés, ils se fracassèrent sur l'eau, envoyant valser des planches de bois dans toutes les directions sur plusieurs toises et faisant s'envoler certains orcs restés sur les navires. Pour Tridd, c'était son moyen de s'échapper d'ici et de rentrer constater les dégâts chez lui qui venait de voler en éclats. Pour la première fois de sa vie, il se sentait seul au monde, alors même qu'il était encore au milieu de la bataille navale. Pourtant, il décida de ne pas se laisser abattre, il devait voler au secours des siens.

    Un autre bruit sourd vint alors frapper les oreilles de l'orc, un son que son cerveau avait bizarrement occulté mais maintenant qu'il y faisait attention, il n'entendait plus que ça. Et pire que ça, il le connaissait, ce bruit lui était étrangement familier. Il se souvenait que c'était pour eux un synonyme de danger et qu'entendre cela était généralement un mauvais signe mais son état d'esprit l'empêchait de retrouver pourquoi. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de s'échapper, mais cela était en train de disparaître, recouvert peu à peu par le bruit sourd. Bientôt, Tridd ne put plus réfléchir et il eut le déclic qu'il fallait. Tout lui revint. L'archipel lui paraissait bien trop loin au sud de la position de la bataille, et le courant l'entraînait de plus en plus loin encore, malgré le vent contraire qui gonflait les voiles. Il n'y avait qu'un seul endroit où cela pouvait arriver.


      « Le Grand-Vide … Les navires sont perdus ... »


    Pour Tridd, il n'y avait plus cinquante mille solutions, il faudrait nager contre le courant et espérer ne pas se noyer, car aucune embarcation ne pourrait braver un tel déchaînement des éléments. Utopiquement, Tridd pensait qu'un homme seul, avec un peu de chance, pouvait tomber sur un petit courant qui le ramènerait dans l'autre direction, vers son Archipel. À ce moment-là, il avait oublié qu'il se trouvait beaucoup trop près des Grandes Chutes pour qu'un tel miracle ait lieu. Son espoir de sauver les siens supplantait sa raison. Autour de lui, tous les autres présents avaient cédé à la panique. Les hommes courraient dans tous les sens sur le pont des galères, cherchant quelque chose à faire pour améliorer la situation catastrophique et se tirer de ce piège. Les orcs quant à eux erraient sans vraiment avoir de but. Ils avaient l'air hagards, hébétés. Ils venaient de perdre leurs drakkars et ne savaient plus vraiment quoi faire. Ils n'essayaient même plus de se battre, ils observaient le chaos ambiant, comme des spectateurs complètement extérieurs à la scène, mais qui allaient quand même en subir les conséquences. Eux qui naviguaient depuis leur naissance presque, ils allaient périr ainsi, ballottés entre l'océan et le vide.

    Parmi les orcs, seul Tridd ne se laissa pas engloutir dans une attitude contemplative. Il ne resta pas inactif. L'épée remise à sa ceinture, il courra le long du navire jusqu'à l'avant et sauta, sans une hésitation. Il aurait peut-être dû, car ce fut une grave erreur pour lui de faire ça. Dès son entrée dans l'eau, il s'en rendit compte. Le froid venant en partie des glaces de la Mer Songeuse le tétanisa instantanément. Même s'il avait l'habitude de vivre et s'épanouir dans un milieu marin très humide et très frais, cette température, il n'avait pas prévu qu'elle lui fasse autant d'effet. Dès lors, le peu de mouvements qu'il pouvait faire pour essayer de nager ressemblaient plus à une lutte pour survivre. Il ne compta pas le nombre de fois où il but la tasse et où le courant essaya de l'entraîner vers le fond. Chaque bouffée d'air qu'il pouvait prendre était une bénédiction et un nouveau sursis de gagné, mais rien n'était plus incertain que sa survie à l'heure actuelle. Il se noyait déjà à moitié. Pire que ça encore, le courant emportait des débris de vaisseau parfois aussi gros que des troncs d'arbres. Tridd vit aussi passer plusieurs cadavres, la plupart humains mais aussi quelques orcs.

    À un moment, il put enfin s'accrocher à quelque chose qui ne glissa pas sous ses doigts. Avec le peu de force qu'il lui restait, il s'y agrippa pour pouvoir souffler un peu et récupérer un peu d'énergie. Se reposant, il se laissa aller à observer une dernière fois la terrible scène de destruction et de chaos. Plus de la moitié des galères étaient en flamme, quand elles n'avaient purement et simplement coulées ou chavirées. Les drakkars quant à eux étaient tous détruits ou gravement endommagés sauf trois ou quatre. Les marins tentaient tant bien que mal d'arranger la situation, réunissant les survivants, essayant de contrer le courant et fuir le champ de bataille. Une des embarcations avait réussi à s'éloigner un peu et cela redonna un peu d'espoir à Tridd. Ce regain fut cependant de courte durée car une vague venue de nulle part l'immergea et un débris de la taille d'un corps le frappa à la tête. Cela l'assomma et il perdit connaissance. Il sombra dans l'inconscience en ayant en tête l'inquiétude mais l'espoir. Peut-être qu'une poignée d'orcs s'en étaient tirés et avait rallié Désolation.

    Lorsqu'il reprit conscience, la lune brillait haut dans le ciel … Il n'était pas mort …

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