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L'avenir des peuples dépendra des peuples.
Le Peuple de l'Avenir, lui, dépendra de l'Avenir...
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Par les Chutes ! Quand il fallait gagner une bataille,
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Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 Un culte inquiétant

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Walgrim Grindal

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MessageSujet: Un culte inquiétant   Mer 4 Avr - 17:16

Voici une p'tite histoire, inspirée par une seule image.
J'espère que la lecture sera plaisante.
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Chapitre premier : Mon arrivée sur place ...



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« Nom ? »

« Jeyna. »

« Profession ? »

« Magicienne. »

« Quelle sorte de magie ? »

« Magie aquatique. »

« Équipements ? »

« Une épée et un bâton de marche. »

« Pour quelle raison êtes-vous ici ? »

« Je ne suis que de passage. »

Le greffier notait tout cela sur une sorte de registre. Cette curiosité m'intrigua.

« Depuis quand on a besoin de répondre à tant de questions pour louer une chambre pour la nuit ? »

Il releva les yeux vers moi et me dévisagea. Je n'aimais pas du tout cet air.

« Il y a des activités étranges ces temps-ci dans les environs. »

Il griffonna un dernier mot sur son carnet, me tourna le dos et partit dans la pièce derrière le comptoir. Il revint quelques minutes plus tard avec une clé.

« C'est la chambre 7, au bout du couloir à gauche. »

Je le remerciais et le laissa à ses occupations. Une fois dans le couloir, en me retournant, je vis qu'il continuait de m'observer. Son regard me suivit jusqu'à ce que la clé tourne dans la serrure et ouvre l'accès à ma nouvelle demeure pour la nuit. Il y avait vraiment quelque chose d'inquiétant chez lui. Ou peut-être était-il préoccupé par quelque chose d'autre. Je n'en savais fichtrement rien et j'avais d'autre soucis en tête pour l'instant. J'avais fait une longue route depuis ce matin et j'avais juste envie de me détendre. Après avoir déposé mes affaires, je m'aperçus du manque d'une quelconque baignoire dans la chambre. Elle était pourtant proposée avec le prix de la nuitée. J'allais donc devoir aller la réclamer auprès de cette aubergiste fou. Pour un peu, je m'en serais bien passé, mais j'en avais vraiment besoin. Je sortais donc de la pièce et de la chambre. L'auberge avait l'air assez vide et je décida donc de laisser la clé à l'intérieur et ne pas verrouiller la porte. Qu'est ce que je risquais après tout.

~ ~ ~ ~ ~ ~

Un silence oppressant régnait dans le couloir, et la demi-obscurité créait une sorte d'angoisse en moi. J'avais l'impression d'être observée. Toutes les portes étaient pourtant fermées et il n'y avait apparemment aucune présence si ce n'est dans mon imagination. L'ambiance feutrée m'étouffait. Vivement le lendemain, je pourrai alors quitter cet endroit. Au comptoir de l'auberge, il n'y avait plus personne. Il était sûrement parti se reposer dans la pièce d'à côté ou bien dans sa chambre. Accoudée, en train de regarder à droite et à gauche, j'essayais de l'appeler et de le faire revenir. J'avais besoin de lui. Malheureusement, il ne semblait pas m'entendre, ou en tout cas, ne me répondait pas. Alors que je m'impatientais un peu, j'observais d'un peu plus près le décor que je n'avais pas pris le temps de regarder lors de mon arrivée.

Tout était fait de bois, du sol au plafond. Usé, élimé, on voyait qu'il y avait eu énormément de passages ici tant le sol était lisse. Le comptoir et l'armoire derrière celui-ci avait l'air tout aussi vieux. Des bosses provoquées par de violents coups, des entailles faites à l'épée, des griffures d'animaux et même des traces de brûlure ornaient ces meubles. Ils avaient vécu, et ça se voyait, ils avaient sûrement connu bien des aventures et fait de belles rencontres, quoique parfois inquiétantes je suppose. Sur le comptoir était posée une grande bougie qui semblait toujours allumée. Une véritable marre de cire la maintenait droite maintenant. À côté, des bouquins entièrement remplis, des registres en tout genre, de la paperasse. Tout ce qu'un aubergiste pouvait avoir sur son bureau somme toute. Au sommet de l'armoire trônait une chouette empaillée. Elle me filait la chair de poule. Son regard semblait fixer l'entrée de l'auberge. Prise d'une panique ridicule, je me retournais alors pour vérifier que l'animal inanimé ne voyait bien que du vide. Lentement, je faisais tourner mon corps. Il n'y avait effectivement personne. J'esquissais un petit sourire et bientôt, un petit rire nerveux s'échappa de ma gorge nouée.

« Puis-je vous aider ? »

Je sursautai, mon cœur loupa un battement et je ne pus retenir un petit cri aigu. C'était la voix de l'aubergiste. Presque sournoisement, il était revenu, sans faire le moindre bruit. Vraiment spécial cet homme.

« En effet. J'aimerai disposer des avantages compris dans le tarif, et notamment, la baignoire d'eau chaude prévue pour la détente. »

« Je vous la fait apporter dans votre chambre ? »

« S'il vous plaît. »

Il gribouilla à nouveau quelque chose sur un de ses carnets et disparut dans cette fameuse pièce, encore une fois. Je haussai les épaules et me dirigea vers ma chambre. Je frissonnais encore de la surprise provoquée et de la peur occasionnée. J'avais un peu les nerfs à fleur de peau. Décidément, la baignade relaxante dans l'eau presque bouillante me ferait le plus grand bien. Du coin de l’œil, je crus percevoir un mouvement à côté de ma porte. Je clignai des yeux et mes frottai les paupières. J'avais du rêver. Le mouvement avait été trop rapide et rien ne semblait plus bouger. La porte en face de celle de ma chambre était toujours fermée de plus, et à clé. Je venais sûrement d'être victime d'une hallucination due à la fatigue. Je continuais alors d'avancer et arriva finalement jusqu'à ma demeure temporaire sans autres signes quelconques de présence. Je retrouvai la tranquillité de la solitude. J'avais du temps à tuer avant qu'il ne vienne avec mon dû mais je n'avais aucune autre envie sinon que de m'allonger et reposer mes jambes.

En m'installant sur mon lit, je remarquai enfin quelque chose de louche, quelque chose qui n'aurait pas du se trouver ici, quelque chose qui n'était pas là dix minutes plus tôt en tout cas. Sur mon oreiller, quelqu'un avait déposé une espèce de citrouille miniature. Je n'avais jamais vu un légume de si petite taille. Orange et à peine une demi-douzaine de centimètres de hauteur, je l'examinai sous toutes les coutures, cherchant peut-être des explications. D'où venait cette chose ? Comment est-elle arrivée dans ma chambre et qui l'y a déposée ? Je commençais à avoir des doutes concernant la prétendue illusion que j'avais eu quelques minutes plus tôt. Je commençais à croire que quelqu'un était vraiment venu ici et avait vraiment fui lorsque j'étais revenu. Mais où était passé cet individu alors ? Il n'avait pas pu fuir aussi rapidement, et je n'avais croisé personne dans le couloir. Je compris soudainement. Je me levai brusquement et fouilla alors la chambre à la recherche de celui-ci. J'avais repris mon épée dans la main, simple mesure de sécurité.

Méthodiquement, je me mis à fouiller la pièce à la recherche d'un intrus. Toujours la citrouille à la main, je parcourrai toutes les cachettes possibles. Sous le lit, il n'y avait rien à part une bonne couche de poussière. Dans l'armoire, rien si ce n'est une araignée qui avait fait sa toile et semblait habiter ici depuis déjà quelques temps. Des moucherons pris au piège ou d'autres déjà entoilés se balançaient au rythme des mouvements de l'araignée qui continuait de filer. L'espace derrière l'armoire était trop étroit pour permettre de se cacher, je ne le vérifiai même pas. Il ne restait plus beaucoup d'endroits où quelqu'un pouvait se terrer. Avec peut-être un peu de retard, je regardai enfin vers la source du léger courant d'air que je sentais depuis tout à l'heure. Quelle idiote j'étais de ne pas y avoir pensé avant. La fenêtre était grande ouverte. J'allai la fermer et regardai dehors pour essayer d'apercevoir l'auteur de cette farce mais malheureusement, le rigolo avait déjà fui depuis longtemps.

« Un problème avec la fenêtre ? »

Je sursautai, encore une fois. Il avait le chic pour apparaître au moment où je m'y attendais le moins, vraiment. Derrière lui se trouvait un deuxième homme. Plutôt musclé, il avait une grande bassine d'eau dans les mains. Elle semblait assez lourde et cela le faisait suer à grandes gouttes. Ce n'est pas l'aubergiste qui l'aurait aidé. Avec son physique assez désavantageux, il n'aurait même pas pu prendre la bassine vide, alors pleine d'eau, c'était même pas la peine d'y penser. Comme je ne répondis pas à sa question, il abandonna et poursuivit.

« Où je fais poser votre baignoire ? »

Distraitement, je désignai un coin de la chambre pas trop encombré. Cette histoire continuait de me trotter dans la tête. Que faisait ce légume sur mon oreiller, je n'arrivais pas à me l'expliquer. Même pour une blague de mauvais goût, je trouvais pas ça logique car peu amusant. Cela devait avoir une signification autre. Peut-être que lui savait. Le temps de relever la tête, l'aubergiste avait déjà disparu. Il avait laissé l'autre homme, sûrement son assistant, installer la bassine dans le coin que je lui avais désigné. Pris de pitié, je décidai d'aller l'aider, tout en lui faisant un peu la discussion. Peu à peu, j'essayais d'amener le sujet sur ces phénomènes étranges dont l'aubergiste m'avait parlé mais là encore, je me heurtai au silence froid et presque empli de peur. Finalement, autant aller droit au but, je lui montrai la citrouille miniature.

« Est-ce que cela a une quelconque signification ? »

« … Où avez-vous trouvé cela ? »

« Quelqu'un l'a déposé dans ma chambre tout à l'heure alors que je m'étais absentée. »

« Surtout ne cherchez pas à approfondir cette histoire et partez dès demain à la première heure ! »

« Mais, pour- »

« Non, ne rien savoir est la meilleure des choses à faire ici. Vous ne vivrez pas longtemps sinon, Ils n'aiment pas ça, les fouineurs. »

« Qui ça Ils ? »

« Je … ne peux vous parlez d'eux, désolé, d'ailleurs, je dois m'en aller. »

Il avait enfin fini de mettre tout cela en place et partait effectivement dans la précipitation. Il en avait dit suffisamment pour éveiller encore plus ma curiosité naturelle. Il se passait quelque chose d'étrange ici et, n'ayant pas grand chose d'autre à faire ailleurs, j'avais envie de m'occuper de cette affaire-là. Mais pour l'instant, la chaleur de l'eau m'appelait et m'attirait irrémédiablement. Après m'être assurée d'avoir verrouillée la porte et la fenêtre, je laissai tomber mes vêtements à mes pieds. Enfin libérée de cette couche sale d'habits, je me sentais plus légère, mieux, moins sale. Un pied après l'autre, je me glissai dans mon bain et m'installai confortablement. Trop confortablement. Je me détendis vraiment pour la première fois depuis quelques jours déjà. La fatigue qui s'était accumulée eut vite raison de moi. Je m'assoupis alors, totalement bien et heureuse.

~ ~ ~ ~ ~ ~


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Walgrim Grindal

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MessageSujet: Re: Un culte inquiétant   Ven 6 Avr - 21:40


Chapitre deuxième : Ma décision ...



Le froid … Pourquoi avais-je si froid ? D'où venait cette impression de mouillé ?

Je ne me souvenais plus de ce que je faisais ici, ni même où j'étais. Je mis quelques temps à émerger partiellement de mon sommeil. J'étais si fatiguée, si usée par ce long voyage. Voilà tout ce dont je me souvenais. Je venais de terminer ma précédente mission. Darn Abart. Il me semble que c'était ça oui. Une des villes neutres, que l'Ultime Alliance avait colonisée et dont elle se servait comme base ou quelque chose comme ça. En tant que magicienne, mes services étaient souvent réquisitionnés, surtout que dans ce désert, maîtriser l'élément eau est plus qu'utile et plus que nécessaire parfois. J'intervenais un peu partout mais pour le moment, c'était dans cette partie de Céleste que j'évoluais. Aucunes vraies raisons particulières, sinon que mes pas m'avaient amené ici. On m'avait directement trouvé une mission ensuite, et je l'avais accompli avec succès. Mais je n'avais pas envie de revenir là-dessus, mon esprit encore embrumé refusait d'accéder à ses souvenirs. Il était trop tôt encore. Trop tôt …

Toujours est-il que je m'étais retrouvé à m'enfuir de cette ville, fuir ce passé beaucoup trop proche temporellement à mon goût. Peu à peu, le désert s'était estompé, il y avait de moins en moins de sable sur le sol et la végétation reprenait ses droits. De même, l'humidité et la température étaient revenues à des niveaux plus ordinaires, plus supportables. J'avais senti ma magie reprendre peu à peu de sa puissance également. Affaiblie dans le désert, j'étais à mon avantage dans ce genre de climat plus clément. Finalement, une forêt véritablement immense était apparu devant mes yeux. Tellement grande qu'il m'avait fallu plusieurs pour l'atteindre après l'avoir eu en vue pour la première fois. Mais une fois à l'orée de la forêt, je savais que j'avais pris la bonne route. J'avais enfin quitté les landes inhospitalières et arides du Désert Chimérique. Mais je ne savais pas encore dans quoi je m'étais embarqué.

Si, dans le désert, tout ce que l'on cherchait, c'était de l'ombre et un peu d'eau alors que l'on souffre dans la chaleur, c'est radicalement différent dans une forêt. En fait, c'était surtout à cause de la densité de la végétation que je souffris beaucoup. Le soleil ne se montrait même plus. J'étais plongé dans une obscurité constante, à tel point que je ne savais plus vraiment à quel moment de la journée j'en étais. Je voyais juste quand la nuit tombait ou quand un nouveau jour commençait, par le changement notable mais trop soudain de luminosité. La végétation emprisonnait également toute la chaleur et l'humidité et rendait l'atmosphère lourde, presque oppressante. J'ai par moment eu l'impression de réellement étouffer, de manquer d'air, de vouloir m'envoler au dessus de ces arbres immenses pour respirer à nouveau. Au bout de plusieurs jours à avoir l'impression de tourner en rond et à m'égratigner la peau sur les ronces et autres plantes urticantes, j'avais enfin trouvé quelque chose. Une clairière ou plutôt, l'autre bout de la forêt, je n'en savais strictement rien et n'en sais toujours pas plus. Mais le plus important, c'était que j'avais également trouvé un village, juste avant que les arbres laissent place à une autre plaine verdoyante. Adossé aux derniers troncs, ce village comprenait quelques bâtiments dont une auberge. Je m'étais dirigée vers elle. Oui, je me souvenais maintenant.


~ ~ ~ ~ ~ ~



Je me redressai brutalement, renversant alors une bonne quantité d'eau en dehors de la baignoire dans laquelle je me trouvais. J'avais du m'endormir quelques temps, trop longtemps sûrement. L'eau était devenue gelée, j'avais la chair de poule, j'étais frigorifiée. J'avais enfin ouvert les yeux. Je me rappelais parfaitement de la pièce et des raisons pour lesquelles j'étais ici. Je me relevai enfin, cherchant des yeux de quoi me sécher. Heureusement, l'homme venu apporter la bassine d'eau chaude avait aussi pensé à cela, et une serviette blanche en coton épais était posé sur le lit. Je m'enroulai dedans tout en veillant à ne pas mouiller trop le sol, de peur de glisser dessus ensuite. Ce petit bain m'avait fait le plus grand bien. La moiteur et la transpiration collée à moi après cette traversée de cette espèce de jungle avaient disparu. Je me sentais de nouveau propre. Je regardai par la fenêtre. Il faisait nuit depuis une bonne heure au moins je pense. Mais bien sur, personne n'avait pensé à venir me réveiller, même s'il est vrai que j'avais tout fermé et rien spécifié à l'aubergiste. En même temps, je n'étais pas aussi sûre que ça de vouloir le laisser entrer comme ça dans ma chambre, même pour me réveiller. J'aurai trop peur qu'il ne fouille mes affaires ou pire.

J'avais faim également. Malgré les réserves que j'avais faites avant de partir, je n'avais plus aucun vivre dans mon sac, plus rien de comestibles. Les derniers jours, j'avais même du commencer à manger des fruits et des plantes trouvés par terre ou dans les branches basses des arbres. Alors que je me demandais si l'auberge faisait aussi épicerie ou si elle vendait un peu de nourriture pour les aventuriers ou les voyageurs qui passaient par ici, je sentis mon ventre gargouiller. Bon, qui ne tente rien n'a rien après tout. Je me rhabillai rapidement. Une simple robe à capuche en laine épaisse, pour ne pas quitter totalement la douceur apportée par l'épaisse serviette. Je laissai mes longs cheveux blancs tomber sur mes épaules, libres. J'en avais un peu marre de les avoir attachés dans le dos. Je glissa la capuche sur ma tête et sortit de la chambre, prenant bien soin de fermer derrière moi cette fois-ci.


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Machinalement, j'avais pris la petite citrouille posée sur mon lit. Elle m'amusait, même si je ne me souvenais plus vraiment ce qu'elle faisait là elle aussi. J'étais si fatiguée après la route de ce matin que la période avant mon petit somme me semblait lointaine et presque irréelle. Je n'arrêtai pas de la regarder alors que je remontai le couloir jusqu'au comptoir et à l'accueil du bâtiment. L'homme était là, pas l'aubergiste, mais l'autre, celui qui avait amené la grande bassine d'eau, celui avait qui elle avait commencé à parler un peu. De quoi déjà ? Des bribes de conversation me revenaient peu à peu. Cela faisait peu de temps qu'il était ici, très peu de temps. Je me souvenais plus trop, peut-être quelques mois. Peu importe, cela me reviendrait sûrement plus tard. La fatigue ne m'était pas bénéfique du tout, je savais que j'aurai du faire une pause avant de continuer la marche hier soir. J'arrivai alors devant lui, toujours tripotant le légume miniature. Au moins, je me disais en plaisantant que si je ne trouvais rien, je pourrais le manger. Lorsque j'arrivai en face de lui, son regard se porta directement sur celui-ci, avec presque de la terreur dans les yeux.


« Pourquoi le gardez-vous dans la main ?! Je vous avais dit de ne pas essayer de savoir ! »

Les événements me revinrent en tête. L'angoisse dans le couloir, la fenêtre ouverte et ce légume venu de nul part, et également la mise en garde de cet homme. Je me rappelais aussi m'être promis de rester et d'élucider ce mystère. Je cachai alors la citrouille dans une de mes poches et fit comme si de rien n'était. Je ne voulais pas que cet homme soit au courant de mes plans. Il me mettrait des bâtons dans les roues, j'en étais presque sûre.

« J'aimerai que l'on retire l'eau qu'il y a dans ma chambre, j'en ai assez profité et je vous remercie de l'avoir apporté d'ailleurs. »

« Bien, je passerai plus tard. Mais avec-vous tenu compte de mes conseils ? »


Je décidai de l'ignorer, tout simplement.

« Et je voudrai également savoir si vous avez de la nourriture à vendre ici, ou ailleurs dans le village ? »

« Il y a bien l'épicerie deux bâtiments plus loin mais elle ne sera pas ouverte avant l'aube. Je peux néanmoins vous fournir quelques vivres pour vous contenter jusque là. Mais est ce que vous m'écoutez au moins ? »

Oui, je l'écoutais, mais je n'avais pas envie de lui répondre, pas envie de parler de ça. Tant qu'il me disait pas pourquoi il fallait me méfier de cela, je ne lui dirai rien non plus. De l'information contre de l'information, et des concessions de ma part uniquement si j'en savais plus sur le danger. En attendant, je continuais de l'ignorer.

« Très bien, je vais vous prendre quelque chose alors. Pouvez-vous me montrer ce que vous avez ? »

L'homme perdit patience et posa violemment ses mains sur le comptoir en bois, faisant voler au passage le registre et un autre livre qui passait par là. Il ne rigolait plus du tout et j'avais l'impression qu'il n'allait pas tarder à devenir violent.

« Pour la dernière fois, je vous le conseille, ne cherchez pas à fouiller plus en profondeur dans cette région ! »

Il était temps de partir pour moi, quitter cette auberge. Ces deux hommes qui tenaient l'auberge avaient visiblement un problème dont il fallait que je m'occupe au plus vite. La folie rongeait ses hommes. Si personne n'intervenait, ils allaient sombrer. C'était à moi de m'en charger je pense, les gens d'ici étaient trop inquiets, trop paranoïaques pour lever ne serait-ce que le petit doigt. Je ne savais même pas encore ce qu'il se passait ici, ni quel était le rapport avec la citrouille, mais je le découvrirai en temps voulu. Pour l'instant, j'avais juste faim, et l'épicerie n'ouvrait pas avant des heures. Une petite visite dans les bois aux alentours s'imposaient, pour trouver de quoi manger. Sans alors ne rien répondre à l'homme qui s'impatientait, je me dirigeai vers ma chambre, et en ressortit avec mon bâton et mon épée. On n'est jamais trop prudent la nuit dans les bois. Avant de sortir de l'auberge, l'homme cria à mon attention une phrase, juste une seule.

« Vous ne vous en sortirez pas vivante ! »

Cette phrase me fit froid dans le dos, mais me motiva à découvrir la vérité ici. J'étais décidé, et rien ne pourrait m'en empêcher.

~ ~ ~ ~ ~ ~


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MessageSujet: Re: Un culte inquiétant   Lun 9 Avr - 12:56


Chapitre troisième : Les souvenirs d'un vieillard ...




L'air s'était rafraîchi ici. Comparé aux températures, même nocturnes, qu'il faisait au cœur de la forêt, je trouvais presque qu'il faisait froid ici. J'étais alors bien contente d'avoir pris mon manteau en laine épaisse pour sortir de mon bain. Je sentis un léger vent également, très agréable, qui évacuait un peu l'humidité vers l'intérieur de la forêt et rendait l'atmosphère plus légère, moins étouffante. Cette petite sortie me faisait le plus grand bien après l'ambiance feutrée de l'auberge et le discours alarmiste de cet homme.

Tous les habitants du village dormaient depuis plusieurs heures déjà. La nuit était bien avancée et il me semble qu'on était plus proche du matin que de la soirée. Mise à part l'auberge que je venais de quitter et qui restait ouverte toute la nuit, de la lumière émanait des fenêtres d'une autre maison. Intriguée et me demandant bien quelle personne pouvait bien rester éveillée à cette heure-ci dans un si petit village perdu au milieu de nulle part. Peut-être un artisan devant se lever tôt pour préparer ses produits, comme un boulanger ou autre, même si je me doutais bien qu'un village de cette importance là n'avait pas la possibilité de s'offrir un tel luxe. Alors qui ? En tout cas, l'épicerie mentionnée par l'aubergiste était bel et bien fermée. La devanture spéciale indiquant d'habitude qu'ici, se vendait toute sorte de fournitures et de vivres, était retournée et tout était éteint et fermé à clé. Il avait raison, comme je m'en doutais. Je me décidai donc à aller voir l'étrange bâtiment où il y avait encore apparemment de l'activité.

En traversant une partie du village, je ressentis encore un peu plus la folie qui régnait ici. Finalement, les deux personnes dans l'auberge ne paraissaient plus si folle que ça. Certains signes ne trompaient pas, la population locale était en prise avec des phénomènes pas très normaux, voire pas du tout. Je commençai alors à me demander si j'avais bien raison de faire cela. Déjà, tout le monde avait barricadé ses portes et ses fenêtres, sûrement par peur de quelque chose dont j'ignorais encore la nature. Ensuite, les arbres contre lesquels étaient adossées les bâtiments portaient de grandes traces de griffures sur lesquelles l'écorce était totalement arrachée. Celles-ci n'avaient pas l'air naturelle et même, je ne voyais pas quelle bestiole ordinaire pourrait occasionner de si gros dommages sur de tels géants. Enfin, le dernier signe, c'était mon intuition. À force de côtoyer des sorciers et de lutter contre toutes sortes de magie, j'avais appris à les reconnaître et à sentir lorsqu'une d'elle était proche ou non. Et ici, en cet instant, mon malaise grandissant était plus qu'évocateur pour moi. De la magie obscure était en œuvre ici, une magie ancienne qui plus est. À ce moment-là, je crois que j'ai commencé à douter de mes pouvoirs. Mais le doute n'a pas duré.

~ ~ ~ ~ ~ ~


J'étais arrivée tout proche de la fameuse maison. Contrairement à toutes les autres, rien n'obstruait l'accès à la porte, rien ne semblait la barricader, et les rideaux des fenêtres étaient grands ouverts. À l'intérieur, un chandelier était allumé et éclairait toute la salle. Je m'étais mise à la fenêtre pour voir si il y avait quelqu'un à l'intérieur. Malheureusement, ce n'était pas la pièce principale de la maison. Il n'y avait pas grand chose à observer si ce n'est un vieux bureau plein de papier. Néanmoins, une chose attira mon regard, ou plutôt un dessin sur un bout de feuille. Une citrouille. Ou en tout cas, ça y ressemblait à mes yeux, de loin. La personne qui vivait ici devait sûrement avoir des informations. C'était le hasard qui m'avait conduit ici, ou peut-être pas, mais de toute manière, j'avais une source potentielle maintenant. Il ne me suffisait plus que de rentrer et rencontrer celle-ci, si jamais elle était encore là.

Je me mis donc devant la porte et frappa d'abord quelques coups discrets. J'avais décidé de prétexter la faim pour pouvoir justifier de déranger cette personne au beau milieu de la nuit. Je lui demanderai de la nourriture et peut-être une chaise pour m'asseoir le temps de grignoter et là, j'engagerai la conversation sur les événements récents. C'était pour moi un assez bon plan, quoique peut-être un peu trop simpliste et trop visible. Il fallait que l'occupant de cette maison soit un peu naïf ou généreux pour bien vouloir accéder à mes demandes et m'offrir ce que je demanderai, de quoi manger, et des renseignements. Mais si je prenais en compte les parchemins griffonnés qui étaient éparpillés un peu partout, c'était quelqu'un qui s'intéressait de près à cela. J'espérais qu'il soit disposé à parler et à révéler ses informations. Il le devait si je voulais continuer mon enquête ici. Sinon, je repartirai de zéro. Et je ne pouvais me le permettre.

Je me permis donc d'insister en tapant un peu plus fort. Enfin, j'entendis un bruit à l'intérieur. Quelqu'un bougeait. Une chaise qu'on reculait dont les pieds raclaient le sol. Des bruits de pas qui approchaient et enfin, la porte s'ouvrit. Avec l'effet de lumière, je ne vis d'abord qu'une silhouette. Petite et l'air assez recroquevillée sur elle-même, je l'associai tout de suite à une personne assez âgée. J'avais entièrement raison. Une fois mes yeux accoutumés à la lumière, je le vis. C'était un vieil homme, la soixantaine passée je pense, ridé comme une vieille pomme, les dents pourries et les quelques cheveux encore restants plus blancs que les miens. L'archétype même du vieillard, l'air fou et la mâchoire édentée. Intimidée, j'en oubliai mon texte et ce que je m'étais dit de dire, au point où c'est lui qui commença à parler en premier.

« Je vous attendais. »

Ni plus ni moins, voilà ce qu'il me dit avant de disparaître à l'intérieur de sa maison, comme une invitation à le suivre. J'hésitai à peine une seconde avant de m'engouffrer à mon tour dans le bâtiment. En refermant la porte derrière moi, je crus apercevoir l'espace d'un instant des yeux rougeoyants me fixer. Je décidai de ne pas y faire attention, pensant que mon esprit me jouait encore des tours. J'étais de toute façon trop occupée et trop contente d'avoir pu rentrer ici et de pouvoir m'entretenir avec lui. En me retournant, je découvris le décor de la pièce principale dans laquelle il vivait. Tout ce qu'il me vint à l'esprit, c'était … inquiétant. Je n'étais là que depuis quelques heures et je commençais à peine mon enquête. Lui devait être là depuis des dizaines d'années et cela se voyait. Les éléments qu'il avait collecté étaient très nombreux, et de toute sorte. Des dizaines de citrouilles miniatures comme celle que j'avais reçue étaient alignées sur une table, des croquis de je-ne-sais-quoi s'étalaient sur tout un pan de mur et d'autres objets inédits trônaient sur la table au milieu de la pièce. Il revint alors avec un plateau chargé de nourriture en tout genre, des petits pains, un bol de bouillon et des tranches de lard grillées. Trop pour ma petite personne en tout cas.

« Voilà de quoi vous nourrir et satisfaire votre appétit. »

Il fit alors un peu de place sur la table et y déposa le plateau.

« Je ne savais pas ce vous mangiez alors je vous ai apporté d'un peu de tout. Nous pouvons discuter pendant que vous vous servez, qu'en dites-vous ? »

« J'en dis que c'est une bonne idée. »


Je regardai tous ces plats avec envies et ne tardai pas à me jeter dessus. Tout en essayant de garder une certaine dignité, je mangeai avec entrain le gruau en y trempant les morceaux de pains. Ce repas plus que satisfaisant me rassasiait complètement et me changeait agréablement de ce que j'avais pu manger la semaine précédente dans la forêt ou dans le désert. Comme promis, il se mit à parler. Nous ne discutions pas vraiment vu qu'il faisait la conversation seul. J'étais trop occupée à manger.

« Je sais ce que vous cherchez. Et je peux vous aider. Comme vous le voyez, j'ai pas mal d'informations sur la question. Cela fait plusieurs dizaines d'années que je suis ici, et à peu près le même temps à me rendre compte de ce qu'il se passait et à y assister. Mais laissez-moi vous raconter une histoire d'abord. Celle-ci s'est déroulée il y a un bon bout de temps, alors je m'excuse si certains détails étaient flous ou même omis. Je venais d'arriver dans ce village, ou ça ne faisait pas bien longtemps. Une nuit, j'ai entendu des bruits étranges et en sortant sur la place principale, une sensation bizarre au plus profond de moi. Une lueur étrange venant de l'extérieur du village attira mon regard. Rougeâtre, surnaturelle peut-être, elle m'intrigua et je décidai d'en parler le lendemain à certaines personnes d'autorité. Dès le lendemain, une dizaine de personnes furent envoyées à l'endroit indiqué mais il n'y avait rien. Par mesure de sécurité, et grâce à ma demande, ils furent renvoyés à la nuit tombée en ces même lieux. »

L'homme marqua une pause, perdu dans ses souvenirs. Absorbée par son récit, je m'étais arrêtée de manger sans m'en rendre compte. J'avais de toute façon pris assez pour ne plus sentir la faim. Il reprit alors son histoire.


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« Ce qu'ils virent alors les changea à jamais. Je n'ai pas eu les détails mais quand ils revinrent, ils n'étaient plus tout à fait les même, ça c'est sur. Je ne sais pas ce qu'il s'était passé mais ils étaient devenus … froids, distants, renfermés sur eux-même. En fait, aucun d'eux ne me parla plus après cette nuit. Ils ne parlaient qu'entre eux, et gardaient certaines choses secrètes aux yeux des autres. Ma curiosité mal placée me fit faire une folie, encore une fois. C'était à peine quelques jours plus tard, cette même lueur apparut. Je me décidai à la suivre cette fois, moi-même. »

L'homme s'arrêta là. À ce moment, il semblait avoir vieilli d'une dizaine d'années supplémentaires. Son regard fixait le néant, un peu derrière moi. Il devait être plongé dans ses souvenirs, dans les souvenirs de cette nuit où il avait suivi sa curiosité, un peu comme moi j'étais en train de le faire ce jour-ci. Hagard, perdu, il ne réagissait plus du tout, il était devenu totalement immobile et muet. Je toussai un peu pour essayer de le réveiller mais il ne m'entendit même pas. Je ne savait plus vraiment quoi faire. Partir, rester et attendre qu'il revienne dans la réalité actuelle ? Je me resservis un verre d'eau et patienta quelques instants. Enfin, il émergea. Il baissa sa tête et regarda la paume de ses mains, comme s'il était à la recherche de quelque chose qui devrait s'y trouver. Je n'imaginais même pas ce qui avait du arriver pour le mettre dans cet état, si longtemps après en plus. Mais il fallait qu'il me raconte la suite si je voulais continuer et trouver quelque chose.

« Et ensuite, qu'est ce qu'il s'est passé ? »

Il releva la tête et me regarda dans les yeux.

« Ce soir ... »

« Quoi, ce soir ? Ça va recommencer ce soir ? »

« Je ne devrais pas vous le dire … »

Je pris alors le vieillard par les épaules. Il devait me dire ce qu'il savait, je voulais faire quelque chose pour lui, pour eux, pour ce village.

« Je veux vous aider, dites-moi ce que vous savez. Je peux aider ce village ! »

Je pouvais lire comme de la terreur dans ses yeux. Il paniquait, lui non plus ne savait pas trop quoi faire apparemment. L'hésitation lui donnait l'air effrayé. Il ne devait pas avoir l'habitude de prendre de telles décisions ou de prendre de tels risques. Son regard fuyait le mien, ses yeux tournaient dans leur orbite, à la recherche de quelque chose à laquelle se raccrocher mais j'approchai mon visage du sien pour qu'il ne puisse plus se défiler.

« Faites-moi confiance. »

« Bien … je … vais vous dire … vous montrer plutôt. »

Je retirai mes mains de ses épaules et il se leva.

« Rejoignez-moi dans une dizaine de minutes à la sortie du village. Je … dois me préparer. »

Je comprenais. Ce devait être un choc pour lui de revivre tout ça mais si je prenais en compte le nombre de textes et d'illustrations qu'il étudiait, cela ne lui avait jamais vraiment quitté la tête. Il devait y repenser jour après jour, le ressasser dans son esprit. Mais retourner sur place, là où tout avait basculer pour lui, je ne savais pas s'il l'avait refait depuis. Il avait besoin de se préparer psychologiquement sûrement. Je décidai donc de le laisser seul, et d'attendre qu'il soit prêt, à la sortie du village comme il me l'avait dit. Juste avant de passer le pas de la porte, il me lança une dernière réplique.

« Au fait … je m'appelle … enfin, appelez-moi Lamerthil . »

« Jeyna, enchantée. »

Je sortis tout de suite après. La nuit était encore bien noire et le jour pas prêt de se lever. Le village était silencieux, l'air frais. C'était une soirée parfaitement calme, une soirée idéale pour se détendre et se reposer, mais ce n'était pas vraiment le cas pour moi. L'excitation commençait à monter, la perspective du début de mon enquête était plus précise que jamais. J'étais presque impatiente. Au loin, mon intuition me disait qu'il se passait quelque chose, et, je ne sais pas si c'était mon imagination ou quoi, mais je crus apercevoir une lueur rouge au milieu des arbres, baignant la scène d'une ambiance surnaturelle.

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Walgrim Grindal

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MessageSujet: Re: Un culte inquiétant   Dim 15 Avr - 22:53


Chapitre quatrième : Une comptine dans la nuit ...





L'attente fut longue, trop longue même. La dizaine de minutes me parut être des heures tellement j'étais excitée et désireuse d'enfin voir ça de mes propres yeux. Une chose m'échappa totalement tant mon impatience était forte mais après coup, après avoir quitté le village, je m'en étais rendu compte. Certaines portes des bâtiments étaient en fait entrouvertes et non plus verrouillées. Des gens étaient sortis, mais je ne le vis même pas. Quelle erreur j'avais faite là.

Enfin, Lamerthil arriva. Il s'était effectivement préparé. Il avait changé ses vêtements, s'était habillé plus chaudement en prévision de la balade nocturne qui était prévue. Je ne savais pas encore où il allait m'emmener. La lueur rouge semblait venir de toutes les directions à la fois au final. Peu importe sur quels arbres je posais les yeux, ils étaient baignés de la même ambiance sinistre. Comment savait-il où aller lui ? C'était vrai que lui y était déjà allé, à ce fameux endroit. Il me l'avait raconté, enfin, sans rien me dévoiler du tout au final. Tout restait à voir encore, à découvrir, pour moi. Pour lui, ce serait pas vraiment une première. Mais comment faisait-il pour s'en souvenir avec une telle précision ? Il s'avança vers moi et m'apostropha.


« Jeyna. Êtes-vous prête ? Je ne veux pas que l'on fasse demi-tour une fois que l'on sera en route. »

« Allons-y ! »


J'étais déterminée, rien ne pourrait m'arrêter ou m'enlever cette idée de la tête. Il se mit alors en route et je le suivis. Il portait un long manteau gris, déchiré de partout, vieux et usé. Je pense qu'il devait l'avoir depuis quelques temps déjà, ou bien même qu'il l'avait reçu de son père ou d'un de ses ancêtres. Rapiécée et raccommodée de toute part, il ne faisait aucun doute qu'elle avait du en en voir des aventures, cette veste. Avec cela, il y avait un chapeau assorti qui lui couvrait le crâne et dont la visière cachait une partie de son visage. Pour parachever cet attirail, il avait pris une sorte de canne, un bâton de marche sur lequel il était obligé de s'appuyer pour avancer correctement. La vieillesse avait rendu ses jambes fragiles et chaque pas l'affaiblissait un peu. La moindre inégalité du terrain l'obligeait à faire un effort considérable. Le moindre relief se transformait en un véritable obstacle pour lui.

Toujours est-il qu'il savait où il allait. On sortait à présent du village par la sortie opposée à celle par laquelle j'étais arrivée. On se dirigeait donc vers l'orée de la forêt, et non vers son cœur. C'était plutôt une bonne nouvelle pour moi. Je ne voulais pas avoir affaire à nouveau à cet enfer-là avant quelques temps. Si je n'avais pas trouvé ce mystère à résoudre, j'aurai continué vers la mer ou vers des plaines plus clairsemées pour éviter les végétations trop denses. L'oppression ressentie était insoutenable, à la limite de l'insupportable.

Les arbres défilaient. Ils se ressemblaient tous. Au bout d'à peine quelques minutes, j'étais totalement perdue. Je n'aurai pas pu retrouver mon chemin toute seule s'il m'avait abandonnée ici. C'est pour cela que je le suivais comme son ombre. De toute façon, il ne pouvait pas marcher vite, cela n'était pas très compliqué de s'adapter à son rythme. À chaque branche tombée, à chaque racine ressortant un peu de la terre, Lamerthil s'arrêtait et prenait bien le temps de lever ses jambes pour franchir l'obstacle. J'en profitais pour observer le paysage, tout autour de nous. La lueur rouge semblait s'intensifier un peu plus chaque fois. Pas de doute, nous étions dans la bonne direction. Quelque soit la chose qu'il voulait et allait me montrer, on s'en approchait. Mon cœur s'accélérait, mon impatience grandissait. Nous allions bientôt arriver.

Un silence pesant s'était installé. Ni lui ni moi ne parlions. Nous marchions dans un silence presque religieux. Seule la respiration lente du vieil homme donnait une sorte de fond sonore à ce décor surnaturel. Même les animaux qui d'habitude, animent un peu la nuit avec leurs cris et leurs chants, s'étaient tus. L'ambiance n'en était que plus angoissante encore, plus inquiétante. Peu à peu, des doutes s'installaient en moi. Étais-je assez solide psychologiquement pour survivre à cette pression et une fois là-bas, pourrai-je faire quelque chose d'assez utile et efficace pour libérer ce village ? Je ne savais plus vraiment. Dans mon esprit, mon imagination partait dans tous les sens. Je ne savais pas encore à quoi m'attendre et en ce sens, toutes les hypothèses étaient encore envisageables. Le silence combiné à l'ambiance me faisait un peu perdre mes moyens, ça ne faisait aucun doute. Mais je devais me ressaisir avant d'arriver face à … je ne savais pas quoi encore.

~ ~ ~ ~ ~ ~


Pourtant, un bruit quand même semblait grandir. Trop faible pour l'instant, je ne pouvais pas l'identifier encore. Lamerthil par contre lui, semblait l'entendre distinctement ou savoir ce que c'était. Il se figea un moment. Peut-être d'anciens souvenirs le tourmentaient-il encore, d'anciennes sensations éprouvées alors qu'il avait entendu ces bruits. Il se retourna vers moi. Je voyais sa bouche bouger mais aucun son n'en sortait. Il hésitait, il ne trouvait pas les bons mots. J'avais un peu de pitié pour lui. Pour un peu, j'aurais presque dit que je l'avais obligé à revenir ici. Je me sentais un peu coupable du malaise qu'il ressentait là. Il fallait que je lui dise, que je lui parle, que je lui propose de rentrer chez lui. Je pourrai les localiser seule maintenant, avec le bruit.


« Est-ce que tout va bien ? »

« Oui. Je crois. Ne vous en faites pas pour moi, il faut juste que … je me repose un peu avant de continuer. »

« On peut faire une petite pause si vous voulez. Ou bien, je peux y aller seule si vous avez trop de mal à avancer. »

« Non non, je viens avec vous ! »

« D'accord, d'accord. Reposez vous alors. »

Je lui tendis alors une gourde pleine d'eau fraîche. Il la prit, me remercia et but quelques gorgées avant de me la rendre. Il s'assit sur une racine et souffla un coup. Je l'imitai alors, n'ayant pas d'autres choix que de l'attendre. Cela me permit de réfléchir un peu, me calmer aussi, canaliser mes attentes et mes angoisses. Je ne devais pas arriver totalement émotive là-bas, sinon ma magie risquait de s'en trouver affaiblie. J'en avais déjà fait l'expérience. Si mes sentiments prenaient le dessus, je me retrouvais presque impuissante. Ma magie nécessitait calme et sérénité. Cette petite pause me permit de me ressourcer. Elle fut finalement assez bénéfique. Au bout de quelques minutes, le vieux Lamerthil se releva. Il reprit sa canne de marche dans la main et repartit, sans mot dire. Il était prêt, prêt à affronter son passé, les choses qui l'avaient choquées toute sa vie. J'admirais son courage. Le dos tourné, il me fit sa dernière recommandation.

« On y retourne. Préparez vous. Ce que vous allez entendre et voir pourrait vous choquer. »

L'expédition continua ainsi, au rythme des pas du vieillard. Pourtant, peu à peu, je sentais qu'on se rapprochait. Les bruits étaient de plus en plus forts, ils ressemblaient de plus en plus à quelque chose de vaguement humain. Un chant. Je notais comme un certain rythme dans le bruit. Quelqu'un récitait quelque chose, ou le chantait. En réalité, il y avait même plusieurs voix d'après ce que j'entendais, qui se mêlaient. Je trouvais les voix aigus. J'avais un peu peur. Je n'aimais pas vraiment ce que mon esprit comprenait. Finalement, nous sommes arrivés près d'une clairière dans laquelle il y avait habituellement des plantations et des champs. Sauf que là, un autre spectacle s'offrait à nous.


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« Que … »

Ce furent les seuls mots qui me vinrent à l'esprit et qui réussirent à sortir de ma bouche. J'étais littéralement estomaquée par la scène. Même dans mes hypothèses les plus farfelues et les plus originales possibles, je n'aurais pas pu prévoir cela. Ça dépassait mon entendement.

« Ne bougez plus, ne vous approchez surtout pas d'eux. »

Je ne savais que répondre. Au beau milieu d'un champ, il y avait un grand feu. Comme un automate, je sortais la citrouille miniature de ma poche. C'était l'exacte réplique en plus petit de celles qui traînaient par terre. Il y avait aussi des bottes de foins disséminées un peu partout, comme pour projeter des ombres partout et rendre le tout plus inquiétant. Mais c'était loin d'être le plus dérangeant dans ce lieu.

« Que … font-ils ? »

En posant cette question, je faisais référence aux enfants. Une douzaine de mômes, tous plus petits que trois pieds, se tenaient la main et faisaient comme une ronde autour du feu. Pour un peu, si je ne sentais pas autant de magie obscure dans cette scène, je trouverai presque ça mignon. L'ambiance pourrait presque sembler festive.

« Ce sont les enfants du village. Ils le vénèrent comme un Dieu. Je ne sais pas par quelle magie cela arrive mais rien ne peut les en empêcher. Rien ne peut les retenir chez eux lorsque … cela commence. »

« Quoi cela ? Et c'est quoi cette chose qu'ils adulent ? »

Cette chose en question se trouvait en plein milieu du feu. Montée sur une pile énorme de citrouille, une sorte d'épouvantail géant s'érigeait comme une statue géante, avec pour tête, une citrouille, encore une fois. De plus, la même lueur qui éclairait tout le village sortait de ses yeux et de sa bouche. Elle semblait même en être la source principale. Je restai bouche bée. Soudain, je crus apercevoir un mouvement. La tête de l'épouvantail me souriait et me regardait dans les yeux, ou ça y ressemblait en tout cas. Je n'étais plus sure de rien. C'était peut-être une illusion d'optique, ou même une illusion magique mais pour moi, cela paraissait terriblement réel. Trop peut-être. Cette chose avait l'air vivante.

« Ceci est un ancien dieu, d'après ce que dit la légende à son sujet mais moi, je n'y crois pas vraiment. Je pense plutôt qu'il est question de magie noire, de magie occulte, ancienne, terrifiante même. »

Ses yeux s'assombrirent, son regard se perdit dans le vide. Je me demandais à quoi il pouvait bien penser. Moi en tout cas, je ne savais plus trop à quoi m'en tenir. De plus, les sons entendus plus tôt était à présent parfaitement audibles. C'était une comptine. Mes parents me l'avait souvent chantée pour m'amuser ou m'endormir. Les paroles changeait à chaque fois mais il y avait toujours la même base. Toujours ces chiffres, trois par trois, qui donnaient le rythme. Seulement cette fois, cela n'avait rien d'enfantin ou d'innocent, comme on l'entendait tout le temps. Les paroles étaient lourdes de sens.

« Un, deux, trois
Accueillons notre Roi.
Quatre, cinq, six
Offrons-lui un sacrifice.
Sept, huit, neuf
Donnons lui un corps tout neuf.
Dix, onze, douze
Et qu'il règne sur cette cambrousse. »

Un, deux, trois … Qui était donc ce roi qu'ils appelaient en cœur, comme une invocation ? … Quatre, cinq, six … Un sacrifice ? De quelle nature ? Pour quelle raison ? … Sept, huit, neuf … Un corps ? Qu'entendaient-ils par là ? … Dix, onze, douze … Régner sur la région ? Voilà donc ce qu'ils complotent ?

Les pensées se bousculaient dans ma tête. Je ne regardais même plus la scène, j'étais juste totalement perdue. Je ne comprenais plus grand chose à vrai dire, malgré ce que je venais de voir et d'entendre. Cela ne m'avançait pas vraiment sur ce qu'il se passait ici, bien au contraire, j'avais encore plus de question que lorsque j'étais dans le village. Ma gorge était si nouée que les mots n'arrivaient même pas à sortir. Lamerthil était toujours là, un peu devant moi, me tournant le dos, regardant lui aussi l'étrangeté de la situation.

Je fus sortie de ma torpeur brusquement. Un enfant me passa devant en me bousculant au passage. Je ne pus m'empêcher de pousser un petit cri de surprise. Quelle erreur … Le petit garçon brisa le cercle des autres gamins et leur chant s'arrêta aussitôt. Le nouvel arrivant se ficha devant l'effigie du dieu, du roi et sembla lui parler. Je ne l'entendait pas de là ou j'étais mais je pense qu'il parlait de nous. C'est en tout cas ce que j'en ai conclu … après que tous les enfants se soient retournés vers nous … L'un d'eux s'approcha. Ses yeux … Une lueur rougeoyante s'en échappait.


~ ~ ~ ~ ~ ~


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MessageSujet: Re: Un culte inquiétant   Ven 18 Mai - 12:24


Chapitre cinquième : Leur histoire ...





Je n'ai jamais aimé les enfants. Malgré mon statut de femme, je ne me suis jamais senti à l'aise avec eux. Cela était en partie justifié par mon passé et mon métier. Mon passé tout d'abord à cause de l'éducation de mes parents ou plutôt, de leur non-éducation. Enfant unique dans une famille plutôt aisée originaire des beaux quartiers, ma jeunesse ne fut pas très ordinaire. Respectivement diplomate de la ville et grande commerçante de produits exotiques de luxe, mon père et ma mère n'étaient jamais à la maison et n'avaient jamais été là pour moi quand j'en avais besoin. J'ai été élevée par des gouvernantes et des percepteurs en tout genre, sans cependant qu'ils ne restent plus de quelques mois à chaque fois. Il n'y eut aucune figure maternelle ou paternelle dans ma jeunesse et je n'ai fréquenté aucun autre enfant de mon âge. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été plongé dans les livres ou dans d'autres activités que les personnes de mon âge jugeraient ennuyeuses et inutiles. C'est pourtant comme cela que je commençai ma vie, seule et trop sérieuse. Lorsque toutefois je devais sortir, par besoin de changer d'air ou parce que les personnes qui s'occupaient de moi me le demandaient, je voyais d'autres jeunes dans les rues. Je ne les comprenais pas. Ils vivaient dans un monde différent du mien. Quand ils venaient me parler, quand ils me proposaient de venir jouer avec eux, je les regardai sans répondre. Je ne les comprenais pas. Tout cela me paraissait si lointain.

Le dernier souvenir que j'avais de ma mère, c'était sa main me disant au revoir en , sortant de la carriole et l'emmenant vers sa prochaine destination. Elle m'avait prévenu quelques jours avant. Elle partait vers des contrées inexplorées, avec une expédition d'aventurier. L'arche de l'Ultime Alliance avait ouvert de nouveaux horizons pour ceux toujours à la recherche de nouveautés comme ma mère. Quant à mon père, de par son statut, il était toujours du côté du palais du Duc ou dans un autre des bâtiments officiels. Il rentrait très tard le soir, alors que je dormais déjà, et il partait très tôt le matin, avant que le soleil et moi-même nous nous levions. Lors de ses rares journées de repos, il s'enfermait dans son bureau et travaillait. Nous avions pour ordre de ne le déranger sous aucun prétexte. Même sa fille en manque d'affection n'était pas une raison suffisante pour le faire sortir de là. Aujourd'hui, je ne garde aucun souvenir heureux de cette période, et je crois que cela se répercute à présent sur mon avis sur les enfants. Je n'aime pas les enfants.

Une autre raison est, je crois, mon actuel métier. Après que ma mère fut partie, l'envie de quitter la maison dans laquelle j'avais grandi fut de plus en plus forte mais pourtant, l'effroi que je ressentais pour le monde extérieur refroidissait un peu mes envies. Au lieu de mettre mes plans à exécution, je restais à la bibliothèque immense de la demeure de mes parents. J'étudiais tout simplement, et un domaine en particulier m'intéressait. La magie. Toujours dans mes projets de partir, il me fallait un moyen de survivre. Il ne fallait pas compter sur mon physique. J'étais très faible, physiquement parlant, et je le suis toujours. Ma seule chance était la magie. Il se révéla que je fus très douée pour un type de magie particulier, celle de l'eau. Cela me venait naturellement. J'avais un don et je l'exploitai. J'apprenais seule, parce que je ne connaissais personne qui pourrait m'enseigner ce genre de choses, et parce que la magie était quelque chose de très rare. Je ne savais pas si mes parents et mon entourage réduit apprécierait de savoir cela. Toujours est-il que j'apprenais.

Plus j'avançais dans mes études, plus les choses devinrent étranges. Mes lectures se diversifiaient, mes connaissances s'approfondissaient. Je devenais puissante, mais au fur et à mesure, je découvrais des choses de plus en plus inquiétantes. Je tombais peu à peu dans la magie noire, une magie très obscure, très sombre. J'osai à peine lire certains de ses livres ou certaines des formules et sorts tellement ils ne m'inspiraient peu confiance. Le marchand que j'allais voir et qui me fournissait ces livres n'était pas très regardant et je doute même qu'il savait ce qu'il me vendait mais je prenais tout ce qu'il avait et qui concernait la magie. Tout ce que je pouvais apprendre ou même juste voir me serait utile le temps voulu.

Je remarquai cependant quelque chose, une sorte de constance, une étrangeté que je retrouvais partout. À chaque fois qu'il y a un rituel horrible ou un sortilège terrible nécessitant une âme ou un sacrifice, des enfants sont impliqués dedans. Était-ce une fabulation des anciens mages ou des écrivains ? Ou bien les enfants avaient-ils réellement des pouvoirs spéciaux obligatoires pour activer certaines choses ? Je n'en savais strictement rien mais ces histoires m'effrayaient au plus haut point. Ces sorts me terrifiaient et je ne les regardais pas la plupart du temps. Je crois que c'est cela qui provoqua en moi cette haine presque de l'enfance et des enfants. Cette nuit-là, mon impression se renforça encore un peu plus …


~ ~ ~ ~ ~ ~


« Nous t'attendions … Jeyna. »

C'était le garçon aux yeux à la lueur rougeoyante qui avait parlé et qui me ramena à la réalité de la pire des manières qui soit. Je ne sais pas ce qui était le pire entre son regard, sa voix, ou ce qu'il m'avait dit. Tout me faisait peur. J'étais complètement tétanisée. Cette lueur dans ses yeux, c'était la même qui avait noyé l'atmosphère dans la forêt sauf que là, elle était concentrée en deux points, deux points qui me fixaient, ce qui la rendait encore plus effrayante. Le ton de sa voix avait achevé de me terroriser. Elle n'était pas du naturelle. Elle semblait tout droit sortie d'un autre monde, d'une autre dimension même. Elle était caverneuse, rauque, pas du tout enfantine. C'est cela que je détestais avec les enfants. Ils étaient toujours les plus enclins à être manipulés et à être possédés par n'importe quel entité passant par là. Quand je pensais que c'était les choses les plus horribles qui arrivaient avec les enfants, c'est exactement ce à quoi je pensais. Et surtout, comment connaissaient-ils mon nom ? Instinctivement, je reculais, pour essayer de leur échapper mais mes muscles ne m'obéissaient plus vraiment. Je ne parvins qu'à faire quelques petits pas en arrière, une distance que les enfants n'avaient aucun mal à combler en avançant à leur tour. Le sentiment d'être piégée était terrible. Je ne savais plus quoi faire. Mon esprit était totalement embrumé. Je n'avais plus qu'une idée en tête ; fuir. Malheureusement, je ne commandais plus rien. Même ma voix n'était plus si sereine que cela.

« Vous … m'attendiez ? »

Mon ton n'était pas assuré du tout. Je crois que je n'avais pas envie de savoir. Quoiqu'ils me veuillent, je savais que ce ne serait rien de bon pour moi.

« Oui. Maintenant que tu es là, notre plan va pouvoir s'accomplir. »

Je ne savais pas en quoi j'étais nécessaire pour leur plan funeste. Alors que toutes les questions que je me posais tournaient dans ma tête et me chamboulaient un peu, je continuais de reculer. Trop perdue, je ne vis pas la racine qui dépassait du sol. J'ai alors basculé en arrière, tombant maladroitement sur les fesses. Pendant ce temps-là, les enfants avaient continué à avancer et se rapprochaient de moi. Avant que j'aie le temps de me relever, ils formaient à présent un cercle autour de moi, comme ils le faisaient quelques instants auparavant autour de l'effigie de l'ancien dieu, autour de l'épouvantail au dessus du feu. J'étais devenu le centre de leur attention et je n'aimais pas du tout ça. C'était horriblement angoissant. En étant ainsi assise par terre, ma tête était au niveau de celle des enfants. Je pouvais voir leurs yeux à tous. Certains fredonnaient l'air de la comptine macabre de tout à l'heure pendant que le premier enfant se remit à m'adresser la parole.

« Laisse-moi te raconter une histoire d'abord. Elle remonte aux temps anciens, aux temps où ces terres étaient encore libres, et non rattachées à cette forêt immense. C'était le temps de la sauvagerie, le temps des monstres comme diraient les créatures vivantes de l'époque actuelle. C'était notre époque. » La voix avait particulièrement insisté sur le notre. « Tout était si bien, tout était beaucoup mieux, pour nous en tout cas. »

« Vous ? »

Ce terme m'avait intrigué plus que les autres. Je ne savais pas encore qui ils étaient et même si j'étais en bien mauvaise posture, je continuais de vouloir tout savoir sur eux, avec l'infime espoir au fond de moi de les arrêter et sauver ce village. Mon côté altruiste m'empêchait d'abandonner et ma trouille ne me laissait pas faire ce que je voulais. C'était frustrant. Je ne pouvais que poser des questions pour l'instant. Comment aurais-je pu faire autre chose sans savoir à quoi je me frottais d'abord ? La situation me dépassait un peu, je devais bien l'avouer. Au moins, il me restait la parole. Et je comptais bien l'utiliser pour le moment.

« Nous étions alors bien plus puissants. Aujourd'hui, nous ne sommes plus rien. Ou presque plus rien. On nous a tout volé. Mais je suis ici pour le leur reprendre. »

Je ne comprenais définitivement rien à ce qu'il racontait. Je ne savais pas de quel pouvoir il parlait, à qui il allait reprendre tout ça. Je ne savais rien du tout. Plus il en disait, plus j'étais perdue. C'était très étrange comme sensation. Ses explications m'embrouillaient encore plus la tête.

« Que voulez-vous reprendre ? Et à qui ? Qu'ai-je à voir là-dedans ? »

« Notre magie. Ce qui faisait de nous des entités puissantes. Avant … Je vais vous raconter, avec mes souvenirs. Les événements cataclysmiques n'avaient pas encore eu lieu. Nous avions alors de grandes terres pour nous, des terres que nous dominions. Nous étions craints. Personne n'osait nous approcher, personne ne voulait avoir à faire à nous. »

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« Puis, sont arrivés les événements que tout le monde connaît à présent. La réunification de ces trois mondes si différents. Tous ces mondes se sont vus bouleversés, et le nôtre n'y échappa pas. Tout fut chamboulé, l'équilibre des puissances fut rompu. Il était en notre faveur avant. Beaucoup des nôtres sont morts, d'autres ont été gravement blessés, mais dans tous les cas, nous nous sommes retrouvés terriblement affaiblis. Et surtout, nous avons vu apparaître de nouveaux ennemis, bien plus puissants que ce que nous avions l'habitude d'affronter. Leurs esprits étaient bien plus entraînés, bien plus combatifs, bien plus puissants tout simplement. Nous n'étions pas préparés à cela. Ça nous a prit de court, comme toutes les autres races mais malheureusement, nous n'avons pas réussi à nous adapter à temps. »


J'écoutais son histoire avec intérêt. Ce n'était pas tous les jours qu'on entendait un tel récit. La chute d'une race toute entière, provoquée par le Syncrétisme. Et par autre chose. J'étais toujours aussi terrifiée, j'étais toujours assise par terre, je ne cherchais même pas à me relever, je ne cherchais même plus à m'enfuir. Je me contentais de l'écouter. Il continua sa narration. Bizarrement, il m'avait captivé.

« Les plus terribles d'entre eux, c'étaient les hommes. C'est à eux que l'on doit notre perte. Toujours trop avides de pouvoir ces humains, ils n'ont pas pu résister à l'envie d'en avoir plus. Ils nous l'ont volé ! Notre magie ! » Il s'énervait à présent. Je le sentais. « Ces humains … Lorsqu'ils nous ont trouvé, ils ont eu peur de nous et je les comprends. Les premières personnes à être venu à notre rencontre, nous les avons massacrées. Nous ne laissions personne nous envahir. Mais ils n'ont pas abandonné, loin de là. Ils sont revenus, avec des sortilèges et des rituels. C'est comme ça qu'ils nous ont tout volé. De monstres surpuissants, nous sommes passés à l'état de vulgaires légumes comme vous les connaissez actuellement. Ils nous attiraient dans des pièges, absorbaient nos pouvoirs et nous rétrécissions, invariablement. Ces mages humains étaient si talentueux que nous en perdions aussi notre conscience. La grande majorité d'entre nous devinrent inanimés après cela. Ils ne se mouvaient plus, ils étaient juste plantés dans le sol, comme de vulgaires plantes. Les survivants étaient fous de rage, mais ils ne pouvaient plus rien faire. Je faisais partie de ces survivants. J'ai vu nombre de mes frères se faire embarquer par des agriculteurs puis se faire manger. Manger ! Je souffrais à leur place. Eux ne ressentaient rien. »

Il marqua une pause. Je crois que s'il avait pu pleurer et exprimer sa tristesse, il l'aurait fait. Je dois bien avouer que son histoire m'avait aussi touché en un sens. Mais je ne perdais pas de vue que c'était des monstres et que mon but était de sauver le village et par la même occasion, toute la région. S'ils reprenaient leur pouvoir, la situation deviendra préoccupante ici, mais je ne savais toujours pas comment ils comptaient faire cela et comment j'étais impliquée là-dedans. Mais je n'eus pas le loisir de me poser plus de questions que cela. Je vis les enfants s'approcher de moi, et resserrer le cercle autour de moi. Je me sentais de plus en plus oppressé. Le petit, toujours le même, reprit la parole immédiatement.

« Mais maintenant que tu es là Jeyna, tout va changer. »

« Tout ? Qu'est ce que ce tout ? »

Il n'y eut pas de réponse. Seulement le silence, pesant, lourd. Au loin, je vis des silhouettes s'approcher, bien plus grandes que celles des enfants. Il y avait donc aussi des adultes parmi ces personnes. Je ne pus les distinguer d'abord, car elles arrivaient en face et que le feu faisait d'eux des ombres seulement. Au fur et à mesure qu'elles venaient, je crus les reconnaître. Lorsqu'enfin je vis leur visage, je les identifiai.

« Vous ? »

Puis ce fut le trou noir. Je me retrouvai assommée par derrière. Je mis du temps avant de me réveiller.

~ ~ ~ ~ ~ ~


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