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Et afin de libérer la clairière de ces putrides émanations. La nature n’avait pas à contempler la folie des hommes.
Elle n’avait pas à supporter la barbarie des êtres qu’elle avait un jour engendré...
[Trucid]

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 La loi du talion

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Lusitane d'Akiléon

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MessageSujet: La loi du talion   Lun 9 Avr - 12:49

Lusitane d'Akiléon, chapitre premier : la loi du Talion.

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Première partie






" Vous êtes trop prévisible, Lusitane ! "

Ma lance venait de manquer mon adversaire d'une large coudée, alors qu'il avait prestement sauté de côté pour l'éviter. Cela faisait la troisième fois qu'il esquivait mon coup, aussi se permettait-il de ne même plus s'en écarter davantage que le strict nécessaire, ignorant l'étau de mon piège qui se resserrait lentement autour de lui.

Hors de portée, il m'adressa un sourire narquois :
" Sauf votre respect, votre arme me semble bien trop lourde pour votre carrure. Vous la maniez avec difficulté, vos assauts en deviennent aisés à déjouer ".

Je ris intérieurement en entendant ses propos, bien que son air suffisant m'exaspérât.
La comédie avait assez duré ; il était prêt, le moment était venu d'y mettre fin.

D'un puissant mouvement circulaire, je fis décrire à ma lance un large arc en sa direction. Sûr de lui, il se contenta d'un pas en arrière. Il n'attaquait toujours pas, attendant que je m'épuise à essayer de l'atteindre pour porter ensuite sa propre offensive. Un ricanement railleur lui échappa lorsqu'il vit l'extrémité de la hampe trancher l'air, trop loin, une fois de plus. Et pourtant, un choc monstrueux se fit entendre, et il fut propulsé au sol avec une violence inouïe.

" Tâchez de vous détacher de ce que vos yeux peuvent vous conter, à fortiori lorsque c'est moi qui vous fait face ".

Mon adversaire gisait sur la terre sablonneuse du terrain d'entrainement en se tenant les côtes, le souffle saccadé, les membres tremblants. En dépit de l'irritation que son attitude arrogante m'avait causée, mon éducation me fit tendre la main en sa direction. Alors que le relevais, je lus dans son regard stupéfait qu'il venait de comprendre ce qu'il s'était réellement passé.
Je me forçai d'arborer un sourire doux et dénué de toute vanité, masquant le délectable sentiment de satisfaction qui grandissait en moi à mesure que je confirmais ses théories :
" Un simple sortilège d'illusion raccourcissant la longueur de mon arme. Les premiers coups ont été volontairement portés de sorte à ce que vous les évitiez aisément sans entrer en contact avec la partie invisible de la lance. Aussi, vous avez baissé votre garde, la laissant s'approcher de plus en plus, vous exposant de la sorte à mon ultime assaut. Je ne suis maitresse que des apparences, et non de la substance... ".
Il s'apprêtait à me répondre lorsque des pas précipités dans mon dos l'interrompirent. Je me retournai lentement, avisant l'arrivant qui se pressait en notre direction.

" Le Séraphin Aganon m'envoie vous quérir, lieutenant, il vous attend dans la salle du Conseil ", m'indiqua le messager, haletant.

Je m'excusai auprès de mon partenaire de devoir ainsi interrompre l'entrainement, et le quittai pour rejoindre mon supérieur. Alors que je traversais l'atrium, je m'interrogeais sur les raisons de ma convocation. Je refrénais l'espoir dément d'être aujourd'hui promue au rang de mon père. J'étais trop jeune, je manquais de tempérance, à en croire nos plus hauts dignitaires. Leurs avis résonnant dans mon esprit en balayèrent les désires utopiques, laissant place à une pointe d'agacement. Meilleure stratège que nombre d'entre eux, reine de l'illusion et fille de l'éminent Lustio d'Akiléon, je considérais avoir ma place à siéger à leurs côtés. Qu'importe, si ce n'était en ce jour, mon heure viendrait, j'en étais intimement persuadée. Après tout, n'étais-je pas déjà le plus jeune lieutenant de l'histoire d'Ether ?
Marche après marche, je raccourcissais la distance qui me séparait de mes réponses. Arrivée au sommet du large escalier de marbre, j'adressai un regard aux deux gardes qui m'ouvrirent la lourde porte de la salle du Conseil.



Aganon, seul sous l'immense voûte lumineuse, se leva en m'apercevant.
" Séraphin ...", le saluais-je avec révérence, l'invitant à me dévoiler l'objet de ma venue.
" Lusitane, je suis désolé ..."
Je relevai qu'il m'avait appelée par mon prénom, et non par mon grade, comme l'usage le voulait. D'emblée, il se plaçait sur un terrain personnel. Or, aucun de nos rapports ne me sembla justifier une telle convocation sur le temps d'exercice de nos fonctions respectives.
La réponse vint à moi tel un poignard douloureusement planté dans ma poitrine. J'entendais sa voix, je sentais sa main sur mon épaule, je voyais son regard empli de sollicitude plongeant dans le mien, mais seuls ses premiers mots trouvaient encore quelque écho dans mon esprit.

Votre père, le Séraphin Lustio d'Akiléon, a été empoisonné hier, dans la nuit.

Je ne devais pas céder. Pas encore. Pas ici. Et surtout pas devant lui...
M'efforçant de me ressaisir, je lui demandais péniblement, d'un ton qui se voulait détaché, les motifs de son assassinat.

" Il y a quelques heures, Lustio devait communiquer ses ordres pour contrer les exactions des pillards venus des mers dans nos hameaux bordant les cotes. Seuls les séraphins étaient au fait de leur contenu. Vous connaissiez votre père, contrairement à la plupart des stratèges, il n'a jamais hésité à sacrifier sciemment un petit nombre d'entre nous si cela pouvait minimiser les pertes ... "

Lui, il avait les épaules suffisamment solides pour assumer ces responsabilités, contrairement à ces incapables qui préféraient faire mourir pléthore de leurs hommes si cela pouvait leur éviter d'avoir à les nommer eux-mêmes... Des hypocrites, des démagogues qui ne devaient avoir aucune place ici. La guerre n'était pas un jeu de hasard.

" ... Ayant relevé que mener bataille sur la route qu'empruntaient les écumeurs nous désavantagerait sensiblement, il avait prévu d'envoyer une petit groupe de soldats retarder leur avancée, afin de laisser le temps à son régiment de faire évacuer le village et de les y attendre à couvert... "

Brillant, comme à son habitude.

" ... Il semble que des informations aient filtré hors des murs du Conseil. Les soldats qu'il projetait de sacrifier ont spontanément revendiqué son assassinat au lever du soleil, semblant préférer le prononcé de leur peine à une mort certaine en accomplissant leur devoir. Lustio n'ayant pu communiquer officiellement ses instructions, c'est dorénavant Savinien qui doit assumer la direction ... "

Savinien menait ses campagnes tel un sénateur, poursuivant l'approbation du peuple davantage que sa protection si cette dernière devait lui faire peser de trop lourdes décisions sur la conscience. Il mènerait bataille exclusivement dans le village en exposant ses habitants, faute d'avoir pu les évacuer préalablement au prix de la vie de quelques soldats.

" ... Leur jugement se tiendra dans dix jours. Je vous prie de bien vouloir me croire que la peine maximale sera requise à leur encontre ..."

Il avait soigneusement choisi ses expressions, mais elles ne suffirent pas à me dissimuler la répugnante réalité. Je savais pertinemment que nos lois interdisaient à la Haute Cour de se substituer au pouvoir divin qui donnait la vie et la mort. Seul l'exil venait châtier les fautes les plus graves. Exil qui ne serait prononcé avant dix jours ... Dix jours durant lesquels l'existence de ces meurtriers se poursuivrait dans cette enceinte, avant qu'ils ne soient contraints de quitter nos terres. Ils vivraient loin, alors que mon père reposait éternellement ici.
Une vague de dégout me submergea.

Je devais partir, ma glaciale et digne façade ne tiendrait plus longtemps contre les assauts soutenus de ma propre souffrance. Les offensives les plus dangereuses sont celles qui nous frappent de l'intérieur, n'est-ce-pas, père ?
Alors que je m'apprêtais à me retirer, Aganon m'attira contre lui et me serra dans ses bras en une étreinte protectrice. Il ressentait ma respiration irrégulière, que je m'étais donné tant de mal à dissimuler. Ma solide armure de faux-semblants s’effritait.

Laisse-moi m'en aller, je t'en supplie...

Il passa ses doigts sur mon visage dénué de toute trace du chagrin qui me rongeait, constatant que mes joues étaient mouillées de larmes que les yeux ne pouvaient pas voir.
Il me connaissait trop bien.
Le Séraphin recula finalement d'un pas. Sa main lâcha la mienne, m'indiquant à demi-mot que j'étais libre de partir.
Je le remerciai, sans trop savoir de quoi, et quittai les lieux.

Arrivée en bas des escaliers, je tournai à droite, là où personne ne passait jamais. Seule dans l'allée, je m'adossai contre l'une des immenses colonnes majestueuses, laissai aller ma tête en arrière, levai les yeux vers les délicates ogives, et dissipai le sortilège d'illusion qui masquait mes pleurs. Que ne pouvait-il également couvrir ma peine...

Je restai là, ayant perdu toute notion du temps, jusqu'à ce que le soleil ne commence à rosir. Mon chagrin aveugle s'était peu à peu transformé en une forme de tristesse froide, laissant une plus grande place à la réflexion. Les graines de ma douleur faisaient lentement germer les balbutiements de mes desseins vindicatifs.

Le ciel s'était couvert de rouge sang. Que n'était-ce le leur qui le teignait de la sorte...
Les timides pousses de ma justice vengeresse s'étaient développées en un sinistre arbre tortueux. Je restai assise là jusqu'à la tombée de la nuit, à planifier la revanche de mon nom.



Le marbre, que les rayons du soleil ne caressaient plus, devenait glacial.
Je me relevai, et m'enfonçai silencieusement dans les immenses couloirs sombres de l'aile des séraphins.

" Je souhaiterais mettre de l'ordre dans les affaires de mon père ", indiquai-je d'un ton péremptoire au garde qui se tenait devant son bureau. Il acquiesça avec respect et m'en ouvrit la porte.

Le ressac de mon chagrin m'agita lorsque je m'assis sur son fauteuil. Quelques infimes instants, j'eus l'impression de le faire revivre un peu en occupant sa place. Mais l'heure n'était plus aux envolées sentimentales. Aussi, je balayai mes émotions et entrepris de rechercher l'objet de ma venue parmi ses innombrables dossiers et registres.



Je l'avais trouvée.
Je tenais la liste des soldats affectés au premier bataillon censé retarder l'avancée de la horde de pillards.
Ma main caressa doucement la pierre des murs qui avaient côtoyé mon père des centaines d'années durant, tel un animal fidèle, sans quitter des yeux les six noms inscrits sur le parchemin.

J'avais une nuit pour bouleverser leur avenir.

Ils devaient mourir en héros sur le champ de bataille, mais avaient préféré vivre en traitres.
Qu'ils meurent en traitres sur les champs de guerre.


Dernière édition par Lusitane d'Akiléon le Mar 1 Mai - 11:42, édité 2 fois
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Lusitane d'Akiléon

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MessageSujet: Re: La loi du talion   Jeu 12 Avr - 21:15

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Deuxième partie







Chaque détail de la pièce me raccrochait à mon père. J’allais de sa bibliothèque remplie de vieux ouvrages superbement reliés à ses armoires au bois sombre laqué, de ses armoires aux larges tables recouvertes d’immenses cartes incroyablement détaillées, des tables à son bureau finement sculpté, redécouvrant avec délice l’histoire qui se cachait derrière tous ces objets, pour finalement reprendre ma place - sa place - sur son imposant fauteuil.

Je m’y sentais minuscule.

Je me revis, enfant, assise sur cet accoudoir, et lui, tenant une magnifique plume aux couleurs éclatantes, me caressant la joue avec.
Elle est tellement belle ! Papa, pourquoi les nôtres ne sont-elles pas aussi jolies ? "
Il avait ri, la plume que j’observais avec fascination avait terni et nos ailes s’étaient teintes d’un fantastique turquoise mêlé d’émeraude.
Arborant un sourire malicieux, il m’avait alors répondu :
Je vais te dire un secret : les choses semblent être ce que nous voulons qu’elles soient. Si tu le désires, tu peux rendre le monde entier aussi ravissant que cette plume. Mais le jour où tu seras trop loin, il redeviendra ce qu’il est réellement. Est-il alors vraiment souhaitable de s'évertuer à le faire artificiellement rayonner ? "
Je n’avais pas saisi le sens de ses propos, mais j’avais acquiescé d’un air qui se voulait grave et sérieux. Dès l’instant suivant, avec une versatilité enfantine, mon attention s'était à nouveau reportée sur ce qu’il tenait dans sa main.
" Dis, plus tard, tu me la donneras ? "
Je te le promets, et tu pourras à ton tour la faire briller comme tu le souhaites ".
Inconsciemment, je me caressais la joue du bout cette douce plume noire. Ma douce plume noire.
Je ne pus contenir mes larmes en comprenant que mon père l’avait, depuis plus de trois décennies, recouverte d’un illusoire duvet flamboyant pour le bonheur de la petite fille que j’étais encore.

En dépit de tous mes efforts, je ne parvins à la rendre aussi belle que dans mes souvenirs.
Père, vous m'aviez menti...
J'étais incapable de la faire resplendir comme lui.

Il me fallut du temps pour remonter à la surface de cet océan de tristesse dont les vagues de souvenirs me poussaient violemment vers le fond. Armée de ma rage, je parvins cependant à briser le courant. Qu'il m'emporte plus tard, je ne pouvais me permettre de m'abandonner davantage à mon chagrin.
Beaucoup de choses restaient à accomplir avant le lever du soleil. Aussi, je me résignai péniblement à me hisser hors de mon majestueux fauteuil, saisis le chandelier posé sur une étagère, et me dirigeai vers la porte. Je m'apprêtais à l'ouvrir lorsque la douloureuse impression de laisser quelque chose d'important derrière moi m'interrompit. Mes pas me ramenèrent en arrière, vers le bureau. J'y pris la plume et repartis, sans me retourner, cette fois.



Les longues allées plongées dans l'obscurité de la nuit étaient parfaitement silencieuses. Je me glissai furtivement derrière une des immenses colonnes de marbre et soufflai sur les flammes du candélabre afin de me fondre dans la pénombre.



Lorsque je rallumai les chandelles, les piliers réapparurent autours de moi. Arrivée à l'intersection, je me dirigeai vers la droite, me rapprochant doucement d'une lourde porte de bois sombre entièrement recouverte de fer forgé. Deux gardes, postés de part et d'autre des battants, en interdisaient l'accès. Scrutée par leurs regards perçants, je continuai d'avancer calmement dans leur direction, jusqu'à parvenir à leur hauteur.
Séraphin Savinien ... ", murmurèrent-ils solennellement en m'ouvrant la voie vers ses quartiers.
D'un signe de tête courtois, je les en remerciai et entrai.

Son bureau était à l'exact opposé de celui de mon père. La pièce était divisée en plusieurs allées étroites par d'immenses bibliothèques qui s'élevaient jusqu'au plafond. Des étagères sur lesquelles s'empilaient une quantité impressionnante de parchemins couvraient l'ensemble des murs. Une petite table et sa chaise de bois sobre s'accommodaient de l'espace restant, dans le coin le plus éloigné de la porte.
Je ne tardai guère à entreprendre mes recherches.

Par chance, le Séraphin classait minutieusement ses documents. Aussi, je n'eus aucun mal à dénicher l'objet de ma venue. D'une main fébrile, je le déposai sur la table, à la lumière du candélabre, et m'y assis.

J'observai longuement l'enveloppe scellée qui contenait les ordres de Savinien. Le prix de ma vengeance serait élevé, et je ne le réalisai pleinement que maintenant ; alors que je tenais les rênes de mon destin fermement en main, je n'étais plus certaine de la voie dans laquelle j'avais voulu m'engager.
Peu à peu, le feu qui éclairait faiblement la pièce consuma mes convictions.
J'hésitais à décacheter la lettre, et me contentais de la fixer d'un regard absent. La rupture du sceau ne manquerait pas de se révéler à ma première absence, et cette revanche me couterait assurément ma carrière.

Devais-je épouser l'exil que les assassins de mon père avaient choisi ? Pouvait-on les blâmer de s'accrocher ainsi à leur vie ? Leur mort valait-elle mon avenir ?
Les questions se bousculaient dans ma tête, en une danse infernale que les flammes des chandeliers, agitées par mon souffle, semblaient grossièrement tenter d'imiter.
J'attendis longtemps, indécise, jusqu'à ce que la fonte de la cire ne m'oblige à trancher rapidement avant d'être plongée dans l'obscurité.
Je pris une profonde inspiration et saisis l'enveloppe.



J'avais besoin d'air. Je marchais d'un pas hâtif à travers les couloirs, cherchant vainement à fuir mes propres décisions.
La vue au loin de la cour centrale me procura un inexplicable soulagement, et en quelques foulées précipitées, j’avalai la distance qui me séparait de l’extérieur.

Je respirai la fraîcheur apportée par une imperceptible brise avec délectation, comme une bouffée de légèreté dans ces sombres moments oppressants.
Je ne parvenais plus à conserver l'aspect de Savinien. J'étais accablée, harassée. Il me fallait absolument un peu de sommeil, afin d’être en mesure d'affronter la suite des évènements.
Je relâchai ma concentration et fis tomber mon masque.
Ayant revêtu ma véritable apparence, je lançai un regard éreinté vers les astres en traversant le jardin. La nuit avait été longue, et le soleil ne tarderait guère à se lever. Rejoindre mes appartements me serait trop long pour me permettre de bénéficier d'un temps de repos suffisant. Aussi, mes pas me menèrent à mes quartiers, dans lesquels je pourrais me ressourcer quelques précieux instants de plus.



Je verrouillai la porte de mon bureau derrière moi, et me laissai aller sur le large dossier de mon fauteuil. Je posai la plume noire sur la table devant moi, et retins mes larmes en la parant, au prix d'un ultime effort, de sublimes couleurs éclatantes.
Les chandelles finirent de se consumer et s'éteignirent, me laissant dans la pénombre avec mes doutes, mes craintes, et ma peine.
Avais-je fait le bon choix ?
Dors ...

Mes yeux se fermèrent, et mes préoccupations s'envolèrent, délicatement emportées par une douce torpeur.
Le temps d’une nuit, mes songes réveillèrent les morts.
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Lusitane d'Akiléon

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MessageSujet: Re: La loi du talion   Lun 16 Avr - 19:10

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Troisième partie






Les premières lueurs de l'aube m'arrachèrent à mes songes sibyllins. Mon sommeil avait été agité, et le reliquat de mes rêves semblait faire fi de mon réveil en s'accrochant fermement à moi, suscitant une désagréable sensation de flottement.
Confortablement assise dans mon fauteuil, je contemplais le monde qui s'éveillait doucement de l'autre côté des murs en ressassant les évènements survenus au cours du dernier tour de cadran. Je les appréhendais avec davantage de recul que la veille, le repos ayant balayé mes doutes et atténué ma douleur.

J'avisai la plume noire sur mon bureau, et la couvris avec tendresse d'un pourpre vif mêlé à un bleu azurin aux extrémités. En admirant ce duvet coloré, mes pensées s'égarèrent du côté de la journée qui m'attendait.
Que le hasard me soit aujourd'hui un allié.

Je me décidai enfin à me lever, ouvris les battants de mon armoire, et y choisis une longue toge blanche drapée en étoffe de lin. En me dirigeant vers la porte, je passai une lourde cape noire sur mes épaules, saisis un peigne de nacre sur la table ainsi qu'un petit flacon d'huile parfumée et quittai mes quartiers pour rejoindre les bains.

A mon grand soulagement, je ne croisai personne en empruntant les immenses couloirs de pierre blanche. Rien ne m'aurait été plus pénible que d'avoir à subir les élans de sollicitude de parfaits inconnus auprès desquels la nouvelle du décès de mon père se serait répandue comme une trainée de poudre volatile.



Les thermes étaient déserts. Aussi, je m'y prélassai longuement, laissant à l'eau brûlante le temps de laver les tourments de la nuit passée. Les murs recouverts de faïence me protégeaient de la cruelle réalité que j'avais laissée de l'autre côté de la porte en entrant. Elle finit toutefois par parvenir à forcer le passage et me rappela tout ce qu'il me restait à accomplir jusqu'au coucher du soleil.
A contrecœur, je me séchai, me rhabillai, démêlai mes cheveux et sortis, poussée par l'anxiété qui grandissait au plus profond de moi.

Je déposai mes vêtements de la veille dans mon bureau sans m'y attarder, et repartis en direction de l'aile des Séraphins.



Parvenue au long couloir qui menait aux quartiers de Savinien, je m'adossai contre le mur de marbre froid, m'abandonnai volontairement à ma peine et laissai les larmes couler sur mes joues.
J'attendis ainsi longtemps, sans que personne ne vienne troubler mon chagrin.



" Lusitane, ma chère ... "
La voix suave de Savinien, qui s'apprêtait à rejoindre son office, brisa mes sanglots. Je réprimai un violent sentiment d'indignation en l'entendant m'appeler de la sorte, et m'excusai humblement de mon état inconvenant.
" N'en soyez pas désolée, ma chère, nous avons tous pleuré le départ de ce stratège hors pair et précieux ami qu'était Lustio ... "
Quel hypocrite.
" Venez donc avec moi, il n'est jamais bon de rester seul avec sa douleur dans nos moments les plus sombres ".
Je lui adressai un sourire reconnaissant et lui emboitai le pas.
Tout se passait comme je l'avais prévu.



Le Séraphin me fit entrer dans son bureau, me dégagea une chaise, me servit un verre et me présenta ses interminables et mielleuses condoléances. Je l'écoutai, feignant d'être touchée par ses propos. Tout en parlant, il s'affairait autours des étagères supportant ses innombrables dossiers, et finit par en extraire l'enveloppe que j'avais eu entre les mains la veille.
Il se retourna alors vers moi d'un air contrit :
" Je vous prie de bien vouloir me pardonner, ma chère, de devoir interrompre ainsi notre discussion, mais je dois faire transmettre ceci sans plus attendre à l'un de nos sergents ".
Il ouvrit la porte et confia la lettre et ses instructions au garde.
J'en profitai pour remercier chaleureusement mon supérieur, et prétextai une lourde charge de travail afin de prendre congé de sa présence.



Je traversai l'enceinte entière en suivant de loin le porteur de la missive.
J'attendis qu'il ressorte de la pièce dans laquelle il venait de pénétrer pour m'en rapprocher à mon tour. Je demeurai quelques instants à l'extérieur afin de laisser au sergent le temps de prendre connaissance de l'intégralité des ordres du Séraphin.
Lorsque j'eus estimé avoir assez patienté, je fis irruption dans son bureau sans prendre la peine de frapper au préalable.

" Alors ? "
Mon subalterne se leva alors que j'entrais dans la salle. D'un geste d'agacement, je le dispensai de toute cérémonie et l'enjoignis à m'exposer le contenu de la missive.
Il me fit glisser le parchemin le long de la table et s'exécuta.
" L'unité sera divisée en deux. Je dirigerai quarante soldats chargés de couper la route des pillards. Un second groupe, plus restreint, évacuera le village et y attendra à couvert au cas où quelques écumeurs traverseraient nos lignes ".
" Et dans le second groupe, combien seront-ils ? "
" Six, lieutenant ".
Je fronçai les sourcils et posai mon regard sur l'enveloppe.
" Et le sceau était ... "
" Intact ".
Derrière mon visage impassible, mes sentiments se déchainèrent. Je m'efforçai d'adopter une voix qui ne laissait rien transparaitre pour abréger notre entrevue.
" Très bien, vous partez ce soir. Va réunir les deux unités ".
Je posai la main sur le parchemin vers lequel il tendait le bras.
" Je garde l'original, et rédigerai une copie que vous trouverez ici avant votre départ ".
Je dressai sur une feuille la liste des soldats composant les deux unités, masquai mon dégoût en inscrivant les six derniers, et lui tendis la note. Il s'en saisit, me salua d'un signe de tête empreint de révérence et se dirigea vers la porte. Avant qu'il ne franchisse le seuil, je le retins quelques derniers instants.
" Ah oui, j'oubliais un détail... En ce qui concerne le rapport, c'est à moi que vous le remettrez ".
" Bien ".
Il tourna les talons et sortit, pour de bon cette fois.



Je refermai derrière lui les lourds battants de bois, et fis faire trois tours au verrou de fer noir, m'assurant ainsi de ne pas être dérangée. Enfin seule, je m'appropriai la pièce et m'assis confortablement dans le grand fauteuil de velours vermillon de mon subordonné. Je plaçai l'enveloppe et le parchemin face à moi sur le bureau et dissipai mon sortilège d'illusion.
Les écritures changèrent et le cachet écarlate disparut au profit d'une simple coulée de cire couleur ambre qui avait grossièrement maintenu le pli scellé.
Je relus avec amusement le réel contenu de la missive, ordonnant l'envoi des mêmes soldats en une unique unité dans le village afin d'y livrer bataille à couvert, exposant ainsi les habitants à la violence des affrontements.
D'une main tremblante mais avec un sourire satisfait, j'abandonnai les deux documents entre les griffes des flammes affamées qui crépitaient dans l'âtre, consumant délicatement les dernières traces de ma trahison. Lorsque le feu les eut pleinement avalés, je retournai m'asseoir à la table sur laquelle était posé l'encrier et entrepris de rédiger mes ordres sur un nouveau parchemin. Je le glissai sur le coin du bureau à l'intention du sergent, me levai et me dirigeai vers la porte.
Avant de quitter les lieux, je lançai un dernier regard redevable à mon ardent complice qui dansait en l'honneur de notre victoire dans la cheminée.



J'errais dans les couloirs sans trop savoir où menaient mes pas. Je n'avais pas le cœur à retourner à mes fonctions, et il était encore trop tôt pour rejoindre mes appartements.
Entre ces deux solutions, j'optai pour une troisième et quittai l'enceinte militaire.



Je restai quelques instants devant l'immense portail, à admirer l'imposante façade démesurée de la cathédrale blanche.
Ma visite ne surprit personne, tous les fidèles étant persuadés que je venais honorer la mémoire de mon père.

Je traversai silencieusement la nef jusqu'à l'abside, y allumai un cierge et levai les yeux vers les éblouissantes percées de lumière. J'avais beau avoir caché mes fautes aux autres mortels, je devais en répondre devant le Créateur.
En un murmure, je lui confessais tout. La manière dont j'avais usurpé l'identité de Savinien à l'aide d'un masque subtilement cousu de mon illusion pour entrer dans ses quartiers. Ma violation du secret des correspondances en brisant le sceau de l'enveloppe contenant ses ordres. La façon dont je l'avais manipulé le lendemain pour m'introduire à nouveau dans son bureau afin de dissimuler la substitution du cachet par une simple tâche de cire. Ma dénaturation fallacieuse de ses écrits au profit de mes propres instructions.
Mes instructions...
J'avais inversé la route des pillards afin de faire croire qu'ils seraient arrêtés par le premier régiment avant de parvenir au village. Si les risques avaient été élevés, les six soldats auraient déserté leur unité en chemin, embrassant de manière anticipée l'exil qui serait prononcé à leur encontre ; aussi, je les avais affectés à une simple opération d'évacuation des habitants et de surveillance des lieux. En réalité, les écumeurs arriveraient par l'ouest et non par le sud. Lorsqu'ils gagneraient le hameau, les villageois seraient déjà loin, et les envahisseurs massacreraient les assassins de mon père, trop peu nombreux pour leur faire face. En poursuivant leur avancée par la route du sud, ils se heurteraient aux quarante soldats qui briseraient leurs incursions sur nos terres. Et le rapport qui me serait remis, dernière trace du déroulement de la bataille, rejoindrait les ordres du Séraphin et leur enveloppe dans la gueule des flammes muettes.

Je demeurai sous les vertigineuses ogives jusqu'au coucher du soleil, en tête à tête avec l'Absolu, à me repentir de mes actes sans toutefois les regretter.

En quittant le lieu de culte pour rejoindre mes appartements, j'adressai à l'Eternel une ultime demande.
Quel était le prix à payer pour mes fautes ?



Je marchais dans les rues, incapable de définir mes propres sentiments.
J'étais partagée entre la satisfaction d'avoir pu mener à bien ma vengeance dans l'ignorance de tous et la culpabilité que faisait peser ce lourd secret sur mes épaules.
Je levais des yeux emplis d'un accablant questionnement. Un oiseau noir d'une envergure impressionnante traversa le ciel écarlate. J'y vis un signe divin, une réponse à mes interrogations, la voie de mon absolution.

Si tel devait être le prix de mes actes, je l'acquitterai volontiers. Aussi, je me concentrai afin d'ériger un puissant sortilège d'illusion sur mon propre corps. Les plumes de mes ailes semblèrent s'en détacher délicatement pour tomber au sol en un fascinant tourbillon blanc, et de nouvelles en poussèrent immédiatement.
Noires, comme celles de ce sinistre corbeau.
Je deviendrai alors comme lui, un être de mauvais augure, craint et abhorré.

Je refermais la porte de mes appartements derrière moi.

Ou peut-être était-ce un aigle ?
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